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Les Chroniques de Nymeland - Saison 1


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Voilà toute la saison 1 et comme l'attention n'y est pas, je vais probablement pas aller plus loin.

 

 

Saison 1

Épisode 1

Révélation

      - Whirling Triangle Fist Présente -

 

      Deux hommes que ça a pris pour escorter un petit malfrats. Sur les plus de 200 km au travers des ruines de la Transcanadienne qui les séparent de la Capitale. Le véhicule médical arborant le Q avec la fleur de lys enflammée n'en a fait qu'une trentaine sur le chemin du retour. Une violente explosion l'a retourné telle une tortue sur sa carapace. La gravité a barbouillé le visage du conducteur avec son propre sang et il n'a pu s'empêcher de tousser au moment où il a reprit conscience. C'est sûrement que le liquide de refroidissement est en train de fuir. Le moteur a donc surchauffé et doit être sur le point de prendre feu. La fumée fuie par les conduits d'aération, ce doit être que le capot est toujours bien scellé.
      Et le tout va bientôt exploser.
      Il ne leur reste que peu de temps pour se sortir de là, lui et son co-pilote; un de ces tarés tout droit sortis de la réforme. Sauf que le pauvre a un débris de coincé dans la trachée, alors du coup il ne respire plus. C'est pour ça que le conducteur est le seul à tousser.
      Ce devait être une mission de cueillette pourtant bien simple, même si le plan ne faisait aucun sens. S'il fallait vraiment user d'une pile à fusion pour escorter une jeune merde jusqu'à la Capitale, pourquoi ne pas avoir fait dépêcher des renforts?

 

      - Un récit créé par Gabriel/Arouth et Pascal "Ramael" Cadieux -

 

      Le conducteur a du mal à tirer son bras pour atteindre le bouton de sa ceinture. Les muscles de son bras lui hurlent jusque dans les oreilles chaque fois qu'il bouge d'un poil. Toutes ses pompes, cet entraînement mental pour résister à la douleur, et pas fichu de ramener son bras vers sa hanche.
      C'est une matinée de merde pour être en vie. Le sang du conducteur lui est monté à la tête et sa vision trouble fait lentement place à un brouillard opaque. Malgré cela, il parvient à voir des silhouettes bouger à l'horizon.
      Des gens approchent... et ils sont armés.

 

      - Basé sur l'univers de la franchise à succès Fallout de BesthesdaGames Studio -

 

      - Hey! s'exclame le conducteur d'une voix étranglée. Faites... Faites pâs les caves! J'su d'la RNQ!
      Il ne voit pas très bien lorsque l'une des silhouettes effectue un mouvement de bras dans sa direction. Il n'y a pas à dire, c'est une sale matinée de merde.

 

Les Chroniques de Nymeland, les récits sordides de Fallout Québec
Épisode 1 - Tous pour un...
            
      L'ex-caporale Catherine Savard se lève ce matin comme d'habitude; à six heures tapant. Elle se lève sous un soleil jaune-orange poussant sur un ciel bleu-marin, tapant ses premiers rayons sur une pelouse jaunis. Il y a ce vent poussiéreux qui filtre au travers des débris de maisons éventrées. Il fait aussi danser les forêts à moitié décharnés. Elle y est habituée depuis trois ans maintenant. Pourtant, il semble que l'automne ne peut s'empêcher de lui rappeler cette désolation. La planète a perdu ses feuilles et le cycle des saisons ne les lui ont pas fait retrouver.
      Pour garder le moral, Catherine n'a pas oublié son cours de recrue et son légendaire entraînement physique rigoureux. Une douleur pointu comme une trentaine de seringues dans les épaules lui ont presque empêché de finir ses trente-trois pompes. La plante de ses pieds lui donne l'impression de courir sur du papier-sablé, mais elle ne se laisse pas ralentir. Ses poumons tiennent de mieux en mieux la cadence sous cet air fétide et pollué. Doc va l'attendre comme d'habitude avec son superbe onguent à base de RadAway contre les brûlures dues aux radiations. Mais ce qui lui fait envie, c'est une bonne tasse de café aux racines de pissenlit. Lorsqu'elle aura tout ça, Cath se sentira mieux. Y penser l'aide à continuer ses exercices.
     Elle, Doc (c'est le seul nom qu'elle lui connaît) et Maurice le 7e, leur ingénieur personnel, se sont installés près des ruines de Sainte-Julie Sud; la ville natale de Catherine. Un petit pied-à-terre devant le Mont Saint-Bruno constitué de maisons qui ne tiennent plus debout, un SuperDuper Mart dépouillé depuis des lustres et cette damnée station service de Red Rocket. Le camp est juste à côté du cimetière de voitures qu'est devenue l'autoroute 20. Ce n'est plus un choc pour elle de la voir inerte comme un cadavre et pourtant, Catherine aurait juré avoir entendu le bruit d'un moteur durant son jogging.
      Après son dix kilomètres, Catherine est de retour auprès de ses partenaires. Le vieux médecin multi-centenaire, drapé dans son éternelle blouse blanche, se trouve au même endroit que d'habitude. Il est adossé à côté de la porte de garage grande ouverte, d'où sort crépitements d'un chalumeau et coups de marteau. Il tient deux tasses dans les mains mais seulement une seule dégage de la vapeur. L'autre a cette forte odeur de fermentation.
      - Bon matin, ma belle, fait Doc de son ton paternel à l'approche de Catherine, lui tendant sa tasse.
      - Bon matin, Doc.
      Elle en prend une gorgée et savoure cet instant de chaleur. Puis la dépose à son côté pour retirer ses bottes dans un pénible soupir, comme si elle se déchargeait d'une lourde journée de travail. L'onguent est presque aussi chaleureux sous ses pieds que le café dans sur sa langue.
      - T'as des news de Station.
      Toujours cette question, elle n'en démord pas. Elle en a du mal à dormir, la nuit.
      - Non, pas encore. Mais la NAA...
      - "Hbrhanleurs", tousse-t-elle pour "faire passer le café".
      - ... pense avoir trouvé un survivant.
     La chaleur intérieure de Catherine prend un violent coup de froid. Cela fait une semaine qu'ils ont appris que Station était tombée. L'index droit de l'ex-caporal chatouillent par intermittence depuis la nouvelle. Elle fait déjà payer les responsables dans des scènes de cauchemar qu'elle se passe en boucle avant de s'endormir le soir. Personne n'a encore levé le petit doigt pour secourir de potentiels survivants. "Ils sont tous probablement déjà morts" dit-on, car les Slayers ne gardent jamais de prisonniers aussi longtemps.
      Plusieurs de ses habitants étaient des amis du trio de Sainte-Julie. Catherine ne demande rien de plus que d'avoir les moyens à sa disposition pour les venger.
      - Un seul? C'est tout?
      - J'ai des raisons d'croire qu'y'était pas à' maison quand ça s'est passé, dit le vieux médecin de sa gorge rayée. Y s'est faite pogner à Bonne Terre pis ys l'ont shipé à Joliette.
      - "Y s'est faite pogner"?, demande Catherine avec une grimace sur le visage. Dans l'genre "ys s'est fait arrêter"? Menute... y'ont encore le tribunal, là-bas? Qu'est-ce que le "Grand Atôme" et sa Noblerie d'rednecks lui veulent?
      - Y se trimballait avec d'la dope de contrebande. Y se s'rait fait stooler par un d'ses chums... J'ai arrangé un transfert sous couvert d'un bounty su’ sa tête pis y'ont accepté. Que'qu'un avec une van est passé à matin pour le prendre à Joliette. Avec un peu d'chance, l'échange s'f'rait à Berthierville.
      - T'as arrangé un transfert de prisonnier avec les Enfants... en d'mandant l'aide d'un routier? Si c'est ça 40, ça doit êt'à Jack. Combien ça t'as coûté?
      - Deux routiers, Jack pouvait pas êt'e dipso à temps faqu'j'ai envoyé quelqu'un d'autre. Pis ça’coûté une blinde. Plus cher que s'que Jack demande.
      - Ok? Pis tu veux ram'ner un dealer icite? C'est-tu que'qu'un qu'on connait, au moins?
      - Tu connaissais-tu tout-l'monde à Station?
      - Non.
      - Bein voilà. J'voulais pas laisser un jeune de Station s'faire rataniner l'cerveau au radiations après s'qui s'est pâssé che-zeux. Tu sais comment les Enfants sont. Pis by the way, on va avoir besoin d'bras si on veut pouvoir tirer l'invasion de Saint-Lambert au clair. Jack s'ra là dans que'ques minutes. Les douanes à Dock sont déjà au courant. On va vous laisser passer sans vous poser d'questions.
      L'ex-caporal Savard reste incrédule face à ces informations. Quelque chose ne tourne pas rond dans ce plan.
      - On sait qu'c'est "UN jeune"?
      - Cath... je sais pas plus. J'comprends ton stress, mais...
      - Je sais... tes sources font s'qui veul... s'qui peuvent. S'cuuuse.
      Doc laisse Catherine délibérer seule avec sa confusion et retourne vers l'intérieur du garage. Remettre ses bottes est tout aussi pénible mais ce n'est pas le pire. Le pire, c'est le poids de toutes les questions entourant cette opération. C'est ça qui ralentit l'ex-caporal. Elle se laisser bercer une seconde par les craquements des outils de soudure de Maurice puis interpelle le vieux médecin desséché avant qu'il ne descende toutes les marches menant à sa clinique. Catherine ne veut pas qu'il ferme la porte sur toutes les réponses qu'elle souhaite entendre.
      - Qu'est-ce qui crissait là-bas, à Bonne Terre? C'est fucking loin!
      Sa première et seule question n'était pas la plus compliquée à répondre. Si le "jeune" se promenait avec de la marchandise illicite (y a-t-il encore quelque chose d'illicite à cette époque déjantée?), il devait forcément se rendre à Bois'Riand. Mais Doc prend bien une bonne demi-dizaine de secondes avant de répondre.
      - Y se serait mis à dos le RedHead, faque y s'rait pousser aussi loin qu'y'a pu. On aimerait ça mett'e la main d'ssus avant qu'la gagn' du Grand Rouquin l'ramasse.
      - Oh boy... si les rumeurs sont vraies, j'me d'mande qui qu'y'est pire. Les Enfants ou s'gars-là. En-tu-cas, y'est pas sorti du bois.
      - J'dirais surtout qu'y'est perdu dans l'champ. Y s'rendait à Bois'Riand. Et comme la Noblerie fait pus tellement d'échanges avec les Familles depuis leur illumination...
      - S'tait pas le meilleur des ch'mins à prendre, ouin. Mais... y'aurait pu vendre sa came Chez Rocco. On dit qu'c'est l'neveu de Boss Giovani. C'est cave d'êt'e juste parti avec.
      - Ouin pis Rocco aurait récolté le bounty su' sa tête. Y'a plutôt joué ça smart.
      - Y'a un bounty su' sa tête?
      - Sur toute sa gagn'. Prépares-toé, Jack s'en vient, conclut le médecin avant de disparaître.
      Catherine prend une autre gorgée chaude et amère, ne sachant toujours pas quoi faire du maigre topos qu'elle a sous la dent. Mais comme il y a déjà plusieurs mois qu'elle est restée sous la touche à faire des tâches ingrates, comme faire de la récupe pour Maurice ou nettoyer ses armes de service, un peu d'action ne lui fera pas de mal.

 

      Le chauffeur évite de se retrouver la tête criblée de chevrotines en se détachant au dernier moment. Il n'arrive toutefois pas à sauver sa jambe gauche. Les bras sont soudainement habités d'une force extérieure et parviennent à le tirer vers l'arrière du véhicule. L'adrénaline lui fait oublier toute notion de douleur. Une fois adossé fiévreusement à la paroie blindée du compartiment médical, il saisit d'une main tremblante son arme de service qui s'était réfugiée d'elle-même à l'arrière. On l'avait prévenu que son prisonnier ne se laisserait pas prendre aussi facilement. Il n'a peut-être pas bien compris sur le coup ce que ses supérieurs voulaient dire par là.
      La civière où se trouve le prisonnier est renversée et rien ne bouge en-dessous. Avec l'impact qu'a subi l'ambulance et la pirouette qu'elle a fait sur elle-même, les chances que le jeune bandit ait survécu au choc sont minces. Peut-être le laisseront-ils tranquille si le conducteur crie très fort que leur ami est mort. Peut-être voudront-ils lui faire payer encore plus cher.
      Cette réflexion est interrompue par une toux creuse venant d'une gorge serrée.
      - HEEEEY! TU SAIS-TU FUCKING CONDUIRE, GROS CAVE?!
      Tout compte fait, peut-être aucune de ces réponses.

 

      Arrivée à Dock, la camionnette de Jack s'engage sur la première passerelle qui mène au poste frontalier. Elle pénètre sur le pont inférieur de l'une des grandes épaves échouées là depuis la Grande Guerre. On ne les salut même pas et le mercenaire ne ralentit presque à aucun moment. Ils traversent toute la flotte, franchissent ses nombreux postes de sécurité sans que personne ne les arrête.
      Juste avant d'atteindre la petite archipelle d'îles située devant l'ancienne ville de Sorel, Catherine regarde la cicatrice gangrénée qu'est devenue cette partie du Fleuve Saint-Laurent, dépouillée du tiers de son eau. Elle se demande qui, parmi la crapulerie de Station, pouvait bien être leur rescapé du jour. Un nom ressort du lot et elle espère de tout coeur que ce ne soit pas celui-ci.
      - Connaissais-tu les Ferrons? demande-t-elle à Jack.
      - ...
      L'intérieur de la camionnette du mercenaire est à l'image de son conducteur: intime et réservé. De la banquette émane une odeur de vieux sièges pourris qui valse dans l'air ambiant avec des poils de la fourrure à Salvia, son adorable golden-retriever. Il y a aussi ce cliquetis subtil des bouteilles de whisky qui s'entrechoquent que la voiture subit une secousse. La caisse est dans un compartiement dissimulée quelque part dans la voiture. Mais Catherine n'a jamais su où.
      L'homme porte son légendaire Stetson usé sur sa tête en permanence. Elle ne l'a jamais vu l'enlever ou porter autre chose.
      - Tu l'as pogné où, ton chapeau d'cowboy?
      - ...
      Le vieux Jack n'est pas très bavard. La seule chose que Catherine connaît au sujet du mercenaire, c'est son accent anglais de l'Ouest canadien, lorsqu'il daigne dire quelques mots. Être en voiture avec lui peut créer le malaise, mais comme on peut compter sur lui en cas de besoin, c'est plus facile de passer outre. Encore faut-il avoir l'argent pour le payer.
      - Ça t'fait-tu d'quoi de pus être le seul camion qui roule s'a 40?
      - ...
      Une fois sur la Transcanadienne, Jack tourne vers la droite à la sortie et non vers la gauche. Ils ne s'enfoncent donc pas dans les ruines de Berthierville. Aucune hésitation ne s'est fait dans son esprit, ce qui trouble profondément Catherine. Ça ne faisait pas partie du plan et pourtant, ça a semblé naturel pour lui.
      - Euh... j'me doute qu'tu sais c'est par où Joliette, fait qu'j'aim'rais savoir pourquoi on va pas dans l'bon sens.
      - ...
      Cette histoire recommence à ne pas avoir de sens. Même Salvia, qui était couchée sur sa banquette arrière, dresse la tête et se met à renifler les quelques soupçons de secrets dans l'air. Si le plan était de procéder à l'échange autour de Berthierville, pourquoi se dirigent-ils dans la direction opposée?
      À seulement quelques kilomètres du Cul-de-la-Baie, une vieille ambulance se trouve retournée à l'envers. Le bec fume comme une cheminée à Noël. Sur le côté se trouve un symbole que l'ex-caporal Savard connaît très bien.
      - C'est des gars d'la RNQ...?
      Jack descend le premier de la camionnette, arme en main. Catherine voudrait avoir un moment pour encaisser cette nouvelle information mais, avec un bref coup-d'oeil, elle peut voir une personne gigoter à l'intérieur du véhicule. Des survivants! Ses objectifs viennent de changer: ce n'est plus une opération de transfert, c'est maintenant une mission de sauvetage. Elle descend à son tour et pointe son fusil d'assaut dans toutes les directions. L'ennemi se trouve peut-être toujours dans le coin. L'ex-caporal aura besoin de toute sa concentration alors elle démarre son métronome mental.
      Catherine approche du mercenaire et se prépare à intervenir.
      - On fait quoi, asteur?
      Sans dire un seul mot, Jack joue de toutes les bruyantes étincelles de son calibre .12 semi-automatique. Il fait tourner le barillet deux fois en direction du chauffeur blessé. La surprise glace le sang dans les veines de Catherine. Elle n'en croit ni ses yeux ni ses oreilles. Jack vient d'ouvrir le feu sur un allié. La silhouette passe de justesse à l'arrière du véhicule.
      - What the fuck, Jack!
      - You only need the cargo. J'm'occupe du rest.
      Alors il n'y a pas de retour en arrière. Catherine devra choisir entre respecter les traités d'alliance entre les rives Sud et Nord, ou en faire son deuil et poursuivre sa mission. Jack est déjà en marche vers l'épave de l'ambulance. Elle redémarre son métronome et passe directement à l'arrière du véhicule. Elle doit sauver son colis et ce, même si elle ne comprend pas contre qui ils se battent.
      Si elle le sait. Ils attaquent un transport de la République du Nouveau Québec... Pourquoi?
      Le tic-tac dans l'oreille interne de l'ex-caporal Savard est en train de lui refiler la migraine. C'est clairement un coup planifié par Jack et elle doit le suivre pour réussir sa mission. Mais à quel prix?  Son entraînement dans les Forces Royales Canadiennes a pris le dessus. Catherine Savard et ses opinions n'ont plus rien à voir. Un bon soldat mène sa mission à terme.
      Ses jambes avancent désormais toutes seules. La sensation de ses muscles s'engourdit légèrement. C'est avec un certain vertige qu'elle laisse ses mains se saisir des deux poignets, tirant de toutes ses forces sur les portières du véhicule. Celles-ci résistent. L'ouverture ne fait pas plus d'un centimètre d'écart, même pas de quoi faire passer une souris. Malgré la carrosserie aluminium déformée par l'impacte qu'à subit le toit en s'écrasant, les loquets semblent avoir tenu le coup. Catherine perçoit les sursauts du soldat terrifié de l'autre côté des portières. Elle se demande quel peut bien être son grade.
      - Hey! du calme! On va devoir t'sortir de là, ça va sauter dans très pas long.
      - Ça reste à woir! lance le soldat, laissant entendre le glissement de sa culasse pour leur faire comprendre qu'il est armé.
      Il a bien mal choisi son moment pour ignorer sa situation. Et il a raison. La confiance ne se gagne pas à coup de calibre .12mm dans la gueule mais le temps... le temps ne viendra pas en renfort non plus.
      Alors que l'ex-caporal tente de son côté à chercher d'autres arguments pour désamorcer la tension, l'oreille presque collé à l'ouverture entre les deux portières pour mieux entendre, celles-ci bondissent violemment en direction de sa tête. L'esprit de Catherine garde la cadence malgré la surprise. Le colis essaie de s'échapper. Elle se met alors à suivre le mouvement en essayant de tirer de son côté.
      - HEY! cri alors le soldat blessé dans la fourgonnette. ARRÊTE! ARRÊTE OU J'TE FAIT SAUTER 'A TÊTE!
      Bien alors tire, se dit Catherine. Qu'est-ce qu'il attend? Ce peut-il que ce "jeune" aie plus de valeur vivant que mort?
      Une voix creuse et autoritaire parvient de devant la voiture, paralysant tout le monde dans leur élan; même les coups dans la porte ont cessés.
      - Soldier... J'ai disconnect la fusion core. Tu es tu'seul icite, pas d'reenforcement, pas d'partner. Laisse le kid go pis on va t'laisser aller che'vous.
      - Vous fait pâs confiance!
      - Cry me a river, fait une troisième voix, celle-ci plus proche de l'ex-caporal.
      Catherine arrive à voir de là où elle est la soudaine abondance de fumée qui sort de l'avant du véhicule. Elle est sombre et opaque comme une sale journée de merde. Le prisonnier se remet à pousser sur les portières sans prendre compte des précédentes menaces faites à son égard.
      Un coup de feu est tiré. Catherine, choquée, lâche la maigre prise qu'elle pouvait avoir sur la porte et ne recule que quelques pas. Ont-ils échoué? Les coups-de-pieds se font de nouveau muet. Seul le souffle rauque et paniqué du soldat se fait entendre.
      C'était leur unique lien avec les survivants de Station et ils viennent de le perdre.
      Un rugissement aigu mais bestial remplace le calme de la défaite, très vite accompagné de la cacophonie de bardassements indescriptibles. Les deux hommes sont en train de se battre.
      Le combat monte très vite dans son crescendo, faisant trembler les parois du fourgon comme une cage dans laquelle sont enfermés deux carcajous. Des grognements très jeunes mais non exempts d'animosité finissent par réduire les coups donnés au singulier. La scène est replongée dans un calme anxiogène pour la jeune femme, renforcé par le bruit mental de son métronome. Des pas se mettent alors à traverser le désordre invisible du véhicule.
      Le feu s'est officiellement déclaré au niveau du moteur, ce qui ne laisse que quelques secondes au duo pour rejoindre la camionnette et fuir la scène. Le métronome de Catherine a fait ses derniers cliques et elle décide de rejoindre Jack à l'avant du fourgon. De par les flammes, elle voit qu'une forme est passée entre les deux sièges pour ouvrir la portière du conducteur sans trop d'effort. Le jeune garçon qui en est sorti ne fait pas plus de cinq pieds de grandeur. Il porte une tuque noir très usée et le reste de son hygiène vestimentaire a probablement connu de meilleurs jours. Du sang perle sur son bras gauche et à quelques endroits sur son visage.
      - Yo... dit-il seulement en titubant dans leur direction. On décriss-tu?

 

À SUIVRE...

 

      Jimmy presse le pas dans les couloirs de l'État-Major, siège décisionnel de la RNQ situé dans une base dont personne ne connaît l'emplacement. Les nouvelles sont... disons-le, pas bonnes du tout. Les derniers rapports de l'équipe de récupération sont en retard de trois heures et les dernières entrées ne présageaient rien de bon. Et puis la mission d'extraction n'est pas rentrée de son aller-retour vers la Noblerie. Sans être une catastrophe, ça ne risque pas de plaire au Général Prime.
      - Hey Jimmy! On s'fait une game de Grognak après l'quart?
      - J-j-j'... j'ai pas, bégaie le pauvre lieutenant Welch en se retournant à peine, poursuivant sa course vers la crise cardiaque.
      Il pousse les portes du bureau du Général et il semble y faire encore plus froid ici que dans le reste de la base. Sa secrétaire, sergent Penelope, est devant son terminal en train de finir un rapport, sans doute. Jimmy se place à trois pieds devant son pupitre, tout en faisant son possible pour se retenir de trembler.
      - Les'les rapports de'de Laval et de l'équipe d'ex-x-x... d'ex-trac-tion, finit-il par annoncer en appuyant sur chaque syllabe.
      Le sergent Penelope quitte son écran pour ne hausser qu'un seul sourcil. Le silence est plus gênant que si Jimmy l'avait invité à dîner.
      - Je dois en'en informer le G-g-g-énéral Prime de t'toute urgence...
      Sans quitter le lieutenant Welch des yeux, le visage toujours figé dans ce haussement de sourcil unique, elle presse le bouton sur l'intercom et en appelle à son patron.
      - Général, le lieutenant Welch a les rapports sur Laval et la mission "Rapatriment". J'vous l'envoie. Allez-y... m'sieu, finit-elle avec un salut militaire sans aucune conviction, sans même se lever de sa chaise dans son supérieur.
      Encore deux autres portes à passer, pourtant les jambes du lieutenant refusent de bouger. Pas sans un pénible effort. Les deux grandes portes d'acier renforcé prennent un temps concidérable avant de s'ouvrir complètement. Ce qui laisse le pauvre lieutenant le temps de méditer sur sa façon de présenter ses deux rapports. Pour ce qu'en comprend Jimmy, ce n'est vraiment pas le bon moment d’essuyer des échecs. Mais quelqu'un doit bien délivrer les mauvaises nouvelles et ça, c'est son travail.
      Pour une base d'une telle ampleur tant par sa taille que sa complexité, le bureau du Général Prime est pourtant bien petit. On n'y trouve qu'une table de travail, sur laquelle repose un terminal, et une chaise pour le Général. Pas d'autres sièges pour accommoder quelque visiteur, ni autre meuble pour entreposer quoi que ce soit. Les murs sont dénués de toute décoration, voire d'outils pratiques comme une carte de la province. Le sol n'est garni d'aucun tapis. Toutefois, le symbole de la RNQ est représenté dans un genre de mosaïque sur le plancher: le Q de couleur blanc devant une fleur-de-lys bleue enflammée, le tout recouvert d'une mince couche de cirage. La lumière presque aveuglante du plafond fait ressortir les reflets des flammes du dessin en accentuant les différents tons d'orange, de jaune et de rouge. Jimmy n'arrive pas à se décider si c'est le dessin dans le bureau de son patron qui est le plus intimidant, ou son patron lui-même.
      - Lieutenant Welch.
      Jimmy exécute son salut officiel puis ramène rapidement ses bras le long de son corps pour former un garde-à-vous plutôt tendu mais parfaitement positionné.
      - M'sieu, on a perdu contact avec-eeee... l'équipe duuu Spaciodôme de Laval et... celle de l'extraction n'est... pas rentrée. De Joliette.
      - Les Enfants n'ont pas accepté la pile à fusion comme offrande?
      - Ou-oui, m'sieu. Et nous avons eu la con-firmation que l'échange... a bien eu lieu. Seulement... ils ne sont pas rentrés.
      - D'accord. Avez-vous remis votre rapport écrit au sergent Penelope, lieutenant?
      Le... rapport... écrit? demande Jimmy au travers ses lèvres parfaitement closes.
      - Lieutenant?
      - M'sieu... on-on a encore trop peu d-de d'détails, se remet-il à bégayer.
      - Peut-être, mais les archives sont essentielles au bon fonctionnement de notre fondation, lieutenant. Il faut que vos notes soient envoyées au sergent Penelope pour qu'elle puisse compiler les données en date et en heure. Ça, avec les quelques indices qu'une éventuelle équipe de reconnaissance pourrait recueillir sur les lieux, nous permettraient d'établir un calendrier des évènements. Ces rapports sont ensuite utiles à la division des renseignements pour dresser un portrait de la situation et nous aider à agir en conséquence. Vous comprenez tout ça, pas vrai lieutenant Welch?
      Le pauvre lieutenant ne sue jamais autant en dehors de la salle d'entraînement physique. S'en est tel qu'une buée aveuglante commence à se former sur les lentilles de ses lunettes. Sa voix tremblante cherche ses mots pour lui, sans grand succès. Il a l'impression d'avoir commis deux fautes magistrales en moins d'une heure et craint le pire.
      - M'sieu, je...
      - Vous avez l'air... très anxieux, lieutenant. Vous allez bien?
      - Ou-oui, m'sieu. Je...
      - Se tromper... ce n'est pas la mort, surtout si vous avez quand-même les meilleures intentions à bien faire votre travail. Nous ne sommes pas comme ces barbares du Sud... ou ceux qui nous ont mis dans ce pétrin en premier lieu. On ne va pas vous exécuter ou vous jeter dehors de la fondation pour avoir oublié de remplir des rapports. Alors détendez-vous. C'est un ordre.
      Jimmy lâche le souffle le plus délicieux de sa vie. Il réajuste la monture de ses fonds de bouteilles et ose même briser son garde-à-vous pour porter une main soulagée sur sa poitrine.
      - Oui m'sieu. Merci, m'sieu. Je repars rédiger mon rapport.
      - Ce ne sera pas la peine. Vous êtes levé de votre fonction.
      Une balle n'atteint pas le coeur aussi vite.
      - C'co... comment çâ... m'sieu?
      Son accent d'origine refait surface; c'est une troisième erreur marjeure dans sa journée.
      - Pour occuper un poste de lieutenant, il faut avoir du nerf, de la loyauté et une certaine autonomie. Je ne donne pas toujours moi-même les grades à mes officiers et je suis conscient que vous, les réformés, vous vous faites parfois quelques faveurs entre vous. C'est correct. Mais je peux pas me permettre d'avoir un officier sur le bord de l'infarctus chaque fois qu'il reçoit un rapport négatif. Alors vous serez rétrogradé à caporal et votre nouvelle affectation sera sur l'écho-surveillance du secteur. Ça vous laissera le temps de décompresser et nous pourrons bénéficier pleinement de votre bonne volonté à bien faire votre travail. Et cette affectation entre en vigueur au prochain quart, alors vous irez immédiatement vous reporter au capitaine en charge de la Section A. Il vous donnera les bonds pour faire changer votre uniforme. Disposez.
      Lui arracher le larynx n'aurait pas pu le laisser autant sans voix. Lui crever les yeux n'aurait pas pu lui retirer aussi violemment l'envie de pleurer. Jimmy a toujours voulu trop bien faire et c'était une fierté, pour lui. Ses deux plus grands plaisirs étaient d'abord de bien servir la RNQ, et puis de jouer le Puissant Zaxtar dans les Aventures de Grognak avec Ned et les autres après leur quart. Il peut oublier le deuxième.
      - Disposez, caporal, répète le Général Prime avec calme.
      Jimmy attend, mélancolique, de repasser la porte du bureau de son patron et traîne lentement le pied à destination de la Section A. En passant devant le bureau du sergent Penelope, il entend la voix du Général filtrée par l'intercom répéter ce qu'il savait déjà.
      - ... mettez au registre que le lieutenant Welch en charge de la coordination des équipes de reconnaissances est relevé de sa fonction et rétrogradé à caporal. Sa nouvelle assignation sera à un poste d'écho-surveillance dans le Secteur A. Effectif immédiatement. Je veux une équipe de reconnaissance sur l'autoroute 40 pour retrouver le véhicule d'extraction manquant et en récupérer l'essentiel si celui-ci est endommagé. Vous serez l'agent de coordination d'office pour ces tâches car j'ai confiance en vous et votre travail, sergent Penelope. Je veux également une enquête pour savoir ce qu'il s'est passé. Pour finir, assurez-vous qu'un véhicule aérien soit en état de voler dans les prochains jours avec une escorte en armure-assistée. On va rendre visite à un vieil ami.

Épisode 2

Révélation

      La nuit, après ses cauchemars, Melane tend les bras tout autour d'elle. Elle cherche à sentir la présence des enfants avec ses mains anxieuses. Son coeur devient un réacteur en pleine fusion lorsque l'un d'eux change de place ou décide de s'éloigner durant la nuit; elle pense surtout à la petite Béatrice, six ans. Elle leur répète pourtant à tous les soirs qu'ils ne doivent pas s'éloigner. Tous doivent rester collés les uns aux autres pour éviter un malheur. Ces... personnes... n'auront aucune pitié envers aucun d'entre eux. Mais ils ne doivent pas s'en faire: tant qu'ils restent près d'elle, ils n'auront pas à s'en faire.
      Cédrique, Mia et Julie; frères et soeurs; Béatrice, Franscesca, Malcolm et Guillaume. Leurs parents étaient tous morts, alors ils n'ont plus qu'elle pour les protéger. Madame Lalonde, leur institutrice.
      Par moment, la jeune femme réalise qu'il y a dix ans de cela, jamais elle ne se serait retrouvée dans cette position. Jamais elle n'aurait mis sa vie en jeu pour qui que ce soit. Le responsable de ce changement de personnalité n'est plus là et Melane donnerait cher juste pour avoir la chance de lui exprimer ses frustrations, ses angoisses et ses envies... au moins une dernière fois.
      Ce responsable était un homme grand avec une carrure bien solide du nom de François. Ses yeux d'un bleu sombre avaient cette rondeur, cette calme vivacité que Melane n'a jamais vu chez personne d'autre que lui. Ils avaient aussi parfois cette tension lorsqu'il regardait à travers le temps.  Mais c'est lorsqu'il vous regardait vous, droit dans les yeux, que le miracle opérait et ce peu importe si vous y étiez prêt ou pas. Vos émotions ne demandaient alors qu'à sortir. Et plus vous y résistez, plus elles criaient fort. Jusqu'à ce qu'elles arrivent à vos lèvres. Ses cheveux blonds tiraient sur le châtain quand approchait l'hiver. Il aimait les vieux bluesmen noirs comme Robert Johnson, mais n'hésitait pas à endiabler une soirée avec  Jack White. Et François avait se tique avec la bouche lorsqu'il réfléchissait. Il retroussait ses lèvres en forme de coeur et étirait son rictus sur le coin de son visage, comme s'il essayait d'embrasser sa propre joue.
      Ce sont tous ces petits détails qui manquent à la jeune femme, aujourd'hui. Melane s'efforce à se les remémorer afin d'oublier... oublier que sa vie et celle des survivants de Franktown ne tiennent plus qu'à un fil.
      Il y a dix ans, Melane n'aurait éprouvé aucune sympathie pour ces gens, aucun amour. Deux fois orpheline, elle ne se souvient pas du tout de sa première famille. Ils ont forcément été présents à un moment de sa vie, se dit-elle souvent, car elle n'aurait pas fait un effort considérable pour les oublier dans le cas contraire.
      L'époque où Melane est née était de grands bouleversements. Une guerre venait de se terminer et la vie tentait de toutes ses forces de reprendre son cours. La North American Alliance, avec ses stupides règlements, commençait à éparpiller ses soldats parmis les derniers refuges délaissés par le retrait de la République. Elle implantait graduellement sa présence sur le territoire de la Rive-Sud. Cela a mené à plusieurs déportations pour bien répartir les nouvelles forces ouvrières et militaires. Melane, comme bien d'autres avec elle, se voyait expédier d'un village à l'autre, d'un camp de travail à l'autre, au bon grés des priorités du moment. Elle n'avait pourtant ni l'âge pour travailler, ni l'âge pour faire partie d'une force armée.
      D'une famille à l'autre, la petite fille ne rencontrait que des gens maussades et d'une rigueur dénuée de chaleur. Et lorsqu'elle a reçu sa première claque au visage, un côté féral qu'elle ne se soupçonnait même pas s'est mis à prendre le dessus. Sa réponse fut prompte et violente. Elle s'est découvert un force que démontrent peu de jeunes filles de son âge. En se regardant dans le miroir après coup, elle a vu que son reflet lui souriait. Il lui a promis que plus un seul prétendu parent ne réussirait à lever la main sur elle sans en payer les conséquences. Melane venait de rencontrer le Monstre.
      Il lui donna le courage de continuer et une toute nouvelle vie commença pour elle. Une vie de victoire contre l'adversité. Une vie sans peur devant la monstruosité de ce monde. Son Monstre à elle serait plus fort. Mais c'est aussi là que commença les vrais ennuis; lorsqu'elle mit le feu à la maison d'un sale porc à New-Sherbrook. Il prétendait avoir le droit d'abuser d'elle sous prétexte qu'elle n'était rien de plus qu'une réfugiée qu'on lui avait collée dans les pattes. Et apparemment, elle a les yeux des communistes et les communistes sont ces gens qui ont détruit le monde entier. Sauf que Melane n'a connu que ce monde-là; sec, fétide et empoisonné. Il a toujours été en décomposition. Les communistes ont peut-être tout bousillé sur la planète, mais ça prend de sérieuses bandes de crétins pour le laisser tel qu'il est. Alors toute cette merde n'était pas sa faute. Ce gros connard l'a bien cherché.
      La NAA, toutefois, ne l'a pas vu de cet œil. Melane ne voulu pas risquer d'être arrêtée et jugée, alors elle a fuit pour s'aventurer sur les terres désolées.
      Le "wasteland". C'étaient des forêts d'animaux sauvages et agressifs, ou des villes en ruines toujours remplies de cette mort qui rôde pour vous dévorer le visage. Vous dévorer l'âme. Les mecs de la NAA appellent ceux rongés par la mort "les goules". On dit que c'est ce qui attend tous ceux qui errent sur le wasteland sans eau, sans nourriture, et sans la protection de la NAA. Mais Melane s'en foutait. Ainsi que de leurs avertissements. Tout ce qu’elle voulait, c’était de ne plus rien devoir à personne qui n'était pas prêt à rendre la pareille.
      C'est aussi là qu'elle a compris la valeur du travail. Pour survivre dans ce monde triste, il lui fallait un boulot. La récupe était ce qu'il y avait de mieux sur le moment. C'était un boulot qui lui permettait de voir du pays sans attache. Tous les campements et villages ont besoin d'un "scavy". Quelqu'un pour braver le wasteland à leur place. Souvent afin de trouver des objets simples, parfois pour récupérer quelque chose de vraiment rares. Elle n'hésitait pas à se rendre dans les endroits les plus risqués pour leur apporter ces objets. Des objets auxquels on apportait un soin particulier, ou simplement leur donner une seconde vie. C'est plus que ce que Melane n'aie jamais eu durant toute sa vie jusque-là.
      Et puis ramasser de vieilles choses et s'interroger sur leur histoire, leur utilité, s'est mis à éveiller chez la jeune fille quelque chose qu'elle avait oublié depuis longtemps: de l'enthousiasme.
      C'était essentiellement un travail non-violent. Ce qui ne veut pas dire qu'elle ne rencontrait jamais de problèmes. Sans parler des bêtes et des goules qui gouvernent ce royaume oublié, il y a aussi des bandits sur les routes commerciales. Des voleurs de grands chemins qui ne savent rien de la fierté du travail bien fait. Mais le plus grand danger que la jeune fille pouvait rencontrer, ce n'était ni les monstres ni les idiots.
      C'était les patrons. Ceux qui "s'engagent" à vous payer pour votre travail.
      Les premières années étaient difficiles car son signalement se retrouvait partout sur sa route. Une jeune fille dangereuse parcourant les terres désolées et attaquant parfois les honnêtes travailleurs de la NAA. Beaucoup portaient crédit à ses ragots, alors les occasions d'abuser de cette opportunité durant les négociations étaient courantes. Donc oui, il arrivait qu'un nez se brise ici et là. Elle devait sans cesse éviter les patrouilles et on lui refusait parfois des contrats juteux malgré sa réputation grandissante de scavy sans peur. Elle devait trop souvent se résoudre à accepter de la bouffe au lieu de quoi s'en acheter elle-même.
      "N'import'qui peut faire çâ" est l'excuse postillonnée au visage des "scavies". Et Melane s'est trop souvent essuyer le sien afin d'avoir juste de quoi manger pour un soir.
      Plus elle se mettait à avoir faim, plus le Monstre aussi.
      Melane finit par s'équiper d'une chaîne à maillons plutôt épais, un crochet à viande fixé à son extrémité. Cette beauté s'est accroché plusieurs crâne de goules sauvages durant ses excurtions post-urbaines. Elle s'est aussi mis à carresser avidement l'entre-jambe d'une grosse merde qui refusait de la payer. La violence de ses approches amplifia les rumeurs sur sa férocité. Les autres scavies la regardaient avec admiration, mais les contrats venaient encore moins souvent. Les boulots qu'elle décrochait étaient encore plus dangereux. On l'envoyait à des endroits qui n'étaient pas fait pour une jeune adolescente.
      Mais plus elle se mettait à avoir faim, plus le Monstre aussi.
      Melane avait beaucoup de mal à se faire des amis. Elle regardait les autres avec mépris. Si personne n'était de traiter autrui avec décence, alors pourquoi ne pas tout raser une fois pour tout et oublier que les humains aient jamais exister? Lorsque Melane allait s'asseoir près d'un feu et en comtemplait les flamme dansant, il y revoyait le maison de ce sale porc de New-Sherbrook. Et pourquoi pas toute la ville, tant qu'à y être? Si elle doit être un Monstre à leur yeux, peut-être devrait-elle leur donner raison, se disait-elle. Peut-être que ça la soulagerait.
      C'est autour de cette période que la chance s'est mise à lui sourire en coin.
      Elle cherchait en vain un boulot à Dock. Il faut un permis pour travailler dans la ville-état, mais les garanties d'être payé sont plus certaines. Le Conseil cherche à reconstruire la confiance des gens envers une institution ou du moins, envers sa communauté. Melane n'éprouvait aucune affection pour ce genre de notion. Elle voulait seulement une meilleure vie. Un petit chez soi avec un toit, une porte et un matelas si possible.
      Puis elle a croisé cette goule sympa accompagné de son mécano. Ils voulaient qu'elle leur rapporte un drôle de bracelet. C'était un truc énorme qui prend tout l'avant-bras, incrusté de plein de boutons et un petit écran à peine plus grand que sa main. Le problème, il fallait faire mal à quelqu'un. Comme le autres scavies parlent souvent de cette gamine qui n'a pas froid aux yeux...
      Melane n'aime plus trop parler de ce qui s'est passé, là-bas. Le job a été fait et c'est tout ce qui comptait. Puis, on lui a enfin les choses qu'elle voulait entendre:
      "Une bosseuse comme toé, ça se paye comme du monde" avait dit la goule avec un drôle d'accent; la plupart des goules sympas ont plus ou moins le même. Il lui a signé un papier, "une dérogation" comme il l'appelait. Présenter à quelqu'un des Hauts-Quartiers de Dock, ce papeir lui obtiendrait un permis de travail permanent chez n'importe qui à Dock, sans question ni délai. Une chance comme celle-là ne vous fait sourire qu'une seule fois dans votre vie. Melane n'avait pas tendance à sourire à ce point.
      La ville-état était tout ce qu'elle avait pu souhaiter, même s'il y avait trop de monde à son goût. New Sherbrook est un village de paumés, à côté. Tant de maisons reconstruites! Une grande allée de marchands en tout genre, deux casinos, une arène de combats qui prend des paris, un hôpital et un grand hôtel de luxe reconstitué; ce grand bâtiment a un bain public avec de l'eau chaude! La ville respirait tellement la vie que Melane pouvait lui pardonner d'avoir elle aussi des troupes de la NAA en garnison.
      Mais la vraie attraction de la ville, celle qui rapproche les curieux et fascine par son ingéniosité, ce sont les Hauts-Quartiers. Une flotte entière de vieux bateaux datant de la Grande Guerre ont échoués devant les quais de l'antique ville. C'est là que les natifs de Dock résident et là où se trouve le Conseil de ville. Plusieurs ponts rattachent ces navires ensembles et certains se rendent même jusqu'à la péninsule d'îlots de l'autre côté du fleuve. C'est la seule route marchande entre les rives sud et nord de tout le pays. Sur le plan "récupération d'objets historiques", Melane n'avait jamais rien vu de tel. C'est pour maintenir ce genre de projets à flot qu'on a besoin de gens comme elle pour la récupe. Elle pensait enfin avoir trouvé sa place... peut-être aurait-elle dû tout faire pour y rester.
      Plus elle se mettait à avoir faim, plus le Monstre aussi.
      Melane n'a eu que la chance inouïe de voir tout ça le jour de son arrivée à Dock. Elle a également été forcée de visiter les cellules d'emprisonnement de la milice locale. C'étaient des cabines aux murs en acier rouillé. C'était plus petit que cette pièce où ils sont enfermés en ce moment, elle et ses enfants.
      Il ne lui aura fallu que trois heures, un geste déplacé sur sa fesse gauche de la par d'un futur patron et quelques "coups-de-poing perdus" pour gâcher l'opportunité de sa vie. Elle lui a également brisé la main avec sa chaine. Quelque chose dans sa tête avait décidé de ne plus faire aucune connection.
      "T'èmes sâ, gro laite?!", tandis qu'elle enchainait les coups. "Dis à moman qu't'èmes sâ!"
      Ce gros dégueulasse est allé se plaindre à la milice et qu'elle est eu cette fameuse "dérogation" entre les mains n'y a pas changé grand chose. De plus, certains juristes qui allaient juger de son sort faisaient partie de la NAA. Ils connaissaient son visage et son passé. La réputation turbulente de Melane s'est frayer un chemin depuis New Sherbrook et s'est d'elle-même assise sur le banc des témoins à son procès. Faut croire que brûler la maison d'un bon citoyen laisse une mauvaise impression.
      Il paraît que la milice de Dock est très sévère concernant les comportements violents au sein de ses murs. Paraît que ça peut aller jusqu'à l'exil vers l'île de No-Go City. Paraît que c'est pire que la mort.
      Lorsqu'est venu le temps pour ces juristes de délibérer, Melane se croyait perdue. Mais une voix douce et chaleureuse se distingua du ton austère des autres membres du juri. Cette voix était celle d'un homme pas trop grand mais solide, avec des yeux sombres et les cheveux blonds.
      François... François Lalonde.
      Il a demandé la permission à la juge, une jolie femme avec les yeux des communistes, de s'adresser à "l'accusée" puis il s'est tourné vers elle.
      "Tu as quel âge?" lui a-t-il demandé avec un drôle d'accent, le même que certaines goules sympas. Sauf que Melane ignorait totalement l'âge qu'elle avait.
      "D'où tu viens?". De partout à la fois.
      "Où sont tes parents?". Ça a profondément agacé la jeune fille de devoir répondre. Elle n'en avait jamais eu, comme de nombreux jeunes réfugiés avec elle, et ça valait mieux comme ça.
      S'en suivit un moment de silence gênant, puis François demanda une fois de plus la permission, mais cette fois de s'adresser seul-à-seul avec la juge. Ça n'a pas eu l'air de plaire aux autres juristes.
      À leur retour, la juge prononça son ordre d'adoption. Melane devait partir vivre avec cet homme qui avait intercédé pour elle et qu'elle ne connaissait même pas. Elle aurait voulu refuser, mais la juge lui a bien fait comprendre qu'on ne lui laisserait pas le choix. Elle n'aurait aucune clémence, peu importe ce que ça voulait dire, peu importe qu'elle n'ait rien fait aux gens de Dock.
      Et c'est comme ça qu'elle est débarquée à Franktown. C'est comme ça que François est devenu son père.
      L'aube se dresse lentement à l'horizon de ses mille feux, mais ne réchauffe pas le coeur fatigué de Melane. Des pas se font entendre de l'autre côté de la porte. Elle peut voir le visage de l'une de leur geôlières de part la lucarne. Bientôt, on viendra la chercher par le canon d'un arme à feu. On va probablement encore lui ordonner, à elle et d'autres citoyens de Franktown, de couper du bois et des bouts de fils barbelés pour travailler sur ces croix qu'ils devront installer dans le gymnase de la vieille école. Melane espère seulement qu'à son retour, il ne lui manquera pas un autre enfant... comme on lui a promis.

 

      Plus tard dans la matinée, à quelques dizaines de kilomètres sur la Rive Nord, une petite explosion nucléaire a balayé un groupe de voitures abandonnées sur l'autoroute de la Transcanadienne. Personne n'était là pour voir qu'une camionnette avec trois personnes à bord quittait la scène, laissant deux cadavres être atomisés afin d'effacer les preuves.

 

      - Whirling Triangle Fist Présente -

 

      L'explosion fut quand-même assez intense pour avaler la lumière du soleil bref moment. Catherine n'a pas regardé directement, trop dangereux d'y laisser la vue. Aussi trop pénible d'y repenser. Jack avait pourtant dis que la pile à fusion avait été retirée. Mais comme ça, la RNQ ne saura jamais qu'ils étaient sur place, a-t-il affirmé en retour.
      Un seul coup-d'oeil vers celui qui se tient à l'arrière de la camionnette ne suffit pas la convaincre. Qui est ce jeune? Ces satanées bombes ont rétrécient le monde après qu'elles soient tombées. La jeune femme a connu pas mal de gens à Station depuis les trois dernières années, voire sur toute la Rive-Sud moderne et ce qu'il reste comme territoires habités plus au nord.
      Mais ce visage-là, elle ne l'avait jamais vu nulle part.

 

      - Un récit créé par Gabriel/Arouth et Pascal "Ramael" Cadieux -

 

      - En passant par Dock, commence nerveusement l'ex-caporal Savard, réalisant pleinement ce qu'il venaient de faire, on va avoir la protection d'la NAA.
      De par son ancienneté dans les Forces Royales Canadiennes, Catherine sait ce que leur action signifie pour les deux factions si ça venait à se savoir. La RNQ voudrait savoir pourquoi on a attaqué ses hommes. Son estomac se serre malgré elle et sa température semble chuter ou remonter, elle n'arrive pas à la savoir.

 

      - Basé sur l'univers de la franchise à succès Fallout de BesthesdaGames Studio -

 

      En repassant par les postes frontaliers, le véhicule est arrêté non par la NAA, mais par la milice de Dock. Ce groupe de sept hommes portant tous l'armure des plus haut gradés de la milice ne laisse pas l'impression d'une visite de courtoisie. Certains regardent Jack, d'autres Catherine et son expérience dans la Résistance Canadienne lui fait comprendre qu'ils sont prêts à tirer dès que l'ordre sera donné. Puis le capitaine Fournier se détache du lot pour venir se placer à la hauteur de Jack. Un autre coup-d'oeil par le rétroviseur bloque l'air dans les poumons de l'ex-caporal et freine d'un coup sec la circulation sanguine à son cerveau.
      Le jeune n'est plus dans la camionnette.
      - Jack. Toujours un plaisir.
      - Same, captain. Qu'est-ce j'peux faire pour vous?
      - J'ai une business pour toé. J'suppose qu't'âs su s'qui s'ést pâssé?
      - J'ai entendû. Sorry for your loss, captain, really. Mais vus savez je suis pas bounty hunter.
      - J'ai pas b'soin d'un hunter. J'veux des yeux s'a route au cas où on spott'rait s't'enfant-d'chienne là. C'ést sûr qu'y'aurâ une grosse bounty pour celui qui me l'ramène vivant ou mort... sourtout vivant. Tiens. V'là un bond d'deux-cent cinquante capsules pour la job de surveillance. Y'en aura un à tous 'és s'maines jusqu'à s'qu'on pogne le tit tabarnac. J'prends pas les "non" comme réponse, pis chai qu'j'peux compter sur toé.
      Le mercenaire prend le bout de papier et le met dans la poche intérieur de son manteau de cuir. Le capitaine semble satisfait de sa rencontre et repart en rappelant ses hommes.
      Catherine devrait se sentir soulagée, mais ce n'est pas le cas. Personne n'était supposé les arrêter et même si Dock ne fait pas affaire avec la RNQ, la milice s'est montrée beaucoup trop hostile devant une simple délégation de contrat. Elle regarde à nouveau vers l'arrière du véhicule avec terreur. Que vont-ils faire, maintenant?
      - Il est sus la cuverte, répond Jack aux inquitude de la jeune femme avant d'abaisser sa fenêtre.
      Une bosse irrégulière s'est effectivement formée sous une couverture d'épais coton tout poisseux couleur kaki.
      La camionnette redémarre. Ils seront bientôt de retour à Sainte-Julie et Doc va avoir de sérieuses réponses à donner pour soulager Catherine de ses angoisses.

 

Les Chroniques de Nymeland, les récits sordides de Fallout Québec
Épisode 2 - Le P'tit Nouveau

 

À SUIVRE...

 

      La situation est catastrophique. Les défenses n'ont pas tenu une minute contre ces mutants. Ils traînaient dans leurs mains des mini-nukes... DES MINI-NUKES! Le major Bellechasse n'en croyait pas ses yeux. Ils se sont fait défoncer leur avant-poste par des idiots sans aucun instinct de survie.
      Ses hommes tombent comme des flocons de neiges radioactifs durant l'hiver. Seules les unités en armure assistée de la Brick-à-Joe tiennent tête à ces colosses tout vert cons comme des balais.
      - Concentrez l'feu su'és brèches! J'veux dés unités d'soutients pour amener des rockets aux gârs su'és tours qui restent! PIS Y'ÉST OÙ MON SUPPORT AÉRIEN?
      Les traits de laser percent le rideau de poussière du béton qui s'est élevé du sol après les explosions, délimitant le champ de bataille selon les multiples points de fuite qui partent de chacune des brèches dans leur défense. Cette nuit noire sans étoile brille comme un arbre de Noël sous le couvert des nuages. C'est la victoire ou l'instinction. Ces monstres sont arrivés du Sud, tout comme les pillards, en jurant de tous les tuer. La question a toujours été "pourquoi". Mais pour l'heure, le bon major se demande comment ces bâtards ont eu leurs armes au laser.
       Bellechasse refuse de croire qu'ils sont laissés à eux-mêmes. Il a fait envoyé de nombreux appels radio dans tout ce néant poussiéreux. La RNQ a une maudite antenne de relais haute comme un gratte-ciel, bon-sang d'bonsoir! Forcément quelqu'un a reçu l'un de ses messages.
      - M'sieu, on perd contact avec la plupart dés unités, on...
      - Criss chai çâ, 'stie! L'parking ést pas si grand qu'çâ, sibôire!
      Malgré leur effort insuffisant pour empiler les corps de ces gros tarés, il semble toujours en arriver d'autres. Par-contre, à chaque grenade au plasma lancée vers leurs rangs à eux, les unités ne se renouvellent pas. Ce sont des gars qu'ils vont laisser derrière eux pour nourrir ces rapaces verts, Bellechasse en est conscient. Où ont-ils eut accès à une telle technologie? Sonner une retraite et ainsi tourner le dos à l'envahisseur ne va pas arranger les choses. Ses hommes vont seulement moins riposter sur le moment.
      Ces gros cons se sont mis dans la tête de tous les éliminer.
      Mais le major doit réagir. Ils se font massacrer et ce n'est pas dans la manière de faire de la RNQ de sacrifier des hommes juste par stupeur. Ses hommes attendent les ordres.
      - Repliez lés gars vers l'intérieur. On vâ vers 'a chambre anti-gravité; 'est pleine de f'nêtres, faqu'on aura une meilleure visibilité du terrain pis s'ra plus facile pour percer vers la sortie.
      - Oui m'sieu.
      Le capitaine Simard s'en va reléguer les ordres à un maximum d'officiers sur le terrain, ceux-ci seront en charge de récupérer leurs troupes. Brian Demers de la Brick-à-Joe rappelle aussi ses gars. Ceux en armures-assistées vont couvrir leurs arrières.
      Cette nuit ne leur a pas apporté de beaux rêves. À la place, ils doivent courir dans des couloirs sombres de ce bâtiment étranger afin de préserver leurs vies ainsi que celles de civiles. La seule lumière qu' ils ont été en mesure d'installer pour les guider sont ces lanternes phosphorescentes à base de l'isotope qui fait briller le Nuka-Cola Quantum, dernier cris du département de recherche-et-développement. Elles n'offrent certainement ce qu'il faut pour éclairer ces corridors méconnus.
      "Leur effet tamisé, c'est pour pas vous faire repérer à distance" ont dit les chercheurs.
      Ça non plus, ça n'a apparemment pas suffit.
      Mais arrivé dans cette grande salle à plusieurs étages toute ouverte, ils peuvent voir une issue. La lueur des tirs laser aux tons de rouge qui font encore rage sur le stationnement du complexe reflète sur un terrain vague qui descend en pente, désert de toutes activités. C'est leur chance de quitter cet endroit et laisser ce merdier derrière eux. Un vent qui gronde au travers les fenêtres brisées de la salle offre la seule contrepartie sonore à cette guerre effroyable qui engloutit leurs hommes vers les ténèbres. Major Bellechasse et Brian Demers tiennent à sauver ceux qui restent du mieux de leurs capacités. Même si leurs capacités ne comptent pas pour tous dans la balance.
      - Ok, Demers, vos gars suivent après ma team. Cap'taine Simard vâ farmer 'a marche. Restez collés. Vous êtes s'a protection d'la RNQ, alors on vâ remplir not'e contrât.
      - Marci, major.
      Pas l'temps d'faire des maths, comme on dit maintenant. C'est tout ou rien.
      Bellechasse part en premier pour prendre l'éventuelle première balle. Passé le trou dans le verre brisé et sale, il est accueilli par une humidité presque étouffante. L'air est étrangement froide et au loin, maintenant, il arrive à voir une brume laiteuse et opaque flotter au-dessus des vieux champs morts. Si c'est ça, la liberté, ça n'a rien de rassurant. Mais peut-être aurait-il mieux valu qu'il regarde plus vers l'est... vers le stationnement du Spaciodôme de Laval.
      C'est l'un des soldats qui prend le premier tir. Son corps s'évapore dans un éclat rouge et noir, puis repose au sol dans une poussière semi-visceuse. Un deuxième tir ne tarde pas à brûler l'épaule du major. Les autres tentent de s'abaisser pour éviter les prochains et pour certains, ça fonctionne. Le troisième trait d'énergie en direction de Bellechasse touche près du coeur. Là, c'est la merde. Il n'avait pas réalisé que ces monstres venaient de par-là. Trop surpris par leur attaque, il n'a pas fait vérifier la provenance des renforts ennemis. Avait-il été trop vieux à la base pour ce genre de conneries? Ou peut-être était-ce l'empoisonnement aux radiations. Son dernier traitement au RadAway remonte à loin; il déteste cette saloperie, ça donne de la fièvre et on ne peut rien manger sans vomir durant toute une journée. Peut-être que... peut-être que... ça n'a plus d'importance.
      Mais Brian Demers et ses hommes sont pour la plupart encore en vie. Ils n'ont rien de militaire. Les tirs de laser fusent de partout comme des éclairs dans la nuit, limitant les options de mouvements dans n'importe quelle direction. D'accord, les mutants ne savent pas tirer, mais ce n'est pas comme ces simulations où le protagoniste peut prendre plusieurs coups avant de tomber. Un seul tir peut vous réduire en cendre et c'est un risque que Demers ne tient pas à courir. Très vite, la pression monte sur sa petite équipe de survivants et aucune solution ne lui vient à part faire un câlin au sol et prier.
      Et puis le grondement du vent se fait plus imposant. Des éclairs rouges venant du ciel se mettent à pleuvoir sur les mutants. L'intervention d'un pouvoir suprême qui vient à leur secours.
      Après un bref regard vers le champ de bataille principal, Brian Demers, ainsi que le capitaine Simard, parviennent à voir un vertipaire voler au-dessus du stationnement. Très vite, les mutants changent de cibles, comme à leur habitude attirés par celle qui serait la plus grosse. Puis un autre véhicule volant surgit des ténèbres. Tout comme les troupes de la RNQ face à eux, les mutants ne font pas le poids contre ce nouvel ennemi venu des cieux. Des anges d'acier contre l'abomination de ce monde.
      Les soldats survivants se mettent à hurler leur remerciements à ce soutien inattendu et repartent finir le travail qu'ils ont commencé. Même la bande à Demers est curieuse de voir comment la situation se démêle. Ça ne prend que quelques minutes avant que les combats ne laissent place au calme. Les deux vertipaires se posent où ils peuvent et des hommes en armures-assistées en descendent, suivis par d'autres ne portant que des tenus plus légères et un dernier munie d'une longue toge. Ils établissent un périmètre sans perdre de temps mais aucun d'eux ne se charge d'inspecter les blessés, étrangement.
      L'homme à la toge, après avoir posé quelques questions aux soldats les plus proches, se dirige vers Demers et Simard accompagné de deux grands gaillards en armure mécanique.
      - You are in charge of these troops? demande-t-il.
      Simard connaît cette langue. Elle est ancienne et on la parle encore beaucoup dans le Sud, ou à l'Ouest. Lui, il n'a pas eu le choix de la maîtriser pour intégrer la RNQ.
      - Sort of, now. Our major just died.
      - Sorry for your loss.
      - Thanks.
      Les deux hommes natifs du territoire se regardent avec incrédulité.
      - On the behalf of our brotherhood, reprend l'étranger d'un ton encore plus solennel qu'un début, we're going to seize this compound and all the technology in it.
      Demers ne comprend rien de ce qu'il est en train de se dire et exige au capitaine Simard des explications.
      - Ys vont prendre la place pis toute en-d'dans.
      - Also all thee gear that you have that might contain any part of technology prohibited to the civilians.
      - Pis not'e stock, tente de traduire la capitaine, car lui-même doit admettre qu'il n'a pas tout saisi ce que l'homme à la toge vient de dire.
      Cette longue nuit n'est apparemment pas terminée.     

Épisode 3

Révélation

      - Whirling Triangle Fist Présente -

      - T'es certains d'ça?
      - 'Si çartain que j'te parle. Ma recon team dit qu'y'a pus un chât depuis au moins trôis joûrs. Sorry si ça été long, y'a un nouveau player s'a Rive-Sud qu'y'a ramâsser l'antenne de relais à'Station D'la Reine pis on â pardu les comms à longue distance, hier.
      - Ok? Une idée qui?
      - Jamais vu avant pis c'ést clâssé confidentiel, faque ça concerne pâs trop ta tite gagn'. Tu voulais un service, tu l'âs. J'laisse un gars s'és lieux pour aider à l'intervention, mais pâs plus sinon lés brass vont m'taper s'és doigts.
      - Merci, Dan. J'vâ aller faire checker ça d'plus près.
      - Asteur c'ést toé qui m'en doit une.

 

      - Un récit créé par Gabriel/Arouth et Pascal "Ramael" Cadieux -
      La camionnette rouillée arrive enfin et se stationne juste devant le Red Rocket. Ça fait deux bonnes nouvelles en une matinée. Doc se lève et laisse sa radio pour monter accueillir son équipe ainsi qu'un nouveau venu. Même Maurice cesse ce qu'il était en train de faire par pure curiosité.
      Jack et Catherine descendent du véhicule accompagnés d'une sale ambiance. Cath passe en trombe devant ses compagnons sans dire un mot pour monter dans ses appartements au-dessus de la station service. Le mercenaire arbore son regard de dur-à-cuir, de coutume à son personnage.
      - Qu'est-ce qui s'passe? Y'est où l'jeune?
      - T'aurais p't-être dû lui dîre queuh tu l'envoyais cont'e la RNQ.
      - J'avais mes raisons.
      Soudain, une forme vert kakie s'élève du coffre de la camionnette. Elle gigote un peu avant de laisser apparaître un petit visage rond avec des yeux verts qui brillent de toute leur mesquinerie au travers de la crasse qui repeint ses joues.
      - Ah non... pas toé... pleurniche le nouveau venu en apercevant Doc.

 

      - Basé sur l'univers de la franchise à succès Fallout de BesthesdaGames Studio -

      Après un moment, le vieux médecin finit par cogner à la porte de sa protégée. Celle-ci travaille sur des pieux depuis une semaine afin de préparer des pièges qu'elle compte installer dans la forêt près de la montagne. Pour la chasse au très gros gibier, mais pas que.
      - Cath, j'peux-tu t'parler s'te-plait? requiert-il avec juste assez de douceur dans la voix pour lui faire comprendre qu'il est désolé.
      Cinq autres coups se font insistant. Elle aurait préféré qu'on lui foute la paix. Mais si ce vieux tabarnac à des réponses à lui donner, ça vaut peut-être la peine de l'écouter.
      - Entre!
      Doc ouvre la porte mais n'entre pas par respect pour son espace privé. Il croise simplement les bras et adosse son épaule sur le cadre. Patient mais solide comme un père qui se va se faire sermoner par sa fille.
      - C'est-tu la guerre, que tu cherches? demande l'ex-caporal Savard tout en grattant la pointe de son bâton avec son couteau de combat militaire dans un geste menaçant.
      - J'vois pas...
      - Si la RNQ savait qu'on a leuh prisonnier, ys vont débarquer su'l'territoîre. La NAA voudra pas d’eux-autres dans l’coin. Tu penses qu’a va pas nous stooler pour éviter une guerre?
      - Woh-woh-woh! On s'calme, intervient Doc en levant les mains comme pour se défendre. Jack m'a dit que la zone a été pas mal atomisée. Y'a pas eu d'témoins, pis comme tu dis, la NAA et la RNQ se boudent depuis la fin d'la Purge. J'les voit mal nous stooler nous aut'es à la concurrence. Pas super pour leur image.
      - Mais pourquoi?!
      C'est au tour de Catherine de lever les mains en signe de confusion.
      - Pourquoi quoi?
      - Pourquoi nous avoir fait attaquer un transport d’la RNQ pour... un p'tit low-life que personne connait?
      - Pas exactement, non.
      Les traits desséchés du vieux papa Doc se relâchent et ses yeux tous noirs se mettent à fixer le sol. Il y a une lourdeur dans son soupir, au moins aussi pesante que le poids qu'il porte sur les épaules. Lorsqu'il regarde à nouveau Catherine, ses sourcils depuis longtemps disparus se relâchent vers l'extérieur de son visage. Catherine ne sait pas trop quelle émotion se joue à l'intérieur de son ami mais ressent une certaine tristesse grandir en elle.
      - Écoute... j'veux bein répondre à tes questions, mais pour là j'ai des bonnes nouvelles. Les Slayers ont libéré Station. Ys sont en mouvement avec des survivants vers l'Est, mais on sait pas où ys vont s'arrêter.
      Ça vaut la peine de laisser ses inquiétude de côté, se dit la jeune femme. Elle fait déjà le paquetage dans sa tête en prévision d'une reconnaissance longue durée.
      - On part quand? fait-elle sans perdre une seconde après avoir entendu la nouvelle.
      - En fin d'après-midi, si tu veux.

 

Les Chroniques de Nymeland, les récits sordides de Fallout Québec
Épisode 3 - Le P'tit Nouveau... Encore

      - Kèsse-tu fès kand tu crwâzes un Slayer, un King Slayer py un Black Claw dans un bâr?... Hein?... Parsonne?... Bin tu leu' lances un Jet en plin miyeu d'la place pis t'és r'gardes s'batt'e à mort.
      Groce-Face est une piètre personne. Son physique est plutôt corpulent et il aime faire mal aux autres. Son sadisme n'a d'égale que la circonférence de son tour de taille. L'une de ses exécutions préférées consiste à s'asseoir sur le visage de sa victime jusqu'à ce qu'elle cesse de gigoter. Parfois, il retient même une envie pressante pour se soulager dans sa bouche. Plus elle est jeune, plus ça l'amuse.
      - Guili-guili-guili, la tite Charlote!
      Le gros dérangé s'est vu remettre plusieurs délicieux projets de tous les âges, après que sa bande ait démoli le campement de ces idiots qui siégeaient de l'autre côté du pont. Il pourra enfin matérialiser quelques-unes des idées qui trottaient dans son cerveau infect depuis plusieurs années. Depuis qu'il a été chassé de la Rive-Sud vers l'île de No-Go City.
      L'île de No-Go City était dépeinte comme un pure cauchemar. Au début, personne n'y survivait plus d'un ou deux jours, dévoré par les quelques horreurs qui se tapissent sous brouillard permanent qui enveloppe la grande ville maudite. Mais Groce-Face, accompagné des autres membres de son clan ayant échappé à l'exécution, ont connu une toute autre expérience. Une qu'ils ne sauraient décrire encore aujourd'hui. Où beauté et horreur se sont fusionnés dans un mariage parfait entre le cosmique et l'enfer.
      Et ils n'y avait pas qu'eux pour partager cette expérience.
      King est celui qui a ressemblé les différents clans d'exilés. Les Bitches, les Techs et la bande de Bulldog Saint. Tout ce beau monde s'est réuni pour l'attaque contre Station. Après leur victoire, il s'est autoproclamé chef des King Slayers en l'honneur du Slayer original qui a presque dominé la Rive-Sud durant cinq années, par le passé. C'est grâce à King que le nom de Slayer est revenu sur le territoire, personne n'allait lui retirer cet honneur. Il faut que les gens sachent à qui ils ont affaire, c'est donc pourquoi il a ajouté le pronom "King" à sa bande.      
      Le roi marche parmi ses hommes et les regarde célébrer leur victoire contre ces cons de Station pour la huitième fois. C'est le festival de la défonce au Jet et les orgies sans consentements et personne ne semble s'en être lassé jusqu'à présent.
      Sauf peut-être King. Il préfère regarder vers l'avenir de son clan.
      Il discute avec son nouvel humain-de-compagnie, un homme aux traits les plus fins qu'il ait trouvé caché jusque-là. Une vraie beauté. Ils l'ont trouvé au The4tre Quelque-Chose, une vieille bâtisse avec une grande salle remplis de sièges.
      - Fa'ke pâcé e'l'mon Sinte À-L'Air, on pourâ trouvé une aut’e sinte, Sinte Yacie, cé ça?
      Le fido-sapien répond d'un ton un peu timide.
      - Mont Saint-Hilaire et... c'est... Saint-Hyacinthe. C'était deux saints, donc deux hommes, pas... pas des saintes... pas des seins, c'est des villes, ce qui se... dit au féminin fait que je ferme ma gueule... Mais oui. Oui. On va arriver à...
      - 'K 'k. Py la-bâ, y'a deuz-os-pitos...
      - Des hôpitaux, oui.
      - Oubli pâ e'l'Z au puriel, hein!
      King n'a pas l'intention de lui faire de mal, aujourd'hui. C'est toutefois bien amusant de regarder ce beau morceau de visage craindre que le pire ne s’abatte sur lui.
      - Cé deux grandes bâtices avec bin d'la med'cines, ouin? Cé çâ k't'as dit.
      - Oui. Avec beaucoup de médicaments, et... plein de choses.
      King sourit en posant une main chaleureusement sur l'épaule de son tou-tou, qui se crispe  sous l'anticipation de quelque violence qui n'arrive pas.
      - Cé bin, Tit-Face. Fa'kon vâ à Sinte-Yacie.

 

      - E'l'vieux criss â pâs perdu l'oeil pour les cuties.
      Celle-là est peut-être de trop. Forcément... Sa voix haut perchée siffle aux oreilles de Catherine depuis le début du voyage. Vingt minutes sans arrêt de placotage sur divers sujets. Aucun n'a de liens concrets pour structurer une pensée et c'est trop souvent d'un vulgaire à donner des haut-le-coeurs.
      - Tu savais-tu que... la poudre à canon que Station produisait était faite à partir de foin pis d’la pisse? Comme on la f'sait en...
      ... Chine antique, elle le sait. Elle a eu droit à sa visite guidée par le commandant Chartier, elle aussi. Elle sait aussi que c’était des conneries racontées pour faire rire les touristes et dissimuler secret de la recette de poudre à canon. Même si on peut effetivement faire de la poudre à canon avec de la pisse.
      Jack a accepté de les conduire jusqu'à Station advenant le prix d'une des bouteilles de scotch venant de la réserve personnelle de Doc, mais pas plus loin. Un contrat juteux sur une grosse pointure de la Rive-Sud l'attend à Dock et il ne pense qu'à la vie de rêve qu'il pourra se payer avec toutes ces caps. Le mercenaire est donc totalement imperméable aux tergiversations du jeune homme qu'il a tiré de l'ambulance de la RNQ, ce matin.
      Doc a fait les présentations à Sainte-Julie.
      - Cath, lui c'est Nyme. Le jeune s'débrouille pas pire su'l'terrain pis y connaît la région.
      Elle l'a scruté de haut en bas. Il prétend avoir seize ans mais sa taille, le ton de sa voix et son attitude immature hurlent qu'il n'en a que treize. Et Catherine ne préfère pas s'étendre au sujet de son hygiène sinon elle va tout bonnement vomir.
      - Meow-Meow-Meow-meow/Meow-Meow-Meow-meow/Meow-meow-Meow-Meow- MEOW-Meow-Meow-meow...
      Et cette maudite comptine...
      Catherine n'arrive pas à croire qu'ils ont risqué un acte de guerre avec la RNQ pour ce morveux. Et même pas douze heures plus tard, on devrait l'armer pour une mission de reconnaissance au sein d'un camp de pillards de la pire espèce? Lui!? Le "p'tit criss" qui n'arrive pas à la fermer?
      - Tu sais d'servir d'une arme, p'tit-cul? lui a-t-elle simplement demandé avant de partir.
      - Tu veux-tu rire de moé!? Chu pas né dans un fridge, MOÉ!
      Paaaardon?!
      - Hein? fit l'ex-caporal Savard, confuse au point de l'irritation. De quoi tu parles?
      - Y'a juste lés que'qu'ancêtres dés abris qui savent pâs tirer à moitié. Aujourd'hui là, dans l'vrai monde d'la vérité véritable, tu tires pâs... tu vis pâs. Pis chus né à Station, chose. Le plus grand feseux de balles su'l'territoîr. Est-ce qu’chai tirer? Toé? Tu peux-tu dormir su'l'gravâs, ou y t'faut ton lit de princesse?
      Catherine s'est tournée vers un Doc qui avait le visage engouffré dans sa main droite.
      - Doc, j'va lui casser 'a yeule si tu m'laisses tu'seule avec.
      - Cry me a river, b.b.
      - Doc...
      - Cath, y sait s'débrouiller pas mal plus que tu penses. Écoute-le pas, c'est toute. Vous partez dans une heure. Essaye juste de pas l'tuer entre-temps, s’il-te-plait.
      Maintenant qu'ils sont dans la camionnette et que Station est en vue, ça lui semble d'autant plus difficile de ne pas le faire.
      - Hey... pis si ch't'offrais un verre un d'cés quat'es, questions qu'on découvre ensemb'e la différence ent'e toé pis moé? suggère Nyme en lui faisant un gros clin-d'oeil.
      Celle-là est définitivement de trop.
      Arrivée à Station, Catherine ne perd pas de temps. Elle prend un moment pour inspecter les lieux et tombe sur un message laissé sur l'un des wagons d'habitation, forcément laissé par l'éclaireur de la NAA concernant les survivants. Il est simplement écrit: "St-Hubert Airport", sa prochaine destination. Parfait, se dit-elle, ce n'est pas trop-trop loin. Seulement il y a un détail à régler.
      - J'ai une piste à propos des survivants, fait que j'va la suivre pendant qu'est encore fraîche. Toé, tu viens pas avec moé.
      Nyme se retourne brusquement vers elle et fronce les sourcils. Il ne semblait pas avoir écouté jusque là. Il a sombré dans un mutisme méditatif depuis que Jack les a laissés à trois cent mètres de Station et qu'il est reparti sans dire au revoir. Il était temps qu'il la ferme, se dit Catherine, mais c'est trop peu trop tard. Elle ne veut pas l'avoir dans les pattes.
      - Fais-moé pas s'face-là. Contrairement à s'que pense Doc, j'ai pas besoin d'l'aide d'un civil pour une mission d'ord'e militaire. Je sais pas t'es qui, pis j'm'en câliss! Je sais pas non plus pourquoi Doc a risqué une guerre avec la RNQ pour te sortir d'la marde, mais tiens! comme tu sembles pas avoir été tellement content d'le voir, tu peux partir. J'te'r'tiendrai pas.
      Le visage de Nyme reste incrédule, laissant planer un silence gênant.
      - Oui oui! Tu peux sacrer ton camp. J'te'r'tiens pas, j'te tir'rai dans l'dos. Parait qu'tu sais t'débrouiller, (elle sort son pistolet de service .10mm et lui tend) fait que j'dirai à Doc en rentrant que t'es repartir chercher ta coke ou d'quoi d'même. Tu iras pleurer une rivière hors de ma vie. Moé, j'ai pas d'temps à perde pis j'veux pas risquer une mission d'reconnaissance en faisant équipe avec une grande gueule. Voilà, pour toé. Fais-y attention. Bye.
     Sur ses mots et une fois que le jeune garçon ait accepté son cadeau, l'ex-caporal Savard prend vers l'Est et commence à franchir les quelques kilomètres qui la séparent de l'aéroport. Catherine laisse le garçon seul avec ses souvenirs, refusant de se retourner de peur qu'il en devienne lui-même un dans son esprit à elle.

 

 À SUIVRE...

 

      Station, c'était de longues rangées de wagons d'habitation installés à l'entrée d'un quai de chargement en plein coeur de Saint-Lambert. Réaménagés parfois pour accommoder parfois des familles entières. Certains wagons étaient connectés entre eux avec des passerelles, formant un réseau dynamique alors que d'autres étaient légèrement surélevés et on y accédait à l'aide d'escaliers de fortunes soudés à la structure.
      Le quotidien de ses habitants baignait dans une savoureuse banalité. La majeure partie des hommes allaient battre les champs de blé ou s'occuper des cultures, ou bien encore se chargeaient de la défense du périmètre, de la chasse alors que certains tenaient leurs propres ateliers ou boutiques.
      Nyme parcourt lentement ces wagons tout en rêvassant, ses grands yeux verts rivés sur les cabines et les banquettes de cuir usé. Le jeune garçon est perdu dans ses pensées et ressent un vide qu'il n'a connu qu'à la mort de ses parents.
      - Y'ont presque rien brisé? réalise-t-il avec méfiance.
      Effectivement, pour un campement qui fut récemment attaqué, mis à part quelques portes défoncées, fenêtres brisées, des meubles renversés et le pillage évident des diverses propriétés, Station parait intacte autant à dedans qu'en dehors. Les seules douilles vides qui semblent traîner au sol sont celles qui étaient fabriquées à Station. Mais ce détail ne maintient pas sa concentration assez longtemps. Nyme a senti l'odeur de la mort dès qu'il s'est approché des wagons. Une mort noire de cendre, carbonisée, sauf qu'il n'a croisé encore aucun cadavre. Il y a du sang ici et là, oui; il y a des bouts de tripes et de cervelle parfois au sol ou sur un comptoir, certes; mais où sont les corps? Mais surtout, où est celui de...
      Nyme s'élance sur les planchers craquant de verre brisé. Parmi les maisons et les boutiques, il y avait tout-de-même plusieurs wagons-bistros mais un seul casse-croûte.
      Celui de la belle Estelle.
      Elle gérait l'établissement et Laurent, son époux, tenait un kiosque d'armes et munition juste à côté. Tous les jours, l'odeur d'une viande épicée flottait dans tout le secteur afin d'attirer les estomacs les plus affamés. Le garçon ne manquait pas d'y aller se régaler les papilles tout comme les narines. Dans sa course pour aller voir si la vieille roulotte est encore là, il note un parfum de vomissure qui se mêle à celle de la mort, faisant douloureusement outrage à ses souvenirs d'enfance. Il glisse même sur une matière très visqueuse avant de se rattraper au dernier moment.
      Dans un sentiment d'alarme illusoire, Nyme se met à gravir les rangées de trains que formaient Station et arrive finalement au bout. Il aussi, il est toujours là. Le Bouffe&Bomb. L'enseigne aux néons ne brille plus de son rose et rouge, mais l'endroit reste le même; lui aussi presque intouché. La caravane immobile est laissée à l'abandon, un peu à part du reste de Station car le couple voulait pouvoir tenir une terrasse. Estelle laissait son piano dehors, tout près de la roulotte, au cas où ça lui prendrait le goût de jouer pour ses clients. Elle avait une voix d'ange.
      Il se précipite à l'intérieur sans prendre garde à ce qu'il pourrait y trouver. Si Estoux fait partie des victimes, Nyme voulait le savoir. Il voulait être celui qui la mettrait en terre et refusait catégoriquement qu'elle serve de buffet pour la rapacité mutante des environs. Rien ni personne ne touche à Sa Estoux.
      Voir le casse-croûte vide et ainsi dépouillé de sa clientèle est plus déprimant que le reste. Nyme s'approche doucement de l'emplacement où se trouve son tabouret. Il s'y assoie en silence et sent une sueur chaude monter jusqu'à ses yeux.
      - Un... steak... de chevreuille, s'te-plait... Estoux, murmure-t-il avant de se mettre à pleurer.
      Un grognement faible l'oblige à se ressaisir. Il a d'abord cru rêver, mais le son s'est fait plus insistant et puis il était accompagné de cliquetis métalliques. Ce grognement, il venait d'une gorge humaine. Un survivant!
      Nyme se lève d'un bond très enthousiaste. Ça vient de l'arrière de la roulotte. Vite! Il accourt pour apporter son aide. Il n'a peut-être pas de stimpack, mais si quelqu'un à besoin de lui... il se doit... La silhouette découpée par la pénombre du crépuscule se tient debout le dos courbé. Elle est plutôt grande et semble légèrement danser d'un pied à l'autre. Et puis elle pue! Elle pue encore plus qu'un refoulement d'égout après une inondation. Plus que les cadavres des citoyens de Station brûlant quelque part sur le périmètre.
      Les bras de la silhouette sont recroquevillés sur sa poitrine, comme si elle tenait quelque chose. Nyme ne voit pas ce que c'est puisqu'il se tient derrière elle, mais il voit très bien son mouvement sec de la tête que la... personne fait. Le cliquetis, ce doit être ses dents qui claquent sur l'objet qu'elle a entre les mains. Une boîte de converse encore fermée?
      Après un bref regard alerte de gauche à droite, la silhouette se rend compte de la présence du garçon. Elle se retourne en un claquement de doigts et pousse un horrible hurlement étouffé. De sa bouche s'échappe une haleine fétide qui pique les yeux, poussant Nyme à reculer en se couvrant le visage. Il n'aura eu qu'un court instant avec qu'elle n'attaque, mais il a toutefois pu reconnaître le visage et la chemise du malheureux.
      Pas de doute, c'est bien lui. C'est Laurent.

Épisode 4

Révélation

      Il boit et prend ses inhalateurs de Jet de la main gauche, alors qu'Il tient son drôle de pistolet à tête ronde de la main droite. Son regard est celui d'un loup sur le point d'attaquer, les crocs à moitié à l'air et les yeux exorbités, scrutant ses hommes et ceux qui l'entourent avec méfiance et appétit. Berney n'arrive pas à l'entendre parler, de là où il est, mais la façon qu'Il a d'ouvrir la bouche très grande à chacun de ses mots, de faire des grands gestes pour illustrer ses propos, confère une aura d'importance à ses discours. Il est le chef. Il l'est forcément.
      L'observer c'est le connaître. Le connaître, c'est l'atteindre.
      À un moment donné, Il se jette sur l'un de ses gars. Il lui a défait le portait et quand on a tenté de le retenir, Il les a tous émasculés dans une tempête de rage. Ça lui a pris une petite exécution de plusieurs de ses gars pour clore le différend, pour qu'Il se calme. Ce genre de mec lui donne le frisson.
      Des branches qui craquent derrière l'arbre où s'est posté Barney lui ont presque donné sa crise-cardiaque. Ce ne peut pas être une patrouille, ces connards n'en font pas aussi loin de leur campement. Peut-être...
      - Tires pas, c'est juste les renforts, laisse entendre une voix féminine.
      - Tâs l'euye, tite cutie, ricanne l'éclaireur.
      - Ma formation militaire m'a appris à m'cacher mieux qu'ça. Pis j'suis pas p'tite. 5'7" ça reste encore très respectable. Et... call-moi pas "cutie".
      Blonde, cheveux long attachés en queue-de-cheval, les yeux bruns, une carrure modeste sous un vieil uniforme de combat un poil trop ample. Probablement droitière puisqu'elle porte son fusil-d'assaut à l'épaule gauche. Les traits de son visage sont verrouillés mais le reste du corps semble détendu. Peu importe la circonstance, elle reste concentrée sur... quoi... son image de dure-à-cuire?
      - Status? demande-t-elle dans un anglais souffrant, braquant une paire de jumelles sur le campement des pillards.
      Ou peut-être est-elle juste concentrée sur sa mission. Assidue mais décontractée, et elle n'a pas froid aux yeux. Barney la trouve encore plus sexy qu'à son arrivée.
      Il descend de son poste pour la rejoindre et faire son rapport. Ses jambes piquottent comme un essaim de milles fourmis qui se dégourdissent les pattes.
      - Une bunch de raiders avec dés zotages; hommes, fammes pis une coupe de kids. Le gros lards qu'y'és garde m'a la face de qu'qu'un qui fait pâs la diff'rence d'âge dans sa tête.
      Une subtile variation dans le regard de la femme montre que ça lui pince le coeur au moins autant que lui.
      - Hey... juste demème... c'ést quoi ton nom?
      - Cath, répond-t-elle entre les dents.
      - Barney. Cat comme les châs?
      - Cath comme Catherine. Tu m'fais un vrai topos en détails ou t'es là juste pour m'cruiser?
      Barney est conquis, mais il est trop orgueilleux pour le laisser voir. Et puis faut revenir aux choses sérieuses.
      - 25 raiders mais y'ètais plus d'une 30ain hier. Pâs plus d'une 20aine de civiles. Y'â 8 kids gardés apârt par la grosse marde dans l'un dés tits warehouses en retrait, west du maine building. Chai pâs s'qu'y leuh fait, mais y'és sort tous 'es soîrs pour manger. Au dépârt, y'ètais 12.
      Il marque une courte pause pour réprimer sa colère. Ce sont les prérogatives du métiers que de rester en retrait pour faire de la reconnaissance en attendant les renforts. C'est commun d'être témoin de choses sordides sans pouvoir agir pour les arrêter. Barney le sait, mais il n'aime pas plus ça.
      - Leuh boss, c'ést l'malade mental qu'on peut vôir assis avec sés gârs au feu-d'camp, d'vant l'maine building. Y'â viré berzerk pour chai pâs quelle raison, pis y'â aligné 4 de sés gars à lui tu'seul. Après, y'â faite un exemple en'en exécutant 7 aut'es. Ys sont armés de guns normals mais aussi ahec dés... chai pâs c'ést quoi mais ça tire pâs dés balles.
      - Des armes laser?
      - Oh non... chai c'ést quoi un gun au laser pis çâ, s'en ètait pâs. Ça fait pâs d'rayons rouge ou vert, ça semb'e pâs dégager d'chaleur. Par-contre, ça fait vômir en criss.
      - Ok. D'autres bâtiments occupés?
      - Apârt l'un des tits warehouses où y'â les kids, toutes les forces ennemis s'concentrent autour du maine building. Ys ont réussi à brancher l'courant su' tout e'l'terrain, chai pâs comment. Ys laissent allumé jours et nuites, fa-k'à moins qu'ys aient d'quoi refueller la patente, ys vont manquer d'jus d'icite d'main midi. J'ai pâs trouvé encore où y'ont mis l'reste dés otages.
      - T'as un in sight de l'intérieur de la tour de contrôle? demande-t-elle en faisant référence au bâtiment principal dont Barney parle.
      - Nope. Ce genre de recon, ça s'fait à deux minimum. Si seulement on avait une map d'la place...
      - Noël va p't-être arrivé en avance, c't'année, lance l'ex-caporal Savard en abaissant ses jumelles.
      

       - Whirling Triangle Fist Présente -
      - Un récit créé par Gabriel/Arouth et Pascal "Ramael" Cadieux -
      - Basé sur l'univers de la franchise à succès Fallout de BesthesdaGames Studio -
Les Chroniques de Nymeland, les récits sordides de Fallout Québec
Épisode 4
- Martine chez les Slayers

 

      King n'est pas content, mais alors pas du tout. Vern est parti. Il n'a pas dit où il allait. Il a emmené une dizaine de gars avec lui. Groce-Face dit qu'ils leur manquent au moins cinq esclaves. Toute leur réserve de came à disparue. Sans parler de cette magnifique armure dans laquelle on peut entrer tout son corps; c'est génial car elle marche presque toute seule chaque fois qu'on met un pied devant l'autre; de plus, avec le casque qui affiche tout plein de données électroniques et tout et tout; ça avait de la gueule!
      Mais le pire dans tout ça, ce qui fait vraiment chier King, c'est que Vern lui a pris la carte qu'il avait préparé avec les indications de son dernier toutou-humain. Il a eu beau faire payer cher à ce dernier, il ne s'est pas senti mieux.
      Un roi doit se faire respecter de ses hommes, pas vrai? Comment va-t-on prendre son autorité au sérieux s'il laisse des gars à lui partir avec son butin?
      Il ne lui reste qu'à lever le camp et partir à sa recherche, mais il y a un hic: non seulement il ne sait pas par où Vern est parti, il ne sait pas du tout où lui et ses King Slayers sont, en ce moment. Certes, il était un vieux Slayers du clan original. Il a parcouru toute la Rive-Sud avant la Purge, mais c'était il y bien longtemps et surtout, c'était dans un état second. Une partie de lui voudrait bien suivre la piste de Vern et les autres traîtres, montrer qu'on ne joue pas avec ses affaires. Sauf qu'il est paralisé par le constat qu'il ignore par où commencer les recherches. Il comprend maintenant que voir un lieu dans sa tête ne veut pas toujours dire "connaître" ce lieu, savoir où le replacer sur une distance suffisamment grande. King réalise aussi que contrairement à lui, plusieurs de ses gars sont des exilés récents. Ce qui veut dire que certains d'entre-eux "connaissent" ces lieux.
      C'est Vern qui insistait pour devenir son bras-droit, au début de cette campagne. Dès que ces autres connards dans leurs abeilles géantes de métal ont débarqué sur l'île de No-Go avec des cargaisons d'armes à donner, À DONNER, Vern servait sur un plateau toute sorte d'indices sur leurs prochaines cibles. Après que les débiles qui vivaient autour de cette station ferroviaire se soient pris un tarte dans la gueule, le tout grâce aux judicieux conseils de Vern, lui faire confiance paru une décision de bon monarque. Mais voilà...
      Oui, voilà où la confiance mène.
      Tandis qu'il mettait les morceaux en place dans sa tête, King a remarqué que ses hommes les plus futés se sont mis à étouffer leurs fou-rires sous des regards moqueurs. Il comprit alors qu'il avait perdu le respect de plusieurs d'entre-eux. La bande s'était déjà bien éparpillée depuis leur raid initial et bientôt, on allait commencer à se dire que l'équipe de Bulldog-Saint, qui était parti vers le Nord-Est, n'allait pas revenir non plus. Ni celles des Bitches, qui devaient tâter le terrain autour de Dock. La crédibilité du roi n'allait pas faire long feu.
      En bon monarque qu'il fut, le King n'a pas pu laisser cela glisser fluidement sous la peau du loup. Il a sauté sur l'un d'eux et lui a enfoncé ses pouces dans les orifices oculaires. Après la panique initiale passée, certains des témoins de la scène se sont jetés sur leur chef pour défendre leur ami. Le Roi a simplement sorti des lames de sous le mini poncho qu'il portait à la hauteur du nombril puis les a enfoncé dans les premières tripes qui se sont approchées. Il a alors saisi leurs armes pour incapaciter les autres, avant de revenir sur celui à qui il voulait absolument arracher les yeux.
      La scène fut suffisamment traumatisante pour convaincre les autres que c'était Lui, le patron. Mais King ne s'est pas arrêté là. Comme il connaissait bien son monde, il a donc choisi sept gars parmi ceux qui l'avaient rejoint par exil et les a fait exécuter; réduisant par là le nombre de ses hommes restant à une simple vingtaine. Cette fois, l'exemple fut capté dans l'imaginaire collectif et bientôt, tous seraient en route pour punir Vern et sa bande de la même manière.
      Tant pis pour Sinte Yacie et les deux os-pitos. Ce plat-là va devoir se manger froid, encore sanglant et bien faisandé. Sa vengeance, ce ne sera que le petit encas.
      Sur ce, King est allé se reposer. Ruminer toute cette merde dans sa tête sans l'aide de ses précieuses Mentas l'a exténuer. Ses rêves n'étaient pas plus jolis alors lorsqu'on est venu le réveiller pour lui dire qu'ils avaient de la compagnie, ça ne lui a pas tordu un bras. Le roi souriait. Ils allaient avoir encore un peu d'action.

 

      Les premières lumières du jour vont bientôt embraser le ciel. C'est cette petite brise chargée en humidité qui tire Barney de son repos bien mérité après trois jours le cul assis sur cette foutue branche. Cath la Cutie n'a pas quitté son poste et n'a pas bougé d'un poil, question de ne pas se faire repérer pour un oeil trop attentif. Une vraie pro.
      - Fa-ke... tu viens de Station? s'aventure-t-il audacieusement, sortant du cadre professionnel.
      - D'où tu tiens ça, toé?
      - Faut k'ce soit une affâire perso pour v'nir tu'seule dans un rescue ops. Tu viens sauver qui? Pâs ton chum, j'aspère?
      - J'suis pas tu'seule, fait-elle en le regardant droit dans les yeux. J'avais beaucoup d'amis à Station. Ça m'tient à coeur. Vous aut'es, pourquoi vous les avez abandonné? Première source de munitions sur toute la Rive-Sud... Ça tient pas d'bout.
      Aucune agressivité dans sa voix alors qu'elle lui pose cette question. Elle a simplement recentré son attention vers son objectif. L'assurance de Barney se racle la gorge alors qu'il répond franchement:
      - Classified, ma chérie, fait-il avec un brin de fierté tout en s'étirant.  Mais...
      Il pourrait commettre une haute trahison avec ce qu'il s'apprête à dire. Mais comme juste sa présence ici peut cliniquement compromettre la NAA, et que cette nana est tout simplement trop bonne pour lui, il se dit que le jeu vaut bien tout un paquet de chandelles.
      - ... le word c'ést qu'on â un n'veau supplier. Une gagn' du Sud. Leuh stock y'ést bin meilleur qu'à Station. Pis y parait qu'y'a qu'qu'chôse de big qu'y s'envient par l'Ouest, Great War material. Fa-ke faut êt'e prête. Chai pas plus.
      Ce ne sont pas de bonnes nouvelles, mais les inquiétudes de Catherine doivent attendre. Ils ont de futurs réfugiers à secourir.
      - On vâ y'aller. On r'check-tu l'plan une p'tit dernière? lance-t-elle en se relevant.
      Barney lui fait comprendre qu'il n'a pas oublié, que tout ce qu'il lui manque c'est un peu d'action.
      Leur premier objectif se trouve être le dépôt où les enfants sont gardés prisonniers. Ce sont les otages les plus vulnérables. Si Catherine ne peut pas secourir tout-le-monde, elle veut au moins sauver les enfants.
      Déjà en sortant de la petite forêt où ils s'étaient planqués, le jour pointe le bout de son nez à l'horizon. En traversant la route pour s'introduire sur le terrain de l'aéroport, sous la lumière du soleil levant, ils sont très à découvert. Catherine a passé de longues heures à les observer et pas une vigile n'est à son poste. Ces connards n'ont pas eu droit à leur dose de came de toute la nuit alors ils dorment tous à point fermé. Faut espérer que ce soit toujours le cas lorsqu'ils seront tous deux à portée de tir. Sinon, les quelques hautes herbes sur le chemin et les avions en ruines stationnés sur la piste peuvent leur être d'un grand secours.
      Arrivés à la hauteur du petit entrepôt sans problème, encore une fois, il n'y a personne pour surveiller. De par les carreaux brisés, Catherine parvient à voir quelques-uns des petits chérubins blottis les uns contre les autres, endormis comme s'ils n'étaient pas les captifs de quelque dégénéré aux envies trop immondes pour être décrit.
      Elle s'attaque donc à la vieille porte rouillée en douceur; elle est verrouillée. La défoncer pourrait faire énormément de bruit. Même si elle n'a pas lâché le campement des yeux de toute la nuit, ça ne veut pas dire qu'il n'y a aucun ennemi à proximité prêt à les accueillir. La lumière n'était pas aussi diffuse sur cette partie du terrain et même si aucun va-et-vient n'a été retenu dans ce secteur, elle ne se risquera pas à faire assez de bruit pour être repérée.
      - Va checker l'aut'e warehouse, murmure-t-elle à son coéquipier.
      Barney la dépasse et avance vers l'autre bâtiment avec le dos courbé et le pas léger, arme pointée à bout de bras, les yeux sur le viseur.
      Catherine jette un coup-d'oeil plus approfondi autour de la porte. Elle remarque que le panneau qui sert à cacher le système de loquet dans la fente entre la porte et le cadre a été forcé. Évidemment, les Slayers n'ont pas les clés du complexe et même s'ils les avaient, la serrure a accumulé des décennies et des décennies de rouilles, la rendant inutilisable. Le responsable des otages se sert donc d'outils pour ouvrir la porte. Il se peut que ces outils soient tout près.
      Un bruit de rot guttural se fait soudain entendre sur la droite de l'ex-caporal, alertant ses sens comme un bon coup-de-foudre dans son système nerveux. Elle se retourne en levant à demi son fusil de chasse, prête à tirer. Elle voit Barney s'éloigner rapidement de l'entrepôt avec une démarche maladroite. Il ne s'arrête que pour mettre la tête entre ses deux jambes, secoué par des soubresauts, tentant de cracher ou vomir quelque chose. Est-ce l'effet des fameuses armes incapacitantes dont il lui a parlé? Elle n'a pourtant rien entendu.
      - Qu'est-ce qu'y'a? lui demande-t-elle.
      Il relève la tête par coup en pointant vers le bâtiment, mais revient sans cesse à sa position initale, toujours incapable de sortir ce qui lui tenait à l'estomac.
      - Vâ... vâ pâs voîr, réussit-il à dire finalement.
      Catherine comprend que ce qui a rendu son coéquipier malade, ce n'est pas une attaque... mais un souvenir. Un souvenir qui va désormais le hanter durant des jours et des jours. Peut-être même toute sa vie.
      Les yeux de l'ex-caporal se serrent. Une chaleur terrible part de son coeur et monte jusqu'à ses globes oculaires, les chargeant d'une humidité plus importante que la fraîcheur de l'air ambiant. Elle veut retenir ses larmes et ne pas penser à ce que ces brutes ont fait à ses amis. C'est tant mieux car la douleur qu'elle ressent est de courte durée. Le son d'une porte grinçante qui s'ouvre retentit derrière Barney. Une masse répugnante au torse nu couvert de poils très foncés en sort, arme au poing; un truc que Catherine n'a jamais vu avant.
      - Kessé qui vint véailer d'vant che-nou? grogne l'homme obèse en regardant autour de lui.
      Dès que son regard s'arrête sur Catherine et Barney, il s'impose un moment de silence aussi gênant pour lui que pour eux. On peut entendre le vent rigoler dans son coin. Là aussi, ce moment est coupé de court par des détonations au loin.
      Les trois têtes se retournent vers la tour de contrôle, là où la majorité des Slayers s'étaient installés. Il est difficile de discerner ce qu'il se passe par moment, dû aux épaves d'avions qui reposent au milieu du chemin. Tous les trois peuvent tout-de-même voir qu'il y a une personne qui rôde autour du bâtiment. Elle avance d'un pas assuré et étire le bras vers chacun des pillards qui ose dresser un regard dans sa direction. Ces derniers se couchent lorsqu'apparaît un éclat fulgurant de la main du rôdeur, suivi une seconde plus tard par d'autres détonations; celles de coups-de-feu.
      Catherine reste figée par la scène. Elle voit tout son plan d'intervention partir en fumée. C'est étrange comme sept années de formation militaire n'entre plus en action après une déception pareille. Alors qu'elle a attendu toute la nuit d'être prête à intervenir, ainsi que son coéquipier, ça aura pris un seul gaillard pour traverser une camp rempli de Slayers en tirant dans le tas. Il semble inarrêtable, ne marquant une pause que pour lancer de petits objets dans les carreaux de fenêtres brisées.
      Un tir à bout-portant réveille l'ex-caporal de sa torpeure. Barney est encore debout, mais le gros mec se met à saigner du crâne sur la pelouse grise et beige qui a dévoré en partie le pavé d'asphalte devant les entrepôts. Ce n'est pas la seule explosion qui fait sursauter la jeune femme. Comme si ce n'était pas assez comme ça, les fenêtres du rez-de-chaussé de la tour de contrôle crachent maintenant plusieurs déflagrations vertes très brillantes. Le spectacle est d'une morbide magnificence sous ce début d'aurore orangé.
      - Cath... check çâ.
      Catherine suit le doigt de Barney qui pointe une autre série d'entrepôt précédemment cachés par la tour de contrôle. Les silhouettes de plusieurs personnes en sortent, visiblement armées. Ces dernières se ruent sur le bâtiment principal en poussant des cris de guerre. On venait de libérer les derniers otages... mais qui? Qui a bien pu accomplir tout ça?
      Les Slayers évacuent enfin la tour seulement pour être accueillis par d'autres explosions, cette fois juste devant les portes. Ils semblent faits comme des rats, pris au piège dans un immeuble où plusieurs feux se sont maintenant déclarés. Tout ça grâce à l'ingéniosité de ce mystérieux attaquant.
      - Vient-en, ordonne l'ex-caporal Savard à l'éclaireur après s'être lancée à la découverte de leur allié inattendu, décidée à tirer cela au claire.

 

      Martin Savage regrette de s’être caché dans ce théâtre afin de fuir ces créatures immondes qu'il a croisé au Village. Ces gars-là sont pires. Ils lui ont mis une chaîne autour du cou et l'ont promené sur plus d'une trentaine de kilomètres, pieds nus, sans boire ni manger. Pour les conseils géographiques qu’il leur a fournis, il fut récompensé en se faisant ligoter et jeter dans cette remise où ils entreposent leurs cargaison d'armes supplémentaires. L'ancien acteur y a passé la nuit, ainsi qu'une partie de la veille, recroquevillé sur un plancher de béton poussiéreux, s'étouffant presque à chacune de ses respirations. Ses oreilles bourdonnent désagréablement depuis plusieurs heures et ses poumons semblent désormais manquer d'oxygène. Alors qu'il tombait de fatigue dès les premières lueurs du soleil matinal, croyant qu'il suffoquait doucement jusqu'à l'évanouissement, il se sent désormais plein d'énergie, comme rongé par une crise d'anxiété. Si ce n'était de cette mélancolie croissante dans son coeur, il en est certain au fond de lui qu'il arriverait à briser ses liens.
      Ça lui rappelle une des scènes de "Tant pis, la Fin du monde", où son personnage finit dans une prison américaine, torturé par des espions issues d'une corporation calquée sur celle de Vault-Tec. Le film fut applaudi nationalement pour ses efforts de réalisme dans sa mise-en-scène, tout particulièrement la séquence très graphique de sévices sexuels. Mais c'est maintenant que Martin comprend qu’il était à l’époque un prisonnier bien plus propre qu'en ce moment.
      Peu de temps après le début des bourdonnements, sa peau a commencé à le démanger terriblement. Impossible de se gratter dans cette position. Ça commençait à le rendre dingue. Quand les démangeaisons lui sont montées jusqu'au visage, il s'est frotté frénétiquement la joue et l'oreille sur le béton sec et granuleux... jusqu'à s'en détacher des bouts de son visage. Un arc sanglant et monstrueux a repeint le plancher où Martin posait sa tête, collant définitivement la poussière au sol. Cependant, il n'avait pas mal, ni ne ressentait un malaise à voir son parfait minois être charcuté de la sorte. Ça n'était plus assez réel pour lui.
      Il lui revient en mémoire les paroles d'une chanteuse américaine:
      - Seul le monde réel est si irréel, murmure-t-il faiblement, et seul le réel est réel.
      Martin se les répète tel un mantra. Son regard se fixe devant lui tandis qu'une explosion verte illumine soudain les murs de sa cellule, projetant la silhouette des carreaux de la fenêtre tel que sur un écran de cinéma ou un théâtre de marionnettes. Il ne bronche même pas lorsque cris et bruits d'armes-à-feu donnent leur concert à l'extérieur. Ce n'est plus assez réel pour lui.
      À un moment donné, alors que les choses se calment un peu, la porte de sa prison s'ouvre et se referme dans un puissant claquement. Une ombre affolée apparaît et remplit la pièce d'une odeur fétide, caractéristique d'un important manque d'hygiène. Un goût de steak surlonge épicé vient alors aux lèvres de l'ancienne vedette du septième art. Il parvient miraculeusement à se lever et se retourne pour observer l'un de ses cruels agresseurs au regard jusque-là si malin, désormais en proie à une violente panique.
      Martin est calme, lui, et s'avance vers cette chochotte larmoyante qui, pourtant, était le seul des deux possédant une arme blanche. L'ancien acteur marche lentement vers lui et quelques légers grognements sortent de sa gorge sans qu'il n'arrive à les contrôler.
      Au même instant, la porte s'ouvre à nouveau. Deux personnes se tiennent dans l'embrasure : un petit homme et une femme un peu sale. Leur différence d'âge est notoire; c'est l'homme qui est le plus jeune. Le choc de cette vision fait reprendre à Martin tous ses esprits. Quelque chose lui dit que ça, ça c'est réel.
      - C'ést-tu lui? demande le jeune homme à la femme plus âgée.
      Elle ne fait que hocher de la tête en silence et s'avance tranquillement vers le ravisseur. Ce dernier ne se contient plus. Il cri, il pleure, il envoie des coups dans le vide avec sa petite lame improvisée de rien du tout. Rien de ce qu'il fait n'a de réaction sur cette femme qui avance vers lui sans peur, les yeux ronds injectés de sang.
      Ce dont Martin est témoin ensuite semble bien réel aussi. C'est violent, bestial, inhumain. Ou peut-être si, mais c'est une facette qu'il n'avait encore jamais vu chez quelqu'un, pas même chez ses ravisseurs. L'homme met du temps à mourir. Malgré les coups, les lacérations aléatoires, les perforations et toutes les choses indescriptibles qui lui sont faites à main-nue, la mort tarde à venir pour calmer ses cris.
      Quand c'est fini, on daigne enfin accorder un peu d'attention à la présence de Martin.
      - Yo! Moé c'ést Nyme. Elle c'ést Estelle. On ést 'és gentils, t'inquiète.

 

TROIS JOURS PLUS TARD...

 

      Doc soupire devant un verre qu'il a rempli au moins cinq fois depuis ce matin. Il repense à ses quatre dernières années. Il a perdu deux amis chers, on lui a rendu son Maurice et malgré tout cela, il paye pour encore ses bêtises. Ce n'est pas la première fois qu'il a le blues post-fin-du-monde et il lui semble que la lumière au bout du tunnel s'éloigne à chaque épisode. Dans ces moments-là, il boit cul-sec l'une de ses bouteilles de scotch et finit totalement débilisé par l'alcool durant près d'une heure. Et alors il tombe totalement catatonique à baver sur son bureau. C'est la seule façon qu'il a de dormir un peu. D'ailleurs, ça lui aurait dit une petite sieste, mais ça réduirait considérablement ses dernières réserves d'alcool et il a encore trop de choses à faire.
      Bon allé! Ce n'est que le cinquième.
      Le jeune est est passé en trombe, ce matin. Il a pris un sac de "tucs à lui" et est reparti. C'est son manque de contrôle sur le garçon qui lui a refilé son blues. Mais ça lui a aussi fait penser à Estelle.
      Retrouver Estelle, parcontre, donne de quoi sourire à son coeur. Elle est encore sous le choc d'avoir perdu Laurent, son mari adoré et père de son petit Filipe. Mais elle connaissait déjà très bien les recoins sombres du deuil alors il se peut qu'elle s'en remette rapidement, pas vrai? Le médecin n'en a aucune idée, et c'est pour cela qu'il est chirurgien et biologiste, non psychiatre. Il sort donc un deuxième verre de son tiroir et emporte la bouteille avec lui afin de vérifier si c'est bien le cas.
      Estelle remet un peu d'ordre dans le Jim’Ashton, à plus ou moins deux-cent mètres du Red Rocket Station. Lorsque Doc enjambe le cadre de la porte en verre brisé, elle s'était octroyé une pause sur l'une des banquettes, les yeux perchés dans le vide. Filipe, comme tous les petits garçons de son âge, s'amuse tout seul près des comptoirs avec de vieux morceaux de beignets desséchés complètement moisis. "S'amuser" est plutôt hyperbolique. Il se contente de les disperser sur une table, alternant d'un à l'autre avec hésitation, ne sachant plus trop quoi faire avec.
      - Ys grandissent vite en criss? suggère l'homme qui ne vieillit plus depuis au moins deux-cent ans. Y'est faite tough comme sa mère.
      Estelle le fixe d'un regard impassible. Toutes les émotions ont déjà été vécues dans ces sphères mortes couleur noisette où se côtoient le malheur et la dépression. Les fontaines ne coulent plus, pour Estelle, et le tonnerre résonne désormais en silence.
      Doc aimerait bien détendre l'atmosphère quelque peu, alors il ajoute ceci:
      - Les Jim’Ashtons, c'taient des cafés franchisés très répandus au Canada. C'est un joueur de hockey qui les â lancé à sa'r'traite, dins années soixante au XXe siècle. C'te franchise-là a survécu à toutes les tentatives de Solcum's Joe Donugt pour prendre e'l'monopole du marcher nord-américain, conclu-t-il avant d'étouffé un rire en vue de sa prochaine phrase. E'l'tout dernier bastion d'la fierté canadienne: un café qui goûte l'eau pis des pâtisseries en forme de rectome.
      Estelle jette un oeil sur la bouteille et les verres que Doc a apporté avec lui.
      - Tu sais que j'boés pus.
      - Ouin... soupire-t-il, un peu embarrassé. Je... suppose que c'est pour la forme. Un genre de partage "spirituel". C'tait surtout ça le message. J'avais envie d'jaser et d'savoir comment t'allais; comment vous alliez, tous 'es deux.
      La femme sobre depuis huit bonnes années tend la main vers son ami, lui solicitant l'un de ses verres. Doc les pose tous les deux sur la table devant lui et verse doucement de son précieux whisky à l'intérieur avant de s'asseoir.
      - À not'e sauv'tage, grâce à Nyme, fait Estelle en claquant son verre avec celui du médecin.
      - Ah... Y t'a parlé...
      - Ouin. Y m'a toute 'xpliqué. Y'a dit qu'on charche à lui mett'e un meurt'e su' l'dos.
      - Y t'a dis ça?
      - S'tu vrai?
      Le doute devient un spectre de matières palpables dans la pièce, comme une troisième personne assise à la table, un sourire mesquin sur le visage.
      - Les autorités de Dock cherchent un certain RedHead, avance Doc avec précaution.
      - On â entendu c'nom-là à... Station une coup' de fois, déclare Estelle avec un brûlement au fond de la gorge après avoir englouti son verre.
      - Y parait que lui pis... Nyme, ont d'jà travaillé ensemble.
      - Mais on disait qu'y s'en prenait aux raiders d'la zone.
      - Pour l'heure, le jeune s'rait juste témoin dans l'affaire. Y m'a même pas parlé que Dock lui mettait ça su' l'dos.
      Estelle comprend pourquoi la milice de la ville-état relie le crime au jeune garçon. C'est dans le nom: Red-Head. Mais Nyme a toujours été un enfant curieux qui parlait beaucoup, incapable de tenir un secret; avec une imagination débordante et, dans sa prime jeunesse, un certain amour pour les autres. Le savoir traînant avec des bandits de grands chemin et des meurtriers, Estelle réalise que ce n'est certainement pas ce que ses parents auraient voulu pour lui.
      - Fred pis Marie me manquent, si tu savais... dit-elle alors, réprimant quelques larmes qui auraient voulu sortir.
      Le vieux médecin est rempli de symapthie pour cette femme. Il repousse son verre et son coeur se met à déborder.
      - Moé 'si, Estelle. Moé 'si...
      Les murs ont choisi le pire moment pour se mettre à trembler. Il s'échappe de l'air ambiant un bruyant bourdonnement mécanique et puis au centre du petit refuge de tentes installées au coeur de Sainte-Julie, se posent deux vertipaires portant les symbols de la RNQ.
      - Qu'esse-qui câliss icite, eu-zaut'es?, demande Estelle, ayant repris un peu du poile de la bête.
      - Tu parles d'un osti d'timing de marde.
      Les bêtises se payent toujours, se dit-il à lui-même, un jour ou l'autre.

Épisode 5

Révélation

DURANT CES FAMEUX TROIS JOURS...

 

      La pluie tombe comme une bonne vieille mousson tropicale, formant un rideau translucide devant l'entrée de la grotte où Catherine s'est réfugiée. Sa hanche lui fait encore mal, même après l'injection revigorante du stimpack. Mais ce n'est rien en comparaison à ce qu'il s'est pris, lui. Nyme.

 

      - Whirling Triangle Fist Présente -
      - Un récit créé par Gabriel/Arouth et Pascal "Ramael" Cadieux -
      - Basé sur l'univers de la franchise à succès Fallout de BesthesdaGames Studio -
Les Chroniques de Nymeland, les récits sordides de Fallout Québec
Épisode 5 - Pas si pire que ça; une Introduction aux Tech Slayers

 

      On peut dire qu'ils l'ont échappé belle. Catherine n'arrive toujours pas à faire la part des choses. Ce sont-ils fait avoir comme des bleus ou était-ce un traquenard bien élaboré? Et puis, qui étaient ces gars? En avaient-ils après l'un d'eux et si oui, était-ce elle ou bien... lui?
      Qui que ça puisse être, ils étaient pas trop mal organisés. Pas le genre de chiens morons qui courent après une voiture qui passe et s'essoufflent lorsqu'elle est hors de portée. L'ex-caporal a déjà eu affaire à cette race de connards et une fois qu'on les a distancés il n'y a plus grand chose à craindre. Ils repartent se faire un fixe de quelque merde qu'ils ont en stock.
      Non. Ces gars-là sont attentifs et se répondent lorsque l'un d'eux fait un signalement. Ils vont se mettre à leur recherche.
      C'étaient de vrais tueurs, des chasseurs compétents qui avaient préparé leur terrain... tout comme Catherine l'aurait fait elle-même. Avec eux couraient des genre de chiens mécaniques sur ressort. Elle n'a pas eu le temps de les détailler, mais ils allaient à une vitesse affolante et leurs gueules de métal qui claquaient dans le vide à chaque saut. Et puis il y avait ces grenades. Elles laissent une énergie verte brûlante. Probablement ce que Nyme a utilisé sur les Slayers de l'aéroport, il y a bientôt deux jours.
      Le petit con a goûté sa propre médecine.
      Pour être honnête, il s'est placé entre elle et l'explosion. Qu'est-ce qui lui a pris! C'est quand-même sa faute s'ils sont dans cette situation. Catherine ne fera aucun effort pour l'oublier. Et les ennuis ne sont pas terminés, elle en est persuadée. Mais d'accord, il lui a sauvé la vie au péril de la sienne.
      "Vous allez devoir vous entendre un jour ou l'autre", imite Catherine pour reprendre les mots du vieux médecin en grimaçant.
      Elle trouve qu'on lui accorde trop de crédit. Certes, il a eu de la chance avec les pillards de l'aéroport. Trop de chance. Mais maintenant Doc tient à ce qu'elle l'amène à la chasse, elle doit le faire dormir dans SON salon en attendant qu'on lui mette sur pieds des quartiers à lui. Il se sert de SA douche en y laissant un bordel monumental, répandant sur ses serviettes un mélange putride de sueur et autre chose de gommant que Catherine préfère ignorer. C'est trop envahissant pour elle. Une fille a le droit à son espace. Et de plus, le nabot sent les problèmes à plein nez.
      Catherine ne peut pas travailler dans ces conditions. Pourtant, la voilà en train de faire la gardienne bénévolement pour un ado qu'elle n'apprécie pas plus qu'il ne faut.
      "Plutôt crever" avait-elle répondu. Les yeux perdus par-delà les micro-cascades de pluie, l'ouïe aux aguets, elle ressent l'ironie de sa situation.
      La nuit va bientôt tomber et vu l'état du jeune, ils n'iront pas plus loin avant demain. S'il pouvait continuer à pleuvoir comme ça, au moins ils ne manqueront pas d'eau.
      L'écho d'une toux profonde résonne sur les parois de la caverne. Il a intérêt à se faire discret à partir de maintenant. Sinon elle devra finir le travail des Slayers elle-même. Pas question qu'elle paye pour ses conneries une fois de plus.
      À contre-coeur, l'ex-caporal quitte son poste à la vigie pour partir jeter un oeil à son blessé.
       Ça doit bien faire trois heures qu'il est inconscient et enfin, il se met à bouger. Catherine s'approche pour toucher son front dans l'obscurité; il ne fait qu'une légère fièvre pour le moment mais cela peut encore changer d'ici demain. Tout le côté droit de son corps est brûlé au deuxième degré, le laissant comme une steak à moitié cuit. Si on ne fait rien, ça s'infectera. Catherine se demande comment il est arrivé à protéger sa petite gueule de con de la déflagration, celui-là.
      - On... heurf-heurf-heurf! On ést où? demande le patient du non-docteur Savard.
      - Pas tout à fait à côté d'Stainte-Julie, ça c'est çartain. J'te d'mandrai pas si t'es en mesure d'bouger l'cul.
      - Pour toé, j'me gigot’rais le zizi sans problème... heurf! hrf-hrf-hrf...
      - Comique...
      Catherine se passerait bien de ses petits commentaires. Non, ce qu'elle veut par-dessus tout venant de la part du jeune adolescent, ce sont des réponses.
      - Si t'es assez en forme pour dire des niais'ries, tu peux sûrement m'aider à clarifier deux-trois trucs, right? fait l'ex-caporal en lui lançant ton sac-à-dos sur le ventre, savourant de le voir se tordre de douleur. Qu'est-ce ça fait dans tes affaires?
      Comme le blessé n'a pas les réflexes pour attraper son sac en vol, celui-ci bascule sur le côté et étend une partie de son contenu sur le sol. Il y a deux inhalateurs de Jet plus un bout de seringue de Psycho, deux drogues prédominantes dans les états du Sud et qui auraient remonté sur le territoire via la migration des groupes de pillards, plusieurs décennies auparavant.
      - Chai... commence l'accusé sans pouvoir finir.
      - Prends moé sourtout pas pour une tarte, mon chum, dit calmement maman Savard. Doc m'a dit qu'tu t'es faite pogner à Joliette avec un sac de poudre, ou d'quoi d'même. Pis moé, j'te pogne avec ça.
      - Cry me a river.
      Cette réplique ne va pas tarder à lui taper sur les nerfs.
      - On dit même qu'le RedHead t'en veut d'être parti avec sa dope.
      - Tu... hrm... (le jeune ravale un peu de salive avant de continuer). Tu connais pâs l'RedHed, fa-ke parles pâs de s'tu connais pâs.
      - On dit qu'la milice de Dock te cherche pour une affaire de meurtre.
      Le jeune est beaucoup moins éloquent. Était-ce la peur? La culpabilité? Doit-elle lui appeler son avocat? Catherine a toujours voulu dire ça... peut-être aurait-elle dû le faire pour quelqu'un par le passé, dans son autre vie.
      - C'pâs moé qui l'a tué... répond-il simplement.
      - Qui ça?
      - Caro... hrm-hrm... 'a fille du cap'taine Fournier.
      Le monde de Catherine bascule à nouveau. Elle aurait dû commencer à s'y habituer, depuis la dernière semaine, et pourtant. Caroline Fournier était une autre amie que l'ex-caporal s'est fait après son réveil dans ce nouveau monde de désolation. Une fille forte, joviale, un chasseur hors-pair mais surtout, quelqu'un avec le coeur sous la main, donc une perte immense pour la communauté.
      Catherine serre les poings et les dents; elle s'imagine comment doit se sentir le père de Caroline. Il veut probablement autant de réponses qu'elle, en ce moment. Toutefois, elle doit garder son calme afin de limiter les risques de parler un décibel trop fort; elle ne veut pas être repérée.
      - C'est qui? Tu vas m'dire son nom, mon tabarnac pis right là.
      Nyme prend un temps pour répondre. Il regarde d'abord droit devant lui puis finit par soupirer.
      - Shh... l'interrompt Catherine.
      Des voix. Presque un murmure. Elles se chevauchent avec l'écho, enterrent presque le claquement de la pluie sur la pierre. Nyme les entend aussi. Il retient son souffle. Catherine a son arme, prête à tirer. Mais affronter toute une escouades de tueurs? Peut-être pas. Oh non... ils sont à l'intérieur.
      Les voix résonnent comme lors d'un concert avec une mauvaise acoustique. Elles rigolent tandis que les pas semblent se rapprocher. On peut entendre quelques mots ici et là, mais le son est distordu. Nyme perçoit bien mieux leur conversation et ça le fait glousser en silence. Après un long et puissant rire de la part des ennemis, survient un long silence entre eux. Puis ils sont appelés de l'extérieur. Ils doivent repartir car la pluie ne fait que s'intensifier et ils doivent retourner au R-Port. Puis les voix diminuent, les pas s'éloignent. Cath et Nyme sont soulagés. Le garçon se permet même un léger fou-rire
      - Ys disaient qui t'bouff’raient bin la chatte avec une sauce tatos... no joke... Ironic, right?
      - Ta farmes-tu ta yeule? Ys ont aussi mentionnés un "R-Port".
      - Un "aéroport"?
      - Bin oui, p'tite tête! Des survivants de Saint-Hubert?
      - (Nyme semble dubitatif dans son ton) Nah... trop loin pis ça leuh r'semble pâs.
      - Parce qu'tu vâs m'dire que t'es connais... hein? Des chums à toé? La gagn' du RedHead?
      De nouveau un silence avant de répondre. Ce Nyme ne se prend vraiment pas pour de la merde.
      - J'ai croisé des gârs qui s'app'laient les Tech Slayers, l'an pâssé. Des gârs tranquilles dans leuh coin qui bidouillaient des cossins pour chasser l'monde. Des bebelles louches comme s'qu'on â vu tantôt hrf-hrf...
      C'est là que Catherine remarque que l'accent du jeune homme n'a rien à voir avec celui de ses contemporains des terres désolées. Plusieurs mots qu'il utilise ne collent pas avec l'éducation générale de ses pairs. Ça lui apporte également un sordide sentiment de nostalgie. Voilà qu'elle se laisse déconcentrer à nouveau.
      - Pis ys campaient où, tes Tech Slayers? demande-t-elle, incrédule.
      - Bizârrement pâs trop loin du camp à Doc, d'l'aut'e côté d'la montagne, répond Nyme avec un ton sarcastique forcé.
      C'est avec ce nouveau silence qu'elle conclut leur conversation. Catherine a peut-être une piste. Elle redoute de sortir sous cette pluie, mais il semblerait qu'eux aussi. C'est donc sa chance d'en apprendre un peu sur ses nouveaux ennemis.
      - Tu bouges pas d'icite, hein? suggère-t-elle à Nyme, une petite tape sur l'épaule en se levant.

 

      Elle dû d'abord se repérer. Ils n'avaient pas traversé l'autoroute 20 tout au long de leur promenade et leur chassé-croisé avec ces "Tech Slayers" s'est fait principalement dans les bois. Tout ce qu'il a fallu à Catherine, c'est une boussole. Une épingle à cheveux magnétisée et un peu d'eau allaient faire l'affaire. Elle en prend une qui traînait dans ses poches et la dépose sur une flaque juste après l'avoir frotté frénétiquement sur un bout de vêtements sec.
      Une fois qu’elle a repéré le Nord, Catherine se met en marche. Elle n'a pas mis trop de temps pour trouver la route et la suivre vers l'Est. De là, il n'a suffit que de quatre bons kilomètres pour arriver au fameux "R-Port". Décidément, les connards de ce monde ont un fétiche pour l'aviation.
      Mais l'ex-caporal Savard n'est pas une idiote. En chemin, elle s'est arrêtée pour fouiller les bagnoles qui sont restées sans propriétaire durant au moins plus d'un siècle pour cueillir les quelques miettes d'un butin utile. Cependant, c'est une fois près du site de la bande de pillards (le seul secteur éclairé sur des kilomètres), qu'elle a trouvé le jackpot. Perdue dans le bureau administratif d'une réserve à entrepôts pour le particulier se trouvait une pharmacie, presque pleine avec à son côté une trousse de premiers soins Vault-Tech (la plupart de ces caisses sont scellées sous-vide avec un verrous ridiculement résistant).
      Dans l'une des voitures, Catherine se dénicha un bache de camping. Elle put surveiller ces salopards de pillards durant toute la soirée bien au sec.
      Plusieurs heures sont passées et pas grand chose ne fut à signaler. Eux aussi, ils aiment garder une "stricte" vigilance sur leur périmètre. Les vigiles tirent sur leurs inhalateurs de Jet, gigotant parfois les bras devant leur visage comme des attardés mentaux. Ça, c'est s'ils ne sont pas tout bonnement en train de dormir sur le travail. Peut-être les a-t-elle sur-estimé, tout-à-l'heure.
      De là où elle se tient, elle peut entendre un chien aboyer ses lamentations. Ses plaintes son énergiques, laissant croire qu'il est soit dans un sérieux pétrin, soit il appelle un ami perdu pour qu'il ne rejoigne. Dans tous les cas, Catherine espère qu'il sera partie avant demain matin.
      Catherine juge en avoir assez vue et reprend le chemin inverse vers la grotte; qu'elle n'a aucun mal à trouver. Il fait nuit noir à son arrivée et la pluie a cessée de tomber. Avant de pénétrer dans leur repère de fortune, la militaire remarque des petits champignons phosphorescents et lumineux qui poussent au pied de la paroie extérieure.
      - Bingo, lance-t-elle avec fierté.

 

      Nyme gigote encore un peu en gémissant durant son sommeil. Est-ce la douleur? Est-ce un mauvais rêve? Catherine espère un peu que ce soit les deux à la fois.
      Elle sait désormais que ceux qui leur ont couru après ne viendront pas à leur recherche, donc elle s'est permise de faire un feu. Elle a séché les champignons dans sa gamelle et s'est mise ensuite à les gratter et gratter sans arrêt avec une pierre, nettoyée d'abord de sa poussière. Elle y ajoute ici et là de petites gouttes de l'un de ses stimpacks, de l'eau qu'elle a fait bouillir et un peu de son propre sang. Le tout doit s'agglomérer en une sorte de pâte très granuleuse qu'elle noiera dans l'eau peu avant de la faire boire à son patient. C'est un truc que Doc lui a enseigné pour créer une solution antibiotique tout-usage. Ça devrait repousser l'infection qui commence à infecter la peau brûlée du jeune garçon.
      - Nyme. Nyme réveille, fait-elle en le secouant.
      Ils n'ont pas le temps pour une guérison naturelle. Leur ennemis ont pendu leur crémaillère tout près de leur camp, Catherine ne peut donc pas les laisser s'installer confortablement. Et autant que ça lui peine de l'admettre, ayant vu ce dont le jeune est capable, elle aura besoin de lui.
      Ses doigts écrasent le menton du blessé pour ouvrir sa mâchoire. L'ex-caporal vide alors lentement le contenu de sa gamelle et conclut le traitement avec une bonne piqûre de stimpack directe dans son coeur. La réaction est immédiate. Nyme sort du pays imaginaire et redresse son corps comme si la tension qui ne maintenait par terre venait de lâcher.
      C'est un coup-de-fouet que Catherine a pris plaisir à lui administrer.
      - Bon matin, l'accueil-t-elle avec une bonne tape dans le dos, malgré qu'il fasse encore nuit noire.
      Les yeux du garçon sont ronds comme des boules de gommes mais durant un bref instant, des intentions meurtrières donnent de subtiles spasmes à ses sourcils.
      - J'ai trouvé tes "Tech Slayers". Va falloir qu'on parle d'un plan pour nous en débarrasser.
      Catherine attend qu'il reprenne ses esprits et cesse de se plaindre de ses blessures. Elle a un plan et compte bien le partager avec lui. Ça semble en phase avec son modus operandi, alors il n'a aucune raison de refuser. Tant qu'il garde ses commentaires de merde pour lui.

 

À SUIVRE...

 

    Pour un premier contrat avec Dock, la bande du grand rouquin se trouve plutôt insatisfait du résultat. Oh oui! Ils ont bien éliminer les Slayers qui avaient investi les lieux et pour le chef du groupe, c'était également le délicieux assouvissement d'une vengeance personnelle. Il a pris plaisir à voir la verge du Grand Bulldog Saint explosé en milliers de confettis sanglants lorsqu'il lui a mis une grenade vivante dans le pantalon. Après que leur chef soit mort, les derniers de ces tarés se sont réfugiés dans la cafétéria de la station de communication. Ils semblaient nombreux, bien armés et leurs flingues étaient tous braqués sur la porte derrière laquelle le rouquin et ses amis se tenaient. Il n'a eu qu'à leur faire croire que puisque que leur clan de pauvres cloches n'avaient plus de tête pensante, sa bande à lui s'en irait en les laissant décider qui allait en prendre la tête. Ça n'a pas pris une minute avant qu'ils n'en viennent à s'entre-tuer.
      On appelait ces installations la Station de la Reine et son réseau d'antennes pouvait couvrir les communications d’une bonne partie de la Rive-Sud jusqu’à la Capitale. Toutes les communications longue portée passaient par cette antenne. Et ce n'est pas tout! L'installation était gérée par une intelligence artificielle nommée S.A.M. C'est grâce à de solides négociations, et un léger détournement de son protocole d'identification, que la NAA réussi à avoir accès à ce réseau. Le rouquin salivait à la perspective de mettre la main sur cette base et de pouvoir fraterniser avec S.A.M. Qui sait quelles en auraient été les possibilités?
      Mais voilà, son coeur de pirate n'était pas le seul à convoiter ce complexe. Ces gars sont débarqués de nulle part avec leurs armures assistées et leurs mitrailleuses de style gatling. Ils portaient à leur poitrine un symbole étrange avec une épée dans un cercle, ou quelque chose du genre. Ni le grand rouquin, ni ses partenaires n'avaient ce symbole avant. Ils se faisaient appeler the Brotherhood of Steel; la Confrérie de l'Acier.
      Les Frères de l'Acier ont "réquisitionné" les lieux sous les ordres de leur confrérie. Ils disaient vouloir saisir toutes technologies incompatibles avec les citoyens, et bla-bla-bla; ces trous-du-culs se prenaient beaucoup au sérieux et la petite bande n'a pas trop eu choix que d'obtempérer à leurs demandes... mitrailleuses gatling en main.
      Le grand rouquin était fou de rage. C'est sa bande à lui qui s'est tapé tout le sale boulot.
      Ils repartent donc tous la queue entre les jambes, mais pas les mains vides. Ils ont eu le droit d'emporter toutes les armes conventionnelles que les pillards avaient avec eux, leurs armures quand elles pouvaient être transportées; pas les réserves de munitions, par-contre (quels connards ils sont, ces Frères!).
      Sauf que de tout ce butin de champion, une chose attira l'attention du grand rouquin. Son petit Eldorado personnel: une livre de cocaïne étrangement bien conservé. C'est une drogue d'avant-guerre qui ne se fait plus de nos jours, à ce qu'on dit. Le rouquin en était certain, quelqu'un à Bois'Riand serait intéressé par cette pure cargaison unique comme un flocon de neige. C'était son ticket d'entrée chez les Familles. Il pourrait réaliser l'un de ses rêves d'enfants les plus sérieux: vivre sept jours sur sept dans un casino.
      Mais voilà! Ce connard de Bob, le compagnon d'arme de Caroline Fournier, veut sa part du butin. Non pas que des armes ou des armures de pillards toutes pourries puissent l'intéresser. Noooon! Il veut la moitié de la coke.
      - Over my dead body, murmure le rouquin en serrant le paquetage sur sa mule à deux-têtes.
      - Marci bin gros pour çâ, Red, lui dit Caroline avec un généreux sourire aux lèvres. On â clèrer lés Slayer d'la Station d'la Rêine à nou zaut'es tu'seul. Pôgné dans l'couloîr, ch'pensè qu'on ètait faite, mais l'idé dés mines frag' derrière la porte, s'tait smart. Pis la grenade dins pants!!!! POUWAHAHAHAH! T'âs des couilles, man.
      C'est vrai qu'elle est mignonne, Caroline, malgré sa bonne stature. Dommage qu'un accident est si vite arrivé.
      Luc Ferron serre aussi son paquetage tout en ignorant les remerciements de Mme Fournier. Il y a vraiment quelque chose de louche chez ce gars-là, se dit le rouquin. Il devrait peut-être le garder à l'oeil et... ah! le "sneaky bastard"! Luc a réussi à faire glisser trois fusils laser de sous le nez des Frères. Chanceux.
      Ils reprennent la route vers Dock sous une ambiance semi-lourde. Caroline et Bob bavardent ensemble comme à leur habitude, non trop inquiète d'éventuels dangers qui pourraient rôder dans les parages, ou tout-TOUT près d'eux. Luc affiche un visage impassible. Le grand rouquin, lui, garde le silence. Un silence méticuleux. Ses yeux se sont repliés à moitié sous ses sourcils et son museau retroussé de fauve en chasse est pointé vers le sol. Il n'a pas encore un plan de formulé qu'il creuse déjà deux tombes dans son esprit.
      Cette cocaïne est à moi, se dit-il. En s'approchant de Luc, il garde le ton le plus bas possible pour lui chuchoter l'idée générale qu'il tient à mettre en action.
      - Après avôir dressé lés tentes, on s'occupe dés deux pis on dump les cadâvres dans rivière.
      Luc ne répond pas verbalement, plutôt il étire un léger sourire sur un coin de son visage.
      Monter le campement se fait aussi rapidement que la première fois. Caroline et Bob savent clairement ce qu'ils font. La lumière du feu est occultée par ce large cylindre de cuivre usé sur lequel le duo pose une grille afin de mettre de l'eau à bouillir. Les tentes de Caroline et Luc sont debouts. Red dort toujours à la belle étoile et Bob est l'un de ses gentils cadavres ambulents, il est donc le seul à voir dans le noir. Alors il veille sur leur sommeil ne dors qu'une fois relayé par Caro, quelques heures avant l'aube.
      Le repas à base de viandes séchées et le thé fut agréable pour pas mal tout le monde. La bande s'est lancé dans toute sorte de discussion, Caro faisant des blagues grasses et vulgaires alors que Bob semblait toujours avoir une anecdote cocasse sous la main. Tous semblaient avoir pris du plaisir à savourer leur victoire. Tous sauf un. Et lorsque la bande sentit la fatigue écraser leurs paupières, tous sont partis se coucher.
      Sauf que le rouquin n'a pas sommeil. Le rouquin a soif.
      - Ça vâ, tit-Q?
      La voix éraillée de Bob tire le jeune homme de sa rêverie macabre.
      - Ouin ouin... chus frus, c'ést toute.
      - À cause dés tatas en power armors à Station d'la Rêine?
      - Ouin... D'puis qu'on m'â parlé dés ordis avec ki on pouvait jaser... ch'pensais m'êt'e faite un ami, tsé...
      - Avec un ordi? demande le vieux Bob, un peu incrédule.
      - Ouin...
      La vieille goule met alors une forte poigne sur l'épaule du grand rouquin et la berce amicalement de côté et de l'autre.
      - T'inquiète, tit-Q. Avec s'ke t'â faite aujourd'hui, tu vâs t'en faire dés amis. Tu nous â nous autres, en-tu-cas.
      C'est vrai qu'il est sympa, ce Bob. Le jeune homme l'a peut-être mal...
      Un coup-de-feu. Un coup-de-feu à bout portant... et juste derrière eux. Bob ne se pose même pas la question, lui. Il est déjà sur ses jambes, fusils à la main, et regarde vers la tente de Caroline.
      - CARO!
      La jeune femme est toujours étendue sur son lit de camp. Une subtile odeur de souffre émane de cette direction-là.
      - CARO!!? panique maintenant le vieux zombie jusque là si calme, voyant que sa protégée ne lui répond pas.
      - Scuse-moé, Bob, confesse le rouquin derrière son dos, le canon de son pistolet révolver .32mm braqué sur sa tête.
      Ce n'est pas avec grand effort que les corps ont été cachés. On les a simplement tirés jusque dans un fossé qui descendait vers le fleuve, puis ils ont été balancés à l'eau avec des pierres attachés aux pieds. La bande du RedHead s'en est retournée à Dock pour essayer d'empocher son butin. Sauf que le capitaine Fournier voulait des réponses aux sujets de sa fille et il n'a dû apprécier celles que le rouquin lui a fournies. La bande n'est pas donc pas resté très longtemps dans le secteur. Même que dès que possible, ils ont passé la frontière pour rejoindre la Rive-Nord.
      Avec du recul, Nyme se rend compte que toute cette expédition en compagnie d'un psychopathe, ce n'était sûrement pas la meilleure idée. Il voudrait bien s'en laver les mains, mais il a lui aussi tiré les corps jusqu'à la rivière. Il regrette que Bob et Caroline soient morts. Eux qui répugnaient profondément ces gens égoïstes, prêts à vous poignarder dans le dos pour de la came, ils n'ont pourtant pas su voir qu'ils se baladaient avec l'un d'eux.
      Nyme se sent pas l'âme d'un traître. Pas comme ce satané...

Épisode 6

Révélation

 
      - Whirling Triangle Fist Présente -
     L'ex-caporal Savard est mortifiée. Ce qu'elle vient de voir, au travers la lunette de son fusil, est très certainement l'une des choses les plus répugnantes faites par un être humain à un autre être humain. Cela dépasse ce qu'elle s'attend de voir chez un être sensible remplie de compassion. Pourtant, elle s'accroche à cette idée qu'elle a des autres, même durant cette époque où le vile et l'horrible sont la norme. Elle sent un terrible malaise commencer à la saisir au ventre. C'est de la folie de penser qu'elle puisse permettre que de pareilles atrocités se produisent. Elle ne s'est pas engagée pour ça et ce n'est pas ce que l'Armée Royale Canadienne lui a promis dans ses pamphlets de recrutement.

      - Un récit créé par Gabriel/Arouth et Pascal "Ramael" Cadieux -
      Son index se met à lui chatouiller terriblement, déjà prêt à ce qui va suivre. C'est comme si elle avait d'or et déjà appuyé sur la détente. Catherine retient la bile qui veut remonter le long de son oesophage et prend une profonde inspiration. Son opportunité est ratée, toutefois; un panneau se met entre elle et sa cible.

      - Basé sur l'univers de la franchise à succès Fallout de BesthesdaGames Studio -
      Elle l'a finalement en joue, en plein milieu de la croix dans sa lunette. Sa cible a fini son travail dégueulasse et se dresse de tout son long. Elle ne bouge plus. Elle lève plutôt la tête et tourne son regard droit sur Catherine.
      - P'tit con... souffle-t-elle, dans un ultime moment de tension.

 

Les Chroniques de Nymeland, les récits sordides de Fallout Québec
Épisode 6
- Les Tech Slayers, une Conclusion Pas si pire que ça

 

      Le vent est toujours plus violent après une averse. La fin du monde n'a pas tout changé sur la planète, faut croire. Cela rappelle à Catherine ces après-midis chez tatie Bruno, couchée dans les haute-herbes des prairies de la région de Hull; il ne manque que le chant des oiseaux ou le sifflement des insectes.
      Mais l'ex-caporal n'est pas caché derrière son buisson pour se remémorer de vieux souvenirs. Elle garde à nouveau son oeil averti sur un campement de pillards depuis une position légèrement surélevée. Plusieurs détails accrochent désormais son attention. Des détails qui n'étaient pas aussi visibles la veille.
      Ces connards ont des tourelles automatiques de chaque côté de leur périmètre. Ils ne semblent avoir investi que trois hangars, laissant les autres à première vue ouverts et en grande partie dépouillés de leur matériel. Ce devrait être facile à couvrir de là où elle se tient.
      Nyme est reparti pour Sainte-Julie afin de récupérer le reste de son "stock". Il faisait référence aux armes qu'il avait lors de sa victoire contre les Slayers de l'autre aéroport.
      - Où t'as pogné ça, d'ailleurs? lui a demandé Catherine avant qu'il ne s'en aille.
      - La réserve perso d'ma mére pis un peu d'celle de Laurent, le chum d'Estoux. L'EX-chum d'Estoux, se corrigea-t-il avec un sourire tout fier.
      Catherine ne préféra pas commenter sur le sordide de cette dernière remarque, ou ce qu'elle lui fit ressentir. Elle devait redémarrer son métronome interne; elle avait une mission à accomplir.
      En détails:
      - le campement ennemi se trouve derrière un réseau de hautes barricades en bois;
      - le tout relié par des passerelles clouées sur les structures montés à la va-vite, refermant en bonne partie l'accès aux hangars occupés;
      - deux vigiles dorment de chaque côté, postés chacun près d'une tourelle automatique avec tir balistique et non-lazer; Cath connait ce modèle;
      - une armure-assistée qui a été laissée dehors sans surveillance;
      - impossible encore de dire combien ils sont ou quel est leur arsenal complet car elle n'a vu que deux d'entre eux;
      - et sait-on jamais: ils ont peut-être des otages.
      L'ex-caporal contracte et décontracte les muscles de ses jambes et elle respire profondément afin de rendre sa position le plus confortable possible. Ça lui remémore Barney quelque peu, perché tout seul dans son arbre durant des jours. Elle a bien aimé Barney.
      Bon. Le plan est simple:
      - Nyme fait diversion tandis que elle;
      - elle prend un maximum de cibles avec son fusil de chasse longue portée.
      Et même si le garçon n'a pas du tout semblé attentif durant le briefing, ce plan devra suffir car elle manque de moyens pour en élaborer un meilleur.
      Sa première cible sera le mec qui tentera d'embarquer dans l'armure-assistée. Ils peuvent très bien perdre la bataille si ce truc vient à se trouver un pilote, alors elle doit à tout prix l'éviter. L'exosquelette de cette armure peut écraser la tête de quelqu'un de ses mains comme un pamplemousse. Le tic-tac dans la tête de l'ex-caporal Savard l'empêche de trop penser à ce genre de choses.
      D'ailleurs, elle doit se tenir d'autant plus prête. Nyme ne devrait plus tarder.
      C'est alors que Catherine entend à nouveau ces aboiements. Ils semblent se trouver à même distance que ceux qu'elle a entendus durant la nuit. Sauf que cette fois, il n'y a plus de pluie pour en couvrir le son et cela peut sévèrement compromettre sa position, voire le succès de sa mission.
      Elle se replie lentement vers l'arrière, seulement au cas où un de ses tarés d'en face ne regarde dans sa direction à ce moment exact, et part à la recherche de ce chien.
      Les aboiements se font plus insistants à chaque mètre de la forêt où elle s'enfonce. Catherine finit par tomber sur une sale bête. Son poil est tâché de sang, allant du rouge clair au plus foncé. Sa peau est d'une maigreur à vous en percer le coeur et il lui manque une partie de l'oreille gauche. Outre la pitié qu'elle ressent pour ce pauvre animal, il montre clairement des signes d'hostilité... et envers quelqu'un.
      Catherine réalise alors que la future proie de ce chien n'est nulle autre que Nyme. Il est accroupi au sol et garde l'une de ses mains levée dans le but de calmer l'animal. Son autre main est dissimulée dans son sac-à-dos qui repose près de son pied. Cette bête veut se nourrir sur son partenaire, et puis Catherine l'a laissé japper beaucoup trop longtemps. Ils doivent tous deux attaquer un camp de pillards et une certaine discrétion est demise.
      Au moment où l'ex-caporal lève son fusil pour mettre la bête en joue, Nyme tourne son attention vers elle.
      - FUCK NON! RANGE ÇA !
      La militaire est surprise par cette intervention. L'animal affamé braque désormais toute son attention sur elle et sa mâchoire montre toutes les dents qu'elle a en signe d'avertissement. Mais Catherine ne baisse pas son arme et se dit plutôt qu'ils n'ont plus le temps de jouer. Au moment où elle s'apprête à en finir avec le chien, quelque chose de délicieux tombe tout près de celui-ci. Il n'hésite pas un instant à se jeter dessus, brisant le momentum que l'ex-caporal avait pour tirer.
      Nyme décide un fois de plus de se mettre devant elle et le danger. Il met les bras en croix pour protéger l'animal féroce.
      - Tues-lés pâs, s'te-plait, lamente-il tel un enfant. Y'ést pâs méchants, y'â jusse faim.
      - Dude... S'pas l'temps d'niaiser. Les Tech Slayers vont sûrment bientôt s'lever. Faut êt'e prête.
      - Cry me a river.
      - Criss, Nyme! Prends çâ au sérieux, un peu.
      - Oui, chef! Mais t'inquiète, y f'ra pâs d'marde.
      Nyme finit son salut militaire tandis que l'ex-caporal se retourne. Elle ne la sent pas, cette idée.
      - Awèye vient-en, mon gros Câlice! fait-il en caressant énergiquement la bête.
      
      Le matin est frais et nuageux. Le vent nourrit bouches et oreilles et fait pleurer les yeux secs et rouges de Gimme. Sa langue est pâteuse que l'intérieur d'une boîte de CRAM laissée ouverte durant une semaine. Tous ses muscles battent sur la cadence de son coeur pour lui rappeler qu'il préférait mourir que de devoir sortir au soleil levant, ce matin.
      Il n'y a pas que ce symptôme qui provient de sa consommation régulière de Psycho et de Jet. Gimme a aussi des tensions aux deux reins, signe d'une inflammation en train de devenir une méchante petite infection; son urine a déjà une teinte plus sombre et rougeâtre, et son odeur est plus prononcée. D'ailleurs, ça lui brûle un peu lorsqu’il pisse, ce qui est presque la même sensation que lorsqu’il vide les couilles sur quelqu’un. Pour lui, c’était normal et plaisant alors pisser devient le moment préféré de sa journée. Non que cela aie quelque chose à voir avec cette infection qui se répand vers ses canaux urinaires.
       Gimme se lève péniblement et sous les ordres de Vern, enfin King Cyborg, il se rend au poste de garde face de la grande route. Le soleil n'est pas son ami et même s'il est à encore à l'ombre, il abaisse ses lunettes d'aviation sur ses yeux. La démarche de ses pieds traînants rend ce périple vers le travail forcé interminable.
      Il rejoint BrainFocker qui, lui, a les dents d'en arrière rongées jusqu'au nerf à cause du Jet. Les agents chimiques de cet inhalateur assèchent la bouche. Sans salive pour réguler la prolifération de bactéries, sa dentition se déconfite comme un biscuit sec dans l'eau. Et ce n'est pas la seule chose qui se désintègre par l'action de cette drogue. Tout le calcium du corps paie la note de ce vilain défaut, laissant le pauvre Focker faible et tout chétif. Seuls les neurorécepteurs d'adrénaline et de sérotonine en ont pour leur argent et ils sont désormais insatiables.
      Lui aussi déshydraté, BrainFockr donne sa meilleure performance en tant que zombie, le corps vacillant sur son banc, les yeux mis-clos et la bouche pendante et ce, jusqu'à ce que son ami le relève. Lui aussi s'est fait engueuler par Vern... euh, King Cyborg. Et lui aussi commence à en avoir marre de tout ça. Il se la joue chef-des-chefs parce qu'il est habile de ses mains. Fockr et Gimme en ont parlé et un changement dans la hiérarchie est à prévoir.
      - Yo Fockr-tapète! gémit Gimme, impassible.
      - Yo... yo... répond ce dernier, à court d'insultes à lancer.
      Les deux regardent l'horizon en silence, à l'abri du soleil. Même leur respiration se fait discrète ce qui, sans le savoir, fait monter leur pression artérielle et renforce leur sentiment de déconfort et de fatigue.
      Le vent assourdissant bourdonne dans leur cerveau, où le sang circule difficilement. Gimme vient s'asseoir avec Fockr en silence. Il tente de savourer chacune des tensions et puis chacun des coups que lui donne son système nerveux à tout son corps et ce, jusqu'à chacune de ses extrémités. Rien à faire. Et le moral ne veut pas pointer le bout de son nez non plus. Ça va être une journée de merde et il le sait.
      - Big... y t'en reste-tu? demande Gimme à son ami.
      - Jusse un, répond ce dernier.
      - On partage?
      BrainFockr descend sa main dans une petite boîte de carton et fait s'entrechoquer des bouts de plastique ensemble. Il en tire un inhalateur de Jet tout plein et le bonne à sa ami; lui n'a pas la tête à ça en ce moment. Gimme prend une bonne bouffée et la tient solidement coincée à l'intérieur de ses poumons. Lorsqu'il expire, la fumée vaporeuse met un temps fou à se disperser. Le toxicomane veut rendre la substance à son ami pour qu'il en profite, mais il refuse. Fockr est trop accaparé par ses pensées, ses désirs de pouvoir et sa nonchalance. Tellement accaparé, que même lui ne remarque pas que la tourelle de défense ne fait plus ses vas-et-viens de gauche à droite.
      "YO LES PÂS BEAUX!" fait une voix du haut de l'affaissement de terrain qui gruge la colline en direction de l’autoroute. Cela réveille un peu Fockr mais pas assez pour repérer d'où pouvait venir cette voix, exactement.
      - Hey check çâ, l’gros! lance Gimme avec ses yeux ronds et un grand sourire émerveillé.
      - J'ai d'la fucking dope à vend'e! relance la voix inconnue. Qui qu’y’en veut?
      Gimme pointe un petit bonhomme qui se tient derrière les carcasses de voitures tombés à la renverse en bas de la faille. Il a les bras en l'air et s'approche dangereusement du périmètre couvert par le capteur infrarouge de la tourelle. Gimme voudrait ricane mais comme il n'a pas encore repris une vraie respiration après sa bouffée, aucun son ne sort. Son ami le regarde cambrer son dos et taper sur sa jambe au ralenti.
      Il finit par voir lui aussi le jeune homme. Il porte un sac en bandoulière et tient une seringue de Psycho dans l'une de ses mains. Il reste assez d'esprit à Fockr pour réaliser que les marchands sont rares dans le coin. Les routes commerciales sont d'ordinaire plus aux Sud et à l'Ouest. C'est pour ça que les pillards choisissent l'autoroute 20 pour installer leurs campements: ici, on leur foutait la paix. Mais si ce mec à de la came...
      - Vien pâs icite-icite! L'auto-gun vâ-t'trouer à face! M'en vien, bouge pâs.
      Puis ils essuient un coup-de-feu, et puis deux, et un troisième en guise d'argument de vente. Ce gars ne fait pas que vendre de la came, se dit Gimme, il donne des balles gratuitement en prime! Fockr est définitivement pris de court car c'est lui qui fait le dangereux constat en se tournant vers la tourelle.
      - SHIT, S'T'OSTI D'COSSIN-LÀ Y'ÉST ENCORE FOCKÉ!!!
      L'un des balles passe assez près de son oreille pour qu'il puisse l'entendre siffler et faire craquer le mur de tôles derrière lui. Il doit courir jusqu'au terminal qui se trouve à la base de la structure pour en activer la commande manuelle. Pendant ce temps Gimme, qui accueille ses cadeaux en rigolant, décide quand-même de riposter aux tirs de ce gars avec sa brocante qui lance des rayons laser. Le vendeur accourt se mettre à couvert derrière les bagnoles. Cela veut-il dire que la transaction est à l'eau?
      Justement, de son côté à lui, tirer avec un Psycho dans les mains n'était pas l'idée du siècle. Maintenant, il doit esquiver des traits de lumière rouge volant au-dessus de sa tête. Il ne s'attendait pas à affronter un tel arsenal. C'est regrettable qu'il ne les aie pas tout simplement tué.
      Mais les tirs arrivent par une étrange intervalle. Avec un bref regard vers les pillards, le jeune garçon voit que le tireur recharge son arme avec un manivelle accrochée sur le côté. Un fou-rire s'échappe de sa bouche et lui aussi se tape vigoureusement la cuisse. Ces connards ont remonté des fusils à énergie avec des pièces de brocante mais n'ont pas été foutu d'y intégrer un système d'alimentation semi-automatique. Ils n'ont donc pas plus de trois coups en réserve avant de devoir recharger à la main. Cela va lui laisser le temps de slalomer entre les voitures abandonnées, voire prendre son temps pour viser quand l'occasion se présentera.
      Nyme se dit aussi que cet abruti doit être sérieusement défoncé, car un esprit sain aurait risqué ses tirs directement vers les moteurs. Un rayon bien placé et il peut toucher l'une des rares piles à fusion laissée sous le capot. La réaction en chaîne pourrait railler une fois pour toute le Grand Nyme de l'histoire.
      "Bof", se dit-il. Autant aller de l'avant et piquer droit sur l'ennemi, maintenant que le spectacle a commencé.
      - Tu voulais une divartion, Cath? Gèles-les, asteur.
      En sortant de derrière cette voiture, il croise le regard cyclope du capteur infrarouge de cette satanée tourelle. Prendre l'initiative des présentations n'est peut-être pas la meilleure des idées non plus.
      Fockr n'a pas une image précise de ce que la tourelle capte. Ses yeux sont rivés sur une sorte de gride verte sur fond noir. De temps à autre, l’écran lui renvoie un point lumineux se déplaçant sur un axe X-Y. Il n'a qu'à entrer la commande "Lock" et appuyer sur la barre "Space" pour tirer. Cyborg, enfin Vern, a bien fait de programmer ce truc au cas où la fonction automatique lâcherait sauf que ça ne réagit pas très bien sur les cibles en mouvements.
      Mais Cybrog a pensé à tout.
      Il existe une autre commande qui fait exécuter un balayage à la tourelle. Celle-ci fait alors un rapide calcul de la hauteur où se tient sa cible puis se positionne dans un certain angle, suivant la direction de ses déplacements. Une fois le calcul fait et la commande entrée, elle passe ensuite d'un bord à l'autre en tirant sans arrêt. Un premier tour passé, elle en fait un second. D'ordinaire, après un balayage, il n'y a plus de points à l'écran. Soit la cible s'est planquée, soit elle n'est plus.
      Nyme riait de voir que cette machine de la mort n'arrivait pas à le toucher. Au départ, ça l'amusait de façon morbide de jouer à la marmotte, bien à l'abri derrière une voiture. Il jouissait de la sensation des impacts de balle éclater sur la carrosserie. Ça le faisait rigoler comme un taré déficient. Les tirs balistiques étaient accompagnés des traits du fusil lent-zer à tous les quatre secondes, ce qui était le comble de son plaisir. Puis Nyme voulut passer aux choses sérieuses. Une balle dans la tête du gars avec son lent-zer, c'est tout ce dont il avait besoin. Il attendit que le concert de tirs cesse juste assez longtemps pour se lever d'un bond, arme en main.
      - Darrière e'l'châr jône! hurle Gimme.
      Du coin de l'oeil, Nyme arrive à voir juste à temps le torrent de balles qui va se déverser sur lui. Il en tombe à la renverse et fait son atterrissage directement sur les fesses. Ouch!
      Fockr regarde par les trous entre les lattes de bois de la structure qui tient les passerelles. Presque d'instinct, il parvient à positionner le canon exactement là où sa cible s'est planquée. Il enfonce la touche d'espacement avec détermination. Il ricane et ricane comme un dément tandis que son doigt ne lâche pas la longue petite barre du terminal. Qu'il crève! Qu'il crève! Qu'il CRÈVE!! se répète-il.
      Puis le son cesse de faire vibrer l'air ambiant. Le souffle impérial d'un vent matinal déchaîné reprend instantanément ses droits. La tourelle ne tire plus.
      - Gim! R'LOAD-L !
      Gimme laisse son tir inutile en suspend et se dirige directement vers la tourelle qui est H.S. Il prend l'une des caisses de munitions entre ces mains et déverse son contenue au travers du tube rectangulaire rétractable, positionné à l’arrière de la machine. Le pillard ne fait pas attention aux flammes qui sortent du devant de la bagnole jaune, ni au mot sacré que pousse le mec caché derrière celle-ci; encore à l’animal qui fait le tour de tout ce bordel pour diriger vers la passerelle. Une fois la caisse métallique kaki vide, il la laisse tomber et donne le signal à Focker pour qu'il achève ce petit crétin.
      Les yeux revenus à ses pieds, Gimme voit une drôle de petite pomme noire avec toute sorte de lumière verte. Il ne l'a pas entendu tomber sur le bois de la passerelle, ni se demande d’où elle peut provenir. Gimme n'a le temps que de voir qu'ils sont rejoints par les autres, tous chargeant vers l'action. Il ne reconnaît pas l'objet à ses pieds... maintenant c'est trop tard.
      Nyme n'a pas vut non plus les flammes se déclarer sous le capot bosselé de la voiture jaune. Son attention était rivée sur l'intérieur de son sac. Une partie de son contenu repose  quelque part le long du chemin qui l'a mené de là-bas à ici. Heureusement, il lui restait une grenade au plasma et... quelques doses de came; un Psycho et un Jet. Ces abrutis étaient en train de recharger leur tourelle que Cath a sans doute pris le temps de trafiquer. Elle est brillante, cette fille, mais ça n'allait pas lui laisser beaucoup de temps pour réagir.
      Pas beaucoup de temps...
      Il se rappela soudain ce que disait Doc sur les effets du Jet. Il paraît que ça procure du temps. Nyme s'est dit alors qu'avec ça dans son sang, il aura peut-être tout le temps du monde pour sortir sa grenade, la lancer, dégainer son arme et tirer trois balles bien placées dans leur tronche, courir jusqu'à la tourelle et la foutre par terre, puis trouver leur chef et le forcer à siffler sa comptine préférée en anglais; ou est-elle déjà en anglais... Peut-être qu'il pourra tous se les faire à lui seul, avec ça!
      "Pâs l'temps d'faire des math", s'est dit le garçon. Il porta l'inhalateur à sa bouche et en écrasa la bombe d'air comprimé. Ça avait un sale goût de purin, trop pour son palet raffiné. Et tant qu'à faire des expériences de vie déterminantes, il piqua la grosse seringue de Psycho dans sa cuisse. Ça, c'est mieux. Un bon coup-de-fouet et c'est tout froid dans son corps, dans ses muscles se qui se sont relâchés instantanément.
      Bon, c'était au tour de la grenade au plasma de voir son grand jour arriver. Une fois la main plongée dans son sac en bandoulière, son coeur s'est affolé. Il comprit qu'il venait de faire une grossière erreur. Sa respiration devint incontrôlable; sa gorge et ses poumons brûlaient d'un feu glacial, ses veines devirent solides comme le rock; satêteetsavuesemirentàtourner, ilétaitpersuadéqueça allaitletuer sauf que non; Nyme s'est calmé; un calme étrange au début; il inspira à fond et sans contrainte; il savait où il allait; la grenade aussi; le retour du bouton qui activa cette pomme pleine de lumière et de bonheur se fit sentir comme une promesse; une promesse d'arriver à destination sans détour. Mais Nyme ne voulait pas être seul à avoir un bon désert; son ami à quatre pattes aurait aussi sa part; il était temps de l'appeler. - C LICE, ATTAQUE! Il ne faut pas exagérer; ce n'était que pour rire. Et c'était drôle! C'était drôle jusqu'à ce qu'une impitoyable chaleur se soit mise à envahir le garçon. Un feu qui sortait de la voiture jaune se mit à faire écho avec celui que Nyme ressentait à l'intérieur. Dans son dos brûlaient les flammes qu'il avait dans les yeux. Celui qui se tenait sur la passerelle avec son lent-zer attendait déjà son cadeau; Câlice, ce grand gourmand, harcelait déjà le gars de l'autre gars pour qu'il vienne dîner avec lui. Nyme n'avait qu'à réserver toute son hospitalité à la troupe de gros connards qui fonçait sur lui.
      - CREEEEEEEVVVVVVVVVEEEEEEEZZZZ!
      Nyme sENT MAINTENANT CETTE RAGE! UNE RAGE AFFAMÉE, UNE RAGE CARNIVORE! IL SE SENT CAPABLE, IL SENT CAPABLE; SES DOIGTS SERRENT LA CROSSE DE SON PISTOLET ALORS QUE SA VOIX INTÉRIEUR LUI ORDONNE DE DÉVISSER LA TÊTE DE L'UNE DE CES MERDES POUR LA LANCER SUR SES AMIS. L'IDÉE DE LEUR FAIRE CONNAÎTRE UNE MORT ATROCE LUI EN MET L'EAU À LA BOUCHE.
      Enfin resplendit ce nuage vert sur sa gauche, engouffrant tranquillement son repas fait de bois, de chaire et d'idiotie en une seule bouchée. Câlice se régale avec la gorge de l'autre pillard qui s'était amusé avec la tourelle automatique; plus aussi automatique que ça. Nyme accoure vers les autres Tech Slayers qui approchent de la zone de guerre. Ils s'arrêtent tous; Nyme, le chien, les pillards, le temps; pour admirer cet instant de pur chaos qui déroule son tapis juste avant l'ouverture des rideaux. Une incroyable lumière jaillit de plusieurs mètres en arrière scène. Les yeux de ces connards n'arrivent pas à en soutenir l'éclat. Il s'ensuit un vent fulgurant, un vent plus fort que ce que Dame Nature n'arrivera jamais à produire. Les atomes de chacune des molécules qui passent aux côtés des oreilles de Nyme se mettent alors à hurler. Hurler de douleur, mais aussi hurler de faim. Elles lui somment de tous les tuer... jusqu'au dernier.

 

      Tout ce bruit parvient en retard aux oreilles de l'ex-caporal par rapport à l'action. Mais pas pour ces ordures de pillards. Ils sont attirés dehors comme un essaim de guêpes affolées après que quelqu'un aie mit les pieds sur la ruche. Ça se bouscule, ça cherche dans tous les sens et ça rugit comme des babouins écervelés. Exactement comme elle l'a planifié.
      Cath se met à regarder autour de là où l'explosion verte a eu lieu. Elle ne voit pas Nyme tout de suite, mais remarque son chien qui s’agite au-dessus du pillard qui est descendu du poste de garde, tout à l'heure. Elle aurait bien aimé savoir ce qu'il faisait mais n'a pu rien voir, pas même au travers la lunette de son fusil.
      Ceux qui jusque-là s'approchaient de l'action s’arrêtent net et rebroussent chemin. Ils ont détalé devant plusieurs détonations successives dont la puissance du son n’a rien à voir avec celle d'une grenade. Cath retire son oeil de la lunette et regarde les champignons de feu jaillir les uns après les autres de l'affaissement de terrain. Le son et la poussée du vent n'arrivent pas jusqu'à elle, mais l'odeur si. Ses narines sont inondées par cette odeur nauséabonde; pas exactement une odeur, une impression. Et cette impression lui fait repousser son fusil afin de se couvrir la bouche et le nez. C'est au prix d'un grand effort qu'elle se retient pour ne pas être malade
      Au centre de tout ça se découpe une petite silhouette. Catherine s'empresse de regarder de plus près. C'est Nyme. Il braque sur les pillards un regard rempli de folie, avec des yeux grand ouverts et ses sourcils anormalement étirés. Sa bouche aussi grande ouverte et il tire dans la direction de l'ennemi sans même prendre le temps de viser. Bon Dieu! elle arrive même à l'entendre de là où elle est. Son hurlement est d'une bestialité! Tel le grognement aiguë d'un lynx enragé.
      Le sang de l'ex-caporal se fige sur le coup. Elle serait sur le cul si elle n'était pas déjà couchée sur le ventre. Ce cinglé fait fuir ces connards comme si c'était lui le méchant. Catherine se rappelle ensuite qu'elle a une mission à remplir et commence à prendre des cibles. Sauf que chaque fois qu'elle s'apprête à presser la détente, le gars tombe sous l'une des balles de Nyme. Merde! L'une d'eux se prend même son propre flingue sur la tronche; son propre flingue à elle. C'est une chance que l'ex-caporal lui a demandé d'en prendre soin! Les autres qui comptaient sortir pour aider leurs amis sont retournés illico dans leur hangar.
      L'un d'eux est plus téméraire. Il décide enfin d'embarquer dans l'armure-assistée. Catherine prépare son tir en prenant en compte la vitesse du vent et le mouvement de sa cible. Elle n'aura que trois secondes à partir du moment où il aura installé la pile à fusion dans son socle et celui où il grimpera dans le coquepite. Ça y est. Son fusil est pressé contre son épaule. Elle expire tout l'air de ses poumons. La balle est partie et le pauvre pillard n'a eu qu'à l'attendre gentiment durant plus ou moins deux secondes. L'armure s'ouvre mais son pilote ne montra jamais à l'intérieur.
      Ce problème réglé, Catherine recentre son attention sur Nyme. Celui-ci s'était accroupi près d'un cadavre. Il se relève avec un objet métallique dans sa main droite.
      - Un... couperet?
      Le garçon court si vite qu'il finit par rattraper le dernier pillard encore dehors avant qu'il n'entre se mettre lui aussi à l'abri. Sans hésitation, il lui abat son arme dans le dos. Catherine Savard est mortifiée. L'ennemi s'écroule au sol poussant un cris de douleur que l'ex-caporal arrive à entendre voyager avec l'écho. Nyme, sans s'arrêter dans sa furie, se jette sur le sa victime et lève le couperet très haut dans les air avant de le rabaisser violemment... à répétition.
      - Seigneur! réagit Catherine en détournant le regard.
      Ça lui prend un moment avant de regarder à nouveau. Nyme est déjà rouge de sang mais continue de frapper la petite hachette de cuisine sur l'homme qui s'agite toujours nerveusement pour s'en sortir. Ses mouvements frénétiques pour se défendre finissent par ralentir, deviennent de moins en moins convaincus. Ses forces l'abandonnent tandis que le jeune homme perché sur lui frappe et frappe encore, causant de plus en plus de plaies séantes et sanglantes autour de sa tête, de son visage; Catherine ne préfère pas se le représenter. Elle visualise plutôt un enfant qui vient de découvrir une flaque d'eau après une journée de pluie et que son premier réflexe, c'est d'y écraser ses mains tout en riant des éclaboussements.
      Ça ne rend pas la scène réelle moins horrible dans son esprit, au final.
      Ce qu'elle vient de voir, au travers du viseur de son fusil à lunette, est très certainement l'une des choses les plus répugnantes faites par un être humain. Cela dépasse ce qu'elle s'attend de voir chez un être sensible remplie de compassion. Pourtant, elle s'accroche à cette idée qu'elle a des autres, même durant cette époque où le vile et l'horrible sont la norme. Elle sent un terrible malaise commencer à la saisir au ventre. C'est de la folie de penser qu'elle puisse permettre que de pareilles atrocités arrivent, même à ses ennemis. Elle ne s'est pas engagée pour ça.
      Son doigt se met à lui chatouiller terriblement, déjà prêt à ce qui va suivre. C'est comme si elle avait d'or et déjà appuyé sur la détente. Sa vision se trouble et elle retient la bile qui veut remonter le long de son oesophage en prenant une profonde inspiration. Elle l'a en joue, en plein milieu de la croix dans la lunette de son fusil. Nyme a fini son travail dégueulasse et ne bouge plus. Il lève plutôt la tête et tourne son regard droit sur Catherine.
      - P'tit con... souffle-t-elle, dans un ultime moment de tension.
      Une purée acide au goût répugnant inonde sa bouche et ses narines. Catherine décroche de sa cible et crache une partie de la viande séchée qu'elle a mangée ce matin. Sa vue n'est plus que vertige, son visage n'est plus que picotements minuscules. Une fièvre glaciale l'assaille dans tout son corps. Sa tête lui tourne dangereusement, mais une fois encore elle ne succombe pas. Elle tient bon. L'ex-caporal Savard inspire et expire profondément et rote une ou deux fois encore. Ça passe sans qu'elle ait à vomir une seconde fois, ou à s'évanouir.
      Quand elle est calmée, elle se lève et braque son fusil vers la scène d'horreur dont elle a été témoin. Il ne reste qu'un cadavre décapité et du sang, du sang... répandu sur le sol et partout sur le mur près du corps inerte. Nyme n'est plus visible et la porte du hangar est ouverte.
      Elle finit par entendre de nouveaux coups-de-feu étouffés. Elle se dit qu'il est temps de bouger.
      Une fois sur la piste de l'aéroport, Catherine va voir à l'intérieur du hangar dans lequel Nyme est entré. Sur la porte, il y a déjà une grosse tâche rouge qui laisse quelques gouttes se faire attraper par la gravité.
      Mais c'est à l’intérieur où a lieu le mariage entre le malsain et le sordide.
      Catherine va à jamais garder pour elle-même ce qu’elle a vu aujourd'hui. Personne ne voudra entendre cette histoire. Ce qui peut être dit sans traumatiser personne, c’est que Nyme est à genoux dans une marre de sang, le dos courbé et son crâne chauve entre les mains. Très peu de sa camisole blanche n'est parvenue à garder leur couleur d'origine. Sa respiration est faible, mais rythmée. Il semble marmonner des choses qui n’ont aucun sens et dont Catherine ne saisit pas un mot. En se redressant, le garçon passe des mains rouge et visqueuse sur son cuire chevelus dégarnis, comme s'il tirait une coiffure invisible vers arrière. Il barbouille également ses bras et quand il a fini, il fixe ses mains en ricanant à voix basse. Le jeune sadique est fier de son travail.
      Quand Catherine s’est approchée de lui, l’écho d’une autre présence se manifeste. Un des pillards est accroupi dans un coin, tremblant et pleurant. Le chien que Nyme a apprivoisé, lui aussi couvert de sang, grogne après le pauvre connard terrifié afin de le clouer sur place. Il bafouille des chuchotements pathétiques. Ses soubresauts de supplication tombent dans des oreilles sourdes. C'est le genre de supplications qu'ont dû lui servir ses victimes avant qu'il ne les tue.
      - Tue-le pâs. Y vâ s'trouver une aut'e gagn' pis dire s'qui s'ést passé icite, murmure Nyme comme pour répondre à l'ex-caporal. Le RedHed fesait pareil. Ça fout 'a chienne chez'és Slayers. Ys r'viendront pâs dans l'coin, fies-toé su' moé.
      - Ou ys vont arriver encore plus nombreux pour v'nir s'venger, rétorque Catherine, franchement pas chaude à l'idée de laisser partir le pillard. C'est mieux si...
      Nyme se lève d’un bond mais perd quelque peu l’équilibre avant de se stabiliser. Il braque ensuite sur elle un pistolet B.Eagle .50mm qu'elle n'a jamais vu avant; sûrement le flingue d'un des types morts.
      - Tu… vâs… le… LE…? répète-t-il, attendant que Catherine finisse la phrase pour lui, ce qu’elle ne fait pas… Le laisser partir… chose.
      Catherine tient son fusil d’une main ferme et ne quitte plus Nyme des yeux. Il y a cette pointe de malice dérangeante dans ces pupilles dilatés comme des trous noirs. Elle comprend alors qu’il est sous effets d’une ou plusieurs des drogues qu'il avait avec lui. Ça ne devrait excuser aucun de ses agissements d’aujourd’hui. Il a fait preuve d’une folie meurtrière, dopé ou pas. À l’époque d’où elle vient, il serait arrêté et un juge l’aurait condamné à la prison à vie sans possibilité de pardon. Sauf que Catherine n'est pas juge, mais un soldat. Et comme les Lois sont parties en fumée après que les bombes sont tombées, peut-être qu'elle devrait tout simplement faire son travail sans attendre la décision d'un juge.
      Le Tech Slayer profite de la tension de leur duel pour dégarpire. Nyme rappelle alors son chien pour qu’il le laisse partir.
      - Cours, Pédestre! Cours!
      - C'est tellement pas ça qu'on dit.
      - J'm'en... hic! câlish...      hic!
      Catherine ne bouge pas. Elle ne risquera pas d’être la prochaine victime de ce fou furieux et son chien. Puis soudain, lorsque les bruits de pas fuyants se sont évanouient dans la nature, il baisse enfin son arme.
      - J'pense qu'y'â dés otages dans l'aut'es warehouseu... Vâ les checker. Moé... j'vâ… pense qu'j’vâ êt’e malaeubhrrr...

 

** INTERLUDE **

    2 lb de viande de rattaupe, en dés
    3 c. à soupe d'huile à cuisson, divisée
    4 c. à thé de mélange d'épices indienne
    4 c. à thé de mélange d'épices asiatique
    1 c. à thé de sel ionisé
    1 pincée de safran
    2 oignons moyens, en demi-rondelles
    5 carottes, en fines lamelles
    3 gousses d'ail, hachées
    1 c. à soupe de gingembre frais râpé
    1 zeste de 1 citron
    1 ½ tasse de bouillon de cocotte maison
    1 c. à soupe de pâte de tomate
    1 c. à soupe de miel
    1 c. à soupe de fécule de maïs
    1 c. à soupe d'eau
    (plusieurs de ces produits peuvent ne plus être disponible, mais ne vous en faites pas; faites plutôt avec ce que vous avez)

Étapes de préparation
Préparation : 45min  ›  Cuisson : 2h  ›  Prêt en : 2h45min

-    Mettre la viande de rattaupe dans un bol, puis arroser de 2 c. à soupe d'huile à cuisson. Mettre de côté.
-    Dans un grand sac en plastique refermable propre, mélanger toutes vos épices, le sel et le safran. Ajouter la viande et secouer. Mettre au réfrigérateur, si vous pouvez vous en brancher un (sinon une pièce très froide peut faire l'affaire), pendant au moins 8 heures, si possible une nuit entière.
 -   Chauffer 1 c. à soupe d'huile à cuisson dans une casserole* à fond épais, à feu pas trop fort mais pas une braise non plus. Ajouter le 1/3 de la viande et faire dorer. Retirer de la casserole et réserver. Répéter l'opération avec le reste de la viande.
 -   Placer les oignons et les carottes dans la casserole et faire revenir pendant 5 minutes. Incorporer les trucs farfelus que vous aurez du mal à trouver comme l'ail et le gingembre frais (totalement optionnel, mais ça donne un bien meilleur goût). Continuer la cuisson pendant 5 minutes.
 -   Remettre la viande dans la casserole. Ajouter le zeste de citron (ça aussi, si vous pouvez en trouver), le bouillon de cocotte, la pâte de tomate et le miel. Porter à ébullition, réduire à feu doux et laisser mijoter entre 90 minutes et 2 heures, en mélangeant de temps en temps, jusqu'à ce que la viande soit tendre.
-    Pour épaissir la sauce, ajouter le mélange d'eau et de fécule de maïs (idem, si vous en trouvez sinon de la farine normale peut faire l'affaire), pendant les 5 dernières minutes de cuisson.
      * C'est recommandé de prendre un plat avec couvercle en terre cuite à la place, c'est meilleur!

Et voilà, vous avez une recette de rattaupe qui ne goutte pas la vieille chaussette. :)

Épisode 7

Révélation

 

      - Whirling Triangle Fist Présente -
      - Un récit créé par Gabriel/Arouth et Pascal "Ramael" Cadieux -
      - Basé sur l'univers de la franchise à succès Fallout de BesthesdaGames Studio -


ARRIVÉ AU 3e JOUR

      Doc a un peu de mal à tenir sur sa propre chaise. Son invité est le principal responsable. Il a fait cet effet sur tout le monde à Sainte-Julie en débarquant avec ses vertipaires et puis ses soldats en armures-assistées. Prime était pourtant l'un des gentils, il n'y a pas si longtemps.
      - Ton opération commence à devenir abordable. Tu te relances enfin dans un autre refuge? Après le fiasco de la dernière fois?
      Il est difficile de dire si le bon major veut avertir son ancien allié des problèmes qu'il devra affronter, ou simplement lui faire une offre qu'il n'aura peut-être pas le luxe de refuser.
      - On fait s'qu'on peut, répond sobrement le vieux médecin.
      - On le fait tous. Y'a pas grand chose à faire de plus.
      Prime ne s'assoie pas. Il détaille l'intérieur de la clinique du médecin multi-centenaire; ses livres sur l'étagère, pour la plupart portés sur des théories en biologie; son matériel médical; propre et enveloppé dans des sacs à sandwich scellés. La lumière extérieure ne filtre pas beaucoup au travers la seule petite fenêtre du sous-sol, mais la poussière n'y est pas aussi abondante qu'on ne l'aurait cru. Doc décide alors d'être plus audacieux et directe.
      - Qu'est-ce tu fais icite, Thomas?
      - Jaser.
      - J'ai... un peu d'mal à croire ça.
      Peut-être que le général devrait jouer carte sur table, lui aussi. Peut-être un jour. Pour le moment, autant parler de ce pourquoi il est descendu le voir.
      - J'aurais bein appelé avant, mais une nouvelle faction s'est emparé de l'antenne de relais à la Station de la Reine.
      - Me suis fait dire.
      - Vraiment? interroge Général Prime, les yeux plissés, cherchant les réponses sur le visage de Doc plus que dans ses paroles.
      Mais le général laisse filer et retourne à l'essence du sujet.
      - On a perdu une cargaison précieuse, cette semaine. Un de nos transports s'est fait attaquer sur la 40.
      Doc s'est presque fait des illusions concernant la raison de la venue du patron de la RNQ. Il est pourtant trop vieux pour ces conneries.
      - Ouin, depuis que Station est tombée, on spot des clans de raiders un peu partout s'a Rive-Sud.
      - C'est triste pour Station. Si Marie avait été encore là pour voir ça, je sais pas comment elle l'aurait pris.
      - Si Marie aurait été là, ça s'rait pas arrivé.
      Le général acquiesce en silence puis continue.
      - Mais je pense pas que c'était des pillards qui ont fait le coup. En règle générale, ils conduisent pas de pick-ups, les raiders. Par-contre, la 40 est réputée pour avoir un, et un seul, conducteur... qui la parcourt de long en large comme si elle lui appartenait. Ce conducteur se trouve un mercenaire assez connu, justement. Le genre qu'on paye pour fomenter ce genre de coups.
      Cette bombe-là fait plus mal à l'âme du médecin que celles qui sont tombées il y a autour de deux-cent ans. Doc ne veut pas paraître énervé par cette analyse, alors il se sert un triple whisky sec et en propose un à son invité.
      - Non merci, refuse Prime en poursuivant son exposé.

 

Les Chroniques de Nymeland, les récits sordides de Fallout Québec
Épisode 7
- Fais de beaux rêves, Catherine

 

      Catherine Savard peut enfin se faire plaisir. C'est en inspectant l'un des deux autres hangars, qui étaient tous deux verrouillés, qu'elle a pu trouvé ce bébé: une fourgonnette Premium Star V.7 dans un état surprenant. Ce modèle est celui que conduisaient les représentants de Vault-Tec durant leur campagne de propagande, en 2076. Elle a dû être efficacement traitée contre la rouille car à part un peu sur la base du véhicule, le reste de sa peinture semble être restée intouchée pendant plus d'un siècle. Ou bien son dernier propriétaire l'a abandonné récemment et il était du genre à s'en occuper. Peu importe son historique, Catherine n'a eu qu'à y mettre la pile à fusion de l'armure-assistée et le tour était joué. Son moteur s'est mis à roucouler et siffler comme dans les belles années.
      Elle tombait bien, car dans l'hangar suivent, l'ex-caporal est tombé sur quatre otage et un macchabé accroché tel un quartier de viande sans bras. Ces derniers disaient être des survivants de Station. Ensemble, ils ont embarqué quelques-unes des armes de ces Tech Slayers, ainsi que ces drôles de chiens mécaniques dont ils se sont servi pour pourchasser elle et le garçon dans les bois. Catherine voulait que Maurice voit ça et lui dise ce qu'il en pense.
      Il ne restait plus qu'un détail à régler: Nyme.
      Il semblait avoir repris un peu de ses esprits. Après avoir vidé ses tripes sur le plancher, Nyme est allé se laver les mains et le crâne dans un baril d'eau sale pour en retirer tout le sang. De face, on jurerait qu'il a simplement fait teindre sa camisole en rouge. Ça n'atténue pas le souvenir de ce qu'il a fait à ces pillards. Les cadavres mutilés dans le hangar en témoignent d'eux-même.
      - On repart en châr, lui a annoncé Catherine. Et t'avais raison, j'ai trouvé des otages; du monde de Station, apparemment. Sauf que t'avais tort en disant que ça pouvait pas êt'e des gars d'Sainte-Hubert. S'tait un groupe détaché des King Slayers.
      - Rule number 1: J'ai TEJOURS raison pareil. Rule number 2...
      - Pousse-pas ta luck.
      Nyme voulait embarquer l'armure-assistée, mais Catherine a dit qu'il manquerait de place et que de toute manière, une équipe serait envoyée là-bas pour récupérer tout ce qu'ils pourraient. Le garçon n'a pas rouspété sur le fait de ne pas pouvoir conduire. Tous ensemble, ils prirent la route de l'A20 en direction de Sainte-Julie, qui est juste à côté.
      Normalement, vue l'état de ses vêtements, Catherine n'aurait jamais laissé Nyme s'asseoir à l'avant. Elle prend le risque de voir le siège taché de sang à tout jamais. Mais elle non plus n'était pas en état de rouspéter. De plus, elle compte bien saisir l'opportunité d'emmerder son copilote un brin. Il lui doit bien ça.
      - Ça va-tu, Nymounet? fait-elle avec une imitation non assumée du sourire de Nyme.
      - tayeuuuule, soupire le malade à la respiration légèrement haletante.
      - Tu sais pas dire "s'il-te-plait" comme un bon garçon bien élevé?
      - crifff... moé 'a paix... câluce là...
      Elle se réjouissait de voir ce branleur dégénéré dans un tel état. À l'exception des marques de brûlures rougeâtres encore visibles sur tout son côté droit, il a la peau blême comme un albinos couvert de sperme, le visage moue et la langue à demi pendante, prêt à vomir ses boyaux à tout moment.
      Le pauvre petit chou est en pleine crise de manque. Ça a rappelé toutes les fois où elle s'est occupée de son frère durant ses rechutes. Elle frissonne encore lorsqu'elle repense à la dernière fois qu'elle l'a vu, la dernière qu'elle a nettoyé le merdier de son frangin. Tous ces pauvres gens... Mais comme il n'a pas survécu aux bombes, elle s’empêche de trop y penser. D'un autre côté, c'est forcément et inconsciemment ce qui l'oblige à garder un oeil sur le gamin.
      - Tu m'fais penser à un bichon-maltais, avec ta face de baboune pis ta langue qui pend.
      - Un quoi?
      - C'est une race de p'tits chien, précise Catherine, toute joyeuse d'en remettre une couche. Ys sont frisés, laite, pis ys tapent s'es rognons.
      En parlant de chien, Câlice, le chien que Nyme vient d'adopter, pointe sa tête entre les deux sièges comme s'il avait compris le sens de la conversation.
      De son côté, Nyme inspire à fond et se redresse comme un ballon-clown qu'on vient de gonfler.
      - Qu'est-ce tu veux? Tu veux m'faire chier? Tu veux sucer ma savblhpthbl? bafouille le jeune malade en repoussant la langue du chien de son visage. Câlice! Couché!
      La bonne humeur de l'ex-caporal vient de tomber. Elle a soudain envie de passer aux choses sérieuses. Ça et lui passer un savon sur la langue.
      - C'est qui, RedHead?
      Un point pour Cath; Nyme prend un temps pour répondre.
      - Que’qu'un, soupire d'abord ce dernier. Que’qu'un qu'tu fais pâs chier.
      - J'espère qu't'insinus pas qu'c'est toé, car tu fais pas peur tant qu'ça.
      - J'sinus rien pantoute, mais pour 'a note: t'irâs dire çâ au Slayer qu'y'ést parti en courant du R-Port. Y'avait pâs l'air bin dans sés shorts.
      L'ex-caporal n'écoute plus. Elle regarde plutôt la voie de gauche qui part vers l'Est et tout cet embouteillage éternel. Les voitures collées pare-chocs à pare-chocs jusqu'à l'horizon. Tous ces gens qui ont tenté en vain de quitter la région avant que ne tombent ces foutues bombes. En temps normal, cela aurait pris à Catherine moins de dix minutes pour se rendre à Sainte-Julie en voiture en passant par l'autoroute. Ils sont constamment ralentis afin de contourner des bagnoles abandonnées. Plusieurs ne sont plus que des cercueils pour leurs occupants. Des restes squelettiques de personnes mortes la bouche ouverte dans un ultime cataclysme planétaire. La douleur d'avoir tout perdu ne s'était pas manifestée depuis un bon moment. Et là, c'est elle qui n'est plus attentive à ce qu'on lui dit.
      Puis elle remarque quelque chose. Quelque chose d'alarmant.
      - R'garde. RedHed s'faisait un fun nôir de buter du Slayer. Une affâire de vengence perso, qu'y disait. Sauf que ça paye pâs, fa-ke d'temps en temps, y faisait aussi des contrats pour du monde.
      - Nyme... lance Catherine, les yeux fixés au loin.
      - Attends! J'ai pâs feni! Y'â que'qu'jours, Dock nous a recruté pour une job.
      - TA YEULE pis r'garde là-bas.
      - Ouch! mon bras!
      Nyme se frotte l'épaule après avoir reçu sa bine. Il finit par la fermer.
      Au loin, juste au-dessus de leur campement, Catherine en est certaine, deux vertipaires amorcent leur descente. Les ennuis ont déjà commencé.
      - La RNQ, interroge innocemment Nyme.
      - QU'EST-CE TU FUCKING PENSE!!! explose l'ex-caporal en tapant de grands coups sur le volant. T'AS UNE IDÉE DU POURQUOI YS SONT LÀ OU FAUT QU'J’TE FASSE UN DESSIN? QU'EST-CE QUE DOC VA FAIRE QUAND YS VONT NOUS VOIR DÉBARQUER AVEC TOÉ DANS L'CAMION?
      - Y vâ leuh servir un doub'e whisky pis y vâ s'en fâire un trip'e pour s'calmer.

 

      - Non merci, refuse Prime en poursuivant son exposé. Tu vois, même pour quelqu'un qui aurait les moyens de se payer les services de ce mercenaire, ce qu'il y avait dans le transport n'avait aucune valeur rentable pour qui que ce soit. Il n'y avait aucun moyen de revendre la cargaison qu'on a été volée. Très vite, je me suis dit que les raisons pour attaquer mon transport devaient être plus... sentimentales.
      Doc voit très bien ce que son invité essaie de faire. Il reste volontairement vague sur la nature de ce qu'il a perdu en pensant que le médecin va finir par se trahir tout seul. C'était peut-être l'un des gentils avant la fin de la Purge, mais ça, c'est du Thomas Peterson Prime tout craché.
      - T'es v'nus en pensant que j'ai de quoi à voir là-d'dans, Thomas? confronte le médecin avant de finir son verre d'un trait, se levant pour se rendre à la porte. Alors j't'invite à fouiller mon camp'ment. On va faire ça ensemble. Comme de bons vieux amis, hein?
      Le Général Prime esquisse un sourire en coin avant de se tourner vers Doc. Pour lui, la partie n'est pas gagnée, mais elle n'est pas terminée non plus.
      - Je sais que t'as rien à voir là-dedans, Jérémi. Je doute que t'aurais pu savoir ce que je transportais. Pas que t'es pas assez malin pour ça, par-contre. On a pris nos précautions. Mais je veux bien que tu me fasses visiter ton campement. Je veux voir où tu en es rendu et... je pense que la RNQ doit des excuses aux habitants de Station pour les avoir laissé tomber. Ce serait la moindre des choses. Et déjà bien plus que ne fera jamais la NAA, je pense.
      Les deux hommes sortent du cabinet et remontent vers le garage. Doc n'est pas content de l'issue de leur échange. Où que Cath et Nyme puissent être terrés, il espère qu'ils vont y rester.
      - Au fait, Thomas... commence le vieux médecin en gravissant les dernières marches. C'est quoi qu'vous avez perdu, au juste?
      Le sourire du Général Prime se complète sur son visage.
      - Le fils des Gails. Tu t'souviens? Le petit...

 

      Nyme, Catherine et les autres, foncent sur le vertipaire le plus proche et y emboutissent la fourgonnette. Tout se passe si vite! Pas du tout le temps de faire des mathématiques! Les intrus sont totalement pris par surprise puis commencent à paniquer lorsqu'ils voient les deux véhicules encastrés l'un dans l'autre prendre en feu. C'est à ce moment que Nyme ordonne aux rescapés d'ouvrir les deux portes arrière et se mettre à tirer dans le tas.
      Les balles fusent dans tous les sens sans toucher un seul gentil. Les armes alliées se verrouillent sur les méchants automatiquement. Elles ne subissent plus aucun recul puisque tout le monde est si bon à son travail. Tous unissent leur voix dans un unique cri de guerre, frappant de terreur le coeur de leurs ennemis. Les déstabilisant et paralysant une éventuelle riposte. Armure-assistée ou pas, les soldats de la RNQ deviennent soudainement de vraies chochottes.
      Les autres habitants du campement ne prennent pas les armes, mais sautent plutôt sur les protections mécaniques de l'infanterie adverse. Les pauvres fantassins se débattent corps et âmes pour se dégager, mais rien à faire. La foule en délire agrippe, tire, tourne, pince et mord les tétons, brisant tout ce qu'elle arrive à toucher. Les soldats sont jetés hors de leurs armures mécaniques et ceux qui ne veulent pas coopérer sont abattus sans sommation.
      Estelle, qui perce au travers la masse grouillante de gens enragés comme le serpent dans la broussaille, approche de leur chef sans qu'il ne se rende compte de rien. Ce dernier hurle qu'ils sont les plus forts, qu'ils ne se laisseront pas prendre par des sauvages. C'est là que la femme forte et indépendante le fait tourner vers elle et lui dit:
      - On a pâs d'place pour les prisonniers, toute'façon.
      Puis elle lui tranche la gorge, sans se soucier du sang qui lui éclabousse au visage.
      Ils gagnent. Ils gagnent tous leur liberté. Ils gagnent cette liberté trois fois. Les terres désolées ne sont pas soumises par la loi du plus fort, mais la loi des plus cinglés. Doc n'est pas d'accord, mais il est content de voir que tout-le-monde est sauf.
      Nyme sourit, lui aussi. Il sait qu'ils ont fait du bon boulot. Se sentant plus puissant que jamais, il agrippe la belle Catherine par la taille et dit "Hail to the King, bebé" avant de lui rouler la pelle la plus baveuse de l'histoire.
      - Nyme, qu'est-ce tu fais? demande celle-ci, tirant le garçon de sa rêverie.
      Le garçon lunatique arrête sa pantomime pour revenir à sa nausée.
      - Rien'heeurr... J'répète not'e plan.
      - On ira pas foncer dans l'tas avec la van. Tu oublis ça tu'suite! Pis vômis pas dans van, s'te-plait.
      - Cry me...
      - Ta... Yeule.
      Catherine cesse de lui donner de l'attention et retourne à sa surveillance. Elle regarde ses amis être tenus en respect par des armes à gros calibre sans trouver d'y faire quoique ce soit. Rester derrière à observer les pires actions se produire semble avoir fait trop parti de son quotidien, ces derniers jours. Catherine commence à détester cela. Sauf qu'elle le sait: c'est d'ordinaire comme ça qu'on gagne une bataille.
      Les rescapés sont venus la rejoindre car deux d'entre eux étaient des soldats formés par la NAA. Les autres veulent se porter au secours de leurs familles.
      - Si seul'ment on avèt dés grenédes pulse, on pourrèt shut down lés power armors, soupire l'un d'eux.
      - Avec des "SI" on chante des comptines de mardes, intervient l'ex-caporal Savard, on défait pas deux squads lourdes d'la RNQ.
      - Bin on â dés armes laser, right? Ça pâsse à travèr lés armors. Fa-k'on â jusse à leuh tirer dans tête.
      - Tout l'frame est renforcé au titane. Avec plusieurs tirs consécutifs on pourrait en arriver à bout, mais les mousquets qu'on a sont aussi lent à tirer que ceux des années quinze-cents.
      De plus, si Catherine redoutait une guerre des factions après avoir récupéré le petit dégénéré qu'elle traîne avec elle depuis plusieurs jours, une attaque guérilla va tout bonnement mettre le feu à la poudrière.
      Le problème n'était pas tellement qu'ils se trouvaient en sous-nombre comparé à leurs adversaires, ou même qu'ils soient sous-équipés. Catherine s'est sortie de situations avec encore moins d'atouts dans son sac, cette semaine. Non, elle se dit simplement que s'en est assez. Elle préfère retourner à comment c'était avant plutôt que de voir cette situation-ci exploser.
      Elle a son propre plan pour s'en sortir et encore une fois, ce Nyme devra y jouer un grand rôle.
      - Restez là, ordonne l'ex-caporal Savard à ses nouveaux équipiers.
      Catherine se retourne pour se rendre à la fourgonnette. Un Nyme nonchalant joue avec son Câlice de chien, toujours assis sur le siège passager.
      - Nyme, tu peux-tu v'nir icite, s'te-plait? demande-t-elle calmement.
      - Quand tu veux, ma belle, répond-il en se serrant l'entre-jambe d'une main. On fah-ça d'vant tout-l'monde?
      - Ta yeule...
      Catherine garde son calme alors que le jeune garçon approche lentement, encore faible de son manque de stupéfiant. Câlice reste dans la voiture mais son expression est soucieuse. Ses petits couinements inquiétants n'alertent personne. Cette fois, Catherine devra assurer.
      - 'coute, Cath, commence Nyme. J'excu...
      D'abord un coup dans creux de son épaule gauche pour lui faire lâcher son pistolet, suivi d'un autre plus puissant sur sa carotide pour le faire tomber dans les pommes. Le chien affolé aboie sa colère contre l'ex-caporal et tente de sauter par-dessus les bancs pour porter secours à son nouveau maître. Catherine n'a qu'à refermer la portière et le voilà coincé à l'intérieur de la fourgonnette.
      Les quatres autres mecs sont aussi sous le choc de ce qui vient de se passer, mais ils ne trouvent rien à faire pour réagir. Catherine se tourne alors vers eux pour donner encore ses ordres.
      - Attachez-le pis embarquez-le dans van. Faites attention au chien.
      Les deux soldats ont l'habitude des ordres alors ils obéissent sans discuter. Les deux autres n'ont pas mis longtemps à savoir dans quel camp se mettre lorsque Catherine leur dit qu'en donnant le petit taré à la RNQ, les républicains repartiraient en laissant leurs familles en paix.
      En ouvrant les portières arrières, le chien est descendu en jappant de plus bel. Il sautille sur place, voulant se montrer menaçant. Quand Catherine lui braque son fusil-d'assaut dessus, il a tout-de-suite compris qu'il avait intérêt à garder ses distances. Il ne protègera personne s'il est mort. Mais Catherine ne veut pas tuer une aussi bonne bête. Ce n'est pas sa faute à elle si son nouveau maître est un imbécile.
      Toute-le-monde embarqué dans la fourgonette, la jeune femme démarre la voiture et reprend sa route en laissant le chien derrière. Elle le regarde rapetisser dans l'un de ses rétroviseurs durant un court instant, puis revient à ses flûtes.
      Ils ne sont vraiment plus très loin de Sainte-Julie et pour la première fois depuis des jours, Catherine se sent légère. Elle est certaine d'éviter une nouvelle guerre ouverte sur la Rive-Sud et plus jamais elle n'aura à travailler avec ce petit con à la langue sale.
      Mais son enthousiasme est de courte durée.
      Au moment où elle tourne sur le viaduc qui passe par-dessus l'autoroute pour se rendre au campement, les deux vertipaires s'élèvent un-à-un dans les airs, prenant la direction de l'Est sans porter aucune attention à la fourgonnette.
      - Hein! Ys s'en vont? s'exclame le soldat qui s'est assis à la place de Nyme.
      Une lassitude profonde submerge l'ex-caporal Savard. Elle est trop lasse pour se mettre en colère. Trop lasse pour répondre. Trop lasse pour rebrousser chemin et se rendre elle-même à la Capitale et délivrer sa capture aux autorités. Tout ce que Catherine veut, c'est une douche chaude et une bonne nuit de sommeil. Mais Maurice n'a probablement pas encore installé la "chauffrette".
      Lorsqu'elle stationne la fourgonnette devant le garage, mais aussi devant les yeux ébahis de Doc et Maurice, c'est à son tour d'en sortir nonchalante et inexpressive, fatiguée.
      - T'âs pôgné çâ où?! questionne Maurice, excité comme un enfant. Ça marche à l'énergie à fusion? Ça tombe bin, 'a génératrice à huile a vâ lâcher.
      Voyant que Catherine ne répond pas, c'est au tour de Doc de l'interroger.
      - Ça va, ma belle?
      - Bein oui, lui soupire-t-elle en se dirigeant directement vers l'escalier extérieur qui mène à ses appartements. Pis? Y'ont dis quoi, les gars d'la RNQ?
      - Ys charchaient que'qu'un, mais menute! coupe sèchement le vieux médecin avant que sa protégée n'ait pu franchir une seule marche. Y'est où Nyme?
      Catherine fige sur le coup, accrochant un ballon à sa rage et la laissant de nouveau s'envoler très loin dans son esprit.
      Sans dire un mot, elle se retourne vers la voiture et ouvre les portières arrières. Être accueilli par un pistolet B.Eagle plus gros que la main qui le tient, et sans doute chargé, lui donne presque un coup-de-fouet. Mais Catherine ne veut plus jouer les héros. Elle en a eu assez pour aujourd'hui, assez pour la semaine. Reculant doucement avec les mains en l'air, elle laisse le garçon descendre du véhicule. Une rage aiguë se fait voir dans ses yeux rougis et ses lèvres pâles. Catherine a l'impression de voir un de ces maudits pillards dopés prêt à lui exploser juste sa face pour le délire.
      - Ma groce câliss de charue! Fucking slut de marde!
      - HEY! intervient Doc. NYME! BAISSE TON GUN LIVE LÀ!
      - 'A-l'â essayer de m'vend’e à' RNQ! C'T'UNE FUCKING TRAÎTRE!
      - Pour s'que j'en sais, tu l'âs charché pâs mal. Fa'qu'tu BAISSES TON GUN! reprend le vieux médecin pour tenter de le raisonner.
      Les rescapés sortent de la fourgonnette pour tenter de s'en mêler. Mais Nyme leur braque également son arme sur la tête, freinant leurs ardeurs. Même Catherine ne profite pas de son opportunité pour le désarmer.
      - Nyme... baisse ton gun. Ys sont partis pis ys vont pas rev'nir tu'suite... On vâ trouver une solution mais pour l'instant, tu m'arrêtes ça pis tu baisses ton gun. S'te-plait.
      Doc prend son ton paternel que Nyme lui a toujours détesté. Pour qui elle se prend, cette vieille peau ratatinée? Il n'est jamais là quand il faut mais il se permet de jouer au sage petit pâ-pâ. Qu'est-ce qu'il sait du monde qui les entoure? Non. Cette fois, ça ne prendra pas.
      Nyme se sent prêt à faire exploser le derrière de la boîte crânienne de cette salope de traîtresse. Il lui suffit de saisir son B.B.Eagle .50mm à deux mains, armer le marteau et...
      - Çâ, c'est pour avôir laissé Câlice là-bâs. Fais d'beaux rêves, Cath.
      ... clique! Le jeune homme baisse enfin son arme. Il arbore son plus hideux sourire à l'attention de la jeune femme tout en lui faisant un clin-d'oeil. Celle-ci baisse les bras et laisse les autres s'occuper du petit con.
      - À soir, y dort dans l'garage, fait-elle en gravissant les marches de chez elle. Pis ça vaut pour toutes les aut'es soirs.
      Catherine Savard veut sa douche.
      Plus tard dans la nuit, elle est réveillée par des aboiements insistants. Ceux-ci ne s'arrêtent que lorsqu'elle entend le ton joyeux de cette voix presque nasillarde qu'elle a appris à détester.
      - Câlice! t'és r'venu, mon chien!
      Elle engouffre alors sa tête dans son oreiller et tente d'oublier toute cette histoire.

 

FIN DU 7e ÉPISODE

      Durant ce temps, un peu plus au sud de Dock, Catherine pousse la porte d'une maison inconnue d'une main et tient fermement son arme de service de l'autre. Elle est anxieuse de ce qu'elle y trouvera une fois à l'intérieur. Ce n'est pas tant un potentiel danger qui lui fait peur. C'est plutôt une potentielle scène.
      Tout y est saccagé. Les tiroirs sont ouverts, leur contenu en partie répandu au sol. Les cadres et les photos ne tiennent plus sur leurs étagères. Les vases reposent en pièces à côté des fleurs qui se dessèchent lentement. Catherine entre avec précaution et se trouve à marcher plusieurs fois sur des éclats de verre brisé.
      Elle passe le salon pour se rendre à la cuisine. S'apprêtant à dépasser l'escalier qui mène à l'étage, elle y entend un bruit. Quelqu'un tape sur une surface de bois au rythme d'une batterie de tambours. C'est l'air que l'on joue encore pour les exécutions dans un cadre militaire. Soudain, des paroles viennent s'y ajouter. Elle connaît très bien cet air. C'est cette maudite comptine qui fait des "meow-meow-meow".
      Elle escalade donc les marches doucement pour éviter de les faire craquer. Des signes de lutte sont apparents sur les murs et le plancher du deuxième. La lumière est presque absente; quelqu'un a dû frapper sur les ampoules.
      Il y a seulement trois portes et deux sont ouvertes. Le bruit provient de la seule chambre d'où parvient un semblant d'éclairage. Le caporal Savard s'avance pour regarder par la porte entrouverte. Elle vérifie combien de personnes se trouvent dans la pièce, évalue la menace. Une fois l'information confirmée, elle pousse la porte et incline son pistolet vers le bas.
      - Jimmy, qu'est-ce tu crisses là?
      L'individu regarde cette silhouette familière avec tension, comme un chien de garde qui scrute la noirceur à la recherche du bandit infiltré dans sa demeure. On sent qu'il aurait pu bondir sur son visiteur, mais quelque chose le retient.
      - Rien. J'pratique!
      Ses yeux sont rondes et blanc comme des balles de gofle percées au centre. Il reprend sa partition et tambourine sur le pied du lit où il s'est assis. Il finit avec un solo désordonné et jette ses baguettes sur les oreillers. Quand il a terminé, il tire une révérence devant un public invisible et la regarde à nouveau avec un grand sourire.
      - T'as encore pris du Crystal Kill. Mens-moi pas!
      - PIS TU VAS FAIRE QUOI, HEIN? lance Jimmy tout en bondissant sur ce lit qui ne lui appartient pas. TU VAS ENCORE JOUER À' MAMAN, CATH?!
      - Non, j'va juste te sortir d'icite pis te ram'ner en detox.
      Catherine range enfin son arme et veut partir à la recherche d'une salle de bain, quérir une compresse d'eau froide.
      - J'f'rais pas çâ, si j'tais toé...
      Catherine se retourne et regarde droit dans les yeux son frère qui ne saute plus. Sa silhouette immobile sur le lit n'a plus de visage mais ses yeux brillent comme ceux d'un prédateur. On y voit également les ténèbres et la folie de son âme, ramenant le caporal au souvenir de toutes les fois où elle a risqué sa carrière pour lui venir en aide.
      - ... j'irais pas dans l'aut'e pièce. Non non non non-non-non... non hm-hm-ha! ha! ha! ha!
      Elle ne peut pas le voir, mais Catherine sait qu'il est en train de sourire de plus bel, jusqu'à s'en déchirer les joues. Elle a soudain très froid. Elle n'a nullement l'intention d'obéir à un junky. Catherine passe d'un cadre de porte à l'autre et allume la lumière de cette fameuse pièce.
      C'est un véritable carnage. Des corps démembrés reposent sur les tuiles de céramique de la salle de bain. Il y en a dans la baignoire, en position assise sur la cuvette des toilettes, sur le comptoir parmi les produits cosmétiques; le lavabo déborde de sang. Ce sont tous des hommes habillés en punks tel les pillards des terres désolées. Au fond de son âme, Cath sait qu'ils l'ont tous bien cherché. Ça n'empêche pas à son coeur de faire le trampoline à l'intérieur de sa poitrine.
      Elle revient vers la chambre et vers son frère. Elle ne comprend pas comment il peut être tout propre après un massacre pareil.
      - Faut nettoyer ça avant que quelqu'un les trouve. Pis tu vas m'aider, mon osti! M'en va t'apprendre à t'calmer, criss de cave. Osti d'sale!
      Dévalant les marches de la maison quatre-à-quatre, son sang se met à bouillir jusqu'à la faire suer des yeux. La grande-soeur va jusqu'au coffre de sa voiture pour en sortir combinaisons les isolantes, ainsi que des produits nettoyant qu'elle a déjà tout préparé d'avance. Son frangin le rejoint... sauf que ce n'est pas lui qu'elle voit: c'est Nyme avec ses mains et ses avant-bras teints en rouge. Il a des cheveux, cette fois. Ils de couleur rousse quand ils ne sont pas imprégné de cette teinture couleur sang. C'est trop pour la jeune femme dont la conscience décide de se réveiller.
      Toute seule dans son lit, Catherine ouvre les yeux et respire très fort. Son matelas trempé de sueur devient vite très froid sous la fraîcheur de la nuit. Elle ne sait pas trop quoi faire d'autre, alors elle se met à pleurer.
      Elle est interrompue par le couinement de Câlice le chien, qui s’est mystérieusement introduit dans sa chambre à son insu. La bête approche pour chercher son attention avec le museau. Catherine porte sa main sur sa tête pour le caresser et ce dernier fait pareil avec sa langue. Elle comprend alors qu'ils se sont tous deux mal jugé.

Épisode 8

Révélation

 


      Melane a pris son paquetage et elle est partie. Elle a laissé Franktown et tous ses habitants, sa nouvelle famille, derrière elle. Ils peuvent tous crever, ça lui est égal. On lui a fait une fleur, disaient-ils, en la prenant parmi la communauté et voilà comment elle les remercie. La jeune femme se fout de ce qu'ils pensent. Elle ne leur a rien demandé; elle n'a jamais rien demandé à personne. Sauf peut-être un minimum de respect. Oui, et le respect dans son choix qu'on lui foute la paix.
      Bannie de Dock? Peu importe. Si sa place est dans les bois, alors tant pis. Ou bien tant mieux, maintenant qu'on lui a enseigné à faire du feu et dresser une tente avec des branches.
      Ce sera Melane contre le monde entier. Ça sonne comme l'une de ces bande-dessinées débiles, mais tout-le-monde trouve ça génial. Alors elle aussi, peut-être aura-t-elle le droit au respect qu'ont les super-héros de fictions comme Silver Shroud ou Gragnok le Gros Taré. Et pourquoi pas ces héros qui ont reconstruit le territoire, dont Frank faisait partie? Melane peut-elle aussi faire partie de ces gens-là? Avoir leur reconnaissance? Leur courage? Elle se met alors à repenser aux enfants de Franktown. Elle n'est peut-être plus avec eux, mais personne n'a le droit de toucher à ses enfants!
      Cédrique, Mia et Julie; frères et soeurs; Béatrice, Franscesca, Malcolm et Guillaume.
      Perdue au milieu d'une forêt sombre, elle débouche dans une clairière. Cet endroit est parfait pour faire son feu. L'ennemi ne pourra pas en voir la lumière puisqu'elle est entourée de tellement d'arbres. Mais peu après que les flammes se soient agrippées au bois, Melane se rend compte qu'elle n'est plus seule. Des bruits de pas aussi sourds que le vieux Wally résonnent dans les parages. Des feuilles écrasées? Des branches cassées? Melane ne les entend pas, mais elle sait qu'ils sont là. Elle sait que ces pas approchent. Son coeur bas et elle voudrait crier de la laisser tranquille, sauf que son souffle est déjà coupé, coincé à son larynx et refuse de produire le moindre son. Ce n'est pas normal mais au fond, ce n'est pas affolant. Non car c'est François qui perce l'obscurité de la forêt avec sa douce présence.
      - Salut ma grande marcheuse, dit-il de sa voix plus chaude qu'un feu de camp.
      - Tu m'âs suivi, rétorque Melane d'un ton dur; ce ton lui est étrangement familier.
      - Oui, soupire son père sans déception. J'm'inquiétais pis j'voulais être certain que ça allait.
      - Ça vâ, j'ai pâs b'soin d'toé.
      À ce moment, elle aurait tant aimer lui dire que c'était faux. Pourquoi n'arrive-t-elle pas à lui dire, maintenant qu'elle a une seconde chance de le faire?
      - T'inquiètes, je cherche pas à t'ram'ner à maison. T'es assez grande, maintenant. Vingt-quatre au moins. T'as su montrer que tu pouvais veiller sur toi, mais aussi veiller sur les autres. Tu as aussi appris le partage et avec qui ça vaut la peine d'le faire. J'aurai pu t'apprendre à rénover une salle-de-bain, changer l'huile d'un générateur électrique ou même remonter le système électrique d'un réfrigérateur industriel, ça aurait pas valu cette leçon-là. Oublis jamais que c'est en partageant de tes expériences avec les autres, de ta générosité, que tu as appris à leur faire confiance. Pis tu vas en trouver du monde à qui tu vas donner cette confiance-là. Pis eux aussi, ys vont te donner la leur pis t'faire grandir jusqu'à s'que tu nous dépâsses toutes.
      Là non plus, Melane ne sent pas les larmes qui perlent en ce moment sur ses joues, mais elle sait qu'elle sont bien là.
      - Je suis tellement, TELLEMENT, fier de toi ma grande. J'sais qu't’oubliras pas qu'on compte su' toi.
      - Merci... dad...
      Une détonation barbouille de sang le visage de la jeune femme au milieu de sa phrase. Elle étouffe un "non" languissant alors qu'elle enroule un de ses enfants dans ses bras. Lorsqu'elle ouvre les yeux, le jour arrose à nouveau la salle dans laquelle elles les ont tous enfermés. Béatrice dort et n'a probablement pas eu connaissance que son institutrice lui pleurait dans les oreilles.
      - Rise n' Shine, Darlin'.
      Cette voix fait bien plus peur qu'un coup-de-feu. L'une de ses salopes se tient dans la pièce. D'ordinaire, personne n'entre ici. C'est la condition. On lui a amené les enfants pour qu'ils restent sous sa garde et elle a accepté de se tenir tranquille. Personne de cette bande d'ovaires enragés n'a le droit d'entrer. Melane s'est souvent demandé qui avait proposé ce marché, quelle ficelle a été tirée pour qu'elle ait droit à ce privilège; qui la voulait en vie.
      Ce doit forcément être Elle.
      Habillée d'une une veste de cuire sans manche et un pantalon sale du même textile, rongé d'un peu partout. En dessous, elle porte un chemise à carreaux bourgogne et il y a une tête-de-mort avec deux fémurs en guise de croix sur sa boucle de ceinture. Son mini-mohawk sur la tête commence à être sévèrement négligé et ses tatouages au visage sont déteints. Melane aurait trouvé ça cool, il y a dix ans. Elle était un tout autre oiseau, à l'époque.
      - Another nitemare? demande sa geôlière avec un calme presque sensuel.
      - How do you care what my dreams are made of?
      Le parfait anglais de la jeune femme impressionne visiblement la pillarde. Celle-ci décroise les bras et les pose sur le pupitre où elle a pris appuie. Elle croise aussi les jambes; Melane sait ce que cela veut dire.
      - Why r yu here, waitin' to die like those... assholes? Yu could be with us!
      - With you, you mean.
      - Feral... carin' N' smart. Am in love, baby.
      - Sers-toé d'ton osti d'knife comme fucking dildo, for all I care. But if you wanna dance, am yur girl, bitch!
      Le connasse se met à rire de bon coeur. Pas du tout le genre de rire exagéré pour faire genre. Avec le souffle coupé et les larmes aux yeux et tout. Elle se croit bel et bien au-dessus de Melane et du Monstre qui attend au fond d'elle. Ce Monstre qui parle pour elle. Ce Monstre qui serre les doigts et les dents à chaque mot. Ce Monstre qui pénêtrerait la fente vaginale de cette grosse illettrée pour lui masser le clitoris avec le bon côté de la lame. Le Monstre qui sourit en pensant à tout ça, soulageant un peu de cette colère que Melane n'arrive plus toute-à-fait à se débarrasser.
      - Look... Am fond of yu. Sooo... keep thinkin' about my offert. No one is touchin' yu or yur kids. Yur mine, now. Maybe I can't brake yu for now... for now...
      Puis elle sort de la pièce. Melane se rend compte que ses enfants ne dorment plus. Ils sont sages comme des images. Cédrique, Mia, Julie, Béatrice, Franscesca, Malcolm et Guillaume. Ses enfants chéris...
      
      - Whirling Triangle Fist Présente -
      - Un récit créé par Gabriel/Arouth et Pascal "Ramael" Cadieux -
      - Basé sur l'univers de la franchise à succès Fallout de BesthesdaGames Studio -

Les Chroniques de Nymeland, les récits sordides de Fallout Québec
Épisode 8
- Accès Refusé

 

      - On vâ où? demande Nyme.
      - Si tu demandes c'est qu't'écoutais pas, répond Doc.
      - J'écoutais pâs. On vâ où? redemande Nyme.
      - À Station d'la Reine, répond Doc.
      - Quant-est-ce qu’on arrive?
      En se levant ce matin, Doc surpris son protégé à perdre son temps devant un ordinateur. Il jouait à un jeu vidéo. Il n'a même pas pris la peine de se laver de tout le sang qu'il avait encore sur le corps, ni de changer ses vêtements souillés. Maurice n'en a pas fait un cas. Ce n'est pas le plus parental des Maurices que Doc a eu sous la main. Mais Doc, lui, a peur du message que ça peut envoyer au reste de la communauté et ce n'est pas le moment d'être oisif.
      Le médecin n'est pas intervenu auprès du jeune sur le moment, ayant pas mal de choses à gérer durant la journée. Outre son stesse après la visite du Général Prime de la République du Nouveau Québec, il a dû répartir les nouveaux arrivants dans les tentes qu'ils avaient à disposition. Il est allé vérifier que les familles installées dans les quelques maisons qui ont encore un toit avaient tout ce dont ils avaient besoin. Tous les rescapés ont dû passer un traitement de RadAway, ce qui a lourdement appauvri leur réserve. Il a fallu choisir qui aurait quoi selon les priorités lors du rationnement des réserves de MREs. Il a dû finir de préparer les expéditions pour récupérer ce qui est resté à Station, mais aussi de l'aéroport de Sainte-Hubert et maintenant, il doit également monter celle pour l'aéroport de Saint-Mathieux. Catherine a fait la grasse matinée pour finalement lui faire la gueule avant de repartir chasser; ils ont une trentaine de bouche à nourrir désormais.
      - J'vâ envoyer du monde, Cath, a tenté de lui dire Doc. Prends ça relaxe... aujourd'hui.
      Mais elle est partie, et toute seule, seulement accompagnée de ce chien qui est arrivé sur le terrain tard dans la nuit d'hier.
      Mais par-dessus tout ça, Doc devait faire des appels importants et n'a pas pu: l'antenne de relais est hors-service. Il sait grâce à Nyme qu'une faction appelée les Brothers of Steel ont pris en charge l'installation. Comme le garçon n'a rien d'autre à faire que s'abrutir sur des jeux-vidéos, et qu'il a déjà eu affaire aux Brothers, le médecin s'est dit qu'il était temps pour un petit "field-trip". Ils sont partis en fin d'après-midi et pas avant qu'il se soit lavé et changé d'abord. Catherine était toujours à la chasse, alors il avait intérêt à en profiter.
      Une heure et demie à devoir répéter à un bébé de dix-sept ans "bientôt" juste pour avoir la paix durant cinq pauvres minutes...
      - Quant-est-ce qu'on arrive?
      - Ta yeule...
      ... ça ne donne pas envie de faire ce genre d'expédition souvent.
      Située dans un lieu classé secret d'état encore à ce jour, l'installation est pourtant visible du ciel. Le bâtiment se trouve au milieu d'une clairière entourée de boiseries. Lorsque Doc stationne la fourgonnette, ils sont rapidement entourés par une forte présence armée. Quatre fantassins en armure-assistée; deux en bordure du complexe et deux avançant vers les intrus; et avec un nombre exagérément important d'hommes d'une infanterie traditionnelle.
      Le médecin descend le premier.
      - Tirez pas! On souhaite seulement parlementer.
      - Ça marche-tu vraiment à tous 'és coups? grimace Nyme avec une arrogance écoeurante. J'ai faim.
      Doc ne veut pas répondre à ça. Il se tourne plutôt vers les occupants de la Station de la Reine. L'un de ceux de l'infanterie standard se démarque des autres et approche le duo. Il porte de vieilles lunettes d'aviation sur sa casquette et son uniforme contient plus de pochettes qu'un "scavy".
      - Civilians aren't allowed in the perimeter, clame le soldat.
      Doc spécule qu'ils doivent venir des États-Unis, puisque leur représentant parle cet accent anglais très particulier.
      - Then tu bring qu'qu'un qui wants to talk, lance Nyme encore assis à l'intérieur du véhicule, la vitre abaissée. On â pâs b'soin qu'tu nous cry a river.
      Le médecin soupire son découragement. Ce "field-trip" commence à sentir comme une mauvaise idée. Du moins, jusqu'à ce qu'un autre soldat habillé pareil s'avance. Il dit qu'il connaît la langue et suggère de parler au nom de leur Brotherhood. Doc reprend son calme et s'apprête à jouer son rôle de diplomate.
      - Vous êtes sous le territoire de la Confrérie de l'Acier. Je suis le scribe Vincent. Vous ne trouverez parmis nous que des scribes, des chevaliers et des Paladins. Aucun Elder ne se trouve dans cette opération. Enfin, plus maintenant.
      - Ok, mais sans qu'ce soit totalement du charabia, intervient Doc, on a aucune idée de comment marche vot'e hiérarchie.
      - Votre compréhension peut s'arrêter là, ainsi que votre avancée. Nous sommes tous en quarantaine dû à une épidémie.
      - De quelle genre? question le seul médecin compétent dans cette petite assemblée, soudain plus nerveux.
      - Le genre qui ne concerne pas les civils.
      - J'suis méd'cin de profession, et ce depuis avant la Guerre. On a traversé ce genre de choses, y'a pas loin d'une vingtaine d'années. J'ai l'expérience et moé, bein j'peux pas tomber malade.
      Le scribe observe attentivement Doc des pieds à la tête. Il renvoie les informations qu'il a reçues à un des types en armure-assistée, celui-ci semble la relayer à d'autres. Après un très court moment de délibération, on les invite à entrer dans le complexe.
      Nyme regarde autour de lui avec de la fierté au visage. Il tourne la tête vers certains recoins et couloirs avec l'anticipation de quelqu'un qui connaît les lieux. L'histoire qu'il a donc raconté à Doc commence à se confirmer. Quelle partie de cette histoire est vraie?
      - Attendez ici, demande le scribe qui les a fait entrer, puis il disparaît derrière les portes de la cafétéria.
      - Doc, j'ai faim!
      - Pas tu'suite.
      - Lés tatas icite ont pâs encore figure out comment parler à S.A.M.
      - Chute. Fais pas d'marde avec eux aut'es, s'te-plait.
      Au retour du scribe, Doc est invité à entrer plus avant, mais pas son jeune compagnon. C'est d'un profond embarras pour le médecin, connaissant le garçon. Alors il tente de prendre le ton le plus paternel qu'il peut tout en parlant avec douceur:
      - Peux-tu rester icite deux menutes pis toucher à rien? Ou c'est vraiment trop dur pour toé...?
      Il regarde la posture tendu du jeune homme. Nyme lui fait les yeux d'un chiot qui ne veut surtout pas décevoir son maître. Il décide de ne pas attendre sa réponse avant de suivre le scribe.
      L'intérieur de la cafétéria est un endroit infiniment triste pour le médecin. C'est une morgue improvisée. Partout reposent des corps étalés de tout leur long et drapés avec tout ce que la confrérie avait sous la main. Le scribe lui fait dévaler cette allée de la mort avant de s'arrêter près d'un cadavre tout blême posé sur l'une des tables. Non, celui-ci respire encore. Son visage avait quelque chose de familier, pareil à celui d'un des rescapés que Doc a vu dans les derniers jours.
      - Voici notre dernier commandant en règle. Les ordres passent déjà par l'entremise d'un autre membre de la confrérie, mais comme Elder Hills démontre encore des signes de vie, on se doit de lui apporter le secours qu'il mérite dû à son rang.
      - Vous lui avez fait des examens? interroge Doc.
      - Nos scribe-medics sont compétents, mais nous manquons de matériel pour approfondir nos analyses.
      - Les symptômes? coupe le vieux médecin.
      - Vomissements, fièvre, changement de personnalité. Il montre des signes d'agressivité, par moment. Et puis ce coma, comme vous pouvez le voir. Il est comme ça depuis ce matin.
      - Contamination aux radiations, ça m'a tout l'air.
      - Nous y avons pensé. Le problème c'est que nous n'avons pas tous été touchés à part égale. Et les compteurs géiger des power armors ne relèvent rien d'anormal à l'intérieur ou à l'extérieur de la base.
      Doc se met à examiner le corps du Elder Hills plus en détail. Malgré qu'il ne semble pas conscient, son pouls est très rapide. La déshydratation de sa peau est alarmante mais elle ne se détache pas facilement lorsque le médecin tire sur l'épiderme. Il n'est peut-être pas trop tard.
      - Il reste l'hypothèse d'une transformation, déclare-t-il au scribe Vincent. Si on fait rien, il va dev'nir comme moi.
      - Une Goule!?
      - Pas forcément une sauvage, répond Doc sans se sentir offusqué par la remarque du scribe. J'peux arrêter l'processus mais pour ça, j'vâ devoir l'emmener à Sainte-Julie? C'est à une heure et d'mi d'icite.
      Le scribe n'a pas semblé ravi d'entendre cette proposition. Mais s'étant montré raisonnable jusque-là, il passe la suggestion à ses collègues, qui sont encore moins emballés que lui. Lorsqu'il revient auprès du médecin, il apporte une contre-proposition.
      - Le Paladin Mason est d'accord pour que vous emmeniez Elder Hills vers des soins. Mais je dois vous accompagner. Et votre associé ici présent devra rester.
      - Ça marche.

 

      Maurice le 7e, le génie derrière tout ce qui fonctionne au campement, a presque fini de calibrer le socle de son nouveau réacteur afin de limiter la perte d'énergie tout en optimisant le rendement de la pile à fusion. Il va prendre celle que Catherine a ramené avec la fourgonnette dès que Doc sera de retour. Il espère qu'il reviendra vite au campement car la génératrice à l'huile a fait son temps et le système électrique de tout le périmètre, ce que Maurice a pris des mois à mettre en place, en est dépendant.
      - Yo Mo-Mo! le salut Estelle, debout près de l'embrasure de la grande porte du garage. T'âs-tu une menute?
      Peut-être n'est-ce pas le meilleur moment pour être dérangé, mais:
      - Pour toé, j'ai toute la sôirée, s'tu veux.
      - Voulès t'dire marci pour avôir pluggé l'resto. Chai qu'ça vâ d'mandé pâs mal 'a génératrice.
      - C'ést correct. Ch'finit çâ pis on vâ avôir du jus pour tout l'village. J'attends jusse Doc. Toé? Comment tu tiens? Comment vâ Filipe?
      Estelle vient s'asseoir près du mécano-ingénieur, la tête baissée sur le cercueil de ses sentiments.
      - Laurent lui manque pâs plus à lui. Mon tit bonhomme y'ést pas habitué au deuil. Y'â encore jamès connu çâ. Ça l'â tellement marqué d'vôir son père vômir du sang... y vient s'collé su' moé chaque fois que j'éternus.
      Maurice repense à ses analyses autour des armes que les pillards ont utilisées: des émetteurs à champ radioactif, capable d'envoyer des ondes d'une force de 110 mSv; laissant des résidus pouvant grimper jusqu'à 120 mSv par seconde sous une exposition directe. Des chiffres qui donnent littéralement la nausée lorsqu'on les reçoit dans la gueule, vous fait perdre vos cheveux, cause des ulcères et des hémorragies intestinales; sans parler de la stérilisation; surtout avec plusieurs décharges d'affilée. Maurice se dit qu'Estelle n'aura pas envie de les entendre, ces chiffres.
      - Avec lés guns qu'ys s'servaient, pâs sûr qu'vous auriez tenu bin longtemps, anyway, confesse-t-il quand-même. Ça tire basicly dés radiations. (Maurice note les changements dans le visage de son amie) Mais vous êtes correct, toé pis le p'tit.
      - Y parèt que Cath â une douche qui marche? demande Estelle, changeant allègrement de sujet au bon moment.
      - Ouin, soupire le mécano avec un certain soulagement, mais tout-de-même déçu de na pas avoir été d'un meilleur réconfort. 'A jusse d'l'eau frette, par-contre. Mais 'a marche. 'Coute Estelle, chus...
      - Tu viens-tu avec moé?... pour m'réchauffer?
      Les deux se regardent dans les yeux sans dire un mot, plus silencieux qu'à une partie de poker où l'adversaire à tout mis sur le tapis. C'est vrai que la femme mûre a toujours eu un quelque-chose pour les hommes habiles de leurs mains.
      À peine eurent-ils le temps de se lever que toutes les lumières se sont éteintes d'un coup. Ce qui a refroidi misérablement l'ambiance.

 

      - Des armes à émetteurs d'ondes radioactives? répète le scribe Vincent après Doc.
      - Ouin. Y parait qu'ça peut monter très haut sur l'échelle sievert. Pire... ça émet même au repos. J'ai un patient dans ma clinique qu'y est dans un état plus avancé qu'Elder Hills. On l'aurait gardé dans une salle où y'avait des caisses pleines de ces armes-là.
      - Et vous croyez que c'est ce qui aurait tué nos hommes?
      - Bein, y'a de bonnes chances que ces raiders-là venaient du même groupe qu'y a attaqué Station.
      - Le campement/village dont vous m'avez parlé. Hm...
      Le scribe Vincent écoute le médecin avec attention depuis près de quarante minutes. Il boit ses paroles comme d'une bouteille d'eau pure après une semaine à s'abreuver dans les toilettes. Là où Doc a pu observer de la réticence, voire du mépris, chez le reste de l'infanterie des Confrères, Vincent montre une sincère curiosité. Une fois l'impasse contournée, Doc espère qu'il sera aussi aisé de négocier avec eux le retour des communications sur le territoire qu'il est plaisant de discuter avec scribe Vincent. Peut-être pourront-ils même fomenter une nouvelle alliance. Comment la NAA prendra cet excès de confiance envers ce nouveau joueur sur la Rive-Sud? Seul le temps le dira.
      - Il y a un problème dans cette théorie. Nous n'avons trouvé aucune arme étrange dans leur arsenal. D'ailleurs, je crois que votre compagnon était sur les lieux avec des amis lorsque nous avons pris la base. Ils sont partis avec la plupart des armes. Tout ce qui était à base de technologie avancée, nous les avons confisqué. C'est là notre manière de faire.
      - Ah bon? Pourquoi vous faites ça?
      Le scribe prend un ton gêné pour répondre. Il semble qu'après lui avoir apporté sa confiance, il ne voulait pas froisser les sentiments du bon docteur.
      - Nous croyons que les technologies passées, celles responsables du déclin de la civilisation, ne devraient pas se retrouver entre les mains des... mauvaises personnes. J'ai peur que nos supérieurs ne fassent pas la distinction entre qui est digne de les utiliser et qui ne l'est pas. (Après un silence timide, celui-ci reprend:) Bref. Je vous assure que nous n'avons pas trouvé d'armes particulières, surtout pas celles dont vous me décrivez.
      - Ça nous avance pas...
      Sur le reste du chemin, le scribe Vincent décide de nourrir sa curiosité et de questionner Doc sur tout un tas de sujets: comment c'était avant, opère-t-il sa clinique depuis longtemps, où trouve-t-il son matériel médical; ce genre de chose. Doc répond au maximum sans pour autant laisser des détails gênant à un potentiel adversaire; il joue à ce jeu-là depuis trop longtemps pour ne pas rester prudent avec des inconnus. Le scribe écoute avec enthousiasme, ce qui fait sourire le vieux médecin. Le Confrère lui rappelle quelqu'un en particulier. Un jeune homme hyperactif à l'attitude difficile depuis que ses parents sont morts.
      Alors qu'ils arrivaient presque en vue de Sainte-Julie, Doc décide enfin de questionner le scribe sur la bande avec qui se trouvaient Nyme à leur arrivée à la Station de la Reine.
      - Bien, ils étaient quatre ou cinq, je crois, répond le scribe, songeur. Maintenant que j'y pense, l'un d'eux était tout à fait comme vous.
      - Un "Ghoul"?
      - Non, une Goule.
      - En fait, c'est un mot en arabe. Ça se dit...
      - "Ghoul", je sais, interrompt le scribe avec fierté. Avec le GH qui se prononce comme un R qui roule en crachant. On peut le traduire par "Ogre", c'est une sorte de djinns qu'on trouve dans le folklore préislamique, notamment dans les contes des Milles et Unes Nuits. Rien à voir avec le terme "zombie" que l'on vous donne parfois.
      Cette fois, Doc est tout bonnement impressionné. Il demande où l'homme a appris toutes ses choses. Ce dernier répond que lui et son unité étaient basé à Washington D.C. avant de rejoindre les efforts d'une autre branche de la Confrérie de l'Acier. À D.C., il y a une bibliothèque restaurée avec un très large inventaire de sujets. Vincent les a presque tous parcourus.
      C'est en écoutant ses explications que Doc pus enfin apercevoir le campement... en fait, pas vraiment. Là où se trouve Sainte-Julie, d'ordinaire éclairé par les lampes du Red Rocket, il y a maintenant un étang de noirceur qui inquiète beaucoup le vieux médecin.
      - Tabarnac! Non!
      - Que ce passe-t-il? interroge le scribe.
      - Le karma, scribe Vincent. L'osti de câliss de karma!

 

      Ces près de trois heures de travail qui commencent à ressembler à une perte de temps. Maurice, le 7e de sa génération d'ingénieurs hors-pair, n'est pas encore arrivé à redonner un souffle de vie à cette foutue génératrice. Il commence à en avoir la migraine tellement ça le frustre. Estelle a bien tenté de lui donner un coup-de-main, mais il ne peut s'empêcher de se dire qu'ils prévoyaient tous deux faire quelque chose de plus agréable.
      C'est dans ce moment de désespoir que la fourgonnette de Catherine se stationne devant le garage. Doc n'est pas seul.
      - Doc, on â pus d'jus! tente d'interpeller Maurice, Estelle encore à ses côtés.
      - Non, non-non! rétorque le vieux médecin, fonçant directement vers sa clinique au sous-sol.
      Le scribe Vincent est resté derrière, ébahi par la situation.
      - T'és qui, toé? demande le mécano au nouveau venu.
      En bas, c'est la catastrophe! Les petits réfrigérateurs dissimulés derrière sa fausse bibliothèque se sont éteints. Les échantillons que Doc gardait précieusement ont pris de la chaleur; trop de chaleur, sans doute. C'était son seul espoir de sauver Elder Hills et restauré le réseau de communication de la Rive-Sud; mais pas que.
      - Doc! lance Maurice en débouchant dans la clinique plus ou moins une minute après le médecin, suivi encore d'Estelle. Qu'est-ce qu'y â?
      - S'tait tout s'qui restait d'eux. Des années de recherche... pis le dernier souvenir concret d'mes meilleurs amis.
      - Doc?
      Le scribe Vincent les rejoint avec appréhension. Il veut faire descendre son supérieur pour lui faire prodiguer des soins, mais comprend que le moment est mal choisi. Il communique ses besoins à Maurice et Estelle, mais seul Maurice saisit la gravité de la situation. S'ils n'ont pas le remède, comment retrouveront-ils les communications avec Dock ou tout autre allié sur le territoire?
      - Doc... on fait quoi? demande le mécano.
      - J'sais pas... répond ce dernier.
      - Mais attends... ys reste une chance, pas vrai?
      Doc regarde son ingénieur avec suspicion. Puis, ce même éclair de génie le traverse enfin. Il doit retourner à la Station de la Reine, mais avec toute une panoplie d'équipement médical.
      - Scribe Vincent! Si j'vous trouve une ligne, pouvez-vous contacter vos collègues pour leur dire de garder le garçon à l'oeil? demande Doc, sachant qu'il est parvenu à conserver le contact avec certains de ses alliés et ce, même durant la coupure. J'ai une cellule d'énergie dans s'tirroire-là justement pour la radio en cas d'perte de courant. Maurice, donnes-y un coup-d'main. Je sais que ça l'air broche-à-foin, mais faut r'tourné là-bas.
      Le scribe fait confiance au vieux médecin. Après avoir été récupérer des lampe-torches, lui et Maurice s'appliquent à brancher la radio dans l'un des recoins de la pièce et trouver un ligne avec la Confrérie. Durant ce temps, Doc tente de fouiller du mieux qu'il peut dans sa clinique pour trouver tout ce qu'il lui faut et ce, sans beaucoup de lumière. Il lui faut plusieurs sacs de RadAway, un stimpack, ainsi qu'un ou deux équipements complets pour faire des transfusions de sang, juste au cas où.
      Vincent n'est pas parvenu à contacter ses collègues mais peu importe. Doc a ce qu'il lui faut.
      De retour à la Station de la Reine, ils sont accueillis par un comité encore plus agressif que la première fois. Doc ne comprend pas pourquoi on lui pointe à nouveau une arme sur la tête mais le scribe Vincent prend sa défense, ce qui le soulage un peu.
      Après un léger retour sur la situation, le vieux médecin soupire son découragement: Nyme est introuvable. Il était pourtant resté à vue la plupart du temps. Doc a tenté de les rassurer en leur disant que Nyme était excellent dans l'art de se faufiler pour se cacher. En règle générale, il est inoffensif dans ses intentions. Mais les confrères voyaient cela comme une supercherie. Ils ajoutent que c'était bien Nyme qui s'en était pris aux pillards de la station et ce, en faisant de gros dégâts à la structure.
      - 'Coutez! Pour là, placez Elder Hills dans cafétéria avec une table proche d'la sienne et prenez cette perche pour accrocher un sac de RadAway. Commencez la transfusion, ensuite on cherchera Nyme. Ensemble.
      Doc ne fit pas attention à son langage, alors scribe Vincent dû traduire. C'est tant mieux car les troupes de la Confrérie étaient plus réceptives aux ordres du scribe, et non aux siens. Ce fut fait en sept minutes. Elder Hills fut branché à un soluté et une table fut approchée de la sienne.
      - Bon... commence Doc. Did you check everywhere? demande Doc à des gens qui l'écoutent à peine.
      Encore une fois et ce, même si c'est prononcé dans un anglais acceptable, les troupes regardent que le scribe Vincent. Même le Paladin Mason, le plus haut gradé parmi eux, est présent et refuse de répondre à une Ghoul.
      C'est là que Doc a une idée.
      - Avez-vous checkez auprès de S.A.M., demande-t-il au scribe Vincent.
      - Qui?!
      - L'intelligence artificielle qui gère la base. Y s'rait au sous-sol.
      Le scribe semble encore plus embarrassé. Il répond que personne n'a accès au sous-sol. Même les Confrères n'ont pas réussi à en ouvrir la porte. Mais Doc insiste pour qu'ils aillent vérifier. Le jeune en a beaucoup parlé, de cet ordinateur. Ce serait pour lui une bonne raison pour échapper à la vigilance des chevaliers de la Confrérie. Ayant longuement parlé avec le docteur, Vincent comprend que la veille goule connaît bien plus de choses qu'il n'en a l'air. Il fait partager ses réflexions au reste du groupe et ceux-ci se mettent en action.
      On invite vivement le vieux médecin à les suivre vers les sous-sols. Une fois le groupe descendu, ils sont arrêtés devant une porte scellée avec à son côté un terminal.
      - PLEASE, ENTER YOUR AUTHORIZATION CODE AND NAME TO CONTINUE BEYOND THIS PASS, lance une voix monotone dans un intercom juste au-dessus d'eux.
      Puis le terminal semble s'illuminer. Le reste de la pièce est fait de murs en verre très épais. Ils peuvent donc voir ce qu'il y a de l'autre côté. Ce sont plusieurs allées de serveurs encore en fonction qui reposent sur un sol de béton que plus personne n'a foulé depuis des siècles.
      Ni Doc, ni personne de la Confrérie ne semblent savoir quoi répondre exactement à ce que l'ordinateur demande.
      - PLEASE, ENTER YOUR AUTHORIZATION CODE AND NAME OR SOME LETHAL MEASURES ARE GOING TO BE TAKEN.
      Tous très alarmés, le groupe se regarde avec angoisse. Le Paladin Mason bouscule le vieux médecin pour qu'il trouve une solution. Sinon, les conséquences seraient immédiates. Au moment où Doc voulu dire un mot, une main tape puissamment de l'autre côté de la vitrine pour surprendre la petite équipe.
      - BOUH! Vous faites-là, les caves? demande Nyme par l'entremise de l'intercom, avec son humour de mauvais goût.
      C'est Doc qui doit intervenir, et ce dernier n'est pas content.
      - Veux-tu bein sortir de là, siboire! On a besoin d'toé au plus sacrant.
      Le garçon passe la porte qui leur était fermée sans aucun problème. L'ordinateur le salut au passage:
      - Au revoir, Directeur Kauffman. Passez une bonne journée.
      Doc reste incrédule alors que le jeune s'approche de lui. Il lui rappelle qu'il a bien failli les faire abattre tous les deux juste pour pouvoir frimer devant les Confrères, mais Nyme ne semble pas du tout l'écouter.
      - Ch'te l'avais dit qu'ys savaient pas parler à S.A.M.

 

      - S.A.M. y garde la station pour la Vole-Tech Company, leur a expliqué Nyme tandis qu'il donnait de son sang à l'Elder Hills. Vue qu'vous aviez pâs les codes d'acréditations pour passer, S.A.M. a déclencher lés counter measures pis y vous a nuké la face. Mais pas que! Y parait qu'ça lance comme une vérue. Une variation d'la Fève ou d'quoi d'même! Un cossin faite par une autre companie, qu'S.A.M. a dit! Ça pâsse de people en people pis sa affecte e'l'système néralgique pis ça câsse toute en d'dans. Jusse assez pour vous faire vômir vot'e marde par la bouche. Mais bon... parait qu'ça attaque tout l'monde égale, pis y'â des mutations qu'ys peuvent arriver, pis bla-bla-bla...
      Nyme donna ses explications tandis que le scribe Vincent tenta de traduire du mieux qu'il pouvait. Les hommes perdirent le fil lorsque celui-ci leur dit que l'ordinateur leur à lancé des "beans" virulente comme mesure préventive contre les intrusions.
      - Hey, menute! Pou'quoi vous donnez de MON sang à' vieille peau couchée su’l'aut'e tab'e, déjâ?
      Déjà, le teint de la peau de l'Elder Hills se fait moins pâle. Doc est donc arrivé juste à temps pour lui éviter de devenir une Ghoul. Scribe Vincent, ainsi que le Paladin Mason, sont très contents de son intervention.
      Une fois la procédure terminée, Nyme leur donna les commandes pour interagir avec S.A.M. en toute sécurité, suivant les supplications de Doc. Les Confrères ont par la suite affirmé que la coupure des communications n'a jamais été de leur ressort. S.A.M. aurait fait ça tout seul. Ça les a d'ailleurs mis dans un sévère embarras car ils n'ont plus eu de nouvelles en provenance des Confrères basés sur l'île de Laval. Maintenant que le problème était réglé, le réseau serait de nouveau en place.
      De plus, la Confrérie de l'Acier a exprimé le désir de faire partie des alliés de la population de Sainte-Julie, après que celle-ci leur ait apporté un soutien sans compromis envers ses Confrères; enfin presque sans compromis. Doc pus retourner chez lui le coeur plus léger, malgré que son chagrin d'avoir perdu le sang de Fred et Marie lui pèse un peu plus lourd.

 

JUSTE AVANT DE PARTIR

     Le scribe Vincent interpelle Doc avant qu'il n'embarque dans la fourgonnette. Il est accompagné par le Paladin Mason et l'un des chevaliers en armure-assistée. Ce dernier transporte une petite caisse fermée.
      - C'est quoi? interroge le vieux médecin.
      - Je leur ai fait part de votre problème énergétique à votre campement. Après un si grand service rendu, le Paladin Mason est d'accord de vous laisser ces piles à fusion.
      Doc ouvre la caisse et regarde les six piles qu'elle contient avec émotion. Sur le territoire désolé de l'ancienne Amérique, cela signifie une petite fortune. Et ces armures-assistées sont des gouffres à énergie.
      - Vous faites quoi d'votre modo: pas laisser la technologie entre les mauvaises mains?
      - Nous croyons aussi au bien fondé de vos actions envers notre Confrérie. Et le Paladin Mason est un grand sensible. Lorsque je lui ai dit que votre communauté était essentiellement composée de réfugiés dont vous aviez vous-même sauvé les vies, il a été d'accord de faire un geste. Récupérer les communications avec nos autres cellules dans le secteur nous permettrons de nous ravitailler de toute manière.
      En entendant cela, Nyme fait mime de se faire claquer les bretelles orgueilleusement.
      - We thank you for your assistance, sir, remercie le Paladin Mason. You're welcome here anytime. But we're going to watch out for your little friend.

Épisode 9

Révélation


      Peut-être auraient-ils dû retourner directement à Sainte-Julie.

 

      - Whirling Triangle Fist Présente -
      - Un récit créé par Gabriel/Arouth et Pascal "Ramael" Cadieux -
      - Basé sur l'univers de la franchise à succès Fallout de BesthesdaGames Studio -
Les Chroniques de Nymeland, les récits sordides de Fallout Québec
Épisode 9
- Pas tout-à-fait comme prévue

 

      Le médecin multi-centenaire ne fait plus dans l'émotion ou le moralisme avec les autres et ce, depuis longtemps. Clairement les gens ont leur raisons de faire ce qu'ils font et simplement minimiser les dégâts restent encore la seule petite voie vers une certaine harmonie.
      Alors pourquoi Doc décide de faire un détour?
      Tout ce "field-trip", c'était pour retrouver les communications avec la ville-état et les environs. Mais surtout la ville-état. Il pensait faire son rapport en personne sur le sauvetage de Station avec Sandra Cloutier, Première Voix au Conseil de la ville. Sauf qu'elle a sûrement beaucoup à faire. Alors peut-être aller voir la NAA pour leur expliquer cette nouvelle alliance avec la Confrérie de l'Acier. Mais là encore, ses alliés au sein de la NAA risquent de mal le prendre.
      - On vâ où? demande Nyme qui revient enfin du côté de la Terre.
      - Si tu demande c'est qu't'écoutais pas, encore, répond Doc.
      - J'écoutais pâs. On vâ où? redemande Nyme.
      - On s'en va à Dock.
      - Quant-est-ce que-Paaaardon!?
      Non. Doc à fait un détour pour des raisons plus simples, selon lui. Il repense aux inquiétudes récentes de Catherine, à la visite du  Général Prime à Sainte-Julie, aux témoignages des Confrères sur la bande du RedHead. Il est peut-être temps de rectifier certaines choses.
      Il est temps de reprendre certaines responsabilités en main.
      - On va à Dock parce que tu vas dire au Conseil s'que tu sais su'l'RedHead.
      - Euh, pâs bonn'idée.
      - J'veux rien fucking entendre autre que "Oui, Doc. T'as raison, Doc. J'vâ l'faire, Doc", s'tu claire? On frôle un criss d'incident diplomatique parce que tout l'monde te court après pour l'pogner. Pis tu vas témoigner pour qu'on nous lâche la poche.
      - Ch't'ai dit s'tait pâs moé.
      - Parfait! Dis-leuh dont s'que t'as vu pis ça va finir là.
      Nyme croise ses bras et regarde ailleurs pour pouvoir ruminer sa colère en paix. Doc sait qu'il peut se taire dans le mutisme durant des heures et le vieux père de substitution n'a pas la patience pour ça, en ce moment.
      - 'Coute. Tu sais qu'j'ai des amis au sein du Conseil. Avec les services qu'on a rendu à soir, pis y'a trois jours, y'a de la clémence dans l'air. Mais faut qu'tu fasses un move.
      Dock est enfin en vue. Belle, brillante et sonore sous cette nuit noire. Le vieux médecin espère encore que tout se passe bien.

 

      Maurice performe son rituel et allume sa cigarette verte après avoir tout essayé pour retrouver un semblant de lumière. Les gens se sont pointés à sa porte pour des réponses. Ils voulaient que l'ordre cosmique soit rétabli avec le retour de l'ampoule électrique. Mais Maurice n'a pas pu invoquer ces dieux-là, ce soir. Tous ces braves gens, eh bien ils devront attendre. Attendre le Dieu Mort, mais aussi vivant. Celui... qui prescrit la vie... sans jamais la toucher. Celui qui veille depuis des centaines d'années sur la Rive-Sud. Celui qui... suit.
      Estelle veut une bouffée. Maurice connaît le partage, mais qu'en est-il de Filipe? Elle dit que le petit dort à point fermé depuis déjà quatre heures au moins; elle fait des aller-retours compulsivement pour vérifier.
      Catherine a fait plusieurs feux, à son retour. Avec l'aide de ces gars qu'elle a ramené de l'aéroport de Saint-Mathieux, elle a installé de gros quartiers de viande sur des broches. Maintenant que ces pièces tendres d'animaux mutés et écorchés, toujours sanguinolentes, tournent au-dessus des flammes depuis un bon quarante-cinq-minutes, le festin des pauvres va pouvoir commencer; le festin des vrais.
      L'ex-caporal de l'Armée Royale Canadienne sait déléguer. Alors que les portions commencent à être servis, Catherine s'approche du couple haut perché de Maurice et Estelle.
      - Trouvez-vous un chamb'e, câliss!
      Les trois rient de bon coeur. C'est un moment rare en cette période troublée. Maurice offre un peu de son joint à l'ex-militaire mais celle-ci a gardé le réflexe de refuser.
      - Estelle... j'suis contente qu'tu sois là. Filipe aussi.
      - Marci d'êt'e v'nu nous sauver, répond la restauratrice en lui renvoyant son sourire.
      Les deux femmes se connaissent depuis peu, sur l'échelle de leurs vies respectives, mais elles sont très vites devenues amies au travers un respect mutuel. Ce respect va être testé.
      - Maurice, tu connais bein Nyme, right? interroge Catherine.
      - (Ce dernier passe la cigarette à Estelle) Qu'est-ce tu veux savôir?
      - Fait que tu l'connais...? renchérit l'ex-caporal.
      - Hey... joues pâs 'a rough'n'tough ahec moé. Qu'est-ce tu veux savôir?
      La jeune femme répond du tac au tac.
      - J'veux savoir pourquoi on l'a sauvé d'la RNQ. C'est techniquement encore un allié s'a Rive-Sud, que j'sache. Fait-que pourquoi risquer s'les mett'e à dos?
      - Parce'que y'â d'quoi dans son sang. Doc èst pâs jusse un chérurgien... s't'un bio-ingeneer aussi. Y'â d'quoi d'bin rare qui s'promène dans s'tit bonhomme-là, pis ça fait dés jaloux.
      Estelle ne sait plus où se mettre. Elle veut rendre le joint à Maurice pour aller se prendre une tranche de cette fameuse viande qui doit manquer cruellement d'épices. Mais c'est surtout pour laisser ces deux-là discuter sans elle. Elle ne veut pas se sentir obligé de répondre aux questions de Catherine.
      - Y'â bins des r'cherches qu'y'ont été faites su'l'sang à Nyme, ajoute le mécano... su' celui d'ses vieux... comme su'l'tien.

 

      Une fois stationné près des baraquements de la NAA, Doc sort le premier mais demande à Nyme de rester dans la voiture. Le jeune devrait rouspéter infantilisant ou demander qu'on lui donne une bonne raison de rester derrière, mais il ne fait que refermer doucement la porte en silence. Le vieux médecin n'a pas le temps de se demander ce qu'il y a de bizarre là-dedans et décide quand-même de se justifier.
      - Faut qu'j'aille d'mander pour un déguisement. Tu peux définitivement pas sortir de-même.
      Nyme ne dit pas un mot. Il ne fait pas un geste. Il ne fait que rester assis sur son siège, le dos droit et les yeux ronds, comme s'il attendait d'être gronder ou quelque chose comme ça.
      Doc se retourne et se dirige vers le baraquement, qui est un grand bâtiment près des quais. On le salue à l'entrée en lui ouvrant la porte comme s'il entrait chez lui. Outre le fait de rester cachée de la vigilance de la milice de Dock, il y a une autre raison qui a poussé le vieux médecin à laisser la fourgonnette ici. Son visage à lui est plus connu que celui de Nyme, ou de n'importe qui dans la bande du RedHead. Encore de nos jours, certains illuminés viennent religieusement lui apporter leurs reconnaissances. Cela devient presque embarrassant lorsqu'ils se mettent à prier à ses pieds. Ça a aussi ses avantages. Le RNQ, comme la NAA, comme la milice, auront tendance à se tenir tranquille quand les choses concernent le vieux médecin. Sa popularité sur la Rive-Sud va jusque là.
      Mais aujourd'hui, Doc veut se faire discret.
      Il va rejoindre le bureau de son allié dans les services secrets de la NAA. Ce type est plein de ressources et de cartes blanches pour porter assistance au vieux médecin. Et lui aussi, il apprécie la discrétion.
      - L'homme du siècle est dans place, mesdames et messieurs.
      - J'préfère encore mieux être l'homme-fantôme, rétorque l'homme multicentenaire. Comment ça va, Dan?
      - Y vâ bin, y vâ bin. La radio s'ést r'mise à jaser. On r'trouve un tit peu plus d'anglais qu'd'habitude, par-cont'e.
      - Normal. Une gagn' qui s'fait appeler la Brotherhood of Steel a pris l'antenne.
      - J'vôis qu'tu fais partie du secret, asteur. Hostiles, alliés, ouverts à un threesome?
      - Disons qu'les relations démarrent bein.
      L'ami de Doc se gratte le menton en silence. Ça, juste là, est la raison principale pourquoi il apporte son soutien au vieux zombie, même lorsqu'il a ordre de ses supérieurs de ne pas intervenir dans les problèmes locaux.
      - Bon. Mais t'és pâs v'nu pour çâ, right?
      - Non. J'ai besoin d'un uniforme pis d'un masque à gaz.
      - C'ést pour...?
      - Un déguisement.
      L'agent Dan fronce les sourcils. Son regard est rempli de suspicions, alors il suggère:
      - S'pour lui, right?
      Doc ignore pourquoi, mais il a envie de répondre: "S'pour ta soeur. A'l'aime çâ quand c'ést kinky à mort". Ce n'est pas du tout son genre de blagues et penser à cela en ce moment le trouble profondément.
      Son interlocuteur remarque son malaise et se dépêche de lancer ses ordres à son assistant.
      - Yo, Joe. Un suit-fatigue pis un masque pour l'Grand Doc. Mets-çâ su' mon nom.
      - E'l'quel? demande ce dernier.
      - Un dés darniers. Un Loto NukaMax 749 avec çâ? propose l'agent Dan en se retournant vers son ami éternel.
      - Hein? D'quoi tu parles?
      - C'ést toé qui m'â conté çâ. Qu'à l'époque, vous aviez...
      - Shit! T'es allé chercher ça loin en criss.
      Les deux hommes se sont souri et Doc est reparti vers la fourgonnette, seulement pour la trouver vide. Nyme n'est plus là.
      
      Dans la caserne de la milice de Dock, une certaine nervosité règne. Les derniers rapports de la NAA sont fermes. Il n'y a pas une journée à perdre. Le plan doit être monté et rodé, puisque le capitaine Carl Fournier ne peut laisser les choses au hasard pour le sauvetage de son ami et de toute sa communauté. Ils ont été attaqués et sont en ce moment pris en otage. On ne sait pas encore qui a survécu et qui en a fini avec ce monde. Et il y a un nombre de pertes qu'un homme peut endurer dans une année. Le bon capitaine a déjà perdu sa propre fille, alors il aimerait voir s’il peut sauver une autre personne chère à ses yeux.
      - M'sieu, et pour le plan d'extraction? l’interroge un de ses officiers pour le ramener à la table.
      - La NAA voudrâ l'terrain, si lés habitants sont pus assez nombreux pour l'couvrir. Ils nous ont promis des vertipaires avec des para-médics dedans à condition qu’on fasse e’l’ménage nous-même. Vous ram'nez l’monde à Dock pis d'mon bord, j'm'arrange pour leuh avoir un refuge que'qu'part dans ville. Si François ést encore en vie, m'â lui trouver une place su'l'bateau.
      Même lorsqu'un civil entre dans sa caserne, le capitaine de la milice ne déconcentre son esprit que le temps d'un coups-d’oeil. Il n'a pas de temps à perdre, surtout pour cette goule! Le Grand Doc en personne. Le capitaine n'aime pas trop que ce personnage de marque puisse entrer et sortir à sa guise dans toute la ville. Si Dock s'est bâti un Conseil, c'est pour y faire respecter des règles, des lois. Ces lois s'appliquent autant pour un citoyen que pour les étrangers et aucun des deux ne devrait pouvoir s'y soustraire.
      Le milicien à la porte a pris une feuille de papier que lui a remis le vieux zombie. Il la lit et la relit, les yeux ronds comme des trous de balles. Ces deux mêmes trous de balles se pointent ensuite vers la table des planifications où le capitaine et ses hommes discutent. Il se passe quelque chose.
      - M'sieu..? hésite le même officier qui voulait savoir pour le plan d’extraction. Est-ce que l'Conseil ést au courant?
      Le milicien à la porte se lève pour apporter la feuille au capitaine alors qu'il lui a été ordonné de ne pas le déranger. Soit cette visite a une importance capitale, soit c'est un milicien qui a envie de remonter le Fleuve Saint-Laurent à la nage sans combinaison anti-radiation.
      - M'sieu, salut ce milicien téméraire et un brin enthousiaste, e'l'civil dit avôir dés infos su'l'RedHead.
      Le capitaine n'a même pas besoin de parler. Ses officiers concluent en annonçant leur départ dans une heure puis quittent la table. Le milicien fait venir l'invité de marque qui a intérêt à avoir quelque chose d'intéressant à dire. Le cadavre sur ses jambes ne s'assoie pas, puisqu'il n'y a pas de chaises de toute manière. Doc jette un oeil sur la table embarrassée de cartes, de petits jetons de couleurs aux formes diverses, d'inscriptions et de dessins. On ne lui laisse pas trop laissé le temps de déchiffrer les inscriptions qu'on l'assaille d'une belle grosse question qui tue:
      - Y'ést où le tit câlice? grogne le capitaine Fournier avec ses yeux de feu.
      - J'aurais pensé qu'vous auriez pus me l'dire. J'suis aux faits de...
      - "Aux faits de" quoi, au juste?
      Le monsieur n'est pas content. Il n'a pas fait arrêter un briefing avec ses officiers sur une importante opération pour se faire poser des questions connes. On lui a promis des informations. S'il n'y en a pas, cette conversation est terminée.
      - Vous savez quoi su' lui?
      - Sur..? RedHead?
      - Jouez pâs avec ma patience, "Docteur". Vous rentrez icite dans MA caserne et sans autorisation. Si vous savez d'quoi, c'ést tu'suite que vous parlez.
      Doc évite son regard et tente de trouver une réponse qui n'en dira pas trop. C'est là qu'il remarque le cercle, sur la carte, mais la réponse est d'or et déjà en train de se formuler.
      - J'ai p't-être un gars... un témoin du meurtre... Capitaine, qu'est-ce qui s'passe, icite?
      Fournier n'est pas là pour répondre à une goule. Malgré son apparence de mort-vivant, c'est connu que le vieillard n'a pas le cerveau aussi ratatiné que sa peau. S'il est venu jusqu'ici parler du RedHead, c'est qu'il y a une raison.
      - 'Coutez-moé bin. On ést crissement occupé, icite. On â pâs l'temps d'chatter ou d'faire dés maths. Mon milicien à l'entrée m'â dis qu'vous aviez d'quoi à m'dire...
      - Cap’taine Fournier, j'suis surtout v'nu vous dire que j'connais un jeune qui connaît RedHead pis sa gagn', si ça peut vous aider à le'r'trouver.
      - Ça vâ pâs sauver vot'e gârs d'la potence, fiez-vous su' moé.
      - C'est juste un témoin.
      - J'peux vous débarrasser a' table pour qu'on s'mette à jouer su'és mots, ça changera rien. J'veux la tête de TOUTE la gagn'.
      - Capitaine...
      - J'voé parsonne avec vous, fa-k'j'en déduis qu'y'â pâs osé s'pointer, "vot'e jeune". Si vous avez rien à m'offrir, vous sortez.
      Doc ne fait plus que regarder la table en silence. Il connaît la région qui est encerclée et il connaît le fondateur de ce campement.
      - Capitaine... qu'est-ce qui s'passe à Franktown?
      L'argneux chef de milice en avait tellement pour sa propre bouillie de pommes écrasées qu'il en a oublié que selon la légende, cette chose et François étaient bons amis aussi. Pas que cela puisse changer quelque chose non plus.
      - Franktown ést tombée aussi. D'abord Station, ensuite l'antenne D'la Reine, asteur la menace Slayer vient d'r'monter jusqu'au nord-est du territoire. La NAA pense qu'ys vont tenter d'nous cerner pour s'en prendre à Dock.
      - J'aimerais bin vôir ça, rétorque le médecin avec la plus sévère crise d'eczéma de l'Histoire. Surtout qu'la Station d'la Reine a été r'prise par une faction neutre. Les Slayers sont morts d'puis longtemps.
      - C'ést crissement pâs s'qu'â dit la gagn' d'vos tits protégés avant d's'enfuir de Dock, y'â plus ou moins une s'maine.
      - Le compte des Slayers qui ont pogné Station est réglé. Ceux d'la Station d'la Reine aussi, également une branche qui c'tait réfugiée proche de Sainte-Julie; là où j'ai faite emm'ner les survivants de Station.
      Si ça c'est pas une bonne claque dans la face! se dit Carl Fournier. Si la goule espère que cela fasse baisser ses soupçons à son égard, toutefois... Bien au contraire. Et à condition que cela soit vrai, bien entendu.
      - Les survivants sont avec vous aut'es à Sainte-Julie? Proches des deux montagnes demande-t-il pour confirmer ce qu'il a déjà été dit.
      - Oui. J'suis v'nu pour d'mander un parénage d'la part d'la NAA. On veut établir un accord un peu comme avec Dock.
      - Bonne chance pour pâs vous faire manger a’laine d'su'l'dos. Vous savez comment ys sont.
      Cherchant comment provoquer son interlocuteur, Fournier décide de lancer son coup-de-grâce, la question qui tue et qui rend votre veuve folle:
      - Qu'est-ce vous attendez d'moé?
      - Qu'est-ce qui va arriver à Franktown? demande le Grand Doc en guise de réponse.
      Inspiration, un faible grognement puis Fournier courbe le dos vers son invité.
      - On vâ rentrer, clairer toute lés menaces qu'on vâ trouver, ram'ner l’monde qui reste icite... pâs que ça soit d'vos ostis d'affaires, mais on vâ faire çâ. On vâ sauver s'qui reste de Franktown pour en faire dés citoyens de Dock. Marci d'vot'e visite. Vous savez par où on sort.
      L'homme d'autorité pointe sa main toute entière vers la porte de sa caserne.  Doc ne se lève pas, car il est déjà debout, et sort sans ajouter quoique ce soit. Au moins, il sait que Nyme n'a pas encore été fait prisonnier. Il pourrait repartir à sa recherche, mais son corps tout entier lui rappelle qu'il a la gorge sèche.
      Il s'approche de la fourgonnette avec un certain désespoir. Échouer à ce point à être digne de confiance pour préserver l'héritage de ses deux meilleurs amis ne cessera de faire mordre la poussière à son moral. Tout ce qu'il a envie, c'est de boire ce qu'il reste de sa caisse de scotch ou jusqu'à ce qu'il devienne aveugle.
      Mais les remords, ce sera pour plus tard. Un petit contingent d'hommes armés et décidés s'approcher de lui.
      - Me su' dit qu'not'e entretient vâ s'poursuivre, tout compte fait... Docteur.
      Doc a le temps de voir arriver le capitaine Carl Fournier avant que la nuit ne tombe définitivement sur l'esprit de la vieille goule. Même dans son rêve, il a salement mal à la mâchoire.
      Ils auraient dû retourner directement à Sainte-Julie

 

LE LENDEMAIN...

      La lumière du jour brûle, mais brûle!
      La surface des nerfs optiques se mettent à hurler devant le pouvoir radioactif du grand Soleil. La lumière fait comme ses amis qu'on aime tant, ceux qui vous réveillent avec un bon coup-de-pied quelque part au lieu de vous souffler doucement à l'oreille "Debout, il faut y aller". C'est malheureux que le soleil ne soit pas à portée de tir, se dit un Nyme bouffie aux dents sensibles. Ses rots goûtent la bière à rabais et son haleine sent le purin de meuh-meuhs.
      Mais cette odeur... cette odeur est délectable.
      Il se réveille avant tout-le-monde, et par-dessus tout-le-monde. Un parfait matelas de corps nus, mâles et femelles, propres et moins propres par endroits. Seul un bras traverse son torse, le séparant de sa liberté. Sa propriétaire semble plutôt jeune, et franchement pas repoussante au premier regard. Il se souvient à peine que c'est avec elle que tout à dégénéré. Et ce "tout", sans être un mystère total, se retrace très mal dans la chronologie des dernières heures. Nyme a toutefois l'impression glorieuse d'avoir fait beaucoup de caps d'un coup. Ça, il en est certain. Alors où est ce beau gros maggot? Après avoir bâillé aux corneilles et gratté ses couilles presque imberbes, il réalise qu'il est couché sur sa fortune.
      - Allo mon coco! souffle une voix plus délicieuse que ce maudit soleil.
      - Alooo ma... bouche de canon de .10mm avec silencieux?
      Avant qu'il ne vienne à se demander comment les armes-à-feu ont appris à parler, Nyme regarde celui qui se tient juste derrière. Un gaillard évalué à près d'un pied-et-demi plus grand que lui, qui se tient debout entre la lumière et l'ombre de la pièce. Le garçon ne comprend pas clairement pourquoi on braque un pistolet sous son nez si tôt le matin. Il a surtout très mal aux cheveux.
      - Tu vâs-tu te l'ver pis t'habiller? Ou y faut que j'traîne ta carcasse nue à travers toute la ville?
      - C'ést dés sarieuses menaces. Ça fah peur si t'és une viarge enfourchonnée qu'y â pâs encore connu ce qu'y â mieux dans vie.
      - Une viarge quoi?
      - OOOH BOY! J'aspère qu'tu gères mieux tes bounties que ton français, p'tit... grand cass'?
      Ça lui revient: sa tête est mise à prix. Il est désormais une prime de choix pour la racaille de Chez Rocco. "Neutral Zone" dit l'écriteau en entrant. La publicité mensongère est un concept vieux comme les cons.
      Puis Nyme se dit que c'est étrange que Rocco n'est pas envoyé un gars plutôt. Ça été une vraie fiesta, la veille, et juste sous ses yeux. Le gamin était tout au centre de la fête. Ça ne pouvait pas être pour les caps, Nyme n'avait qu'une maigre somme après aoir vendu l'une des piles à fusion. Il s'est contenté de plumer plusieurs gros joueurs pour se faire une fortune qu'il a dépensé par la suite. Le casino peut faire ça tout seul. Alors en bout de ligne, ça n'a pas dû être une grande marge de profit récolté.
      Pourquoi avoir attendu pour lui mettre la main dessus? Peut-être que c'était juste pour le plaisir de regarder le bordel que Nyme a causé. Pas qu’il s'en rappelle tant que ça, c'est juste le genre de chose que Nyme fait souvent, d'ordinaire.
      - La Terre call la Lune!
      On essaie de presser l'otage un peu pour qu'il se lève, mais l'otage n’écoute pas. Il devra bientôt songer à une opportunité de s'échapper. Ce qui l'attend si aucune ne se présente risque d'être... disons qu'il vaut mieux qu'elle se présente.
      La charmante petite créature de la veille se met à pousser de petits gémissements tout au long de son ascension vers la surface. Ses yeux suffisamment humides s'ouvrent pour voir la scène. Elle balance son regard de Nyme à l'autre et de l'autre à Nyme et de Nyme à l'autre, ainsi de suite. Elle grogne un peu et enfouit son visage dans une autre masse de chair chaude et endormie. Sa petite voix émerge quand même de tout cet amas de perversion humaine.
      - Y t'heste h'es 'haps, 'hon chou?
      - Nope! de répondre le nudiste.
      - Rendors-toé, Trix.
      Les oreilles de Nyme se dressent comme celles d'une lapine.
      - Trixie Chix! THE Chix?
      Une force insoupçonnée le tire vers l'avant pour le mettre debout. L'homme à la voix suave mais pinçante le menace encore de son arme afin qu'il se mette à chercher rapidement des vêtements. Nyme sait qu'il vaut beaucoup-BEAUCOUP plus cher vivant. Alors il s'étire, bâille encore une fois, se gratte encore une fois mais cette fois à plusieurs autres endroits; avance lentement, tourne la tête de droite à gauche, fredonne sa chanson préférée et ah! trouve le parfait attirail dans ce genre de situation. Il trouve ses bottes, un masque à gaz et enfile le tout avant de se tourner vers le chasseur de prime.
      - Chu prête! fait-il d’une voix étouffée par la barrière de caoutchou noir.

Épisode 10

Révélation

  
 
      - Tu vas sortir de-même?
      - Pour aller vôir ta mère, faut êt'e présentab'e, t'sais. Chai comment 'a peut êt'e picky là-d'ssus.
      - Tit comique.
      - Ohn, t'és frus? Tu vâs-tu me cry une tite river?
      Les deux hommes s'apprêtent à sortir de la pièce quand Nyme envoie ses adieux à sa nouvelle amie. Ça ressemble à un charmant "Ciao bébé, on s'appelle et on déjeune", qui est répondu par un "Je vais te faire bouffer ton propre pénis". C'est connu que Trixie n'est pas super sympathique le matin, surtout avec les pauvres. Mais avancez l'argent, et on dit qu'elle peut déchirer vos adversaires en deux avec les jambes.
      Avant même d'avoir atteint l'extérieur de "Chez Rocco", le magnétisme de Nyme se fait déjà sentir. Les têtes se tournent vers lui tel des girouettes prisonnières d'un tsunami. Sous le sifflement admirateur de deux-trois passants, la petite célébrité lève les bras de la victoire, imitant des cornes avec ses mains.
      - T'as quand même d'belles fesses, tit cul, complimente le chasseur de prime.
      - Pou'quôi t'veux 'és vendre à Fournier, d'ebord? s'écrit la prime à travers son masque pour se faire entendre correctement.
      - Pourquoi j'me tap'rais un tit cul blanc quand j'pourrais m'en payer trois avec ta prime.
      - On t'â jamais appris qu'la qualité pré... prav... parvint… shit... ça vaut plus que la quantité?
      - Watch ton français, sinon avance pis ta yeule.
      Dehors, se pavaner fièrement est plus difficile car il y fait un poil de plus frisquet qu'en dedans, et ce même au soleil. Et comme la vedette de la soirée endiablée de la veille n'a plus autant d'eau dans ses vaisseaux sanguins, la chaleur se véhicule moins bien dans son corps. L'orgueil s'effondre couche par couche tandis que Nyme s'essaie discrètement à refermer ses bras autour de sa poitrine pour la garder au chaud. Conclusion de cette tentative: il se fait rire de lui par son compagnon au pistolet-phallique rempli de sperme de plomb de .10mm chacun.
      - Tu fais moins ton frais-chier, asteur?
      Puis soudain, il se met à se cramper en deux et à gémir comme une merde.
      - Fuck... mon ventre! Fait crissement mal!
      - Pauv'e tit pite! Tu veux ton tit lait-lait?
      Il y a des histoires de vieux remèdes de grand-mère qui disent que le lait de brahmin-du-sud pur soulage les douleurs gastriques après une cuite. Ce ne serait pas la seule chose que ce remède fait.
      - Non, fuck! j'pense que j'va m'chier d'ssus.
      - Vâs-y. Ça vâ jusse me donner une bonne histôire à comter à gagn' su' la capture du RedHead.
      - c'pâs moé... redhed... chu nyme...
      Le malade spontanée plie les genoux et courbe le dos. Le plus ennuyeux dans tout ça c'est qu'il a cessé d'avancer. L'homme de profit n'a pas envie de se montrer patient, même si la conclusion de cette scène risque de lui plaire énormément. Le garçon peut se chier dessus en marchant vers son destin.
      - Anwèye bouge! fait le chasseur de prime en poussant sa prime du bout de son canon.
      Un instant passe et le chasseur de prime fait son possible pour bien analyser ce qui vient de se produire. Une douleur pénible à la poitrine et au bras complique un peu la chose. Il comprend néanmoins qu'il s'est pris un bon coup dans le sternum. Ça lui a coupé le souffle et lui a fait voir la vie au travers un filtre de minuscules points noir et blanc. Alors qu'il avait en joue sa cible, le chasseur de prime se retrouve maintenant accroupi au sol, sa propre arme braqué sur le front.
      - Allo mon coco! pirouette le son réverbérant du masque à gaz; son porteur étant penché à l'oreille du mercenaire.
      - Ha! souffre ce dernier. Haha! haha! Vâs-y, qu'est-ce t'attent?!
      - Feurst ovâle, chus pas RedHed. Vous allez m'lâcher avec çâ. Sèconnede...
      Il frappe très dur sur le devant du crâne du "tit-grand cass" afin de l'envoyer dormir.
      - Hes-s'fâsse hicit?! fait une large gorge profonde et grognarde juste derrière Nyme.
      Le temps d'un petit "ho!" rempli de stupeur, le victorieux nudiste se fait empoigner la tête avec force par une main immense. Il est forcé de se redresser et de suivre la rotation s'il ne veut pas que son cou soit rompu sur place. Maintenant devant lui, il voit se tenir un colosse de sept ou huit pieds de haut avec la peau toute verte. Tous les muscles de son corps sont gonflés comme chez les hommes mariés au Buffout. Puis, au sommet de cette montagne, se trouve un petit tête chauve. Le plus gênant dans cette image, c'est le ruban de tissu épais qui passe entre les dents du géant et semble être attaché derrière sa tête. Cela ouvre sa bouche dans un perpétuel sourire grotesque. Ce doit être cela qui prive ce galant bonhomme d'articuler comme il le faut.
      Le super-mutant est gigantesque, ça on ne peut se le cacher. Mais tous ces détails n'attirent pas autant l'attention que le tuyau de fer solide monté par une borne fontaine tenu dans son autre main.
      - salut moé c'ést nyme lui c’ést un pâs-fin on s'ést chicané mais là c'ést cool tues-moé pâs s'te-plait...
      - Ph'ést un Flayer? de demander le gros lard moisi.
      Deux et deux, en aditionnant, ça fait:
      - OUI! C'ést un pâs-fin Slayer. Pâs-fin, P S-FIN Slayer!
      L'armoire à petits pois verts en canne lâche enfin la tête cagoulée d’un respirateur pour prendre son arme de ces deux énormes pattes. Quand il la soulève sans effort au-dessus de sa tête, l'insecte nu en avant de lui comprend qu'il doit s'ôter du chemin. Le grand monsieur n'a besoin que d'un élan et la tronche du chasseur de prime disparaît complètement sous l'impacte, laissant à la place un cercle parfait de sang qui éclabousse sur la borne fontaine déjà bien rouge. Nyme en reçoit un peu sur lui, ce qui lui a donné une de ses fameuses idées.
      - H‘Oé ahvi, fhis ahvis houphours en vie.
      - Marci, t’és bin fin! Mais hey! c'ést quoi ton tit nom, mon gr-"beau", j'veux dire... Mon Beau gros... Ouin.
      - Enhant T'Sienne.
      - Cool. Suis-moé.

 

      - Whirling Triangle Fist Présente -
      - Un récit créé par Gabriel/Arouth et Pascal "Ramael" Cadieux -
      - Basé sur l'univers de la franchise à succès Fallout de BesthesdaGames Studio -
Les Chroniques de Nymeland, les récits sordides de Fallout Québec
Épisode 10
- Se faire des amis

 

      Le jeune garçon n'est pas le seul à s'être fait pointer une arme sur la tête, ce matin-là. On a emmené Melane au gymnase sans trop lui donner de raisons. En répétant leur promesse de ne plus toucher aux enfants, la jeune femme les a suivit.
      La grande salle bétonnée qui servait aux réunions de vote ou aux soirées spectacles pour la communauté de Franktown a été redécorée. Melane faillit défaillir. C'était donc cela qu'elles faisaient pour se divertir. Ces monstres! Ces lieux étaient autrefois plein de vie, maintenant cette vie a été repeinte partout sur les murs, le plancher. Cette vie est suspendue à des croix maladroites, pieds et mains liés avec des fils barbelés. C'est cette vie qui a répandu cette odeur infecte dans tout le bâtiment depuis une semaine. Même si Melane s'y était habituée depuis, une fois passé les portes du gymnase, elle s'est fait irrésistiblement répugnante. Le dénie ne pouvait plus la caché ou empêcher l'estomac de la jeune femme d'avoir des soubressauts. Tous les cris d'horreur qu'elle entendait le soir, qui lui faisaient couvrir les oreilles de ses enfants, lui sont revenus. Toute cette vie est enfin devenue la mort.
      Ses jambes cèdent sous son poids et elle se tire elle-même vers l'arrière en les suppliant de ne pas la faire entrer là-dedans. Melane sait ce que cela implique pour elle, pour ses enfants. Elle peut se débattre aussi vainement qu'elle le voudra, son destin est enrobé de la puanteur des corps qui pourrissent sur ces croix.
      - Just throw her down and close the doors.
      Elle finit par reposer brutalement sur une surface encore sèche du plancher de béton, encore propre. Elle s'efforce à garder sa tête vers le bas, ses yeux partiellement cachés par les rideaux de sa chevelure. Mais elle ne peut s'empêcher de risquer quelques regards fugaces sur les environs. Melane connaissait ces gens, ceux accrochés sur ses poutres de bois qu'elle a elle-même aidé à construire, ceux dont les têtes ont été séparées du corps pour être plantées sur des pieux. Les visages sont maintenant méconnaissables et c'est tant mieux. Melane ne veut pas savoir.
      Elle ne veut pas savoir s'Il se trouve parmi ces corps.
      - Rise n' Shine, darlin'.
      Encore celle-là... qu'est-ce qu'elle lui veut, à la fin?
      Melane n'écoute pas vraiment ce que cette timbrée a à dire. C'est comme si sa voix était étouffée par des bouchons qu'elle se serait mise dans les oreilles; comme lorsqu'elle couvrait les oreilles de ses enfants avec ses mains. Mais elle sait ce que cette salope est en train de dire. Elle se fait passer pour une libératrice. Elle prétend avoir fait preuve de clémence en laissant à Melane le droit de protéger ses gosses. Elle lui répète son offre de se joindre à la bande. Elle peut toujours aller se gratter.
      - Com'on, babe! Don't make it hard on me. Me don't want to do this.
      Do what? demande Melane en silence.
      À ce moment, deux de ces dégénérées tirent sur les grands rideaux rouges couverts de patches au fond de la pièce. Quelque chose dit à l'institutrice que ce spectacle ne va pas lui plaire.
      Trois hommes sont mis à genoux, les bras ligotés à l'arrière de leur dos et un bâillon très serré entre les dents. Ils gémissent de peine et de misère à cause de cet entrave qui garde leurs lèvres ouvertes dans un sordide sourire. Leur corps tout entier tremble violemment et plusieurs coulis de sang perlent sur leur peau. Ils semblent savoir ce qui les attend. Melane ne voulait pas le savoir.
      - Killin's easy, baby. Specially with a crew... cause yu just hav to say the word. Me ask again... Yu join us or not?
      Certains yeux des victimes se braquent droit sur elle, les sourcils suppliants et cet effroyable sourire... Melane reconnaît maintenant l'un d'entre eux. Monsieur Mercier. Ses yeux prennent un position impossible lorsque la balle défonce le côté de sa tête. La détonation fait sursauter tout-le-monde, même ces connasses. Melane n'arrive plus à retenir ces foutues larmes.
      - YU JOIN US OR WHA'? SAY-THE-WORD!
      Elle ne peut pas. Si elle leur disait oui, elles lui demanderaient de les tuer tous en gage de confiance. Melane refuse de leur laisser cette joie.
      Le prochain à se retrouver avec un trou dans le crâne, c'est Brian, le seul zombie sympa de Franktown. On dit que ces gars ne peuvent pas se reproduire. Alors lorsqu'il n'y en aura plus un seul, leur race s'éteindra. Melane s'échappe encore dans sa tête pour ne pas faire face à ses responsabilités.
      - Let's change tactic then, lance la geôlière qui veut du cul de Melane.
      
      Carl Fournier a enfermé cette peau sèche dans l'une des cabines réaménagées pour les quarantaines. Vingt ans après que cette foutue pandémie leur a tous pris quelqu'un de cher, ces cellules de fortunes servent encore à emprisonner des monstres mutants. L'homme se coule son sixième doigts de vodka alors qu'il replonge dans cette horrible nostalgie. D'abord sa femme, maintenant sa fille. Tout cela pour servir les privilèges de cette goule.
      Sa gorge brûle encore lorsque la Sainte Sandra se pointe avec cette pédale du renseignement de la NAA. Dommage, il aurait aimé laisser ratatiner se zombie encore un moment avant d'aller chercher ses réponses.
      - Cap'taine Fournier, vous dépâssez lés bornes.
      - J'fais mon câlice de travail, Madame Promière Voix Cloutier.
      - Pâs d'insubordination, cap'taine. Vous allez le relâcher immédiatement et vous expliquer devant moi, ou ce s'râ devant l'Conseil. Vous savez ce que ça veut dire pour votre promotion.
      Cette femme et ses grands mots...
      Fournier dépose son verre vide et rote tout l'éthanol accumulé durant la soirée d'un seul coup. Il veut cette promotion, alors il se lève de son siège sans rouspéter et les conduit vers la cellule de son prisonnier de marque.
      À l'intérieur, l'homme multicentenaire paraît décontracté, à l'ouverture de la porte. Cela enrage encore plus le capitaine de milice, mais il en garde tous les signes pour lui. Il laisse la conseillère et son mentor avoir leurs petites retrouvailles avant de passer aux choses sérieuses.
      - Doc, ça vâ? demande-t-elle avec inquiétude.
      - Ouin... Merci Dan pour avoir passé l'message.
      Ce dernier fait son petit sourire en coin ridicule. Lui et ses amis pensent être à la tête du territoire de la Rive-Sud, ayant laissé la Rive-Nord à la RNQ et la Noblerie. Mais ils ne dirigent rien entre ces murs, et ça leur fait chier au plus haut point.
      Il est temps pour Fournier de jouer ses premières cartes.
      - Madame la Première Voix, j'sais d'source directe que c't'homme-là protège l'un des fugitifs du meurtre de ma fille. Y veut pâs m'dire où l'trouver, alors j'l'ai am'né icite pour un interrogatoire en règle.
      - Mais cap'taine... commence la Conseillère, sachant qu'elle ne peut pas finir sa phrase.
      La NAA et le Conseil se battent depuis bientôt dix ans pour l'âme même de Dock. Les Renseignements du groupuscule militaire étranger cherchent sans relâche une faille à exploiter pour commencer à discréditer le Conseil devant sa population. Sandra Cloutier sait qu'un conflit d'intérêt au sein de son conseil pourrait allumer une traînée de poudre qu'elle ne pourrait peut-être pas éteindre à temps. Elle sait que la NAA n'aurait besoin que de l'appui du crime organisé de la ville pour faire exploser ce barril. Serait-ce pour ça que l'agent Cent-Noms l'a accompagné jusque-là? Tandis que son capitaine de milice perd la carte, la NAA mettrait-elle ses pions en place?
      - J'exige d'avôir dés réponses, Sandra! Pour Caro! Pour lés citoyens de Dock! Sinon...
      Fournier sait que s'emporter ne mènera à rien. C'est sorti tout seul et ça lui a fait un bien fou. Sauf que le petit espion à deux caps décide lui aussi de prendre ses grands airs.
      - Vous recommande pâs d'vous en prendre à lui à cause d'vot'e incompétence, cap'taine. Vous avez pâs su r'trouver la trace de raiders qu'y'étaient sous contrat avec VOT'E milice. Des personnes appréciés d'la communauté en ont payé l'prix, pis vous voulez agrandir vot'e tableau d'chasse avec une personnalité légendaire comme Doc? Un homme aimez de la ville-état toute entière? La NAA s'rait sûr'ment ravie d'entendre çâ.
      Il lui faudra un moment et six autres doigts de vodka pour digérer cette information. Pour l'heure, les générateurs aux fonds des cales du navire ont cessé de siffler aux oreilles de Carl Fournier. À la place, il y a ce murmure, ce maudit murmure qui a commencé il y a une semaine et qui lui souffle jusqu'à l'intérieur de son crâne ses supplications nuit et jour : "popâ, sauve-moé". La colère veut s'exprimer et ses mains réclament du sang. C'est une torture, pour l'homme en deuil, que de devoir vivre ses émotions comme si elles ne faisaient que parties de son imaginations; de faire comme si elles ne sont que pures fantaisies. Mais s'il veut jouer le reste de ses cartes, alors il doit garder son calme.
      Sans dire un mot, le capitaine laisse passer la conseillère, suivie de l'espion de la NAA. Il refuse de saluer son prisonnier au passage. Il sent une chance inouïe de faire taire les murmures lui glisser entre les doigts.
      Ce n'est que partie remise.
      
      Doc n'est pas trop fâché d'être sorti en partie de ce pétrin. Il aimerait se retourner pour regarder le capitaine dans les yeux et lui dire à quel point il est sincèrement désolé pour sa fille. Mais il n'est pas bon de faire tout ce que l'on veut. Il compte bien donner cette leçon à ce maudit gamin qui est reponsable de son emprisonnement et ce un bonne fois pour toute.
      - Doc... commence Sandra en quittant le bloc des cellules. Tu veux bein m'dire s'qui s'passe?
      - Trop long comme histoire. Dan... s'te-plait, intervient le vieux médecin avant que son ami ne puisse ouvrir la bouche.
      - Câline, Doc... c'est-tu vrai qu'tu protège le tueur de Caro?
      - Non, y'est juste témoin... ou complice que'que-part... C'est compliqué, Sandra, pis en plus, le RedHead s'rait après lui pour une histoire de dope. Y'a pas juste vous aut'e qui veut son cul, pis... (Doc lâche un soupire)
      - Pis quoi? renchérit la conseillère.
      - Dés qu'je'r'trouve sa trace, j'vous l'enverrai pour qui dise s'qu'y sait.
      - Doc...
      - QUOI?! s'exclame le médecin de sa voix rayée, presque plus comme un crachement qu'un cri.
      Cette fois, Doc est très irrité mais il réalise en se tournant vers ses amis qu'il n'y a que de l'inquiétude dans leurs regards.
      - 'Scusez-moé... Qu'est-ce qui y'a?
      - C'est-tu vrai qu'une team de trois d'ta gagn' a libéré les survivants de Station? demande Sandra à son mentor. Et qu'avec eux, t'as pus nous r'avoir accès au réseau des communications?
      - Oui, répond simplement ce dernier.
      Conseillère Cloutier sourit et vient lui faire un câlin rempli de gratitude avant de repartir de son côté.
      Le médecin laisse ses compagnons pour quitter les Hauts-Quartiers. Une fois dehors, il se rend compte que la matinée est déjà bien avancée. Toujours aucun signe de Nyme.
      Lorsqu'il arrive à son véhicule, Doc s'aperçoit que la suspension arrière s'est affaissée bizarrement d'un côté. Ce problème n'était pas là la veille mais surtout, ce genre de problème mécanique n'émet pas de grognements et ne fait pas gigoter l'arrière du véhicule, normalement. Il décide de se rendre à la fenêtre du conducteur, voir s'il n'y a pas un piège qui se prépare ou quelque chose comme ça. Tout ce qu'il y trouve, c'est un Nyme assis au creux du siège passager, le dos courbé et les pieds sur le tableau de bord. On aurait dit un escargot après une cuite. Le médecin furieux ouvre la portière et s'apprête à monter pour passer lui un savon.
      - Bein tabarnac! explose Doc de cette hystérie maternelle qui s'est accumulée depuis la veille. T'étais où, osti?!
      - On ahller fuer hu Flayer. Nhyme am'ner Enhant T'Sienne à Nym'leinne.
      Doc lance une autre gros "Tabarnac" en se laissant tomber à la renverse. Deux soldats de la NAA qui étaient en pause dans les parages se sont mis à rire de la pauvre goule en panique. Puis Nyme, qui s'est décidé à mettre son masque à gaz mais n'est clairement pas habillé comme la veille, est sorti pour leur faire un pouce en l'air.
      - Y'émite super bin lés "F" dans certains mots, mais pour une drôle de raison, y'ést pâs capab'e d'lés dire dans "Enfant d'Chienne".
      - QU'EST-CE QUE ÇA FAIT DANS L'CHAR, ÇA?!
      - Bin quoi? Y nous faut d'la protection? Pis ouin ouin, tu vâs m'dire qu'un mutant cont'e des gars en power armors, ça f'râ pâs long feu. Sauf si on y fait une power armor à lui'ussi, conclut Nyme avec ce qui semble être un sourire sous son masque.
      Doc se lève et se reprend. Il a entendu parler de mutants qui se seraient rangés du côté des humains dans le secteur. Certains travaillent même dans les champs à proximité de Dock. Enfin, ce n'était que des rumeurs jusqu'à maintenant. Voir cette grosse masse assise sur le plancher de la fourgonnette avec un mord serré sur sa mâchoire, comme pour un cheval, Doc se dit que personne ne voudra le croire.
      - Dis-y dont de s'placer au centre du camion, s'te-plait. Y nous la fait pencher toute d'un bord.
      Nyme retire à nouveau son masque et obéit. L'autre aussi.
      Doc reprend sa place derrière le volant et avant de repartir, il fixe ses yeux contrariés sur le jeune garçon.
      - Tu comptes pas témoigner cont'e tes chums d'vant l'Conseil, pas vrai?
      - Nope.
      - Va bein falloir un jour.
      Doc réalise que le temps n'est peut-être plus aussi bien choisi pour prendre ses responsabilités. Carl Fournier veut du sang et le Conseil de Dock aura besoin de mettre des mesures en place pour assurer la protection de son protégé.
      Il démarre alors la voiture avec réticence. Après un coup-d'oeil dans le rétroviseur à moitié brisé, il constate une autre potentielle erreur qu'il s'apprête à commettre. Qu'est-ce qu'ils pourront bien faire d'un super-mutant parmi eux? Et qu'est-ce que ça mange, mis-à-part des humains? C'est en se posant toutes ses questions autour du mutant que le vieux médecin repense à ce que vient dire ce dernier:
      - Attends menute... Comment y'a app'lé le campement?

 

DE RETOUR À FRANKTOWN...

      - Non, pas ça! You promised me! YOU PROMISED!! Y'a rien à voir avec tout ça!
      Melane ne pourra pas le supporter. Elle s'est beaucoup donnée durant la dernière décennie pour en arriver là. Elle a appris à lire, à écrire correctement et sans erreur. Elle connait ses mathématiques avec une bonne base d'algèbre, bordel de merde! Elle parle trois langues et par-dessus tout, elle s'est appliquée à l'enseigner à la moitié de Franktown sans rien demander en retour. Mais ça, à ce moment précis, elle ne sera pas l'encaisser. Il n'y a rien à apprendre de ça.
      - YOU PROMISED, BITCH! s'enrage-t-elle. I THOUGHT YOU LIKED ME! HOW CAN YOU DO THIS TO ME?!
      Monsieur Mercier et Bryan sont déjà des pertes difficiles, mais s'il devait arriver quelque chose à cette personne en particulier...
      - R yu gonna join us? redemande la reine de toutes ces connasses.
      - Fuck you... grogne Melane entre les dents. NOOOOON!!!
      Une batte de baseball coiffée de clous rouillés s'est élevée derrière la petite tête innocente et larmoyante. C'est un déclique qui se produit dans la tête de la jeune femme. Elle est enfin prête à laisser tomber armes et armures mentales. Ses os sont d'une froideur mais ses muscles semblent relaxes ou du moins, elle ne les sent plus du tout. Ni peur, ni douleur. Mais bizarrement, alors qu'elle ressentait autrefois de la rage lorsqu'elle se trouvait dans cet état, cette fois elle est plus résignée.
      - STOP! Ok... I will join you, promet-elle sous un ton calme et monocorde.
      La Bitches qui tient la batte abaisse son arme et regarde Celle qui semble donner les ordres dans leur groupe. Elle sourit à sa victoire puis défait la boucle de sa ceinture.
      - Com'n'lick that bush, darlin'. To show yur mine! fait-elle en dénudant la moitié inférieure de son corps. Then... yu'r gonna kill the kid yurself.
      Melane reste figée dans une sorte de trance. Elle constate maintenant qu'une décennie à maîtriser le Monstre tapis au fond de son esprit a laissé son corps inactif devant ses adversaires. Ses lèvres se remettent alors à trembler.
      - DO IT! Or...
      La reine porte son regard vers la scène des exécutions. Melane ne veut plus regarder mais jette son dévolue sur cette femme répugnante à moitié nue. Peut-être peut-elle simplement se rapprocher. Peut-être devrait-elle se laisser aller. Après tout, il y a plus que sa propre vie qui est en jeu... et François lui a appris à penser aux autres.
      Melane se lève et avance vers sa geôlière à petits pas, le dos courbé. Elle peut le sentir. Elle sent que la Monstre tente de retenir chacun de ces petits pas.
      Elle est devant cette femme dégueulasses. Son odeur corporel lui rentre par les narines. Melane aurait des haut-le-coeurs si son esprit n'était pas aussi résigné à sauver ses enfants. C'est alors qu'elle aperçoit sa fidèle chaîne à gros maillons, couronnée de son crochet à viande taché de sang. Peut-être que l'abnégation, ce sera pour plus tard.
      Alors que la tension repris au travers de tout son corps, de puissantes explosions se font entendre de l'extérieur. Très vite, un vent violent balaye une partie des planches qui garnissaient les fenêtres du gymnace, jettant la jeune femme et plusieurs des Bitches par terre, dont la reine. Melane peut saisir sa chance.

Épisode 11

Révélation


Épisode 11 - BASTON! - Partie 1

      La première sensation que Melane récupère est ce grattement sur sa main gauche. Elle lui rappelle un malin plaisir qu'elle avait parfois, étant beaucoup plus jeune. Celui de la confrontation, celui de la victoire peu importe les coups. C'est toujours sa chaîne qui frappait en premier et c'est son métal rouillé qui gratte à ce point.
      La deuxième sensation qu'elle récupère est sa vue. Elle est par-dessus cette femme qui la gardait précieusement en vie comme un animal de compagnie encore sauvage. Melane sait qu'elle lui a planté le crochet de sa chaîne à cet endroit qu'Elle aime qu'on lui touche. La main donne ensuite un coup vers le bas très brusque. Le visage de cette ordure étire une grimace de douleur insupportable.
      La troisième sensation est un peu plus du touché. Les mains de la victime de Melane encerclent la sienne, celle qui tient le crochet. Le jeune institutrice ressent les gouttes de sang qui coulent entre ses doigts. La pointe du crochet à viande vient de traverser la peau juste au-dessus du pelvis. Melane La tient, maintenant.
      Le Monstre n'a pas cédé le contrôle mais il laisse la jeune femme admirer son oeuvre.
      Puis l'ouïe lui revient, sauf qu'elle est étouffée. Les Bitches se concentrent principalement sur les commotions venant de l'extérieur, toutes sauf quelques-unes qui ont vu le Monstre faire. L'une d'entre elles se met à crier sa détresse en voyant sa chef bien aimée être blessée. Bientôt les coups-de-feu arrivent en direction de Melane mais ils sont maladroits et aucun ne touche. Le Monstre est prompt à réagir.
      D'abord elle enroule la chaîne autour du cou de sa victime enfin qu'elle servent un meilleur but dans la vie: Elle va encore protéger Melane. Celle-ci se dresse debout derrière son bouclier humain et avance vers celles qui tentent de l'arrêter. La Bitches ne tire plus. À la place, elle lui hurle dessus de laisser partir son amie. Elle fond presque en larmes. Ce n'est pas touchant une seule seconde.
      L'une des filles qui tiraient vers les ennemis invisibles à l'extérieur s'est tournée vers eux. Elle regarde la scène avec une étrange satisfaction. Et puis, sans télégraphier ses agissements à personne, elle tire une seule balle. Avec une précision que l'autre greluche n'a pas eu, le crâne de cette chienne que le Monstre tient à bout de bras renvoie une bonne giclée de sang. Encore une fois, les sons sont distants pour l'institutrice, mais l'impact est humide sur son visage. La tête de sa geôlière repose mollement sur son épaule, les yeux dans le vide et la bouche grande ouverte. Bientôt le corps devient trop lourd pour être transporté. Il ne reste que peu d'options pour Melane.
      Le sol se met alors à trembler brièvement. Mais le Monstre n'a pas le temps d'en chercher l'origine. Elle préfère que ses ennemies fassent cette erreur. Elle préfère saisir cette opportunité.
      Celle qui était restée pantoise à la mort de sa chef a baissé son arme et puis a détourné les yeux quand l'explosion est survenue. Le Monstre n'a pas hésité à se jeter sur elle pour lui mettre un bon coup sur le nez. Il voulait son fusil d'assaut improvisé. La pauvre idiote fait un autre pas en arrière. Elle lève les mains pour implorer pardon. Le Monstre n'a pas le temps de jouer avec sa proie et lui met une balle bien visée dans la tête. Une soif étrange se met à submerger Melane. Tuer semble tellement plus facile qu'on se l'imagine. Comme dans une partie de Scarmouche.
      L'arme que le Monstre tient a une fonction automatique. Elle s'en aperçoit en mettant deux autres balles dans le corps d'une autre Bitches. Celle-ci n'est que blessée et ne lui portait aucun attention jusque là, maintenant c'est le cas. Elle a pu voir d'où sa dernière heure venait de sonner. Avec une balle pour elle et trois autres pour la prochaine, le Monstre vient de libérer toute cette partie du gymnase pour Melane.
      Maintenant, plus personne ne tire sur elle. Les autres Bitches foncent vers la droite du gymnase, direction la sortie de l'école. Sauf qu'elles sont rapidement arrêtées par des hommes lourdement armés. Ils entrent en trombe dans la salle. Leurs tirs sont encore plus précis que ceux du Monstre. Melane exécute un tir croisé sur les dernières combattantes avec l'équipe de sauveteurs. L'un des soldats a remarqué l'effort de la jeune femme et une fois que les Bitches armées sont toutes mortes, il empresse les autres de cesser le feu.
      Le calme revient dans le dernier refuge de Franktown. Plus de petites ou de grandes explosions. Les quelques Bitches encore en vie avaient laissé tomber leurs armes dès que l'équipe de sauvetage est arrivée. On ordonne de sécuriser les otages et les malfrats. Melane laisse aussi tomber son flingue et se permet de pleurer de soulagement.
      - Restez pâs là, m'dame, fait le soldat qui l'a remarqué. C'est fini...
      ... mon cul. Un drôle de son, ou une drôle de vibration, s'est mis à faire bouger l'air. Il était impossible de voir ni d'entendre quoique ce soit d'autre. Très vite, le peu que Melane arrivait à sentir de son corps se mit à descendre vers le bas molécule-par-molécule. Seul son estomac allait faire une remontée, alors elle a quitté la salle sans trop se demander ce qu'il se passait. À l'abri dans l'obscurité du corridor, elle pouvait entendre les cris de terreur de ses courageux sauveteurs. Stridents et constants, ces hurlements finirent par ne plus avoir rien de naturel...
      ... tout comme ses sensations corporelles.
      
      De retour à Sainte-Julie, Doc se fait accueillir par tout un comité. Estelle veut savoir où ils étaient passés, Maurice demande à récupérer la pile à fusion de la fourgonnette; on lui répond qu'il y en a un boîte de six à l'arrière du véhicule; et il y a de ses superstitieux qui s'approchent pour venir remercier leur messie. Ils se sont prosternés devant lui en lui implorant le salut, au grand embarras de Doc.
      Tous se mettent à reculer lorsque Nyme, qui accompagnait Maurice, fait sortir le grand homme vert. Plusieurs ont encore le souvenir de la sauvagerie de cette race de mutants gravée dans leur mémoire. Même lorsqu'Enfant-d'Chienne lève la main pour saluer tout-le-monde, ils hésitent et préfèrent se trouver des occupations auxquelles vaquer.
      Catherine aussi est là. Elle va devoir repartir chasser très bientôt, car les rescapés affamés ont totalement réduit le cerf qu'elle a ramené hier en un tas d'os couverts de sang brûlé.
      Pour le moment, elle observe ce trio nouvellement formé avec rancune. Maurice lui a dit des choses, hier. Des choses qu'elle ignorait complètement. Des choses que Doc ne lui a encore jamais révélées. Sur elle, sur les raisons de son passage à une époque triste et sauvage. Elle ne soupçonnait même pas que ces questions aient été laissées en suspens jusque-là, comme des vêtements abandonnés sur une corde-à-linge depuis la fin de la Grande Guerre. Catherine se sent désormais en droit de pouvoir en porter les réponses.
      - Doc! appelle-t-elle, puis elle fait un signe de main pour l'inciter à approcher.
      - Qu'est-ce qu'y a , ma belle? investigue le vieux médecin, honnêtement concerné par les besoins de l'ex-caporal.
      Catherine sait quelle est la première question qu'elle a envie de poser.
      - C'est quoi l'Gift?
      Doc hésite à répondre, cherchant une cloche prête à sonner pour le tirer de cette impasse.
      - Câlice, Maurice... murmure-t-il pour lui-même. Viens m'voir en soirée. On va en parler.
      La confiance de Cath en a pris un coup depuis les dernières douze heures; non, depuis la dernière semaine. Elle n'est pas certaine que huit heures de plus changerons ce qu'elle  s'apprête à faire.
      - Doc, intervient Maurice avec la boîte des piles à fusion encore entre les mains. Y'en manqu'une.
      Tout s'explique, maintenant. Maudit Nyme...

      Carl Fournier n'a pas laissé ses frustrations le dominer totalement, tout compte fait. Il n'a pas retouché à sa bouteille de vodka mais plutôt, il s'est mis à réfléchir.
      Il y a longtemps qu'une dissonance s'est installée entre les intérêts du peuple de Dock et le Conseil. Dès lors que la NAA a posé son pied dans la ville, la politique intérieure s'est transformée en lutte perpétuelle pour l'âme de Dock. À cette époque, c'est eux qui s'occupaient de la sécurité de la ville. C'est à eux qu'on doit l'implantation des Familles de Bois'Riand au sein de la communauté, avec leurs cartels sur la drogue et la prostitution. Si ça avait été de l'avis de Carl Fournier, ces roublards n'auraient jamais passé les murs de la ville; seule "guilde marchande organisée" disponible ou pas.
      Il aura fallu à la NAA des années et une stratégie d'expansion coûteuse en homme pour qu'enfin le Conseil décide de voter la création de sa propre milice. Carl Fournier, en fier patriote, a travaillé très fort pour monter jusqu'au grade de capitaine et avoir le droit de former ses hommes. Son entraînement, il la tient de la RNQ, pas d'une bande de mégalomaniaques venus de l'Ouest. Ils ne parlaient même pas la langue locale, à leur arrivée. Ce fut un travail de toute une vie et Carl Fournier y a mis son âme et son sang. Pourtant encore, on ne lui donne pas toujours le pouvoir d'administrer sa force paramilitaire comme il l'entend; c'est-à-dire dans l'intérêt de la ville-état et de ses habitants.
      Tout ça devra changer, se dit le capitaine, et bientôt. Il a fait germer son plan. Il ne lui manque qu'une opportunité.
      - M'sieu... on a perdu contact avec les équipes à Franktown.
      Occupé qu'il était d'avoir des réponses concernant la mort de sa fille, Carl Fournier n'est pas parti soutenir ses hommes sur le front comme il avait l'habitude de le faire. La potentielle perte de ses meilleurs éléments le chagrine, mais pas autant qu'elle ne l'aurait dû. C'est fâcheux, certes, mais cette bavure de sa part semble laisser une odeur d'opportunité. Et Carl Fournier a un flair pour ce genre de choses.

 

      Doc en est à trois doigts de whiskey à chaque verre. Au diable le rationnement! Il ne peut pas se soûler aussi bien que la plupart des gens, désormais, mais son esprit y trouve tout-de-même une forme d'apaisement.
      - Excusez-moi...
      Cette voix fait sursauter le vieux médecin. Pourtant, elle ne faisait que rappeler à Doc quelque chose d'essentiel. Outre ses occupations politiques et administratives, il n'en reste pas moins un médecin. Il a un patient encore alité et ce depuis des jours, forcé à un coma artificiel par toute sorte de sédatifs.
      - Comment allez-vous, m'sieur Savage? interroge le bon docteur en tirant le rideau qui le sépare de son patient pour venir s'asseoir près de lui.
      - Vous savez mon-Woh! Qu'est-ce que... euh...
      - Première fois qu'vous voyez une belle gueule d'ange comme la mienne, hein? fait Doc avec humour.
      Martin Savage voudrait avoir le luxe d'exprimer sa panique, mais il est fermement ligoté à son lit. De plus, l'homme devant lui n'a peut-être plus de visage, mais il porte un blouse blanche stéréotypée et pas trop mal tenue. Et puis, il dégage un calme paternel rassurant.
      - Vous en faites pas, m'sieur Savage, j'vâ vous détacher dans un moment. Le traitement que j'vous ai donné a arrêté la progression d'votre... maladie. Mais j'ai l'regret d'vous dire qu'certains dégât seront irréversibles.
      - Qu'est-ce qui m'est arrivé... docteur?
      - Vous... êtiez en train de dev'nir comme moé... mais en pire...
      - Je vous suis mal.
      Doc prend une grande inspiration et décide alors de ne plus ménager le pauvre homme. Toute vérité n'est pas bonne à dire toutefois, vu son état et sachant comment le reste du campement va réagir en le voyant, autant ne pas tourner autour du pot.
      - L'enfer nucléaire dans l'quel on a évolué a changé une bonne partie d'notre ADN. Exposé à de fortes ou constantes radiations, y peut arriver qu'on mute au lieu de juste développer des cancers et mourir. C'est not'e cas à nous deux. On vit plus longtemps pis des fois on perd le besoin d'dormir et d'manger. C'est mon cas. Les effets secondaires sont la perte de pilosité corporel, les ravages sur l'épiderme que vous voyez... la stérilité... la discrimination. Mais faut pas vous en faire, m'sieur Savage. Ici, on nous respecte relativement bien. Pis vous êtes pas au stade que moé j'suis rendu.
      Le patient écoute son docteur avec une étrange sérénité. Il a réalisé depuis son réveille que le monde qu'il a connu n'est plus le même, que lui aussi a désormais bien changé. Quoi qu'il en pense ou fasse, aucun retour en arrière n'est possible. Mais quelque chose semble ne pas avoir changé, au grand plaisir de l'acteur, et c'est d'autant plus troublant que réconfortant.
      - Comment savez-vous mon nom, docteur?
      - Vous êtes pas tout à fait méconnaissable, m'sieur Savage, lui répond Doc en offrant son sourire le plus sincère, avant de se lever de son tabouret. J'viens d'la même époque que vous. J'ai vu 2077 et la Grande Guerre... la Dernière Grande Guerre. Pis... j'ai aussi vu pas mal toutes vos films. Avant qu'tout pète, on allait en jaser entre amis sur une terrasse du Village.
      Tout de suite, un sentiment plus familier envers le médecin submerge Martin. Il sent son récent cauchemar en train de s'achever.
      - Vous m'avez attaché par précaution ou c'est un fétiche à vous? se moque-t-il gentiment en pointant du menton ses liens.
      Doc prend la blague avec légèreté et précise d'une voix douce tout en détachant son patient:
      - Comme j'ai dit: votre état aurait pu empirer. Une trop longue exposition peut détruire vot'e système neurologique et vous réduire à un zombie affamé. Vous auriez alors attaqué tout-le-monde sans discrimination... jusqu'à ce qu'on... bein qu'on vous arrête... définitivement.
      Cette précision ramène le souvenir de la faim que Martin a ressenti, alors qu'il était captif des King Slayers. La honte d'avoir perdu durant un moment toute dignité lui serre l'estomac presque douloureusement.
      - Mais heureusement, mon traitement...
      Le médecin est arrêté dans ses explications par une autre voix étouffée qui semble sortir d'un petit haut-parleur.
      - Doc... Doc... Ici Sandra. Tu m'reçois, Doc?
      - Vous pouvez finir d'vous détacher? J'en ai pour une minute. (Doc se dirige vers la radio) Oui Sandra. J'suis là.
      - On a un problème. Fournier a envoyé des s'cours à Franktown. Parait qu'elle aussi a tombée.
      - Ouin... j'ai entendu dire. Ça s'est pâs bein passé, ou quoi?
      - Exact. On a perdu contact. On veut pas impliquer la NAA parce qu'ys vont juste enroler tout-l'monde pis prendre la place. Pis ys vont nous faire passer pour des beaux caves devant toute la ville. T'es connait. (Sandra marque une pause et reprend en suppliant) Ça m'fait chier d'te d'mander çâ, mais... tu peux-tu envoyer ta gagn'? Après vos exploits à Station pis à l'antenne, j'sais que j'peux vous faire confiance.
      Doc réfléchit. Envoyer Nyme et Cath ensemble pour sauver Franktown... Oh boy! Vu comment leur dernier sauvetage s'est terminé, ça ne sonne pas du tout comme une bonne idée.

 

      - C't'une ostie d'bonne idée! a répondu Nyme lorsque Doc lui suggèra de le renvoyer en mission. Vâ fallôir aller charcher la power-armor, par-cont'e. Sinon on vâ die!
      - C'est pâs un jouet pis anyway, on a pâs l'temps d'aller la chercher.
      Doc s'est ensuite tourné vers Catherine. Il ne voulait pas lui demander de le faire, ça se voyait dans son regard, dans la manière qu'il serrait les dents, dans toute sa tension musculaire. Doc avait à coeur le bien être mental de sa protégée, mais les options lui manquaient. Et comme l'ex-caporal n'aimait pas la NAA plus que ça, elle non plus...
      - On a-tu des détails su'l'périmètre, su'l'enn'mi?
      - Presque rien à part que la team a réussi une percée pis qu'ys ont presque sécurisé l’gymnase avant d'faire silence radio.
      Catherine a eu la chance de visiter Franktown et son principal refuge. Elle connaît la géographie du secteur. Et comme elle ne voulait pas de problème avec les seuls amis qu'elle a pu garder depuis son réveil, Cath a accepté de faire encore équipe avec le garçon...
      - ... juste pour t'voir t'planter, lui a-t-elle répondu une fois en chemin, alors que Nyme la questionnait sur ses motivations.
      - Watch out, chu pâs mal dur à aligner. Sauf au lit. (Nyme lui fait un autre clin-d'oeil)
      Ce voyage eut l'air de prendre une éternité et ce n'était pas à cause de la platitude de la route. C'était cette maudite comptine…
      Meow-Meow-Meow-meow\Meow-Meow-Meow-meow, Meow-meow-Meow-Meow-MEOW-Meow-Meow-meow...
      Le puéril adolescent s'est mis à taper sur le tableau de bord au rythme de sa foutue chanson. Des années de congélation dans un froid insupportable pour finalement endurer cela.
      - Nyme peux-tu sérieusement m'écouter? Va falloir jouer ça safe pis discuter d'un plan.
      - Pasc'que foncer dans cabane avec la van, c'ést pâs un bon plan?
      - J'va même pas répondre à ça.
      - Bon... sir yes, sir! rétorque le garçon en lui faisant un salut militaire. Sir, m'en vâ l'écouter, sir, vot'e plan, sir.
      - Y'a pas d'plan encore. Faut faire d'abord une recon et checker c'est quoi nos options.
      - Mais oui, mais oui... sir.
      L'esprit de Catherine se met à lui chatouiller la langue. Elle sent bien que le mépris entre elle et le garçon est réciproque et pourtant... les voilà de nouveau ensemble sur une mission périlleuse. C'est quelque chose qui la dépasse complètement et une réponse ne serait pas de trop.
      - Nyme... pourquoi t'as voulu retravailler avec moé?
      - (Nyme marque un moment de silence) Chai pâs... t'és p't-êt'e jusse trop cute pour ton bien, fa-ke faut que'qu'un pour t'backer au cas tu cass'rais un ongle.
      - Non franchement, Nyme. J'allais t'vendre à RNQ pis j'pense encore avoir d'bonnes raisons d'le faire. En plus, t'as participé au meurtre de Caro, la fille du cap'taine d'la milice de Dock. Fait qu'eux aussi veulent ton cul. Pourquoi tu m'as pas tué, l'aut'e jour?
      - S'pâs moé...
      - J'm'en sac'... coupe Catherine tout en gardant son calme. J'veux savoir pourquoi tu veux encore faire équipe avec moé pis lâche-moé d'ta connerie de p'tit fendant.
      - Tu m'rappelles... que'qu'un... que'qu'un qui... juste que'qu'un... bon...
      Sur ce, Nyme croise les bras et regarde vers l'extérieur d'un air boudeur. Catherine réalise avoir touché une corde sensible chez le garçon et ça lui rappelle étrangement une des dernières conversations qu'elle a eu avec son frère, juste avant sa condamnation à mort. Elle préfère donc elle aussi en rester là.
      La fourgonnette quitte la route pour gratter le gravas qui longe la Rivière Saint-François. Ils arrivent en peu de temps aux abords du jardin de Franktown. Les silhouettes des épouvantables se démarquent des arbres à épis. Catherine note tout-de-suite qu'ils ont quelque chose de curieux: ils attirent les charognards au lieu de les repousser.
      Vu la distance du jardin par rapport au village, elle décide d'arrêter la voiture là et de continuer à pieds.
      - On va couper par les champs. Marche en ligne droite, reste pas loin pis fais-toé pas r'pérer.
      Le duo progresse en toute discrétion. Les vents sont hurlant et dansent avec les épis de maïs, ce qui ajoute à leur manoeuvre de camouflage. Catherine tient son fusil d'assaut nerveusement entre ses mains. Elle se rend compte qu'elle n'a pas démarré son métronome mental comme elle a toujours eu l'habitude de le faire pour garder calme et concentration.
      L'ex-caporal n'a jamais fait face à des clans Slayers puisqu'elle fut réveillée après la Purge. Mais elle commence à comprendre ce que Doc disait sur leur façon particulière de déstabiliser leurs adversaires. C'est la violence de leurs actes, leur gratuité, leur inventivité. Catherine ne voit plus les épouvantables humains, tant les épis sont hauts. Elle sait qu'ils sont bien là, comme étant en train de surveiller leur avancée dans les champs. Les morts se sont ralliés à leurs assassins.
      Cela est d'autant plus vrai lorsqu'ils finissent par déboucher hors des plantations.
      D'où se trouvent les deux commandos de fortunes , on voit très bien l'école et les changements que les Slayers y ont apportés. Des monticules de débris sont empilés devant chacune des entrées majeures, avec des croix comme celles laissées dans les champs, similairement ornées.
      Catherine sort ses jumelles pour inspecter leur objectif en détail. La façade avant est pauvrement gardée par des femmes armées de fusil d'assauts ou à pompe. C'est difficile à dire à cette distance mais les armes ont clairement des barillets pour emmagasiner leurs munitions.
      Mais elles ne sont pas seules à monter la garde.
      Au départ, l'ex-caporal pensait que c'étaient des prisonniers attachés à bout de chaînes, car ils portent les armures de la milice de Dock. Mais leurs mouvements ne sont pas... naturels. Leurs dos courbés et leurs pas traînants donnent à ses pauvres gens un aspect monstrueux.
      Les morts se sont ralliés à leurs assassins.
      - Ces malades ont zombifié les miliciens, informe Catherine à son partenaire qui pour le coup, s'est tenu bien tranquille.
      - Nuked?
      - Peut-être par les mêmes armes que l'aut'e fois. Faudra rester vigilants, ces armes-là sont hautement incapacitantes.
      - Yes sir!
      - S'pas l'temps d'faire du sarcasme, Nyme.
      - Tu m'connais mal, bebé-sir. Check à 13 heures.
      Catherine ne relève pas le commentaire précédent tant elle est surprise de voir le garçon employer un jargon militaire. Elle obéit et pointe ses jumelles en suivant ses indications. À cet endroit, le sol semble être jonché de cratères et les arbres qui se dressent près de ses trous ont été à la fois poussés violemment vers l'arrière et sévèrement brûlés.
      - Nuked...
      - Mais par quoi?
      - Au pire, on prend 'a nuite pour checker ça en détail. J'pârs charcher une place pour pioncer.
      L'ex-caporal veut le retenir, mais s'engueuler avec lui risquerait de trahir leur position. Et après tout, elle doit admettre qu'il s'en est bien tiré durant les deux dernières opérations. Il sait peut-être bel et bien ce qu'il fait. Catherine se demande encore ce que ça cache.


      La nuit arrive enfin. Les ténèbres posent leur couverture d'obscurité sur la zone. Les femmes Slayers allument un feu pour garder le camp éclairé.
      Catherine reste pour sa part dans l'ombre. Elle sait maintenant tout ce qu'il y a à savoir sur leur ennemi. Ce clan de Slayers n'est pas tellement plus vigilant que les deux derniers. Les rotations de quarts ne sont pas fréquentes mais, au moins, la garde extérieure se fait apporter de la nourriture et on vient leur tenir compagnie par moment. Ce qui converse leur moral.
      Nyme n'est pas revenu de toute la soirée et Cath ne l'a pas vu faire des bêtises autour de l'objectif. Comme il l'a dit, il doit être parti dormir. Peut-être est-il temps de réveiller le dormeur.
      - Pâs un osto d'move.
      Entendant la voix, Catherine est prise de panique mais ses réflexes tiennent le coup. Elle fait un cent-quatre-vingt degrés sur elle-même et se décale d'un pas ou deux pour éviter un potentiel tir qui n'arrive pas. Personne en vue et pourtant, cette voix semblait si proche.
      - Pow! T'és morte une deuxième fois, bebé.
      - Nyme, j'ai pas l'temps jouer, tranche l'ex-caporal Savard, qui baisse son arme et cherche son partenaire de mission sous cette nuit garnie d'étoiles.
      Son oeil avertit d'ex-militaire aperçoit la silhouette du garçon se matérialiser comme par magie sur l'extrême gauche de sa périphérie. Cath doit être beaucoup plus fatiguée qu'elle ne le croit car une telle chose est impossible à réaliser, pas même dans cette noirceur laiteuse.
      - Check s'que j'ai trouvé, fait Nyme avec enthousiasme, tendant une petite boîte rectangulaire plutôt lourde qu'il porte en bandouillère.
      Catherine l'examine sous la lueur de la lune.
      - Un Stealth Boy?
      - Tu connais çâ?
      - Une technologie repris des armures chinoises à camouflage instantanée. S't'un des premiers modèles du genre, military issue. Les plus avancés s'portent comme un bracelet pis comme c'est RobCo Industries qui les a brev'té...
      - On s'en criss. J'ai pogné ça su'l'corps d'une des milices. C'ést normal pour eux-aut'es d'avôir des Stèle Boys?
      - Pense-pas... pis j'connais pas l'symbole su'l'fermoir de l'étui.
      Tous les deux haussent les épaules ensemble et Nyme fouille dans son sac pour récupérer une autre fabuleuse trouvaille.
      - J'ai aussi çâ.
      - What the fuck... c'est quoi ça? Ça l'air... faite à' main.
      C'est une canne de conserve sale et rouillée avec un circuit de fils branché à un pressoire fixé sur l'une des extrémités. Sur le devant est collé un ruban adhésif jaunit sur lequel est inscrit "MEGA-BOOM".
      - J'pense savôir à quoi ça sert. J'ai un osti d'plan d'marde en tête pis on peut faire çâ à sôir, s'tu veux.

 

      - Whirling Triangle Fist Présente -
      - Un récit créé par Gabriel/Arouth et Pascal "Ramael" Cadieux -
      - Basé sur l'univers de la franchise à succès Fallout de BesthesdaGames Studio -
Les Chroniques de Nymeland, les récits sordides de Fallout Québec

 

      Ils étaient 42 adultes et neuf avant la semaine dernière, avant l'attaque.
      Melane, après s'être réveillée du massacre de ce matin, n'a pas hésité une seule seconde. Des secours étaient enfin arrivés, alors elle devait faire sortir ses enfants. Main dans la main, elle devait les conduire loin de cet enfer qui avait été jadis leur maison, leur refuge.
      La jeune femme a donc récupéré ce qui lui restait de force et s'est précipitée maladroitement vers les escaliers qui menaient à l'étage au-dessus. Sa vision était étrangement trouble, sa langue piquait comme après un reflux gastrique. Ça arrive lorsqu'on mange trop de nourriture contaminée par les radiations. Ce n'était pas le temps pour elle d'être malade. Melane devait les sortir de là, elle aurait eu tout le loisir de vomir après.
      27 adultes et sept enfants; c'est le décompte qu'elle a réussi à faire deux jours après l'attaque. Bien sûr que ces poufiasses s'en sont prises à des êtres faibles et innocents juste pour le plaisir! Et malgré que Melane est parvenue à briser la main d'une de leur geôlières, ainsi qu'à lui mordre la jugulaire jusqu'au sang, ça ne les a pas empêché de partir avec deux d'entre eux. On lui a dit que le deuxième, c'était pour la punir de ses agissements. Et que si elle demeurait sage à partir de là, on ne toucherait pas aux autres. Ces folles ont tenues leur promesse et Melane a tenu la sienne... jusque là.
      14 adultes, et ses enfants étaient encore sains et saufs trois jours plus tard.
      Était-ce pour autant une réussite? Elle sait que monsieur Mercier et Brian sont morts ce matin, alors ça laissait techniquement le décompte à douze adultes survivants au massacre de Franktown. Non, pas douze adultes... treize. Melane devait se bouger le cul.
      Les escaliers n'ont pas été aisés à franchir et son vertige visuel lui causait tellement de problèmes que les marches semblaient se multiplier. Ou était-ce le temps qui se cristallisait? Il semblait aussi que chaque seconde qui la séparait de la porte derrière laquelle ses enfants étaient restés prisonniers se moquait du courage de l'institutrice. Le temps ne voulait pas qu'elle parvienne à les sauver. Mais le temps n'est qu'une merde, elle n'avait pas à l'écouter.
      La porte a presque volé en éclat sous la force cinéthique de la jeune femme. Ses petits chérubins étaient encore endormis malgré tout le fracas de la dernière heures, blottis les uns contre les autres. Cédrique tenaient soeurs serrées contre sa poitrine, Béatrice s'était encore éloignée du groupe, Franscesca et Malcolm s'étaient abrités sous une table et Guillaume... Guillaume était tout sale. Tous étaient sages comme des images, sauf qu'ils étaient très sales. Ils ne faisaient plus aucun bruit. Peut-être parce qu'ils avaient souillé le plancher avec toute cette... ces tâches. À leur âge, c'est normal de les voir faire des dégâts.
      Melane est maintenant de retour au gymnase, à genoux sur le béton recouvert d'un mélange de sang frais ou séché, et de cette texture visqueuse et nauséabonde qui a appartenu autrefois à ses voisins. Elle regarde intensément les tâches sur le plancher et se rappelle celles qui entouraient ses enfants. Cédrique, Mia et Julie; frères et soeurs; Béatrice, Franscesca, Malcolm et Guillaume. Leurs parents sont tous morts... et ils sont enfin allés les rejoindre.
      La jeune femme fait son bilan de vie alors qu'on s'aprête à les exécuter et étrangement, elle ne regrette pas d'être venue à Franktown. Elle regrette que les communistes, des gens supposément comme elle, n'aient pas tout rasé une deuxième fois pour être certain qu'il ne reste personne.
      8 adultes; maintenant sept; tout en la comptant dans le lot. Charles, l'apprenti boulanger de madame Fugère, se met alors à pleurer et à les supplier de ne pas le tuer. Melane ne leur procurera pas se plaisir, même si ce nouveau spectacle est, encore fois, juste là pour la faire craquer, elle. L'institutrice veut mourir en toute dignité. Elle aurait préféré retenir ses larmes.
      Une forte lumière leur parvient de l'extérieur. Elle éblouit les yeux de la jeune femme. Ça ne doit pas faire partie du plan car les Bitches se précipitent vers les carreaux de fenêtres barricadés. Un regain d'énergie dilate les pupilles de Melane et tout au fond de son esprit, le Monstre fait son plus beau sourire malin.
      Oh boy! La soirée n'est pas encore finie.

 

Épisode 12

Révélation

  
 
      - Whirling Triangle Fist Présente -
      - Un récit créé par Gabriel/Arouth et Pascal "Ramael" Cadieux -
      - Basé sur l'univers de la franchise à succès Fallout de BesthesdaGames Studio -
Les Chroniques de Nymeland, les récits sordides de Fallout Québec

 

      Parfait, les deux femmes qui gardent les entrées de devant sont totalement aveuglées par les phares de la fourgonnette. Au lieu de se mettre à tirer vers la voiture, elles gueulent leur mécontentement et ordonnent qu'on éteigne cette lumière braquée sur leurs yeux. Les goules qui se trouvent devant portent aussi une attention particulière aux deux phares éblouissants. Elles grognent, pivotent leurs têtes brûlées dans tous les sens, reniflent dans les airs l'odeur d'un bon repas qui approche. Catherine se demande si les gens zombifiés à ce point peuvent encore voir avec leurs yeux de morts. Combien de souvenirs leur restent-ils de leur ancienne vie?
      Peut-être que plus tard serait un meilleur moment pour se poser ces questions. L'ennemi a rivé son attention ailleurs, ce qui permet à l'ex-caporal de s'infiltrer dans la vieille école. Cath doit laisser Nyme exécuter la première partie de son plan à la con: libérer les goules.
      Elle, elle doit partir son métronome.
      
Épisode 12 - BASTON POUR VRAI (2e Partie)

 

      Ok, c'est parti mon pipi! Faut détacher ces goules. Leurs chaînes sont fixées sur un grand tronc d'arbre coupé qui doit bien faire une tonne. Ce serait pas trop sorcier si des outils étaient à disposition. Au toucher, le bois semble encore un peu humide de cette pluie d'il y a deux ou trois jours. Le tronc a absorbé l'eau du sol. Reste un espoir que les clous cèdent facilement, mais il est faible. Peut-être qu'une de ces gentes dames aura un couteau. Ce genre de tas de merdes portent toujours des armes blanches.
      Elles gueulent encore pour qu'on leur éteigne la lumière. Faut vraiment pas être futée! Un temps supplémentaire est requis pour aligner la première avec le canon du B.B.Eagle car viser au travers un camouflage optique n'a rien de simple. Mais voilà: une de moins! Avec la détonation, l'autre ne va pas rester plantée là sans rien faire... pas vrai? Cette petite distraction permet à Cath de passer derrière elles et d'entrer dans le refuge. Une cible en mouvement est encore plus difficile à saisir quand on ne peut voir son flingue. Et le temps presse. Ah merde! Un tir raté! Quel gâchis! Les balles de calibre .50mm sont beaucoup plus rares que les .10mm. Tant pis! Une, deux-trois... quatre. BORDEL! Elle se met à esquiver comme l'une des ces poules qui n'aime pas se faire donner un câlin.
      OK... concentration, mouvement, respiration. Elle s'est mise à couvert. Il ne reste que trois balles dans le magasin. C'est encore faisable. Il s'agit de trouver le bon moment pour tirer. Ça y est, elle se lève; elle se déplace vers l'une des portes principales; celle de gauche; elle s'arrête pour tirer les battants vers l'arrière; elle a le temps d'entre-ouvrir la porte et... Deux de moins. Bon, maintenant voyons si la première portait un couteau.
      Excellent. Première phase du plan en cours. Cath est déjà entrée et va bientôt se mettre à tirer dans le tas. Faudra pas oublier de bien refermer la grande porte sur la gauche pour éviter que ces miliciens en devoir se cherchent un petit festin bien vivant à l'intérieur de ce... cette... c'est quoi ce bâtiment, au juste?

 

      Tout-le-monde est sur le qui-vive. Le branle-bas de combat a sonné et pourtant, certaines de ces femmes prennent la situation avec apathie ou agassement. Elles sont beaucoup moins nombreuses depuis la dernière tentative de sauvetage, mais les Bitches agissent encore comme si elles étaient invincibles.
      - Dose fuckers again? Ya two! Prep the gamma canons!
      C'est parce qu'elles ont un plan. Melane se rappelle encore ces hurlements affreux et la sensation de perdre son humanité. La première équipe n'a pas su tenir bien longtemps alors qu'elle avait sécurisé le gymnase. Si ça se trouve, personne n'a survécu physiquement ou mentalement pour faire un rapport à la seconde, pour les avertir du piège qui l'attend.
      Melane fait appelle à sa voix intérieure. Elle invoque à son Monstre, lui demande quoi faire et le laisse chercher des réponses. Chaque fois que ses yeux se posent sur l'une de ces femmes, un grondement ignoble fait vibrer ses os et tend ses muscles.
      Des coups-de-feu... déjà. Ils viennent de l'extérieur. Melane a un sentiment de déjà-vu, mais le Monstre continue de sourir. Alors tout va bien.
      - Blod-Cunt! Day got Blod-Cunt!!! lance l'un des femmes à la fenêtre barricadée, le visage collé sur les planches de bois.
      - Covert the dours, girls! ordonne la nouvelle cheffe. Close'em as soon as Page get in.
      Le Monstre ferme les yeux de Melane mais étire ses oreilles. D'autres tirs se font entendre, suivis d'une porte qui s'ouvre, puis un dernier coup-de-feu... les portes se referment et les Bitches pleurent une autre de leurs amies. Oh... elles n'ont pas fini de pleurer, chuchote le Monstre. Enfin d'autres coups-de-feu, mais leurs réverbérations sont plus resserrées. Et ils viennent de la gauche. Quelqu'un est entré à l'intérieure.
      - R ya prep, Bitches!?
      - Yeah, Sin!
      Melane se rend compte qu'elle sue des mains, et la sueur est chaude. L'articulation de son pouce lui fait souffrir mais après un certain effort, son bras gauche est libre. Ses lèvres s'étirent jusqu'en découvrir ses dents. Ses paupières se plissent mais ses pupilles se dilatent. Le Monstre aussi est "prep".

 

      1-2-3-4, il n'y a personne dans le couloir en ce moment; 5-6-7-8, mais des pas se précipitent sur le côté droit.
      1-2-3-4, mouvements furtifs; une cage d'escalier sur la gauche; derrière les casiers. Vite; 5-6-7-8, se retourner pour mettre en joue l'un des ennemis qui approchent.
      1-2-3-4, ré-ouverture de la grande porte d'entrée: un ennemi qui veut se cacher des goules, probablement, mais se fait éliminer; 5-6-7-8, sécuriser le périmètre avant intervention.
      1-2, personne d'autre en vue, mis à part celles qui ont descendu les escaliers; 3-4, aucun autre bruit venant de derrière, virtuellement aucun autre danger; 5-6, premiers tirs sur l'ennemi: deux cibles à terre; 7-8...
      Catherine prend ses chances comme elle le peut. Son entraînement militaire ne fait pas le poids contre tous les risques d'une intervention en solo, mais l'ex-caporal veut bien croire que ça va marcher. "C'ést cons, des Slayers" a dit Nyme. Et il y a des otages à sauver.
      1-2-3-4, il y a une porte qui mène à la grande pièce qu'il y avait sur sa droite, à l'entrée: forcément un gymnase; 5-6-7-8, ouvrir en se tenant dans le sens opposé à la poignée.
      1-2-3-4, faire un cent-soixante degrés dans la pièce du bout de son canon avec précaution: c'est un arrière scène avec des rideaux rouges qui cachent une majorité de la visibilité sur le gymnase, un contact est affairé sur un boîtier de commandes à l'extrème gauche du balayage.
      Catherine pourrait prendre le tir, mais quelque chose la retient: des otages sont à genoux dans la grande salle récréative, en position d'exécution. Si elle tire, l'ennemi peut décider de les tuer. Elle et Nyme auront alors tout fait cela pour rien. Avec le taux de pertes civiles que l'ex-caporal a subi ces deux dernières semaines, cette mission doit s'accomplir avec zéro dommage collatéral.
      Elle va donc attendre une opportunité, une ouverture. Le reste du plan de Nyme n'est même pas en place. Peut-être peut-elle encore attendre avant d'intervenir.
      5-6-7-8...

 

      La première grognasse abattue avait effectivement une lame bien mince. Le bois n'est pas aussi moelleux qu'escompté. Plusieurs coups devront servir pour enfin dégager la barre qui retient les chaînes de ces goules. Quelqu'un de brillant les aurait attachées toutes avec des crochets individuels, afin que les relâcher toutes à la fois soit impossible. Plus facile de les contenir une par une en cas de sabotage.
      Bon, au deuxième crochet maintenant. Ces monstres commencent à renifler la chair fraîche. Elles s'approchent et se font aller les narines en se raclant la gorge. Même avec leur vision nocturne, leurs yeux ne sont pas supposés pouvoir percer le camouflage. L'une d'entre elles est plutôt curieuse. TROP CURIEUSE... Aller! ALLER! Stupide barre de métale de merde! Et... voilà...
      Cette première partie du plan est lancée. Maintenant, la seconde...
      Mais lorsqu'il est temps d'entrer dans le bâtiment, la pile du Stèle Boy manque de jus. C'est une sacrée chance car des tirs retentissent au même moment. On aura à peine eu le temps de voir une petite silhouette peu discrète apparaître devant les phares de la fourgonnette, ce qui a projeté une ombre démesurée sur le mur d'en face. Le destin tient à se faire pardonner car ces mêmes phares se sont éteints juste une demi-seconde après. Un gros 10 de Luck sur l'échelle du S.P.E.C.I.A.L. de Vole-Tech, comme sur ces stupides pamphlets de propagande sociale américaine. Rira bien qui rira le dernier!
      Et la Chance aussi a le sens de l'humour.
      Des grognements nasaux plus agressifs se manifestent. Un simple coup-d'oeil en arrière, une rotation lente de la tête, et puis la Chance vous fait comprendre qu'elle a un humour noir. Les étoiles ne sont pas les seules à briller, cette nuit. Ces ombres maladroites et criardes sortent des ténèbres pour apparaître à la lueur du feu, fixant leur nouvelle proie avec appétit. De petites billes lumineuses scintillent au fond de leurs pupilles. Comme des prédateurs nocturnes qui se préparent à bondir sur un animal. Il n'y aurait rien eu à craindre si cette foutue barre qui tenaient les chaîne ne venait pas de se dé-cloutée complètement, dans un subtil fracas métallique.
      La première goule crache son hurlement de sa gorge enflée et s'élance en direction d'un bon et jeune steak humain. Elle se retrouve face contre le sol, un peu de terre dans la bouche après avoir trébuché sur le tronc d'arbre. Les autres trébuchent à leur tour, vaguement retenue par les chaînes qui se sont accrochées quelque part en chemin. Cette fois, la chance est poussée au maximum et la prochaine mise ne sera pas aussi bonne. Un bon joueur de cartes doit savoir quand se retirer.

 

      - I wan'na gun on each of deez heads! Day r insurance.
      Un flingue qu'on appuie derrière la tête, c'est intimidant. Mais surtout stupide. Melane doit cacher sa main libre et sanglante. Tout ce qui lui reste à faire, c'est ajuster sa respiration avec celle de son bourreau: rapide et paniquée. Un petit soubresaut, ça rend le tout plus convaincant. Peut-être tendre légèrement les muscles, comme ça cette idiote avec son flingue va se croire toute puissante. Et elle va baisser sa garde. Il y a un moment précis pour ce genre de choses. Et quand il arrive, il vous prend aux tripes.
      Oui, voilà. Très stupide.
      On joue un rôle. Ce rôle ne veut rien dire, mais se ressent dans toute sa vérité. Un courant qui parcourt le corps en un éclair et qui relâche toutes les tensions; c'est ça, le signal. Là, maintenant.
      Melane bouge la tête de la trajectoire du canon et saisit tout entier le bras qui tient l'arme. Désormais, le contrôle du flingue vient de changer de main. Elle le braque sur la cible la plus facile à atteindre. La balle part trop facilement mais arrive quand-même à destination.
      Les rôles viennent de s'inverser. Bonne fille.
      La femme à qui appartient le bras se mange on bon coup de cannon en plein milieu du front, ce qui l'assomme momentanément. Melane peut alors la retourner pour que son dos serve de couverture. Cette fois encore, les amies de cette folle hésitent avant de les cribler toutes les deux d'une bonne poignée de plombs. Ce qui donne une ligne de tir sur celles qui tiennent en joue les amis et voisins de l'institutrice. C'est dans un vacarme distant que l'exécution prend une tournure d'héroïsme spectaculaire. Charles et les autres auront survécu à ce cauchemar, grâce à elle. Grâce à Melane. Le Monstre est très fier de sa petite Melane.
      Sauf que le vacarme n'est pas terminé.

 

      Catherine assiste à la scène; enfin, ce qu'elle arrive à voir. L'un des otages dispose de cinq de ces filles, blessant grièvement quatre d'entre elles. Ses réflexes et son courage sont à tomber par terre. Ça traduit forcément un entraînement intensif. Même si cette héroïne n'est pas encore sortie d'affaires.
      Des tirs commencent à fuser dans sa direction, ainsi que celle des autres otages. La dure-à-cuire se jette sur eux. Elle les fait bouger suffisamment pour qu'ils sortent du champ de tirs. Sauf que couché ainsi, si l'ennemi sait moindrement tirer, ils sont des cibles plus faciles encore. L'ex-caporal doit prendre la décision d'intervenir, sauf qu'elle n'a toujours pas un bon visuel de la scène.
      - Set On the canons, Sik-Ferry! aboie quelqu'un dans le gymnace.
      Les canons... les can... Oh non! 1-2, Catherine repasse rapidement la tête et le bout de son arme au travers la porte entrouverte; 3-4, et met la fille devant le panneau de commandes en joue. 5-6-7-8, deux balles dans le dos suffisent pour l'envoyer au tapis. L'ennemi tente de gratter ses blessures par-delà ses épaules avant de perdre pied et s'écrouler au sol. Cette partie de la salle est sécurisée, Sick-Fairy n'aura pas eu le temps de ruiner la mission.
      C'est alors qu'elle voit Nyme se tenir devant l'autre porte, celle tout près de l'entrée. Il reste planté là, la mâchoire pendue à ses joues comme s'il admirait quelque chose. Catherine n'a pas envie de jouer les gardiennes d'enfants.
      - Nyme! t'as une job à faire. Fait-que let's go!

      Wow! C'était... impressionnant. Personne ne bouge comme cette fille, avec une telle férocité! De plus, on jurerait que c'est la petite mignonne qui était enfermée avec tous ces mômes morts à l'étage, il y a plus ou moins une heure de ça. Mais Cathy la Chipie est prompte à ramener ses hommes à l'ordre.
      Oui, c'est vrai. Le plafond. Sauf que ces otages ne devaient pas être en bas avec ces folles. Synchroniser l'opération sera un vrai cauchemar, maintenant.
      Peu importe. Il est vrai que ce n'est pas le temps de faire des maths. Quatre à quatre dans les escaliers, il faut atteindre le deuxième étage en moins qu'il ne faut pour dire "pop-corn".
      Et puis là haut, il y a une vraie caverne de "Daddy-Baba" qui attend seulement d'être pillée.
      
      Les balles ne traversent pas la couche de chair que Melane trimbale avec elle sur ce plancher visqueux. Elle voudrait dire aux autres de rester par terre en jouant aux morts. Resterait à espérer qu'ils le comprennent par eux-mêmes, mais on ne peut compter là-dessus. La panique est la pire des traîtresses.
      Alors ces Bitches doivent se concentrer sur elle et personnes d'autre.
      C'est la seule solution.
      Soudain, Melane ne ressent plus les impacts de balles qui poussent dans son dos. En risquant un coup-d'oeil pour repérer quelqu'un sur qui tirer, elle voit que l'échange des tirs ne se fait plus avec les survivants de Franktown. À la bonne heure.
      De son côté, la nouvelle cheffe de cette troupe infernale joue d'un briquet devant une bouteille d'alcool. Ce n'est pas bon du tout. Mais alors pas du tout!
      - BURN! ALL OV YA!!! hurle celles que ses consoeurs nomment Sin, prête à lancer ses cocktail flamboyant.
      Il suffit de prendre le pistolet de la main défunte. Aligner le canon sur la bouteille. Pointer le viseur juste sous le chiffon enflammé. Les chances de toucher la cible sont minces, mais ça vaut la peine d'être tenté. La détente relâche sa tension. Le marteau du percuteur frappe l'amorce. La balle qui sort du canon fait son parcours en tournoyant à une vitesse fulgurante. Le bouteille est déjà en chemin mais le tir la dévie de sa trajectoire, brise le verre contenant le liquide hautement inflammable. Sin récupère son cadeau qui s'éparpille sur tout son corps. Qu'elle protège grossièrement son visage de ses bras n'y change pas grand-chose. Les flammes se mettent à l'enlacer chaleureusement. Elle sera bientôt hors-combat, mais il y a un problème: ça va mettre les autres terriblement en colère.

      C'est pour cette raison que Catherine Savard est là.
      L'ex-caporal a changé de position pour avoir un meilleur angle de la grande salle. 1-2-3-4, les premiers ennemis qui concentrent leurs tirs ratés sur les otages sont tout près d'elle; 5-6-7-8, une rafale chacune calme leur ardeur.
      Les otages ne sont plus aussi immobiles. Ils ont du mal à se déplacer avec leurs mains liées, mais refusent de rester au sol pour crever. Certains se cachent derrière des parties de ce décor effroyable, d'autres rampent par terre dans une direction choisie.
      L'une de ces sauvages allume un cocktail molotov pour le lancer sur ses prisonniers. Catherine aimerait tant réagir à temps, mais il est trop tard. La bouteille dessine son arc jusqu'au otage. Tout était perdu jusqu'à ce qu'une balle le renvoie à sa propriétaire. Elle n'en n'a pas cru ses yeux. C'est la même fille que toute à l'heure. Elle est décidément douée. Dangereusement douée.
      Certaines de ces psychopathes tout au fond de la salle s'emploient toujours à quitter le gymnase, croyant que le piège des canons allait bientôt s'activer. Cela laisse deux autres cibles sur la droite, passé le grand rideau rouge, qui tentent un feu nourri sur leurs victimes.
      1-2-3-4, Cath profite de la surprise; 5-6-7-8, pour leur défoncer les tampes à toutes les deux dans un joli tir groupé.
      Après un court instant de calme, des têtes commencent à se tourner vers Catherine. Elle leur fait signe de rester planqué.
      C'est au tour des Slayers de sortir leur tête du cadrage à l'autre bout de la pièce. S'ensuit de nouveaux tirs mais cette fois, dans la direction de l'ex-caporal Savard. Cette fois, elle n'a pas de couverture pare-balle naturelle comme un mur de béton ou un meuble à portée de main. Cette fois, son seul espoir est de pouvoir se cacher derrière le rideau et prier que l'ennemi ne se découvre pas un talent spontané à l'arme-à-feu. Cette fois, les carottes  pourraient bien être cuites.
      La tireuse de talent s'y met elle aussi. Elle effectue un tir de suppression sur celles qui visaient Catherine. Mais si des renforts reviennent à l'assaut de ce côté à elle du gymnase, ils pourraient très bien en finir avec les otages.
      1-2-3-4, il est donc temps de quitter l'arrière scène pour se mettre en position afin flanquer par revers une éventuelle riposte.

 

      Quel superbe trésor! Une bonne armurerie magnifiquement garnie de tout un tas de solutions à divers problèmes. Des solutions qui font beaucoup de bruit, d'autre moins. Des solutions qui causent d'autres problèmes. Celles-là sont les meilleures.
      Et la sécurité sur l'étage est une vraie farce! Du deuxième palier de l'escalier, on peut tout de suite voir qu'il n'y a qu'un garde pour surveiller douze portes. Tant pis pour ces pauvres cloches. Ces armes vont enfin servir à bon escient.
      Nyme manque tout le beau spectacle d'en bas, mais la vue qu'il a est toute aussi jouissive. Il n'en croit pas ses yeux. Il y a des fusils d'assaut, à pompe, de chasse; quelques pistolets semi-automatiques et d'autres à action simple... Oooooh! quelle merveille! Un révolver calibre .44mm magnum avec un canon renforcé. Il a même un support pour y installer une lunette de visée télescopique. Qu'est-ce qu'il a de la gueule! Tomber sur ce symbole de virilité attise sa libidos. D'ailleurs, il repense à la petite mignonne qu'il a vu déchirer ces grognaces comme une cheffe. Elle doit encore être en train de faire rougir Grognak le Barbare avec ses prouesses de combattantes. Elle doit donner son solo juste sous les pieds du jeune homme et il n'est pas là pour le voir. Ce qui lui rappelle Cath et ses ordres à la noix. Ce qui lui rappelle tout-de-même qu'il a un boulot à faire.
      Les carreaux de ces fenêtres ont, pour la plupart, encore des vitres. Deux tirs bien placés affaiblissent suffisamment le verre pour être achevé à coup de crosse. Lorsque la voie est libre, Nyme s'empresse de jeter un maximum d'armes par la fenêtre avant que la troisième partie de son plan n'emporte avec lui tout l'étage.
      Fusils, pistolets (sauf son nouveau Blow-Job .44mm) ainsi que toute une panoplie d'explosifs tels des grenades et des mines à fragmentation, et certaines avec un look qu'il n'a jamais vu avant, se retrouvent sur la pelouse morte à l'extérieur. Comme prévu, le bruit de la fenêtre qui a volé en éclat attire la vigilance de celle qui devait surveiller les lieux. Nyme peut entendre ses pas dans le couloir, couvrant celui de la petite guerre qui à lieux au rez-de-chaussé. Il est donc temps de partir.
      Une fois passé la porte de l'armurerie improvisée, une rencontre précipitée ébranle les deux inconnus. Ne se connaissant aucune gêne, Nyme tend son cadeau à cette charmante personne avant de reprendre sa course.
      - Tiens-moé çâ, une menute!
      Le garçon s'élance à toutes jambes vers l'escalier opposé à celui qu'il a pris pour monter. Il n'a pas entendu le bruit du troupeau de Slayers au féminin gravirent les marches en trombe. Celles-ci ne se laissent pas impressionnées aussi facilement. Nyme doit alors rebrousser chemin sur une gosse tout en esquivant des tirs. C'est une bonne chose d'être revenu, maintenant qu'il y pense.
      Il accélère le pas pour revenir à la hauteur de la Slayer qui gardait l'étage. Une fois de nouveau devant elle, sa surprise ne s'est pas encore dissipée.
      - J'allais presque oublier, fait-il en appuyant sur le pressoir au centre de la canne.
      Ceci fait, il se met sur la pointe des pieds pour faire un bisou sur la joue de sa valentine du soir et repart dans l'autre direction.
      Il faisait noir et la Bitches ne s'entendait pas à voir débarquer un nain de plus ou moins cinq pieds de haut. Elle était armée d'un pistolet-mitraillette qu'elle tenait d'une seule main. Par stupeur, elle n'a pas su réagir lorsque le nabot lui a tendu cette petite boîte cylindrique froide. On pouvait sentir le liquide frapper l'intérieur de la boîte, ce qui lui rappela qu'elle avait très faim. Elle eut à peine le temps de voir les minuscules témoins rouge et bleu clignoter avant que ça ne se produise.
      - Motherfu...
      Pop-corn!


      Durant ce temps, tout en bas, Catherine fait le ménage avant que le spectacle ne se clôture. Plusieurs des dernières Slayeuses sont reparties par les couloirs latéraux et ne sont jamais ré-apparues. Lorsque les coups-de-feu ont cessé, elle a ordonné aux otages de courir vers elle; il ne leur restait sans doute plus beaucoup de temps.
      - ALLÉ-ALLÉ-ALLÉ! MOVEZ-VOUS L'CUL! L'PLAFOND VA SAUTER!
      La fille de talent prit sur elle-même d'aider les autres à se relever puisqu'ils avaient encore les mains liées. Ils étaient si près des marches menant à l'extérieur du gymnase lorsque les murs se sont mis à trembler. Les nombreuses bougies qui servaient à l'ambiance glauque de la grande salle furent toutes étouffées par la poussière du plafond lorsque celui-ci s'est écroulé. L'horreur que fut le massacre de Franktown fut enseveli sous les décombres. Une semaine de cauchemars pour les quelques survivants de cet acte répugnant.
      En sortant de l'ancienne école, on pouvait voir de ces femmes odieuses en train de se débattre contre les goules affamées. Plusieurs avaient d'or déjà perdu le combat. Les survivants furent guidés vers la fourgonnette et les portes arrière se ferment sur cette expérience traumatisante. Laissant Franktown et ses souvenirs, les bons et les mauvais, et puis les terribles, être enterrés par le passé.
      L'ex-caporal Savard put rescaper tous ceux qui n'avaient pas connu la mort. Il ne lui restait qu'à rejoindre Nyme à l'arrière du bâtiment pour le récupérer lui et les armes. C'est une autre victoire qu'elle pourra célébrer une fois à la maison sous une bonne douche. Peut-être sera-t-elle enfin chaude, cette fois-ci.
      - Caaath? Ch'peux-tu conduire? S'te-pliiiiiit!

 

FIN DE LA SAISON 1

      Catherine voulu faire repartir le groupe le lendemain. Il fallait prendre le temps de aux survivants de décanter, à pour elle aussi. Une chance, Doc avait tout prévu: couvertures chaudes, trousses de premiers soins avec stimpacks et RadAways, plusieurs rations militaires avec un restant de la viande de cerf qu'elle avait chassé elle-même et puis quelques tranquillisant au cas où certains sombreraient dans la panique.
      Tout-le-monde était épuisé après un pareil sauvetage, alors tout-le-monde semble avoir dormi plus ou moins paisiblement. Ils s'étaient garés à terrain découvert près de la rivière Saint-François pour avoir un bon angle de vue dans toutes les directions. Catherine voulait négocier avec Nyme pour qu'il prenne le premier quart de veille, mais cette fille du nom de Melane s'est portée volontaire. Comme Catherine avait été témoin de son expérience au combat, elle se laissa convaincre rapidement.
      Le retour au bercail s'est fait aux petites heures du matin, sous un ciel morose couvert de nuages. Comme Nyme a profité du moment où Cath est allée faire ses besoins afin de s'approprier le volant, elle décide alors de le laisser conduire jusqu'à Sainte-Julie.
      Nyme a une pêche écrasante, ce matin.
      - Vous v'nez d'subir un choc pâs possible, ça s'voit su' vos faces. Mais vous en faites pâs, vous êtes sauvés pis on s'en vâ toute 'a gagn' direction Nymeland! On â une trâllé d'maisons vides prêtes à vous accueillir, un docteur pour écouter vos tits bobos; ou-ouaîs! un vrâ docteur qui guérie des vrâs bobos! On vâ aussi avôir d'la job pou'pâs mal tout-l'monde, fa'k'oubliez çâ l'idée d'vous pogner l'cul.
      Le garçon interrompt son discours pour se retourner vers les survivants et leur fait comprendre qu'il les a à l'oeil. Catherine commence à regretter de l'avoir laissé conduire.
      - Si vous avez l'goût d'bouffer, faut aller vôir Estelle. Si vous savez vous sarvir d'un gun, vous checkez çâ avec Cath qu'y'ést t'icite, précise-t-il en pointant l'ex-caporal du pouce droit. Allez pâs vôir Maurice, lui veut pâs vous vôir. Pis moé, c'ést Nyme. Si vous voulez faire chier l'peup'e, c'ést MOÉ qui vâ v'nir vous vôir.
      - "Nymeland"... sérieux?
      - C'ést catchy à mort!
      - C'est pas juste che-vous. S'tait not'e campement bein avant qu't'arrive.
      - Catchy... à... MORT!
      Catherine n'est pas d'humeur à argumenter sur ces bêtises. Elle vient de sauver ce qu'il reste de Franktown. En regardant dans le rétroviseur, elle ne voit que des visages mornes et abîmés refermés sur eux-mêmes. Celle qui a tenu tête aux Slayers lui renvoie son regard et le coeur de Catherine se serre au point d'avoir du mal à respirer. Tant de tristesse, de colère, de méfiance, de violence passent entre les deux femmes durant ce bref moment. Toute son âme a la tremblotte. Cath n'arrive pas à décider si elle y trouve dans cette mission une forme d'accomplissement, ou est-ce le début d'un chapitre bien plus sombre que ne l'a été la Grande Guerre à elle seule. Et ça la chagrine qu'il y ait eu si peu de survivants à Station, et maintenant à Franktown.
      - Qu'est-ce qu'on va faire d'eux? demande-t-elle plus pour elle-même que pour faire la conversation.
      - Leuh sarvir toute l'alcool qu'ys ont besoin.
      - Haha, m'sieux l'comique.
      Pour être honnête, elle ignore si le garçon est sérieux ou pas. Puis, son sourire mesquin disparait et il prend une grande inspiration.
      - À Station, y'avait un crenos qui disait...
      - Un "crédo", corrige Catherine, non-chalante. On dit "crédo".
      - Watéveur... “Le travail donne... des fleurs à la vie", ou d'quoi d'même. J'ai tejour trouvé qu'ça voulait rien dire, mais bon.
      - C'est du Rimbaud. Pis c'est pas tout-à-fait ça. Mais j'comprends.
      Catherine regarde attentivement le garçon. Elle réalise qu'à sa façon, il est lui aussi un rescapé des massacres de ces dernières semaines. Lui aussi a tout perdu. Famille, amis, repères. Ça ne semble pas l'affecter, ou il est très bon pour le cacher. Quoi qu'il en soit, elle se met à avoir du chagrin pour lui aussi. Et puis pour elle-même.
      - Nyme... ça t'fais-tu d'quoi... que Station soit tombée?
      - S'tait plate, là-bâs. C'ést pour çâ qu'chus parti.
      - Ouin mais ta mère, dans tout ça? Ton père? Tes chums? J't'ai pas vu faire de câlin à personne qu'on a sauvé et on m'a pourtant dit qu't'es né là-bas. J'présume que tes proches sont toutes morts.
      - Ma mére s'tait une criss de folle. 'A m'â entrainé à tuer depuis mes sept ans. À neuf ans, à m'a cassé 'és deux jambes avec une batte pars'que j'ai roulé par accident s'a maison des Ferrons. Pis j'ai eu droit à même chose pouh més onze ans. Si 'a avait été encore en vie à mes seize, ç'aurait 'té mon cadeau d'fête. Pis mon pére? S'tait un pâs-d'couilles tejours en train d'patenter d'quoi comme Maurice. Non. M'en câliss pâs mal d'eux-aut'es. Par-cont'e, Estoux est encore deboute. Pouh moé, c'ést tous'qui compte.
      - Tu l'aimes?
      - T'a connais pâs comme j'a connais. S't'une dés femmes lés plus bad-ass s'a Rive-Sud. Elle pis la cutie dans l'fond d'la van, fait-il en baissant subtilement de ton. Toé, t'és pâs s'a coche encore, mais tu pâsses facile pour une dés cools.
      - J'cherche pas ton approbation, mais merci.
      Ce brin d'humour à tôt fait d'alléger le coeur de l'ex-caporal.
      - Mais toé, pouhquoi tu m'haïs?
      - T'as une langue sale, répond Catherine pour ne pas montrer qu'elle est surprise par la question.
      - Ch'peux la rincer su' ta...
      - Tu vois? Ça marche pas s'és femme ce genre de commentaires. Ça jamais marché pis ça march'ra jamais. Arrête. Grandis.
      - Mais sans joke. Ça peut pâs êt'e jusse mon attitude de marde. Qu'est-ce ch't'ai faite pour qu'tu m'haïsse?
      Catherine marque une longue pause avant de répondre. Elle veut rassembler ses idées pour lui servir une réponse concrète, un peu évasive pour ne pas trop lui en dire, mais les mots refusent de sortir. Et puis elle soupire, se résigne.
      - Moé pis mon frère, on a servi dans Résistance contre les U.S. Pendant que l'reste du Canada mangeait ses bas, au Québec, on t'nait not'e boute. Pis en 2076, y'a eu l'annexement. Intervenir contre les intérêts Américains était passible d'exécution, fait-qu'on a dropé les armes pour survivre. Me suis trouvé une job dans une agence de sécurité pis j'ai passé à aut'e chose. Pas Gab.
 >>Y s'est mis à consommer pour passer sa frustration. Y'a fini par prendre la population civile pour responsable de l'abandon du pays. Un soir, j'l'ai r'trouvé dans maison d'une famille de Saint-Hyacinthe. Y'a massacré tout l'monde dans place. Y'était couvert de sang pis y'avait r'peint tout la chambre des parents avec le sang d'leuh fille... en s'servant d'sa tête comme pinceau. Moé, comme une conne, j'ai essayer d'l'aider à convrir son meurtre. J'pouvais pas l'stooler aux autorités. Y se s'rait mis à dire en cour qu'on était des Résistants. On nous aurait passé tous 'és deux s'a corde.
 >>En bout d'ligne, ça pas servit grand chose. Y s'est faite pogner pour un aut'e massacre dans l'genre pis y m'a stoolé en disant qu'l'avait aidé à nettoyer. On l'a condamné à mort pis moé... bein j'suis icite.
      - Fucké, l'gârs!
      - Ouin. (Catherine marque une pause) J'pensais que s'tait derrière moé, tout ça, après la Fin du Monde. Pis j'pensais que j'm'étais adapter à s'monde-là, à ses règles, son fonctionnement; qui étaient les bons, les ennemis. Pis y'a fallu qu'on s'mouille dans une grosse marre de pisse pour un p'tit cul avec la langue la plus sale d'la Rive-Sud. Oui, j'parle de toé.
 >>Quand j't'ai vu carrément trucider les Tech Slayers pis avoir un gros fun noir à l'faire, ça m'a rappelé Gabriel. Comment j'ai pas su quoi faire avec lui. Comment j'me sentais impuissante CONTRE lui. J'pouvais pas l'aider, ni l'arrêter. Comme avec toé. J'ai ramassé derrière ses bêtises à l'époque, tout comme j'participe à pas te faire payer pour les tiennes. On marche su' des oeufs avec la RNQ pour t'avoir aidé; comme avec Dock pour le meurtre de Caro...
      - S'pâs moé, Cath, veut corriger Nyme avec le ton supplicateur d'un enfant de sept ans.
      - M'en câlice. Toé, ta gagn', le RedHead; m'en criss. Ça m'met en beau joualvert. J'ai juste envie d'te brûler la cervelle right là! Mais c'est pas moé, s'te fille-là. C'est pas moé non plus la fille qui pourrait couper la tête d'un gârs pour la lancer su'un d'ses chums, pis après baigner dans son sang. Et pourtant... En t'voyant aller, on dirait qu'ça fait... écho... à ma propre rage. Pis j'aime pas ça. Mais j'aime encore moins pas êt'e capab'e d'agir comme tu l'fais, quand c'est l'temps de faire payer des fumiers.
 >>Ça pis t'es une source de problème qui s'en viennent comme une diahrée en cascade. Mais non, ton attitude de p'tit con, m'en criss pas mal. J't'haïs pas pour ça. J't'haïs pas pantoute.
      - Snf-snf... buuuuh...
      - Qu'est-ce tu câliss?
      - J'entrain d'pleurer une rivière.
      L'ex-caporal soupire et décide de ne plus lui parler.
      Ce long silence commence à nuire au confort. Catherine n'est même pas certaine que le jeune saisit l'importance de son aveu, ou même comprend un traître mot de ce qu'elle raconte. Ce n'est plus ce qui importe. Catherine Savard garde son intégrité. Elle en prend encore plus conscience, maintenant qu'elle a avoué ses fautes et exprimé par la parole sa vérité. Sa gorge se serre, mais son coeur abandonne enfin un lourd poids qui menaçait de le faire couler.
      - Sauf que toé, t'és arrivées icite dans un tube de glace.
      - Hein? C'est quoi l'rapport?
      - Tu dis avôir peur d'pâs êt'e capab'e d'réagir quant y faut. Beat-toé pâs aussi hard. Tu connais pâs l'monde comme je l'connais. Dans ton temps, ça marchait pâs d'même. Pour toé, fait jusse pâs assez longtemps qu'lés choses ont changé. Pis r'gârd ces gens-là! Ys sont en vie à cause de toé pis pâs lés aut'es grosses connes.
      Cette dernière remarque fait sourire l'ex-caporal. Venant d'un petit insolent avec une langue sale, elle est remplie de sensibilité et de bonne foi. Mais il fallait qu'il ajoute:
      - T’sais qu’parler de t'ça ahec toé, ça réveil mon tit soldat. Y’ést toute au garde à-OUCH! J'conduis!
      - Ta yeule...
      Le reste du voyage se fait dans un relatif silence chargé d'introspection. Elle repense souvent au jour où, accompagnés de Jack, ils ont récupéré Nyme dans ce transport de la RNQ. Elle cherche le lien qu'il y a avec ce que Maurice lui à révélé la veille de leur départ pour Franktown. La question ne cesse de se répéter entre ses oreilles: pourquoi elle? Et pourquoi lui? Qu'est-ce que la République leur veut. Qu'est-ce qu'il y a dans leur sang?
      Arrivée en bordure de Sainte-Julie, Catherine remarque quelque chose d'alarmant.
      - Ok guys! On arrive à Nyyyyyyyyme...
      - Arrête le châr!
      Le regard de l'ex-caporal Savard se perd au loin. Son coeur lui bat dans les oreilles, et la bile acide de son estomac veut remonter jusqu'à sa gorge. Ses angoisses reprennent de plus belle alors que devant cette même situation, trois jours plus tôt la RNQ débarquait chez eux, elle ne ressentait que du soulagement.
      Les ennuis s'apprêtent à frapper aux portes de la petite communauté de réfugiés autour de Sainte-Julie et cette fois, Catherine n'est plus aussi sûre de ce qu'elle doit faire.

 

Edited by Gabriel D. Arouth
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