Archives déclassifiées - Et que se serait-il passé pendant la guerre froide si...
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... le président américain avait été mortellement blessé, ou tout simplement porté disparu suite à un attentat communiste ?
On a pu apprendre dernièrement que la bonne réponse était la mise en œuvre d'une riposte nucléaire massive sur la Chine ET sur l'ex-URSS !!!
Ce scénario n'est pas sorti tout droit d'un n-ième blockbuster américain mais des archives déclassifiées de la NSA (National Security Agency), les services secrets américain. Pour connaître les raisons d'un tel protocole, il faut se replonger dans l'ambiance de l'époque.
Les États-Unis ressortent victorieux de la deuxième guerre mondiale avec le monopole de la maîtrise d'une nouvelle génération d'arme : la bombe atomique. Cette arme venait de prouver son potentiel dévastateur au monde entier par deux fois aux dépends de l'empire japonais. À l'époque, l'utilisation de l'arme nucléaire n'était pas un tabou, les États-Unis voulaient profiter pleinement de leur nouvel atout en menaçant régulièrement de l'utiliser contre la Corée du Nord durant la guerre de Corée (1950-1953) et auraient proposé à la France, qui aurait rejeté l'offre, plusieurs de leurs bombes atomiques pour maintenir l'ordre dans ses colonies en Indochine. Le général américain Douglas MacArthur prévoyait également d'utiliser l'arme atomique comme arme offensive, en prévoyant d'envahir la Chine après avoir largué un tapis de bombe atomique à travers le pays. L'URSS ayant développée à son tour sa propre bombe (1949), la bombe atomique devint par la force des choses une arme de dernier recours, et donc officiellement réservée à un usage politique, par peur d'une escalade atomique menant inéluctablement à une destruction mutuelle des deux blocs.
Pourtant, les archives de la NSA nous révèlent aujourd'hui le protocole "Furtherance" ("Poursuite"), mis en place par l'administration Eisenhower et opérationnel jusqu'en 1968. Ce plan prévoyait une utilisation "globale et massive" de l'arme nucléaire sur l'URSS et la Chine en premier recours, sans distinctions de responsabilités du côté communiste, en cas d'attentat sur la personne du président des États-Unis. Il faut savoir que seul le président des États-Unis était alors capable d'ordonner une frappe nucléaire. Ce plan permettait ainsi de pré-déléguer les pouvoirs présidentiels de chef militaire et de l'usage du "bouton rouge" en cas de pépin, pour ne pas briser la chaîne de commandement.
Ce protocole n'assurait pas que la modernisation du fonctionnement de l'état-major américain en cas d'attaque sur la personne du président. En effet, ce document recommande l'utilisation automatique de l'arme nucléaire sur la Chine ET sur l'URSS, en cas d'attaque des États-Unis, même "accidentelle" ou menée par des moyens conventionnels. On peut ainsi appréhender le niveau de stress de l'état major américain lors de la crise des missiles de Cuba en octobre 1962, l'assassinat de Kennedy en 1963 à Dallas, où le complot communiste fut officiellement écarté, ou pendant la guerre du Vietnam (1964), où les États-Unis lutaient contre une armée communiste soutenue par la Chine.
Finalement, après quelques sueurs froides, l'administration du président Lyndon B. Johnson, en 1968, préconisa alors de revoir le protocole, jugé trop dangereux vis-à-vis de la situation explosive de l'époque. La réponse globale et massive fut retirée du protocole. À la place, les États-Unis recommandaient une riposte adaptée en fonction du type d'attaque et retiraient la mention de l'usage de l'arme nucléaire en première intention.
L'archive de la révision du protocole Furtherance.
Depuis, il est à noter que le protocole actuel de l'engagement de l'arme atomique aux États-Unis reste toujours strictement confidentiel. Ainsi, Barack Obama, l'actuel président des États-Unis, a déclaré en 2010 qu'il allait restreindre à nouveau les conditions d'engagement nucléaires de son pays, en assurant mettre l'accent sur le développement d'armes conventionnelles comme moyens de dissuasion efficace, plutôt que sur les armes nucléaires, sauf dans les "circonstances les plus extrêmes". En effet, le président américain assurait que "des pays comme l'Iran et la Corée du Nord, ou tout autre pays violant les résolutions de l'ONU concernant le nucléaire, pourraient être des "exceptions à ce protocole".
Bref, l'arme atomique, l'arme militaire et politique par excellence, a encore de beaux jours devant elle...