Gabriel D. Arouth

Commonwealth Chronicles - Nuka World Chapter 3 + Corrections (liens) - Part. 5 In Coming

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1. BIENVENUE À NUKA WO... Ce truc est branché?

 

Chapt. 3 : Après la honte

Part. 1

Révélation

      Une semaine plutôt, devant le transite pour Nuka World, Commandant Kaylor n'en revenait pas. Quelqu'un venait de leur passer sous le nez tendis qu'elle parlait à ses hommes et en a profité pour partir avec le train. Elle a vérifié, tout le monde sous son commandement est bel et bien là. Alors ce devait être un de ses foutus pillards du wasteland, ou quelque chose comme ça. Elle a eu une de ses envies de se défouler sur un sous-gradé, à ce moment là, mais cette opération avait besoin de tout son monde. D'un autre côté, si les hommes de Cypress avaient été sur le point d'arriver et qu'ils auraient vu que sa bande a merdé, Kaylor aurait due rendre des comptes et blâmer quelqu'un pour ça. Il aurait mieux fallu que ce soit déjà fait avant que ses supérieurs soient là.

      Au même moment, quelque part vers l'entrée de la station de transite, un buisson s'est mis à se déplacer tout seul avant de disparaître comme par magie. Il allait faire nuit, un orage se préparait et tout le monde était bien trop occupé à entendre le blâme du commandant. ASS-34, toutefois, un robot humanoïde de type Assaultron, a perçu le mouvement et est aller investiguer. En tournant le coin du bâtiment sur sa gauche, un grand stationnement semi-souterrain en partie effondré sur lui-même, il s'est fait agripper violemment et avant de pouvoir réagir, ses directives se sont neutralisés: on venait de lui brancher un câble dans son pore neuronique derrière son crâne pour un transfère de données.

      L'opération n'a pas pris de temps, l'assaillant montrait une certaine habilité avec l'informatique. Une fois terminée, ASS-34 comprit un peu mieux ce qu'il avait à faire. Il se tourna vers son nouveau maître, une silhouette un peu plus petite qu'un adulte mature. Celle-ci dit alors, d'une voix juvénile et avec un anglais à l'accent étrange:

      - Go get them, Baby girl.

 

      L'entre où se cache Isabel Cruise est sombre en tout temps, et bruyant. Avec ses passerelles grinçantes et nues, dressées de chaque côté de l'atelier tel des fantômes gigantesques dans les ténèbres, renforce parfois sa solitude quand sa partenaire n’est pas là. Toutefois, elle n’est jamais vraiment toute seule. C'est surtout tout ce tambourinement sur les touches que font ses robot-brains, devant leurs terminaux, qui constitue la majeur partie de l’ambiance sonore. Ça lui fait beaucoup penser aux cliquetis des cafards qui rampent un peu partout; derrière les caisses de matériaux abandonnés, sous les cages d'escalier pourris, parmi les cubicules à bureau de sa tanière improvisée; même dehors, cachés sous la crasse du wasteland. Isabel aussi se cache, loin des autres, loin de la vie. Car si les autres connaissaient sa honte... De toute manière, elle préfère la présence des machines à celles des humains. Il est plus facile de programmer un robot pour qu’il vous aime qu'une personne.

      Lorsqu'elle a entendu l’ascenseur de service, il y a trois jours de ça, son angoisse n'a duré que quelques secondes. Il n'y a que son amie N. qui se sert de ce passage et au cas où ce n’aurait pas été elle, Isabel disposait d'assez de robots pour faire réfléchir n'importe quel intrus avant de commettre une bêtise.

      Arrivée à hauteur de vue, une armure assistée X-01 bleue mal en point se tenait en plein milieu du monte-charge, un sac immence passant par-dessus son épaule droite. Le colosse de métal portait également un fusil d'assaut peint de toute sorte de couleurs dans l'autre main, mais ne le pointait pas devant lui. Il fit quelques pas lorsque le monte-charge fut immobilisé, clairement à l'aise et non hostile. Ce ne pouvait être que N. qui rentrait à la maison. Elle traînait son gros sac qui faisait un bruit métallique qui s'entrechoque chaque fois que son armure posait le pied. N. n'était pas rentrée depuis presque une semaine, mais comme elle était avec Ada, Isabel ne s'est pas trop fait de soucis. D'ailleurs, c'est tout-de-même avec tristesse qu'elle a constaté que le Protectron modifié  n'apparu pas à sa suite.

      - Woah! une X-01! fit la mécano, toujours avec ce ton timide mais illuminée par un envie évidente dans les yeux. Y'a un coup à donner sur la peinture, mais t'as tout un jackpot! Qu'est-ce que tu nous amènes? Et où est Ada?

      N. n'a pas répondu tout de suite. Elle laissa d'abord tomber le sac et sorti de l'armure. Tout l'intérieur du bagage déborda, une fois au sol, laissant découvrir entre-autre un bras de Senty-Bot ainsi plusieurs pièces essentielles du robot. Isabel allait déborder de joie de pouvoir travailler sur un autre Sentry-Bot et s'apprêtait à sauter dans les bras de N. pour la remercier. Ce fut la goutte de trop qui fit tout abandonner à celle-ci, baissant enfin les bras pour soupirer le reste de ses forces. Isabel, qui finissait de se rapprocher de son amie et le cadeau qu'elle venait de lui faire, s'arrêta net. Elle n'a pas eu l'occasion de bien voir, tant la pénombre de la grande pièce se faisait épaisse. C'est seulement à moins d'un mètre de son amie qu'elle a constaté avec horreur ce qui lui était arrivé. Son visage était couvert de longues lacérations, déchirant son front à trois reprises et encerclant son oeil droit, dont les cicatrices étaient encore rouges.

      - Mon dieu, N! parvint à dire la mécano, malgré son souffle coupé. Qui t'a fait ça?

      Son amie n'a pas répondu à ça non plus. Du moins, pas par des mots. Ses traits se sont crispés, repliés sur eux-même, et se mirent à trembler. Isabel l'a vu pleurer ainsi à de très rares occasions, et ce fut toujours parce qu'elle la prenait par surprise. N. gémissait, les yeux plissés, mais aucune larme ne se voyait. Sa protégée la pris par les épaules, choses que N. ne lui permettait pas de faire d'ordinaire, et répéta sa question:

      - Qui t'a fait ça? N, regardes-moi! Qui t'a fait ça?

      - Ces gens... céda N, laissant son esprit enfin vulnérable après tout ce qui venait de se passer.

      Isabel écouta son agressante histoire en tordant ses doigts de douleurs. La façon dont elle a passé l'équipe de Gunners sans se faire voir, le piège que lui avait tendu un certain Harvey, sa survie dans ce que ces monstres appelaient le Parcours, le fait qu'ils l'aient élu Reine de Nuka World et surtout ce qu'ils lui ont fait par la suite. Puis, les détails de sa mutilation par une certaine Nisha lui fit enfin froid dans le dos.

      Tout au long de son récit, la flamme héroïque d'Isabel, du temps où elle jouait les super-héros à l'intérieur du Commonwealth, se raviva. Elle se revoyait reprendre son costume du Mécaniste et ensemble, elle et N, elles vengeraient les marchands du parc d'attraction de ce que leur faisaient subir ces pillards. Puis N. s'est remise à pleurer. Cruise l'a prise dans ses bras, posant sa tête près de la mâchoire de son amie. Entre les soubresauts, une série de murmures entre-coupés laissaient échapper des paroles de désespoir.

      "… tu vas t'en sortir. Ne les laisse pas t'avoir. Tu vas rentrer à la maison. Tu vas rentrer seule. Tu vas t'en sortir. Ne les laisses pas t'avoir." répétait-elle avec une conviction fragile, absente du moment présent.

      La réalité de cette crise frappa soudainement Isabel. N. répétait son mantra et soudain, une ferveur la saisit toute entière. Ses bras prirent ceux de sa partenaire et les serraient, comme pour se protéger. Cruise compris que c’est un souvenir qui s’en était pris à son amie. Tout danger était pourtant écarté. Ou l’était-il? Peut-être viendraient-ils pour elle. Il leur fallait se préparer pour un éventuel assaut? Isabel s’est mise à regarder vers l’ascenseur, immobile et paisible, puis est revenue sur son amie mortifiée.

      - N... qu'est-ce qu'il y a? Parles-moi.

      Elle interrrompit enfin son chant et commença, d'une voix tremblante:

      - Il n'y avait pas que les pillards, à Nuka World.

 

      - À la quatrième journée, ils m'ont laissé seule parcourir tout le royaume. Tu imagines? Il y avait cinq parcs dans tout l'infrastructure, plus Nuka Town, et tous étaient remplis de divers danger de mort, et je devais tout régler par moi-même: "il fallait que je fasse mes preuve pour gagner leur confiance". Parce que tuer leur ancien chef ne leur suffisait pas; comme si j'en avais quelque chose à foutre. Ils avaient plusieurs petites armées, avec eux. J'en suis venu à la conclusion qu'ils avaient assez joué avec moi et que ce parc, c'était ma sentence à mort. Ce Porter Gage s'est porté volontaire pour m'accompagner, oui, mais après m'avoir pris dans ce piège, en premier lieu...

      N. marqua une pause afin de désserrer les poings. Isabel l'empressa de poursuivre.

      - J'ai fait un peu de reconnaissance dans chaque parc. Tu aurais adoré le Galactic Zone (N. s'est permis un sourire). C'est un immense château du futur rempli de robots.

      Mais sa joie fut de courte duré. Des images d'horreur semblaient passer devant ses yeux.

      - Sauf qu'ils ont été laissés en mode défensif. Certain de ceux qui ont fuit l'arrivée des Familles ont tenté d'y entrer. Les corps reposent encore devant l’enceinte et finissent de se décomposer, ou de se faire gruger, morceau par morceau, par des fourmis mutantes. Ils ont laissé des caisses d'armes et de munitions, dont un fusil laser et quelques grenades à impulsion qui m'ont été utiles un peu plus tard. C'est là que j'ai compris que ce parc n'offrirait rien d'autre que la mort. C'est con que la seule population assez puissante vivant entre ces murs s'amuse à se battre, perd son temps à torturer les autres ou à se planifier la guerre entre elle. Et ils s'attendent qu'on fasse le sale boulot pour eux, alors qu'on a rien à voir avec tout ça, qu,on est sous-armé et qu'ils ont bien assez de forces en hommes et en armes pour prendre ce qu'ils veulent.

      >>Mais comme je l'ai dit, il n'y avait pas que les pillards, là-bas. Il y a une fille qui traîne à Nuka Town. Toute jeune et innocente, elle échappe étrangement à la cruauté des occupants et passe ses journées à demander qu'on lui apporte une recette de Nuka-Cola secrète. Je me demandais comment elle arrivait à survivre parmi les pillards, mais c'est probablement parce qu'elle se tient chez les Opérateurs. Contrairement aux autres clans, ce ne sont pas des sauvages. Sinon, je suis aussi tombé sur un petit groupe, un peu à l'extérieur de Nuka Town. Les... hubbologistes.

      N. cessa de tourner autour du pot, sembla-t-il sur le coup. Le ton qu'elle prit pour le reste de son histoire ce fit plus grave, suppliant.

      - C'était une bande de fanatiques pas bien méchants. Tout ce qu'ils voulaient… c'était de rejoindre le Père-Ciel à bord d'une secoupe-volante.

      Isabel eut un petit fou-rire, mais s'arrêta net lorsqu'elle vit que N. ne la suivi pas dans son euphorie.

      - Pardon.

      - C'est pas grave. Dara Hubbell... c'était le nom de leur chef. Une femme d'un certain âge avec des cheveux d'un bleu crème et une voix calme et douce, peu importe la situation. Elle m'a été présentée par Cleansed, un de ses fidèles qui traînait à plusieurs mètres de leur camp. Il a fait changer son nom après avoir été purifié de ses neurodynes, selon lui. Les neurodynes... (en essuyant une larme invisible et reniflant un nez apparemment sec : ) ce sont des ondes envoyés par des spectres d’avant ou ceux qui n'en ont pas été purifiés. Ces ondes s'incrusteraient dans notre cerveau pour nous empêcher d'exploiter notre plein potentiel. Si tu veux rire, attends de savoir comment on se nettoie de cette merde.

      - Comment? fit Isabel Cruise, presque dans un chuchotement chaleureux à l'oreille de son amie N.

      - En te bombardant de "rayons zeta". En bref, des radiations.

      - Ce sont de vrais tarrés!

      - Oui, mais des tarés inoffensifs. Ils croyaient au meilleur d'eux-mêmes et se serraient les coudes. C'est plus que ce que ces foutues Familles pouvaient en dire. Et tout ce que m'ont demandé les Hubbologistes, c'était de leur apporter des scaphandres spatiaux... pour le voyage.

      N. marqua une autre pause. Elle retint un peu ses pleures avant de poursuivre.

      - Il y avait tout ce que j'avais de besoin dans l'une des attractions du... du Galactic Zone. Je me suis servi de tous les conseils que tu m'as donnés pour éviter les robots. Je suis passé lentement, toute discrète, avec une grande couverture sales que j’avais emprunté aux hubbologistes pour me cacher.

      Isabel lui avait fait prendre conscience que les robots n'avaient pas tous les mêmes capteurs, ou il pouvait arriver que certains soient défectueux. Si la plupart ont un capteur de mouvement, par vibration sismique, d'autres avaient aussi un capteur thermique. Mais comme avec la majorité des entreprises de l'époque d'avant-guerre, RobCo Industries sauvait de l'argent en ne fournissant pas les deux types de capteurs à toutes ses machines, ou du moins, peut-être n'avaient-ils pas tous la même qualité et après plusieurs centaines d'années plus une fin-du-monde, même les cartes de circuit ne traitaient plus l'information que les robots recevaient pouvaient griller. Cruise s'est souvent penchée à chercher la raison de leur défectuosité. Elle est arrivée avec plusieurs hypothèses, comme celle où les capteurs percevaient effectivement la source de chaleur qui émanait des humains, mais soit la banque de données se trouvait corrompue ou soit le processeur n'arrivait plus à calculer la réponse rattaché à l'information. Alors le robot reste sur sa fonction primaire qui est trop souvent "tirer sur tout ce qui bouche". C'est moins difficile à calculer.

      Or, la mécano est arrivée avec plusieurs petites solutions faciles pour se faufiler parmi eux. L'une implique de marcher très lentement, déjà accroupit au mieux, pour éviter d'affoler leurs capteurs sismiques. Puis, se planquer sous une couverture assez grande lorsqu'ils se tournent vers soi. C'est souvent suffisant pour tromper les capteurs visuels  quand les thermiques ne fonctionnent pas correctement. Les robots peuvent confondre la chaleur corporelle avec une autres source de chaleur non-vivante. Ce n'est pas une tactique garantie, surtout parce qu'il faut rester totalement immobile lorsqu'étant dans son champ de vision. Il y a définitivement des méthodes plus simples, comme avoir sur soi un Stealth-Boy, chose qui n'est pas toujours évidente.

      - C'est là où j'ai trouvé l'armure. Elle était à l'intérieur d'une cage vitrée, exposée en démonstration. Pour la dégager, il a fallu que je cherche plusieurs tablettes de circuits pour réactiver un ordinateur. Il alimentait les robots également, et les personnes qui ont activé leur protocole de défense n'ont pas pris en compte que les tablettes servaient aux terminaux qui rédigeait ce protocole. À la place, ils les ont éparpillées pour divers circuits dans tous le Galactic Zone. Quand est arrivé le temps de se défendre, les robots ont tiré dans le tas.

      >>Je suis tombée sur quelques Stealth-Boys avec leurs piles presque vides pour partir en quête des tablettes. Les premières que j'ai trouvées m'ont permis de prendre le contrôle des tourelles de défenses. Elles se sont mises à tirer sur les robots qui traînaient un peu partout, en dehors comme à l'intérieur des bâtiments. À travers tout ce chaos, je me suis introduis un peu partout et j'ai arraché toutes les tablettes des différents terminaux. Ça été de justesse, mais j'ai réussi.

      - T'es la meilleure, N, motiva Isabel dans un commentaire sincère quoiqu'un peu forcé.

      - C'est avec l'armure, reprit N, sans faire attention, que... j'ai rapporté les scaphandres... à Dara... et aux Hubbologistes...

      - Mais ils étaient tous morts... Les pillards les avaient tués?

      - Non. Nuka Town se foutaient pas mal d'eux. Comme j'ai dit, ils ne s'aventuraient pas beaucoup en dehors de leur territoire. Y'a des sauterelles carnivores géantes qui rôdent, des loups et des scorpions mutants. On trouve même des hommes crocodiles, peuplant le zoo de Nuka World. Non, les pillards n’avaient attaqué personne et les hubbologistes m'attendaient... attendaient après leur scaphandre de l'espace... pour leur voyage vers leur divinité.

      Isabel fut si gênée de son intervention qu'elle laissa son amie terminer sans l'interrompre à nouveau.

      - Dara m'a offert des caps pour le travail. À mon retour, j'ai refusé l'argent. Je... j'avais compris que malgré son manque d'emprise sur la réalité, Dara prenait soin des siens. Elle comptait sur moi pour mener leur mission à bien, pensant fuir ce monde de folie et de violence. Son histoire sur les neurodynes, c'était une façon pour elle de comprendre et pardonner les autres qui refusaient l’harmonie. Pour elle et pour tous les hubbologistes, ce n'était pas tant de leur faute, s’ils étaient méchants, que celle... de... quelque chose d'autre et ce "quelque-chose" pouvait être guéris comme par magie. La magie pouvait guérir ce monde, s'il acceptait de marcher dans leurs pas. Des exemples de croyances comme celle-là, il y a en eu des tas par le passé, avant tout... (elle fit un geste pour montrer tout le désordre des alentours)... ça, la guerre. Alors je voulais les aider, peu importe où ça allait les mener. C'était si important pour moi de voir un espoir dans les yeux de quelqu'un, après avoir tout perdu (elle passa une main à plus ou moins un centimètre de son visage). J'étais en train de perdre la tête aussi, je sais. Je... je voulais tellement... seulement les aider.

      N. s’est remit un pleurer sèchement. Isabel, qui l'enveloppait dans ses bras, s'est mise à la bercer tranquillement en soufflant de petits "sshhh-sshhh". Elle réalisa subitement ce qu'elle était en train de faire et se surpris d'avoir l'assurance d'agir ainsi pour quelqu'un. C'est vrai qu'elle et N. en ont vu pas mal, depuis plus d'un mois. Pour quelqu'un qui a toujours eu du mal à tisser des liens émotifs avec ses semblables, anxieuse comme elle l'était, Isabel Cruise souri intérieurement en pensant au progrès qu'elle avait fait en si peu de temps. Elle revint au présent lorsque N. se calma assez pour poursuivre son récit.

      - Je... je savais pas que... ce serait si... si dangereux. Il leur fallait se rendre dans leur soucoupe-volante. Elle se trouvait dans un dépotoir à déchets métalliques, un peu au nord-ouest de là où ils se trouvaient. Je leur ai dit que le parc était infesté de créatures mutantes plus folles que les pillards. Et comme ça m'avait pris le reste de la journée pour prendre ces scaphandres, se promener la nuit n'était pas l'idéal. Oui, ils étaient armés. Mais pas un seul n'était un soldat. Sauf que Dara disait avoir assez attendu. De plus, son esprit purgé de ses neurodynes devait tous les guider vers leur but. Elle disait pouvoir faire confiance... à Père-Ciel. Je lui ai offert l'armure, mais elle a refusé. Je n'avais pas d'autre choix que de me joindre à eux pour les protéger. On a été surpris par des rattaupes, en chemin, et il a fallu faire un détour discret après avoir faillit croiser un de ces démons à cornes et à longues griffes.

      >>Arrivé au dépotoir, c'est là qu'on a mangé le coup le plus dur. On a d'abord été accueilli pas des Protectrons et des Mr. Gusty à l'image de Nuka World. Ils ont des formes plus carrés et sont peints d’un rouge-orangé. Les Protectrons lançaient des projectiles de plasma bleus qui brûlent même sur le métal. En lançant les grenades à impulsion, j'ai grillé la plupart de leur circuits et on a pus passer sans trop de danger en les achevant un par un. Plus loin, des insectes géants, criquets et fourmis, sont sortis de partout. Je suis arrivé à les mettre à l'abri dans la carcasse d'un vieux wagon de métro ou un autobus, je sais plus trop, qui se trouvait sous les débris. On a pu y accéder par un trou aménagé bizarrement dans la montagne de déchets. J'ai pas pris le temps d'y jeter un coup-d'oeil, voir si c'était sécuritaire pour eux. Je me suis mis devant la porte ouverte du... truc... et j'ai bloqué l'accès aux bestioles avec mon armure. J’avais beau tenter de les piétiner, plusieurs ont grimpé sur l’armure. Je pouvais sentir leurs petites pinces grignoter la carrosserie, mais contre moi, ces bestioles n'ont pas fait grand chose. Sauf que de l'autre côté de là où je me trouvais, un Sentry-Bot est sorti de nul part pour nous déchiré.

      >>Quand j'ai entendu les balles frapper sur le wagon - oui c’est ça, c'était un wagon - et que mes nouveaux amis se sont mis à crier de terreur, j'ai laissé les dernières fourmis qui restaient pour traverser leur abri en courant. J'ai presque écrasé les jambes de tout-le-monde au passage. Ils ont été canardés sans arrêt dés que le robot nous a vus. Durant ce temps, j'ai dû traverser un couloir de merde sous les décombres du dépotoir pour arriver finalement derrière lui. J'ai tiré plusieurs coups de laser sur le capteur visuel au milieu de sa tête, afin de le désorienter un peu mais surtout le faire arrêter de tirer sur mes nouveaux amis. Puis j'ai grimpé sur lui. Il s'est violemment débattu en vidant sa réserve de .5mm. Fallait juste attendre qu'il se mette à surchauffer puis j'ai envoyé mes dernières charges de laser dans les volets ouverts, fixés à son dos. Je l’ai lâché pour fuir, mais explosion créée par la surcharge m'a poussé vers l'avant, malgré la distance que j'avais déjà pris. Ce n'était plus le temps pour la promenade. En me relevant, je leur ai crié de se dépêcher de rejoindre leur vaisseau, qui se trouvait juste au-dessus d'une des collines de débris, pas trop loin de là. Ils ont accouru sans se faire prier. Enfin, pas tous.

      >>L'une des leurs a reçue une balle. Je l'ai su une fois qu'ils étaient devant la soucoupe-volante. Tula. Une des dernières initiées. Et... ça n'a presque pas dérangé Dara. Oh oui, elle a mentionné que sa mort était perte dans un joli petit discours, mais très vite, elle a parlé de leur accomplissement tout en me remerciant au passage, pour ensuite parler du Père-Ciel et bla-bla-bla. Une fois fini, elle est revenue me voir pour encore mentionner rapidement Tula, mais son ton était si... déconnecté. Elle s'est ensuite empressée de me demander un autre service. Leur "vaisseau" avait besoin de piles à fusion. Au moins trois. Ça m'a laissé un effet amer au ventre. J'étais choquée par son ton décontracte que j'ai à peine bougé, ou entendu ce qu'elle me disait.

      >>Quand je suis finalement allé voir où Tula était morte, dans ma recherche des fameuses piles, la pauvre crachait encore son sang par la bouge et sa gorge, qu'elle tenait fermement. Tula s'accrochait à... sa vie, comme à un sac d'eau pure troué. Je l'ai prise dans mes bras et elle a finalement lâché prise. Ses derniers litres de sang coulaient par spasmes, comme s'écoulaient ses dernières secondes. J'ai pensé à me servir d'un Stimpacks qu'au moment où je me suis rendu compte que je n'en avais pas. Alors moi non plus, je n'ai rien pus faire. Ses yeux étaient... grands ouverts. Elle toussait de sa gorge inondé de rouge. Et quand c'était fini, ça m'a pris un moment pour me rendre contre que ses paupières ne se fermeraient plus jamais toutes seules. Elle s'est éteinte dans mes bras, tu comprends. Les autres s’en sont allés en la laissant mourir derrière, se disant "tant pis! elle est foutue". J'ai été la porte dans le garage qu'il y avait juste à l'entrée du dépotoir. Je ne voulais par qu'elle soit mangée par ces satanées fourmis. Je l'ai déposé sur une sac-à-couchage qui traînait par là et j'ai fini la tâche qu’on m'a demandée.

      >>Ah! et tu veux savoir c'était quoi, en fait, leur "soucoupe-volante"? Un manège qui faire tourner les participants très très vite. Rien de plus. Tula est morte pour cette idiotie. J'étais si en colère malgré que je le montrais pas. J'ai rapporté quatre piles. Ça tombait bien, car il y avait quatre socles vides pour l'alimentation. Je suis aussi tombé sur une pièce bizarre : un genre de sphère avec un trou au centre. J'ai eu la bonne intuition que ça aurait pus servir au "vaisseau", et effectivement, ça a servi. L'engin s'est mis à briller dans la nuit comme un sapin de noël, sans que personne ne se soucie que la lumière puisse être visible à des kilomètres. Moi, j'en avais plus rien à foutre, j'avais mon armure.

      >>Dara m'a encore une fois remercié et s'est lancé dans un discours final pour accueillir ses acolytes vers leur nouvelle vie. Je lui ai pourtant prévenu que ce truc n'était qu'un jeu pour les enfants, que ça n'irait pas dans l'espace. Mais apparemment, le Père-Étoile, parce que ce n’était plus le Père-Ciel, lui aurait assuré que ça marcherait. Parce qu'une divinité sur une planète éloignée lui parlait régulièrement, bien sûr. Le reste de ses explications ont presque achevé de m'irriter au plus profond de moi-même. Alors je les ai invités à entrer. Je leur ai même dit que j’appuierais sur le bouton. Il fallait que je vois leur visages confus, lorsqu'ils se retrouveraient encore sur terre. Alors on est tous entrés.

      >>Il y avait trop de lumière de toutes les couleurs, à l'intérieur. Et comme l'éclairage du plafond se voulait abondant, les couleurs des petites bandes multicolors se faisaient presque totalement absorber. C'est con de penser à un truc pareil, me je suppose que ça montrait combien je détestais tout à la fois, à ce moment-là.

      >>Ils ont tous pris une place; une seule est restée vacante. J'avais le coeur serré en pensant à la jeune Tula, quand j'ai appuyé sur le bouton pour démarrer le manège. Le tout s'est mis à tourner, puis à tourner de plus en plus vite. Bien vite, l'un de ces illuminés s'est mis à avoir des visions. Enfin, c'est ce qu'il disait. Il nous les a pas décrites. Les couleurs ont commencé à m'agresser les yeux, à brûler des traits luisants sur ma rétine. Le truc allait à une telle vitesse que j'étais certaine que quelqu'un serait malade. Une autre disciple, qui tenant fermement une boîte-à-sandwish Vault-Tec entre ses mains, s'en est plainte mais pas plus. Puis...

      Encore une pause où la fragilité de N. se fit sentir.

      - J'ai fais une chose atroce, Isabel! Atroce! Dara n'allait vraiment pas bien et apparemment, elle savait que quelque chose n'allait pas. Elle m'a demandé d'arrêter la machine... mais j'ai refusé. Je voulais qu'elle... comprenne son erreur. Qu'elle comprenne que Tula était morte pour rien! Elle semblait se soucier de ses gens, alors je pensais qu'elle serait assez intelligente pour saisir que son rêve... son délire absurde et contagieux qui était né dans sa tête, pouvait très bien tous les tuer une jour. Sauf que... c'est moi qui les ai tués. Pas leur délire. Moi.

      Isabel se tendit alors, perplexe, et retira sa tête vers l'arrière. N, prise de panique, se délivra sans peine de l'emprise de son amie et se tourna vers elle, lui saisissant les mains avec vigueur. Ses yeux lui suppliaient déjà de la croire.

      - J'ai pas voulu! s’écria N. sans se rendre compte qu’Isabel ignorait totalement de quoi elle parlait. Je pensais les aider. Je pensais leur donner une leçon. Je voulais pas ce qui est arrivé.

      - N... qu'est-ce qui s'est passé?

      - Il n'y avait pas que Dara qui se sentait mal. La machine... elle s'est mise à tourner beaucoup trop vite. Bientôt, leurs visages ont semblé s'écraser les uns sur les autres. La force que ça a pris plaquait chacun de leurs membres sur les parroies du manège. Voire, les écrasait. La fille qui tenait la boîte-à-sandwish Vault-Tec l’a lâché. La boîte, une fois libre, n'a eu besoin que d'une petite poussée. Elle a volé dans toute la cabine et est allée se fracasser sur tout se qu'elle a touché, y compris le visage d'un des hubbologistes. J’ai reçu une giclée au visage et il a fallu que je me baisse pour pas recevoir la boîte sur la tronche. Puis, sans avertissement, le mécanisme de rotation s'est bloqué. Tout-le-monde a fait un vol plané pour finir sur un mur. Ils sont tous partis comme des pantins pour aller se briser sur quelque chose. Leurs corps étaient affreusement déformés par l'impact, mais sûrement aussi par la force de rotation qui... rétractaient leurs... membres. C'était affreux! Et moi, restée au centre, j'ai regardé ça arrivé… et le résultat... Des crânes défoncés, des bras et des jambes disloqués. Et les éclaboussures de sang là où leur trajectoire avait frappé. Tous sont morts sur le coup... et j'ai appuyé sur le bouton, encore et encore. La machine s’arrêtait complètement et j’appuyais encore, et encore. Elle n’a jamais redémarré… et les hubbologistes ne se sont pas relevés. Ça non plus, j’ai pas voulu le croire, au départ. Comme pour Tula. J’ai tué ces gens… qui ne faisaient de mal à personne…

      N. conclu ces dernières phrases en pleurant comme seule elle pouvait le faire.

      À ce moment, Isabel n'eut autre chose que de l'empathie pour son amie. Elles avaient toutes les deux fait quelque chose en commun, maintenant : elles ont toutes deux fait quelque chose d'horrible avec les meilleures intentions. Elle s'est dit que dans ces cas-là, n'importe qui d'autres auraient été prompts à les juger, les regarder comme des meurtrières. Mais N. ne la pas fait avec elle. N. l’a pardonné pour ses actions et s’est lié d’amitié avec elle. Alors Cruise ne l'a pas jugé non plus. Ensemble, elles étaient en train de démarrer une affaire de chasse à la prime: les Mécanistes. Isabel savait, à ce moment-là, que leur entreprise allait suivre un code honorable. Basé sur une expérience traumatisante, certes, mais leur erreur forgerait leur plus grande conviction.

      La mécano serrait de nouveau son amie dans ses bras et la laissa pleurer tant qu'elle en eut de besoin. Car le lendemain, il fallait reprendre les affaires.

     

      N, ou Vic, réfléchissait encore à toute cette histoire deux jours plus tard devant une bière qu'elle ne pouvait pas à boire. C'est que Whitechapel Charlie, un Mr. Andy avec un fort accent irlandais, avait tendance à proposer ses bières avec beaucoup d'agressivité. N. s'était rendu au Third Trail, l'unique bar de GoodNeighbor, qui était de réputation la pire cuvette de chiote du centre de Boston. Elle devait rencontrer un certain Edward Deegan. Le gars avait un travail lucratif à leur proposer. La réputation des Mécanistes l'avait précédé, durant qu'elle était prise au piège par la clique de Nuka World. Mais si elle ne se sentait pas le courage à reprendre le boulot, N. avait suivi le conseil d'Isabel. Il lui fallait autre chose que simplement se morfondre dans un terrier tout noir et humide pour faire son deuil. De plus, si elles ne prenaient pas contact rapidement avec ce Deegan, elles pouvaient en perdre le contrat.

      N. se demandait qui elle était, désormais. Elle était allée beaucoup trop loin dans la direction de la violence pour en revenir. Et pourtant, elle se trouvait là, devant une bière à GoodNeighbor, et attendait un contrat. Si sa famille était là, s’ils avaient su ce qu’elle a fait, tous auraient sûrement pleuré de colère, de tristesse, de déception. Des gens font des choses moins terribles que ça et ne s’en tirent pas. Et elle, elle ne sentait même plus l’emprise que Nuka World a eu sur elle, durant les quelques jours qu’elle y a passé. Comment en était-elle revenue?

      Ils devaient se rencontrer vers cinq heures, Deegan était en retard. Comme Vic, ou N, n'avait plus son Pip-Boy, elle s'est mise à compter le temps avec la durée des chansons de Magnolia, dont elle connaissait par-coeur. N. aimait bien la chanteuse. Elles avaient beaucoup en commun et toutes deux avaient appris à calculer les gens dés le premier regard.

      - Étrangement… J'sais pas pourquoi, mais tous les fuyards finissent par atterrir à goodNeighbor.

      Cette voix chuchotante venait d'un mec qui s'était assis juste à côté d'elle. Elle n'a eu besoin de regarder pour reconnaître qui la faisait sonner à son oreille. Mais à GoodNeighbor comme à Diamond City, on ne lève pas son arme en public pour aucune raison. Hancock, le maire de la ville, répond très mal à ce genre d'action.

      - Merde, Gage! fit N. entre le dent. Toi et moi, on va sortir tranquillement d'ici et une fois dehors, tu pourras me faire la leçon autant que tu voudras.

      - Relaxe. J'suis pas v'nu d'la part des Familles. J'me suis tiré, moi aussi.

      - Et puis quoi, encore...

      - J'me fous pas d'toi.

      - Moi non plus. On va juste sortir pour s'échanger des conseils amicaux sur le wasteland. Je suis consciente que ça risque de faire trop de bruit ici, et Magnolia est en train d’chanter.

      - J'adore ton sens de l'humour, chérie. D'accord, peut-être qu'on peut aller dans ce p'tit repère que t'a, juste à l'est de Bunker Hill. Tu sais, dans l'usine RobCo, de l'autre côté de la rivière.

      N, ou plutôt Vic à ce moment-là, se crispa de fureur. En une seconde, elle se mit à avoir peur de sa réaction, mais due garder son calme chez les bons voisins. Elle repassa ses priorités, ce qui voulais dire qu'elle devait supporter la présence de ce clown borgne à deux caps, n'ayant pas les moyens de le faire taire là où elle se trouvait. Elle repassa les diverses solutions à son problème, raillant celles qui impliquait la violence... et puis:

      - Charlie!

      - Veux une aut'e bière, darlin?

      - Non. Tu connais un certain Edward Deegan?

      Le robot était d'ordinaire peu co-opératif, mais il répondit de son accent rond et de sa voix artificielle un peu grinçante mais mélandieuse, si on aime entendre un saoulon chanter:

      - Y'a du monde à qui c'te ghoule cause de temps z'à aut'e.

      - Qu'est-ce tu fous, fillette? s'essaya Porter.

      - Ta gueule, toi. Charlie? Il a déjà dis d'où il venait?

      - Disait qu'y était d'la part des Cabots. Y sont d'la vieille Maison Cabot, p'tit peu avant Bunker Hill.

      - Merci. Toi (en pointant Porter Gage du doigt), tu viens avec moi.

 

Part 2

Révélation

      Jack Cabot regarde son interlocuteur avec intérêt. Une fougueuse passion lui traverse les yeux tandis que l'autre se sert son verre de bourbon après l'avoir au préalable vainement nettoyé avec sa salive. Ils sont tous deux assis au salon, qui est une grande salle à plafond haut, parfaitement restaurée, avec un escalier au fond de la pièce qui monte jusqu'à une mezzanine, là où Jack y a installé son laboratoire. C'est là où il se trouvait lorsqu'il a reçu cette visite. Celle-ci a simplement frappé à la porte, sans invitation. Cela tombe plutôt à pique, puisqu’il a besoin d’un mercenaire pour une tâche risquée et Edward est revenu seul de la rencontre qu’il devait faire au Third Rail avec ces Mécanistes.

      Devant lui se tient un jeune homme. Pas très vieux. Sa chevelure, relativement courte, est rasée de chaque côté de sa tête. Ce qui ne l'a pas été descend sur son côté droit, tel une coupe mohawk tombé à plat. Les couleurs brune, châtaine et rousse paraissent ici et là sur une bonne partie de sa pilosité crânienne. Le tout manque curieusement de naturel, ce qui empêche de vraiment savoir quelle est sa couleur de naissance et ce qui n'est qu'une teinture. Et qui prend le temps de se teindre les cheveux, de nos jours?

      Jack aime bien connaître l'opinion de ses futurs employés sur les questions qui le travaillent. C'est un critère d'embauche.

      - Dites-moi, croyez-vous en une autre forme de vie intelligente dans l'univers?

      C’est la question qu’il pose à tous ceux qui vont faire partie de la "famille", comme il aime le dire. La personne devant lui hausse un seul sourcil et c'est ce qui résume toute son idée sur le sujet. L'homme de science ne s'attend pas à rencontrer des esprits ouverts, c'est pourquoi il adore expliquer ses théories. Toutefois, le garçon répond :

      - Je crois pas qu'y'est aucune forme de vie intelligente dans toooooout l'univers. En-tout-cas, pas ici... sur Terre... sauf moi...

      Quoique Jack puisse penser de cette remarque, avec toute l'arrogance puérile qu'il s'en est dégagé, l'humour est une forme d'intelligence. Et c'était bien de l'humour. De plus, l'accent de son interlocuteur pique d'autant plus sa curiosité.

      - Vous êtes français? demande-t-il dans un français qui, manifestement, surprit son visiteur qui a alors haussé l'autre sourcil.

      - Ouin, non, répond celui-ci, également en français, après avoir soupiré sa première gorgée. C'ét compliqué. J'viens d'la Rive-Sud, en faite.

      L'étirement des voyelles et le ton pinçant était très caractéristique des francophones du nord, et non du... de la Rive-Sud? Personne ne sait ce qu’ils sont devenus, après la guerre. La personne devant Jack retrouve son anglais cassé pour demander si tout cela a une quelconque importance. Pour le moment, sûrement pas.

      - Bref, reprend Jack, de nouveau avec sérieux et passion. Vous plaisantiez, sur la vie intelligente, mais vous marquez un point. Et si la race humaine périssait sur toute la surface du globe, comme elle bien faillit le faire? Disons que dans plusieurs milliers d'années, une nouvelle civilisation émerge. Que sauraient-ils de nous?

      - Même après des milliers d'années, y devrait rester assez de notre civilisation à découvrir mais je vois pas l'rapport.

      - Il resterait quelque chose derrière, poursuit Jack sans en prendre compte de la confusion de son interlocuteur, mais peut-être moins que vous le pensez. Les anciennes constructions ont été érigées en pensant qu'elles franchiraient le passage du temps. Et pourtant, nous ne savons quasiment rien sur elle. En fait, la plupart des gens ignorent même qu'elles existent.

      - Sûrement pour le mieux, dude. J'pense que ceux qui viennent après devraient commencer de zéro.

      - Je ne partage pas votre pessimisme. Je crois que la civilisation humaine a la chance de retrouver sa gloire d'antan.

      Jack Cabot aurait voulu se lancer dans le récit sur son père, Laurenzo Cabot, et la citée qu'il a sortie de terre en Arabie; une citée qui datait de quatre-mille ans avant l'histoire humaine, voire les premiers humains tout court. Cela et le peuple d'êtres étranges qui y vivaient. Mais que sont ces dates pour un cerveau qui n'a pas plus que la vingtaine d'âge, et dans un monde où la majorité des bibliothèques ont été balayées par des explosions nucléaires? Il réalise donc par la suite que ça prochaine phrase manque un peu de son sens, sans tout son contexte.

      - C'est l'une des raisons pourquoi je suis passionné par mes recherches. Si je peux apprendre leurs secrets, sur ces constructions, peut-être peut-on éviter leur funeste destin.

      C'est à un mercenaire perplexe, avec la tête tirée vers l'arrière et une grimace ridicule que le scientifique revient après son maladroit exposé. Peut-être est-ce un peu de sa faute à lui. En omettant délibérément les détails de son explication, il l'a fort probablement perdu. Tout-de-même, il ne peut s'empêcher de sentir une certaine déception naître en lui et ce, malgré qu'il ait déjà conclu que son visiteur ne présentait aucun atout qu'il lui aurait permit de comprendre ou voire s'intéresser au sujet.

      - Wow, fait-il enfin. C'est... touchant. Le monde est rempli d'mistères, c'est vrai. Comme des sphères de couleur qui tombent du ciel.

      La chute des bombes n'ont pas saisi Jack avec autant de grippe à son ventre que cette affirmation.

      - Je... je vous demande pardon?

      - Les couleurs... du ciel... qui tombent...

      Cela a toujours été un sujet sensible, pour sa famille. Aucun Cabot n'en parlait jamais, pas même entre eux. Il pose la question, malgré qu'en y repensant bien, les origines de l'accent de son interlocuteur se font plus précises dans sa tête, en y connectant cette déclaration :

      - Comment... êtes-vous au courant?

      - J'ai connu l'sénior d'une des branches éloignée d'votre famille. Alphoncio CHAbot.

 

      Des échoes de voix résonnent dans une caverne artificielle humide.

      - Moi, je dis qu'on laisse les Filles lui rouler sur le corps... chacun d'entre elles.

      - Non.

      - Alors on peut le faire découper par le Crew de duelbots.

      - Non.

      Porter Gage est dans un sacré pétrin.

      - Allons! Ou on pourrait le laisser se faire atomisé par les gatling-lasers de mes... nos sentry-bots! Ça fera moins de dégât, plus facile à balayer.

      - Tu t'entends parler? Ada serait pas fière de t'entendre.

      - Elle serait d'accord si elle avait vu ta figure. Et tu le sais très bien.

      Il n'a aucune idée de quoi ces gonzesses parlent. Il a ouvert les yeux depuis peu et elles s'obstinaient déjà sur son sort. Ce n'est pas exactement l'accueil qu'il a eu en tête, en se rendant à cette fille, quoiqu'il aurait peut-être pu s'y attendre. Elle ne l'a jamais porté dans son coeur, il le sait bien. De plus, il a quand même observé qu'à sa grande surprise, cette nana a des moyens! Sauf que ses connaissances en matière de robots ne sont pas très pointues. Il a rencontré son lot de machines meurtrières, durant sa vie de pillard, certes. Toutefois, il n'a jamais pensé faire ami-ami avec eux, ou même mémoriser leurs noms...

      - Il est réveilé. Tu perds rien pour attendre, salaud!

      ... ce qui rend leurs menaces un poil moins intimidantes, en fait.

      Gage a suivi son ancien projet jusqu'en dehors du Third Rail. Il... a du mal à se rappeler où ils allaient. La Patronne disait devoir "voir quelqu'un pour un boulot", selon ses mots. C'était supposé ne pas être trop loin dans Beacon Hills.

      C'est après qu'est tombé tout ce flou dans son crâne.

      - Écoutez, les filles... j'veux pas déranger, mais...

      Des chocs électriques passent dans ses bras. Les brûlures sont douloureuses, mais ce qui est le plus pénible, c'est l'hypertension de tous les muscles de son dos et sa poitrine. Ça et le souffle coupé. La sensation de douleur remonte jusqu'au cerveau et reste un certain moment après coup.

      - Je suis pas intéressé à t'entendre, Gage, s'impose la Patronne, avec sa façon de mâcher ses mots pour éviter de tirer sur ses cicatrices. D'ailleurs, tu parles beaucoup pour un mec qui s'est fait défoncer le larynx. Tu te souviens? (Elle se rapproche de Gage et lui souffle à l'oreille : ) Notre première rencontre.

      - Comment va ton nez? Et tout l'portrait, tant qu'on y est?

      Elle ne le frappe pas. Se redressant pour lui marcher tout autour, cette fille glousse avec un brin de prétention, presque du sadisme.

      Il n'y a pas que les chocs qui lui font mal. Gage est maintenu à genoux au sol, à l'intérieur de la petite cachette de ces deux connasses. Ses bras sont coincés derrière son dos, étirés de chaque côté pour faire comme une croix, par deux machines biens solides. Les robots sont sur des chenilles et doivent peser mille kilos, pour ce que ça peut lui faire. Porter Gage ne peut pas bouger sans que cela fasse atrocement mal. Il a essayé.

      La Patronne ne dit rien. Elle fait sa ronde comme un prédateur qui joue avec sa nourriture. L'autre cinglée le foudroie du regard. C'est sûrement elle qui a le doigt sur le bouton pour faire passer le courant, dans ce cas.

      - Alors, on se l'fait ce ménage à trois?

      Gage-a-entendu-dire-que-les-Disciplesaimaientbiensedonnerdescoupsdebatonsélectriques-quand-ils-aviaent-enviedes'envoyerenl'airc'estcomplètement con... quand on y pense... Sa langue a un drôle de goût acide, alors qu'il essaie d'avaler sa salive. Tant pis, elle n’a qu’à se répandre sur le sol avec la crasse et les taches d'huile. Gage va plutôt mettre tous ses efforts pour retenir son urine qui veut irrésistiblement sortir. Il n'avait jamais été torturé auparavant. Malgré qu'il n'y ait rien de plaisant dans la pratique, il s'imagine Nisha faire pire encore mais sans avoir une image tangible en tête, à défaut d’avoir un comparatif.

      La nana de la Patronne veut ré-appuyer sur le bouton.

      - Non nononon nononononon... D'accord. Je parle. Je dirai plus d'conneries et on va apprendre à bien s'connaître. Vous en faîtes pas.

      - Qui te dit qu'on veut t'connaître? fait la plus belle des deux.

      - T'es pas venu à Nuka World, toi, répond le prisonnier, avec un sourire en coin qui semble être péniblement agaçant.

      - Si j'y étais venue, fait-elle en s'avançant vers lui pour lui mettre le doigt sous le nez, folle de rage, j'vous aurais jamais laissé lui faire tout s'que vous lui avez fait!

      - Mais tu y était pas, ose Gage avec une agressive insolence.

      - Ça suffit, vous deux.

      Maman a parlé. La gamine fait quelques pas en arrière, retirée dans une drôle de timidité. La Patronne revient en face de Porter. Son visage est fermé de toute émotion. C'est dangereux, ce genre de visage, ce dit le prisonnier.

      - Pourquoi t'es là, Gage? Si t'as vraiment quitté Nuka World, la planète est vaste... tu aurais dû quitté le secteur, pour éviter de te retrouver avec du plomb dans la tête. Et pourtant te voilà! Soit tu as vraiment pas beaucoup d'imagination, pour tourner autour de ce que tu connais, ou... t'as un objectif. Alors pourquoi t'es vraiment là?

      Gage s'oxigène le cerveau un peu avant de rép...

      ... ... ...

      En se réveillant, Porter sent une odeur désagréable monter de ses jambes, maintenant toutes chaudes. Sa tête, alors très lourde, se fait manipuler par la poigne de quelqu'un d'autre. Les mots qu'il entend sont des échoes étouffées, mais étrangement proche de ses oreilles.

      - ... gage, je vais -as -'laisser l'-emps d'éla-orer un menso-ge. -u vas... (Gage reçoit une bonne claque en pleine face, incontestablement) GAGE! Tu vas sortir la première chose qui t'viens à l'esprit. Si ça m'plait pas, on va te griller les neurones jusqu'à ce que ça sonne vrai.

      - Pour c'que j'en sais, y'a peut-être plus d'Nuka World, vaffoulle ce dernier, toutefois compréhensible.

      Gage risque un regard, malgré qu'il a peine à se concentrer. La Patronne n'a pas l'air convaincue. Soudainement, plus comme un réflexe du corps que par un sentiment assumé, il se met à avoir très peur d'être électrocuté à nouveau. Il n'a plus envie de dire de conneries ou faire de l'esprit.

      - J'espère que t'es pas cinglé au point d'aimer ça, vieux con.

      Non,  non non non non...

      - Attends! C'est vrai, putain! Quelques jours après ton départ, des monstres sont entrés dans Nuka... nuka Town.. Ils ont bouffé pas mal de monde. Je sais même pas... je sais même pas qui est encore en vie. Je sais même pas si...ils ont buté le reste de ces choses. J'ai eu une chance de me tirer de là et je l'ai saisi.

      - Pourquoi? Tu t'y plaisais tellement, dans c'trou à rat.

      - Quand t'as fichu l'camp, les Familles voulaient ma peau. Les Opérateurs m'ont gardé un temps, mais c'est parce que Mags avait quelque chose en tête. J'ai fais c'qui fallait pour survivre, poupée.

      Le choc suivant lui fait serrer les dents sur sa langue tellement fort qu'il eut peur de la couper.

      - Arrête! averti une voix, probablement à la main qui l'a encore zappé et pour aucune raison, cette fois. Gage. T'es toujours là?

      - Ouais... soupire péniblement Porter. J'dis la vérité.

      - J'veux bien... Ça me dit toujours pas pourquoi t'as choisi de me suivre.

      Oui, pourquoi? se demande le pillard. Il n’y a pas vraiment réfléchit. Tout au long du chemin, alors que l’épuisement se faisait sentir et que ses jambes marchaient toutes seules, il ne faisait que se rappeler à quel point cette femme était coriace. Une Vraie-de-Vraie, pour reprendre l’expression fétiche de RedEye.

      - Je suppose que... mon instinct m'a conduit ici, finit Gage du bout de la langue.

      Il avait parlé automatiquement, comme possédé par la franchise, alors qu'il se trouvait clairement perdu dans sa tête. Il n'a plus rien à donner, maintenant. Il peut mourir ou survivre à cela aussi. Ça lui est égal, en ce moment. Il boirait la planète entière avec une paille et se ferait un bon bol de nouille avec des tranches de cerfs à deux têtes; s'il avait les mains libres.

      - Laissez...moi partir...si j'vous suis-p’us utile à riiieen...

      Gage ressent relâcher la pression qui retenait ses bras. À l'instant où sa tête touche le sol, il n'est plus là.

 

      Isabel n’est tout simplement pas d'accord.

      - Pourquoi tu me laisses pas l'tuer?

      - Tu veux vraiment que je réponde à ça? Tu oublis à quel principe on tient?

      - Y'a clairement une différence, là. C'est un pillard. Et on tue les pillards. Surtout après ce qu'ils t'ont fait, merde! Je piges pas. Et on vient pas de le torturer, juste là?

      N. affiche des indices de combat intérieur. Malgré cela, elle semble vouloir tenir sa décision. Elle a vécu un enfer dont on ne revient pas, d'ordinaire. Elle va en garder un douloureux souvenir pour le restant de ses jours. Pire encore, on va partir à sa recherche et ce ne sera pas pour lui offrir une couronne, cette fois-ci.

      - Je veux pas de ce connard chez nous, N. C'est loin d'être... sécuritaire. Encore moins éthique. On garde pas en vie une menace potentielle pour l'humanité.

      - Et tu crois que je fais vraiment ça par sens morale?

      - Eh bien, fait Isabel, confuse... Tu... tu as parlé des principes auxquels...

      - J'croyais que ce serait plus facile pour te faire battre en retraite, en disant ça. Et tu devrais jamais oublié ça, quand tu parles de tuer des gens. Tu dois toujours te poser la question à savoir ce que ça va te coûter de faire ça. Tu sais ce que ça m'a coûté de tuer les hubbologistes.

      - C'est quand même différent. Mais bon... si c'est pas pour ça qu'on le garde en vie, c'est pour quoi?

      - Un jour, on va avoir la visite de ces merdes de Nuka World. Si Gage nous a trouvé, rien ne dit que personne d'autre ne le fera.

      - Raison de plus pour s'en débarrasser. S'ils arrivent jusqu'à nous, on va avoir plus d'un pillard à surveiller. On aura l'air de quoi s'ils le libèrent?

      Isabel est surprise d'être arrivée à penser à cela par elle-même. Visiblement, N. aussi. Elle ne se considère pas comme une idiote, loin de là. Mais encore une fois, son ancien tempérament l'empêchait souvent de réfléchir plus amplement à toutes les conséquences de telles ou telles actions. Encore moins lorsqu'elle devait défendre un point. C'est l'une des raisons pour laquelle elle s'était créé l'alter-ego du Mécaniste. Droit, juste et têtu. C'était plus une façon de protéger son propre esprit que de défendre le monde contre les autres. Et voilà où ça l'a amené: à la honte.

      Prenant finalement compte de la similitude entre les deux circonstances, Isabel voulu écouter le raisonnement de N. Après tout, son amie avait fait preuve de sa sagesse plus d'une fois.

      - Oui, mais je préfère prendre ce risque, répond N. Car si on se retrouve devant une petite armée de pillards, on va avoir besoin de s'acheter du temps pour contre-attaquer. Gage est notre monnaie d'échange. De plus, ils le voudront mort, lui aussi. Il pourrait très bien finir par être un allié pour nous. Un allié qui connait très bien la façon de fonctionner de ces salauds.

      C'était toute à fait logique, sauf qu'ils ont une armée de robots, elles. Isabel n'est pas entièrement convaincue. De plus, pour elle, pillard un jour-pillard toujours.

      - Bon... d'accord. Je veux bien... Mais là, on fait quoi?

      N. ramasse ses affaires, armes et provision, et explique:

      - Je vais aller voir les Cabots, nos clients. Tu l'as dis toi-même, il faut pas laisser passer cette chance de travailler. On s'est fait une réputation, dans l'coin, et ça pourrait être un atout autant qu'une erreur, devant les hommes de Nuka World. Quoiqu'il en soit, je sais où aller. On verra ce qu'il en ressort.

 

      L'entrevue avec le jeune homme du nord, et non du sud, repasse encore dans la tête de Jack Cabot comme un mauvais vinyle qui saute sur les mêmes notes. Ils ont parlé longuement de la famille de Jack, mais lui n'a pas su grand chose sur son visiteur mis à part qu'il s'appelle Nyme. Il aurait croisé le chemin de parents éloignés de Jack : Alphoncio et Jacques Chabot, les deux derniers survivants de cette branche de la famille. Le garçon a fait une blague idiote sur la ressemblance entre son nom et celui de son cousin. Ce qui a irrité Jack intérieurement. Il s’est repris en affirmant qu’un ami à lui s’appelait aussi Jack. Puis vint un silence gênant.

      Cabot a cherché à savoir la nature de leurs rapports. "... ça s'est pas super très bien passé, t'sais", a-t-il en simplement dit. Puis, le jeune homme a posé plein de questions sur les liens que les Cabots entretenaient avec eux. Jack lui a dit enfin que son pères était  sur une citée enfouie dans les déserts d'Arabie. Il en a ramené des artefacts puissants qui n'étaient pas conçus pour être utilisés par des humains. Chabot, lui, a travaillé à dupliquer artificiellement sa trouvaille. À la grande stupéfaction de Jack, il connaissait cette partie des recherches de ses aïeux. Il a décrit certains de ses pouvoirs et ceux-ci ressemblaient à ceux partagés par Lorenzo, le père de Jack. Ce qui a séparé les deux parents, une différence idéologique majeure, c'est l'avarisme d'Alphoncio envers sa famille face à ses propres découvertes.

      Parce que les Chabots étaient parvenus à mettre la main sur une de ces pierres tombées du ciel, il y a plusieurs siècles de cela. Son pouvoir semblait être la clé d'une puissance destructrice hors du commun.

      Tout cela mis de côté, le scientifique avait besoin d’un coup-de-main pour les sortir d’un  pétrin apparent. Il l’a donc engagé pour faire un boulot important. Pour en savoir un peu plus sur lui et ses intentions, également.

      -  Jack, Emogene n'est pas revenue depuis un moment. Je veux qu'Edward parte à sa recherche.

      Wilhemina Cabot, la mère de Jack, choisi toujours ses moments et venir le tirer de ses pensées, juste pour le harceler.

      - Non, mère.

      - La pauvre enfant est perdue quelque part, et tu ne vas rien faire?

      Emogene est une jeune femme qui s'ennuie dans cette vieille maison, entourée d'instruments compliqués, et sans parler du silence. Alors elle sort de temps à autre et lorsqu'elle ne revient pas après une semaine, Wilhemina devient impossible. Son instinct maternelle lui fait oublier ce qu'Emogene est capable, ce qu'elle a fait à Anderson, dés les première années de leur ermitage. Mais la raison de l'hystérie de Madame Cabot est moins complexe que cela encore: c'est aussi une femme qui s'ennuie lorsqu'elle est seule avec son fils.

      - Mère...! J'ai du travaille et il se peut que les choses se soient agravés, tout dernièrement.

      - C'est inacceptable, ta soeur a disparue et je veux qu'on la retrouve.

      - Elle n'a pas... disparue, mère! s'emporte Jack, sentant des fissures commencer à se former autour de sa patience.

      - Sais-tu où elle est?

      Comment ose-t-elle user de son autorité parentale pour exiger des sottises en ces temps si précaires, se dit Jack. Mais il a l'âme têtue d'un Cabot et ne compte pas la laisser gagner ainsi.

      - Non, mais ça ne veut pas dire...

      - Ta soeur a disparue et je veux qu'on la retrouve, répète cette vieille chippie en appuyant sur la fin de sa phrase de sa voix raillée. À quoi nous sert Edward si ce n'est garder notre famille en sécurité?

      - Je serais heureux d'envoyer quelqu'un à sa recherche, m'dame, coupe ce vieux loup d'Edward, raclant une voix rauque à lui du bas de l'escalier qui mène au laboratoire où se trouvent les Cabots. C'n'est pas un...

      Edward Deegan est le plus vieil employé de la famille Cabot encore en vie. C'est aussi ce que les contemporains du Commonwealth appellent une "goule". L'exposition aux radiations atomiques des bombes ont dégénéré les cellules de sa peau sur tout son corps, lui donnant un aspect grotesque de cadavre putréfié figée dans le temps. Pour une raisons que Jack n'a pas encore découvert, le vieillissement d'Edward semble s'être arrêté. Ce qui lui a permit de rester au service des Cabots des années et des années. Contrairement à son homologue sauvage que l'on retrouve parfois éparpillé en groupe dans les zones populeuses de Boston, plus encore vers Lexington, Edward ne ferait pas de mal à personne à moins d'y être forcé. Il est souvent calme, alerte, discipliné et méthodique. Il se tient toujours dans le dos des invités de la maison par réflexe, au cas où ils voudraient se montrer agressifs.

      - Mère! Edward a bien autre chose à faire que d'envoyer quelqu'un trouver Emogene, encore!

      Jack refuse de démordre et le fera probablement à tout jamais. Il en a assez de prendre le rôle de chef de famille quand des considérations bien plus importantes sont en jeu. Cette mention des Chabots de la part d'un parfait étranger pourrait perturber tout ce pour quoi il a travaillé toutes ses années durant.

      - Emogene est quelque part dehors, peut-être même morte dans un fossé. Et tu t'en fous royalement!

      Sa mère non plus n’en démordera pas, faut croire.

      - Je ne vais pas interrompre ce que fait Edward parce qu'Emogene a décidé de se trouver un autre amant, tranche Jack en lui tournant le dos, voulant conclure cette exaspérante conversation.

      - Comment oses-tu parler de ta soeur ainsi?

      - Si elle tenait à nous faire savoir où elle est allée, ce que je doute avec ferveur, elle nous l'aurait fait savoir.

      Le fils sait que cela fera fortement réagir sa mère. Car cela implique que sa fille ne voulait plus être parmi eux, voire qu'elle en est venue à les haïr. Cette pensée est insupportable pour la vieille dame. Jack a souvent assisté au spectacle de Madame Cabot, complètement saoule, radotant que sa fille chérie ne l'aimait plus. Les Cabots est une famille distinguée et ne se rabaisse pas dans ce genre de travers par colère, d’ordinaire. Sauf qu'à cet instant, la perspective de blesser sa mère suffisamment pour qu'elle veuille le laisser tranquille durant un siècle, soulage grandement Jack. Ce eut toutefois l'effet inverse.

      - J'insiste pour que tu envois quelqu'un après Emogene.

      - C'est une femme adulte. Elle est parfaitement capable de s'occuper d'elle-même (voulant encore une fois faire référence à ce qu'elle a fait à Anderson, un de leur ancien employé).

      - Jack, j'vais m'en occuper, fait Edward.

      Durant toute cette dispute, Jack n'a pas entendu la sonnerie à la porte. Du moins, il n'y a pas fait attention. Quelqu’un avait pénétré la propriété pour prendre contact avec eux sans y avoir été attendu. C'est ce que Jack a cru, au départ. Edward l'a fait entrer, malgré que ce n'était pas son genre d'introduire des étrangers dans la maison avant aujourd'hui. Mais bien sûr, il se tenait derrière cette personne. Une femme, probablement dans la trentaine. Elle porte des vêtements poisseux, un jeans noir avec un t-shirt qui aurait déjà été blanc à une autre époque. Comme autre artifice vestimentaire, un étui à pistolet est attaché à sa hache et une ceinture à poches est suspendue de travers sur le haut du corps. Ses armes sont un pistolet .10mm et un fusil peint de toutes les couleurs. Mais tout cela n'est sensiblement pas impressionnant, en comparaison du reste de sa personne. Jack a pris un bon moment à l'observer, assez longtemps pour être remarqué et voire intimider la jeune femme. Ce n'est même pas sa chevelure rouge, bien plus que roux, qui l'a saisi le plus. Ce sont les cicatrices qui lui parcourent le visage. Elles semblent relativement récentes et elles n'ont pas été faites par une patte animale, visiblement. Même Wilhemina eut un soupire de terreur en la voyant.

      - Grand dieu, ma pauvre enfant, mais que vous est-il arrivé!? sympathise la vieille dame Cabot en s'approchant d'elle avec réticence, n'osant pas la toucher.

      Jack n'est toutefois pas convaincu. Ce genre de trait est plus souvent observé chez les pillards et autres dégénérés des terres désolées. Ils n'ont pas besoin de ce genre de vermines à leur service.

      - Qui est-ce Edward?

      - C'est la femme dont je vous ai parlé. Elle est à la tête des Mécanistes.

      Il a entendu ce nom, et les histoires qui l'accompagnent.

      - Ah! Finalement. Vous êtes celle qui a porté un grand coup aux Rust Devils, récemment. Ça a fait du bruit, même jusqu'ici, je dois dire.

      - Qu'est-ce que c'est que cet endroit? demande-t-elle, comme si tout le reste n'avait aucune espèce d'importance.

      Elle jette un regard assumé à toute la maison tout en posant sa question. Ce Nyme lui a posé la même et alors Jack finit par comprendre que l'état de conservation de leur demeure attire toujours l'attention. C'est une chance qu'ils aient plusieurs robots qui gardent l'entrée, dont un modèle Sentry-Bot qui porte une curieuse attention à l’entretient de ce qu'il reste de leur pelouse.

      - Ceci est la maison de mes ancêtres. Les Cabots ont toujours vécu ici, ce longtemps avant la Grande-Guerre. Si vous voulez savoir pourquoi nous sommes toujours ici, alors que Boston est dans un tel état... eh bien, ce n'est pas une histoire que l'on ne raconte pas à n'importe qui.

      Jack demande à Edward d'escorter sa mère hors de la pièce avant que sa sympathie pour cette "pauvre enfant" ne lui fasse radoter quelque secret bien gardé. Elle a protesté, bien sûr, clamant qu'elle voulait le retour de sa chère Emogene. Edward a répété qu’il s’en occupait. Elle a remercié leur fidèle garde-du-corps et l'a suivi, non sans ajouter que Jack devrait être aussi dévoué que lui. Ce dernier soupire son désarrois mais s'en retrouve hautement soulagé, finalement. Il est débarrassé de sa mère et son accaparante solitude.

      - Edward ne devrait pas se plier à ses demandes, fait-il à la nouvelle venue. Cela va la rendre plus impossible à gérer, la prochaine fois.

      - Je suis certaine qu'il ne fait que son travail.

      - Certainement. Ce qui nous amène à vous. Le contrat pour lequel je voulais vous engager a été pris par quelqu'un d'autre, je suis navré. Mais peut-être pouvez-vous vous occuper d'Emogene. C'est ma soeur, comme vous pourrez vous en douter. Elle est... plutôt volatile. Impulsive.

      - De temps à autres, elle fuie la maison, reprend Edward à son retour, souvent pour un nouveau petit-copain. Quand ça arrive, j'envois quelqu'un pour la ramener.

      Jack en profite pour les laisser tous les deux discuter de la suite des évènements et va se couler un verre de bourbon, voire toute une bouteille.

      - Vous savez où elle a pu aller?

      Edward ne remarque qu'à cet instant l'accent plus sophistiqué de cette femme, par rapport aux illustres sauvages du coin. Il décide de ranger cette information quelque part en lui et poursuit.

      - Non, mais elle ne devrait pas être difficile à trouver. Elle passe le clair de son temps à GoodNeighbor; au Third Rail, le jazz...

      Il s'arrête là en se disant qu'elle devait connaître parfaitement l'endroit, puisqu'ils devaient s'y rencontrer. Edward réalise que les pré-occupations pressantes de ses employeurs commencent peut-être à jouer sur sa concentration. Ce qui n’est pas une bonne chose.

      - Quelqu'un de là-bas sait probablement quelque chose. Elle n'est pas reconnue pour tenir sa langue.

      - Et si elle ne veut pas revenir à la maison?

      Et puis il y a cette vivacité d'esprit. La goule commence rapidement à se poser des questions sur cette femme, même si ce n'est peut-être pas l'endroit ni le moment... enfin, peut-être un peu plus d'endroit, quand même.

      - Évidement, étant un futur membre de la famille - oui, c'est ainsi que les Cabots traitent ceux qui travaillent pour eux - vous pourrez pas juste l’assommer pour la traîner jusqu'ici par les talons. Je vous recommande vraiment pas d'essayer, de toute manière. D'ordinaire, quand j'en suis à envoyer quelqu'un, elle s'est ennuyer avec tout le truc et elle est prête à revenir.

      Les yeux d'un gris livide de son interlocuteur se fixent soudainement vers un horizon qui ne se trouve pas dans cette pièce, ni dans cette réalité.

      - Mais... je suis sûr qui vous viendra une bonne idée de comment régler ça. Votre associé dit que vous êtes pleine de ressources.

      Sur ses mots, Edward sort rejoindre Jack au salon, en bas des marches. Il tape sur l'épaule de la jeune femme au passage. Celle-ci n'a pas encore bougé, ni de corps, ni du regard, au moment où il va franchir la porte. Il lui reste un détail à régler, cependant.

      - C'est quoi votre nom?

      Sortie de sa torpeur, la femme répond:

      - N... Vic, désolé.

      - Heureux d'vous rencontrer, N'Vic, fait-il en plaisantant.

Part. 3

Révélation

      Cabot Junior, assis dans un coin de son laboratoire, cherche la quiétude dans ses réflexions. La folie de son père, l'attaque sur la cargaison de l'Institut Parsons, l'origine de cette cargaison et ce qu'il doit en faire, puis les Chabots et ce jeune homme qui en a fait référence... Son esprit est si occupé par ces questions qu'il n'arrive plus à travailler. Il n'a guère plus le temps à consacrer à la "disparition" de sa soeur. En fait, c'est le retour dans le passé et celui de sa famille qui le met dans un pénible état de léthargie.
      D'où vient ce Nyme? Du territoire canadien annexé, sans aucun doute. Les provinces de l'est du pays étaient les seules à avoir l'avancement technologique pour rivaliser avec les grands noms du CIT (le Commonwealth Institute of Technology). Tout cela grâce aux Chabots et à leur générosité. C'est ce qui a d'ailleurs divisé les deux seniors la famille. Lorenzo ne croyait pas en le partage de leur découverte avec le reste du monde. Alphoncio ne croyait pas au partage des percées faites sur celle-ci avec sa propre famille. Pas que le père de Jack en eu besoin.
      Pourquoi ce Nyme était-il ici? Que cherchait-il vraiment? Quels étaient ses liens avec Alphoncio et Jacques Chabot? Tout ce que Jack sait c'est que leurs échanges ne s'étaient pas bien passés. Alors que venait-il faire ici? Il cherchait probablement à entrer en contact avec Lorenzo. Mais alors pourquoi? Était-ce Alphoncio ou Jacques qui l'avaient envoyé? Après tout ce temps, étaient-ils finalement après la source du pouvoir des Cabots pour conclurent leurs expériences leur fameuse pierre de l’espace? Jack a ensuite suggéré à lui-même qu'il était peut-être ridicule de croire que Nyme était à la solde des Chabots. Si cela s'était mal passé, selon les mots exactes du jeune homme, alors peut-être qu'il les avait vaincu et voulait le pouvoir des Cabots à lui seule. Ce qui tombait encore moins sous le sens. Il est impossible de tuer un membre de leur famille. Entre la force surhumaine et le pouvoir sur la matière, approcher un Cabot, encore moins un Chabot, relève du suicide. Et même si cela restait possible, c'était sans compter le pouvoir qu'ils ont sur les esprits qu’avaient ses les parents éloignés de Jack.
      Edward entre au moment le plus désespéré de sa tentative de prise de conscience. Il voit son employeur dans un tel état d'inquiétude qu'il s'approche pour poser une main sur son épaule.
      - Tout va bien, Jack?
      - Hum? Oh... oui... enfin... Je ne peux pas avancer plus amplement sans le reste de la cargaison. Et il y a cette histoire avec Emogene...
      Découragé, Jack prend congé de son tracas pour se centrer sur le présent.
      - Avons-nous des nouvelles de Parsons?
      - Ouais, on en a. 
      - Et alors? fait Cabot, avec lassitude.
      - Ce sont des pillards qui ont attaqué le courrier. Il semble qu'ils aient pris tout c'qu'il y avait.
      - Ce sont de très mauvaises nouvelles. Notre réserve est dangereusement basse. Je suppose qu'on devra faire avec ce qu'il nous reste jusqu'à la prochaine livraison. 
      Cette information n'aide pas Jack à se remettre de ses précédentes pré-occupations. Il décide que, comme les deux circonstances sont en quelque sorte liées, il devrait demander:
      - Ce garçon n'est pas revenu? Je n'ai pas entendu la porte.
      - Non. Il est resté là-bas. Après qu'il se soit occupé des premiers pillards, d'autres seraient arrivés entre-temps. Ils ne sont pas hostiles pour le moment, et nos hommes non plus. Maria dit qu'ils ne sont pas assez pour faire face à la bande. Pour ça elle réclame mon aide.
      - Parson est à plus d'une demi-journée de marche d'ici.
      - Maria a dit que le jeunnot a envoyé un véhicule pour me prendre.
      - Un véhicule?
      Quel genre de véhicule serait encore en état de marche, en ces temps troubles où la plupart des technologies sont tombés H.S., se demande Jack. Cela ne l'aide pas à renforcer sa confiance envers ce Nyme. Il a définitivement des moyens supérieurs, pour le type d'individus qu'il prétend être, et il ne met pas cartes sur table. Mais au point où ils en sont, a-t-il vraiment le choix? Peut-être pourrait-il envoyer cette femme Mécaniste à la réputation glorieuse pour couvrir leurs arrières. Sauf que même elle n'a pas une tête à attirer la confiance.
      - Soit. Dés que ce "véhicule" sera là, tu n'auras qu'à te rendre là-bas pour les assister. Évitez le conflit autant que vous le pourrez et...
      Le regard de Jack se fait plus sérieux alors qu'il creuse droit dans le conscient de son employé, espérant peut-être y laisser ses ordres dans une partie plus profonde encore de son esprit:
      - ... surveille bien ce garçon. Nyme. Il est peut-être porteur de bien pires nouvelles encore et n’est pas ici par hasard.

      Isabel a fait mettre ce Gage dans l'une des cages, rangées à l'étage supérieur. Elle ne comprend pas pourquoi N. tient à le garder en vie. Ces salopards se sont clairement montrés extrêmement rusés et dangereux. Il lui a pourtant clairement dit qu'il était parvenu à la suivre durant ses allés et venus et découvrir l'entrée de leur repère. Si ce mec parvenait à se libérer, il n'hésiterait probablement pas à les tuer dans leur sommeil. Robots ou pas robots. Ça inquiète lourdement la roboticienne, qui a un tempérament anxieux de nature.
      En ce moment, c'est lui qui dort et elle, elle est seule. N. est allée voir leurs futurs clients: les Cabots. Isabel a entendu des histoires sur eux. Leur demeure est très vieille et apparemment encore intacte, malgré les deux-cent ans de fin-du-monde qu'elle a dû traverser. Certains disent que la famille n'existe plus et qu'en fait, la maison est gérée par une intelligence artificielle composée de chacun des Cabots qui vivaient avant la Grande-Guerre. Ce qui expliquerait la présence des robots devant l'enceinte. La rumeur la plus amusante est celle où la maison serait en fait hantée. Que lorsqu'on y entre, voire qu'on s'en approche, on est automatiquement aspiré dans la dimension des fantômes et qu'on n'en ressort pas. Et si on y parvient, on est changé en goule au service de la demeure et on erre dans le wasteland à la recherche d'âme pour nourrir le bâtiment. C'est définitivement son histoire préférée. Ceux qui disent cela ne savent pas que la maison est gardée par des robots.
      Un échoe vient aux orielles de la jeune recluse par-delà les cliquetis que font ses robots-brains sur les leurs machines. 
      - Vous entendez ça, les Filles?
      Ses amies mécaniques ne sont pas très bavardes. Malgré que ce soit de vrais cerveaux humains flottant dans les bocaux qui soient à la sur de leur processeur, Isabel n'est pas encore arrivé à les faire parler ou exécuter plus d'une tâche à la fois. Et avec tout ce problème "Mécaniste" du dernier mois, elle n'y a pas consacré beaucoup de temps. Alors c'est sans réponse préliminaire qu'Isabel part investiguer la source du bruit. Elle comptait aller se coucher, mais décide de s'armer de courage et d'un Duelbot pour y jeter un oeil.
      La grande salle principale de son entre est toujours pareille: spacieuse avec un plafond haut, sombre et humide. On peut entendre de métal de l'échaffaudement grincer, de temps en temps. Après un certain moment de silence rassurant, des pas traînant ont retentit à l'étage supérieur. Isabel sursaute et se prépare mentalement à appuyer sur le bouton d'autodestruction de la base; si seulement il y en avait un.
      - AllÉÉÉ!! Sortez-moi d'là! crache l'échoe qu'elle a entendu, tout à l'heure.
      Isabel s'en veut de s'être laisser emporter par l'angoisse pour ça. Elle décide donc de monter exprimer à ce Gage tout son agacement.
      L'homme tourne dans sa prison comme un Écorcheur en cage. Tout aussi comme ce monstre aux griffes mortelles, son dos est voûté et son pas est lourd. Le pauvre enfant chéris veut rentrer à la maison alors qu'il arrive à peine à traîner tout son corps.
      - T-tu la fermes, oui? bégaye la roboticienne avec une autorité maladroite.
      Elle essaie de retrouver son courage de la veille, mais le discours de son amie N. sur le bien et le mal l'a beaucoup plus fragilisé qu'elle ne le croyait.
      - Écoute... petit... on peut encore s'parler en adulte...
      - Tu-la-fermes! J'ai… pas envie de remonter t-te le répéter.
      - ET MOI J'AI PAS ENVIE D'AVOIR À T'SUPPLIER! T'as... deux choix ici. Soit tu m'libères... et j'disparais, hein? Sans déconner. J'compte pas... réapparaître ou quelque chose du genre.
      - J'ai pas confiance en ta tronche… de con, tranche Isabel, définitivement plus insolente que courageux, mais ça fait l'affaire dans son coeur.
      - ÉCOUTE! Soit tu me libères... soit tu m'tues. Aussi simple. Je f'rais pas long feu, dehors, si j'reste dans le coin de toute façon. Mais j'rest'rai pas enfermé... tandis qu'une de tarés de Nuka World... se rapproche d'ici – vous m’avez fait quoi, bordel!?
      - Ils nous trouveront pas ici, affirme Cruise, tout-de-même un peu inquiète.
      - Ça m’a pas pris une vie entière, à moi.
      - T'as eu d'la chance. Et dailleurs, je te tuerai pas. On ne fait pas ça, ici.
      Le pillard fini par s'effondrer au sol, tout au fond de sa cage. Il pouffe un léger rire d'épuisement, probablement face à ce qu'Isabel vient de dire.
      - C'est pas toi qui voulais me faire piétiner par les robots...? pour ensuite presque me faire électrocuter à mort!?
      "Ada serait pas fière de t'entendre..."
      Ce sale con vient de touché la corde la plus sensible d’un violon désaccordé. Le souvenir de sa honte est foudroyant tel que se brancher le coeur directement sur une pile à fusion. Hier, son amie N. lui a rappelé qu'il n'y a pas si longtemps, Isabel a massacré des gens innocent. C’est trop lourd pour elle et ses yeux, qui se remplissent jusqu’à éclater en sanglot.
      - JE SUIS PAS UNE FOLLE, T'ENTENDS? JE SUIS PAS COMME TOI, MOI. JE... J'AI PAS TUÉ POUR LE PLAISIR. ET JE LE REFERAI PLUS JAMAIS... VU?
      Ce Gage reste impassible. Il en a vu d'autre avant de leur trancher la gorge, fort probablement. Et pourtant, cette fois, c'est lui qui s'est retrouvé du côté dangereux de l'arme.
      - Ici, c'est le seul endroit où je me sens à sécurité des autres. Et le pire dans tout ça, tête de noeud, c'est que vous cette base vous protège aussi de moi. J'ai déjà voulu jouer les héros, tu sais, et ça a mal fini. Tellement de gens... tellement d'innocents sont morts! Et le pire dans tout ça, c'est que j'en savais rien. Que dalle! Ce sont mes robots qui parcouraient le Commonwealth en tuant tous les humains qu'ils voyaient. Ils étaient persuadés d'avoir les bonnes directives, d'agir selon ma programmation. Je suis resté ici et j'ai supervisé les opérations depuis des ordinateurs. Quand on m'envoyait des messages disant que des cibles avaient été engagés... et détruites... je me disais "bon débarras". Pour moi, c'était encore des gens dangereux qui venaient de disparaître. Puis les messages sont devenus de plus en plus fréquents. J’ai trouvé ça bizarre, au début, mais j’en ai pas fait un cas. Je voulais tellement voir des merdes comme toi balayer le plancher! Merde! Je sautais sur place et levais les bras en l'air... (Isabel fait tout ce qu'elle peut pour étouffer ses pleures afin de continuer à parler)... d'excitation...! J'étais toute heureuse de voir des gens innocents mourir! Mais je savais pas... je savais pas que mes amis tuaient ces gens... J'avais pas de moniteurs pour capter les images... Alors ils ont juste continué à mourir, et à mourir… et à mou-rir…
      >>Et puis... elle est arrivée chez moi. Elle est passée par la porte de derrière et m'a mis une arme sur la tête. Moi, je croyais être en sécurité, entourée de robots. Mais elle a déjoué toute ma défense et m’a braqué un putain de flingue sur la nuque! Elle m'a dit que mon règne de terreur était terminé. Mais tout ce que j'voulais, c'était être une héroïne. Je voulais sauver les autres. Même si certains devaient crever.
      >> Elle m'a pas tué. Elle aurait eu le droit... J'ai compris pourquoi elle était là. Ada, un robot qui l'avait suivi et aidé à ouvrir les portes de ma base, avait perdu tous ses amis humains à cause de moi. Elle aussi aurait eu le droit de réclamer sa vengeance... sa justice. Mais c'était trop tard. Alors j'ai laissé le costume du Mécaniste et elles m'ont pardonné... toutes les deux... même Ada. Elles m'ont fait arrêter le massacre, même s'il reste encore des robots-brains rebelles qui courent dehors, avec d'autres modèles, et tuent encore des innocents. Alors non, j'ai pas vu votre Nuka Monde de Merdes! Mais vous avez pas vécu le génocide des Automatrons. Vous savez pas ce que c'est de faire mourir autant de gens juste en appuyant un bouton, loin des faits. Vous, vous savez qui vous tuez, et bang! c'est fait. Moi, il restera toujours ces moments... les moments où... je vais m'imaginer ce que ça dû être, pour tous ces gens, ou ce que j’aurais pu faire pour les sauver. Je me pose parfois la question du combien. Et le pire... dans tout ça... j'ai encore les registres! J'ose pas regarder. J'ai essayer de lire quelques lignes et... je peux pas, sachant que ces gens ne l'avaient pas mérité. Alors toi...! Tu viens pas me faire la leçon. Ok?! (Elle donne un grand coup-de-pied sur les barreaux de la cage) OK?!!
      Il s'est ensuite installé un certain silence entre les deux, seulement bercé par la respiration haletante d'Isabel. Gage la fixe droit dans les yeux. Elle tient son regard par le seul pouvoir de sa colère. Puis il soupire et retire son cache oeil ridicule pour se frotter les yeux.
      - Écoute... je suis désolé.
      Puis, Isabel revient à la charge pour porter le coup de grâce.
      - Vous avez presque brisé une femme incroyable. L'une des plus dures de cette planète empoisonnée. J'ai peur de que comment ça pourrait finir, si elle pète les plombs. Et tu devrais aussi. (Puis elle repense au moment qu'elle et N. ont partagé, à son retour, mais aussi à ses moments d’angoisse qu’elle dit avoir parfois) Que ça te monte pas à la tête, mais... merci aussi. Elle ne s'était jamais ouverte à personne, avant Nuka World. Ça commençait à m'inquiété un peu. J'pense qu'elle a perdu ses proches. Elle fait parfois un cauchemar où elle cri leur noms. Peut-être qu'elle va m'en parler, maintenant.
      Isabel ne tient pas à entendre cet homme ajouter quoique ce soit. Alors elle sort et le laisse à son emprisonnement.    

      Magnolia est la flamme du Third Rail. L'ancienne station de métro a juste l'acoustique qu'il lui faut pour porter sa voix et frapper sur les murs en alcove de pierres et de béton, puis revenir caresser les oreilles des désoeuvrés qui viennent échouer au bar. Cet amour que la diva du bon voisinage partage avec la scène bat aussi dans les coeurs de son auditoire. Cela déplaît quelque peu Whitechapel Charlie, ou juste "Charlie" pour les habitués, car cela veut dire que les clients ont moins envie de boire. Juste quelques verres et un chant rempli de douceur, saveur Magnolia, suffit à bon nombre d'en eux.
      Justement, c'est en finissant sa chanson sur GoodNeighbor que la chanteuse vit entrer son amie des terres désolés. Jamais elle lui avait demandé son nom, parce que ça n'a jamais été nécessaire ou voire important. Magnolia a connu cette survivante à travers plusieurs de ses changements, pour les quelques fois où elles se sont vues. Elle a remarqué ce tout dernier, quand elle est passée plus tôt. C'est avec grande tristesse qu'elle a posé les yeux sur le visage déformé de cette grande guerrière du wasteland. La violence laisse toujours sa patte quelque part et trop peu y échappent.
      Une fois la chanson finit, elle a prit les applaudissements chaleureux de ses fans et elle va rejoindre son amie à sa place sur un tabouret, juste en face du Mr. Andy grincheux qu’on appelle tous "Charlie". À son approche, les yeux de la pauvre enfant retroussent leurs arcs vers l'extérieur. Magnolia arrive à sentir le flux neuronal qui hantait son cerveau, l'empêchant de garder ce contrôle qu'elle affichait d'ordinaire.
      - Ma pauvre chérie, fait Mamagnolia en la prenant dans ses bras.
      La jeune femme se met alors à bafouiller avec une voix tremblante, en pleure, tandis qu'elle vide son sac.
      - J'étais paralysée... j'ai quelque chose dans ma tête... quelque qui va pas... je... vais pas bien. Je sais pas... si ça va s'arran...s’arranger...
      - Shhh... sh.... Ça s'est déjà arrangé. Tu es là. Tu as retrouvé ton chemin, non? Ça veut dire que ta tête n'est pas perdue.
      - J'ai encore eu des crises, Magny. Encore des morts... pour rien...
      - C'est facile pour aucune d'entre nous. Regarde cette pièce. Elle est remplie de regrets que les gens viennent noyer dans l'alcool. Moi-même, j'essais de les bercer avec ma voix, pour qu'ils oublient.
      - Mais je peux pas, Magny! Tu sais que je peux pas! Je viens pas d'leur monde, moi! C’est tout nouveau, pour moi.
      La chanteuse sait où ce moment va aboutir. Son amie va lui demander ce qu'elle lui demande chaque fois qu'elle s'est sentie prise au piège dans ce monde torturé. C'est pourtant une habitude que Magnolia n'aime pas prendre avec les gens. Alors pourquoi chaque fois que cette charmante personne prend ce ton de voix criard, tout en murmurant ce qu'elle voudrait en fait hurler, la chanteuse ne résiste plus? Tout comme elle, l'aventurière doit avoir quelque chose de spécial.
      - Magnolia..? supplit-elle sur une note mieilleuse.
      - Oui, ma chérie? questionne la diva comme si elle ne se doute de rien.
      - J'aimerais bien entendre une autre de tes chansons
      - D'accord... (un sourire coquin se dessine sur ses lèvres)
      - En privé.
      - Laisse-moi prendre mon manteau.

      - Fred? lance Claire Hutchins à son associé paresseux. Est-ce que tu vas traîner dans le lobby encore toute la journée, ou vas-tu t’décider à faire quelque chose d’utile?
      - Être disponible pour les clients c’est se rendre utile! répond ce dernier, avec une moue irritée. Y suffit pas que d’usiner la marchandise.
      Les chambres de l’Hôtel Rexford sont poisseuses et celle-ci s'apprête à l'être un peu plus. Les goûts sont modestes, à GoodNeighbor. Les quelques rues qui grouillent de goules sales et insomniaques, des accrocs qui vont dormir sous les cabanes de taules de chaque côté de la Maine. Les lampadaires qui arrosent les murs de briques rouges, faisant remonter les odeurs du laissé-allé à la nuit tombé. Cette atmosphère nocturne apporte une saveur jazz à cette désolation qui hydrate les sens de Magnolia. Elle aime cette ville-refuge tellement et principalement pour ça.
      - Il suffit pas que de s’en faire sous la cravate, non plus. Peut-être que si tu consommais pas ta propre came, tu resterais concentré.
      Le couple devant cette scène de ménage comme si de rien n’était. Ce n’est pas Magnolia qui paie. La diva du Third Rail est bien connue sous ce toit, elle fait donc un salut amical à Clair qui ne s’accorde qu’une seconde avant de revenir à la charge sur Fred Allen, qui n’a de toute évidence aucune envie de bouger. 
      À l’étage, le lit n'a pas de couverture et les matelas, placés côte-à-côte sur une base de lit-double, ont brunit avec le passage de la clientèle. Comme le vieux tenancier des lieux est toujours sous effet d'un Jet et qu’au lieu de se servir de cette drogue à des fins hyperactives, il se perd dans sa tête, les lieux manquent cruellement d’entretient. À la place, il reste assis sur une chaise toute la journée ou, quelques fois, on le trouve derrière le comptoir de la réception. Mais les critères d’hygiène ayant disparu depuis longtemps, personne ne se formalise jamais de la propreté. Le couple ne fait pas exception.
      Alors que Magnolia pénètre dans la chambre, des mains viennent se glisser sur ses muscles dorsos pour finir leur élan sous sa poitrine. Un baisé chaud se dépose juste derrière sa chevelure noire et abaisse presque toutes ses défenses. C'est au moment que ses seins sont serrés et remonter vers le haut que Magnolia choisi de se retourner, cherchant encore un peu d'emprise sur la situation. Mais sa partenaire est plus agressive.
      - J'veux me sentir comme avant. J'veux me sentir comme les autres.
      Cette contradiction a quelque chose d’érotique pour la chanteuse. Son amante écarte les bretelles de sa robe comme les pétales d'une fleure. Délicatement mais assuré. Elle la descend tout doucement jusqu'à ce qu'elle tombe d'elle-même sur la peau douce et toute propre de Magnolia; ce qui fait contraste au charme brutal et tâché de sa partenaire.
      Une fois la chanteuse nue, avec ses hanches solides et sa poitrine volumineuse aux mamelons cousinets, l'autre jeune femme défait sa ceintre à poches pour la laisser négligeament tomber au sol. Elle ne décroche pas son regard une seconde. Même lorsqu'elle retire son t-shirt pour découvrir sa poitrine à elle, c'est comme si elle fixait les yeux de Magnolia au travers du tissue.
      Ses seins sont plus modestes que ceux de la voix du Third Rail. Et contrairement à elle, ses boutons sont plus petits et parfaitement symétriques. Aucun des deux n'est plus gros ou plus atrophié, voire plus décalé, que l'autre. Les pointes sortent à la même distance, comme fixés à une barre droite invisible. Son corps, quoique couvert de contusions, éraflures et autres dommages que fait subir ce monde difficile, est d'une création parfaitement réalisée. Magnolia pense alors fugacement que les dieux de ce monde sont d’époustouflants artistes.
      Puis, Magny fixe enfin les nouveaux traits du visage de son amie. Ces parcours de la Douleur qui peignent l'agression qu'elle a subit. La diva à la vie de rêve regarde la chance qu'elle a en face et durant un moment, elle maudit le malheur de ceux qui n'en ont pas eu. Ces sentiments sont remplacés par une sordide gourmandise. Elle voudrait s'en approché et toucher ses cicatrices délicatement avec le bout des doigts. Que sont ces marques de violence, sur quelque chose d'aussi beau? 
      Mais elle est rapidement interrompue par sa partenaire. Celle-ci s'avance ensuite vers son cadeau jusqu'à ce qu'elles atteignent le bord du lit, forçant Magnolia à s'y allonger, comme poussée par la distance qui sépare leurs corps. Une fois sur Magnolia, sa partenaire se tient en suspension juste au-dessus et fusionne plusieurs fois ses lèvres avec celle de la chanteuse. Le reste n'est que caresses et baisés. Le feu de cette femme brûle toute la nuit. Lorsque Magnolia prend une pause, l'autre ne fait que la regarder jusqu'à ce qu'elle se réveille et ça recommence à s’enflammer. On aurait dit qu'elle la laissait se reposer seulement parce qu'elle est gentil et qu'elle le voulait bien.
      Lorsque le soleil est bien haut, Magnolia sort une dernière fois des bras de Morphée et fini par repoussé ceux de son amie.
      - Il faut que je retourne travailler, ma chérie. Tu sais que mon amour de la scène passe en premier.
      - Je sais, soupire-t-elle simplement, tout de même plus radieuse que la veille mais pas encore hors d'haleine.
      La diva se rhabille tranquillement tandis que son amie inspecte ses armes, encore à moitié nue. L'abattement ne lui a pas encore fait perdre ses habitudes.
      - Au fait, tu connais Emogene Cabot? demande-t-elle soudain, possédé à nouveau par son sérieux naturel revenu au galop.
      - Ça dépend pourquoi tu la cherches, hésite Magnolia, avec encore ce ton coquin dans la voix, suggérant que son amie serait à la recherche d'une nouvelle proie.
      - Sa famille est inquiète à savoir s'il ne lui est pas arrivé quelque chose.
      - Je suis contente que savoir qu'il y a du monde qui la cherche. Elle a un corps qui aurait bien besoin qu'elle parte à sa recherche.
      - T'as toujours le talent des mots, Magny, complimente la jeune femme, admirative.
      - Hmm... merci.
      Magnolia est visiblement flattée et heureuse de le démontrer à son amie, afin qu'elle réalise qu'elle personne merveilleuse elle est.
      - S'il-te-plait, dis-moi ce que tu sais, Magny.
      Elle ne met pas longtemps à retrouver les souvenirs de la dernière fois qu'elle a vu cette fille au bar. Magnolia chantait "Man Enough" et se rendant compte avec une certaine amertume que la chanson décrivait tout-à-fait l'homme avec qui Emogene parlait, ce soir-là.
      - Il y avait ce pasteur qui venait tout-le-temps. Un enjôleur... toujours en train de te t'offrir de rebâtir ta vie, ou quelque chose.
      La détective de fortune avait lâché son équipement pour écouter. Elle ne prend pas de note; Magnolia sait très bien qu'elle n'en a pas besoin.
      - La plupart des clients ne lui auraient pas donné une seconde, mais Emogene s'est accroché à lui pour quelque raison que ce soit. (Elle ajoute tout-de-même un léger soupire rêveur) Je suppose que ça devait aider qu'il ait le regarde assuré. Intense. Certaines femmes trouvent cela très attirant. Mais attends, allons voir Ham. Il doit en savoir plus.
      Une fois les deux femmes prêtes, elles se rendent directement au Third Rail. Ham, le portier goule de l'endroit, est déjà en poste si tôt. C'est un autre sérieux qui prend son travail à coeur.
      - Ham, mon chérie... appelle la chanteuse d’une voix douce.
      - Y'a un problème, M'dame Magnolia? demande ce dernier avec sérieux.
      - Oh non. Cette charmante personne cherche Emogene. Tu ne saurais pas par hasard d'où le pasteur venait?
      - Frère Thomas?
      - Oui, c'est ça. Le gars avec qui Emogene traînait.
      - J'ai dû le j'té dehors. Il n'arrêtait pas d'harceler les clients avec ses conneries de "salut"...
      La goule sort un bout de papier un peu froissé de sa poche et le tend à Magnolia, et non à sa partenaire. C'est qu'il connait Madame Magnolia, pas l'autre. Enfin, pas aussi bien.
      - Tenez, jai gardé un de ses panflets. Au cas qu'il ne paierait pas son ardoise au bar…
      - Merci, mon chérie, remercie la chanteuse en remettant le papier à son amie.
      Ham renvoie la politesse.
      Le pamphlet parlait d'une autre secte nommée les Piliers de la Communauté. Ce qui faisait dire à N. que ce n'était qu'une secte et non une initiative communautaire pour aider à rebâtir le monde, c'est le fait que ce Thomas s'identifiait en tant que "Frère Thomas". Elle suppose que la notion des liens familiaux est encore une chose sacrée, à leur époque. Toute personne qui voudrait forcer un tel lien cherche des victimes à abuser.
      La secte, donc, se trouve à l'Amphithéâtre Charlies View, sur une petite île artificielle en plein milieu du Mistic River. N. a déjà perdu une journée, par son aventure avec Magnolia. Rien de mieux que rendre visite à un ringard pour se remettre d'aplomb, au petit matin.

      L'ennuie est la pire des garces, lorsqu'on ne vieillit pas. C'est sur quoi se lamente Emogene Cabot depuis même avant la Grande Guerre. Et même si ses deux-cents dernières années ont été plus stimulantes que celles d'avant, elle doit reconnaître que la vie n'est plus tout à fait la même sans sa maîtresse la Mort. Et maintenant que toute la société a été soufflée par une bourrasque d'atomes, les jours se ressemblent tous affreusement. C'est comme vivre avec un enfant handicapé mentalement, se dit-elle. Après un moment, il faudrait simplement laisser mourir la pauvre bête.
      C'est une fois que le monde a pris fin qu'elle s'est rendu compte qu'il était peuplé de criminels. Des escrocs, des charlatans, mais surtout des meurtriers. Il lui a semblé que marcher au travers d'eux et les écraser comme des fourmis quand l'occasion l'oblige, c’était la seule chose qui ait donné un dernier sens à sa vie; ça et regarder son frère grisonner de la moustache devant le bug typographique de son ordinateur. L'adrénaline pompe toujours dans ses vaines, activé par la peur d'y rester et ce, même si elle s'en sort à chaque fois. Ce qui suffisait amplement à Emogene pour justifier ses actes.
      Que ce soit des pillards ou des mercenaires sans scrupule, comme ces Gunners - qui rôdent dans le coin depuis un moment - sa tactique reste toujours la même. C'est la seule qui fonctionne sans bavure. Elle n'a qu'à les laisser s'approcher, jouant les demoiselles en détresse. Tentés par l’idée de faire un peu mal à son petit corps, ils ne soupçonnent pas les capacités de la jeune Cabot. Une fois au corps-à-corps, il est trop tard : elle leur défonce le crâne à mains nues. Grâce au sérum de son papa, c'est presque comme écraser une boîte de carton. Après, elle n'a qu'à rentrer se changer et prendre une douche. Mais voilà, même cela est devenu une routine soporifique. Seule encore une heure d'adrénaline après combat accompagne son plaisir, maintenant. Puis, elle s'est mise à se voir aussi monstrueuse que ces dégénérés, comme Jack les appelle. Les mains et le visage éclaboussés de sang après son meurtre, la vérité sur sa nature est devenue difficile à renier. Quelques fois, elle sauve la vie de quelqu'un en massacrant ces ordures. C'est déjà ça. Sauf qu'ensuite, la personne disparaît à tout jamais, avalée par le wasteland. Alors sauver les gens ne sert à rien non plus.
      Emogene déprime de plus en plus souvent. Alors elle se jette dans les bras de n'importe quel homme, comme le fait n'importe quelle femme de la planète. C'est la seule raison pourquoi elles le font toutes, de toute manière. Le sexe est le parfait anti-dépresseur.
      Thomas semblait différent, au début. Dans ce monde de fous et de sauvages, son idée de Piliers de la Communauté sonnait comme une promesse. Emogene, alors désabusée, s'est étonnement mise à y croire. Il avait une étoile derrière la tête lorsqu'il en parlait, ce qui faisait briller ses yeux. Alors elle s'est dit qu'ensemble, avec son idée et elle, sa perpétuelle longévité, peut-être pourraient-ils rebâtir la civilisation petit-à-petit. Peut-être allait-il être le seul digne d’être placé dans la confidence, au sujet du sérum. Mais voilà... les hommes sont des gros connards. Pourquoi aurait-on besoin d'eux?
      Lorsqu'il l'a amené ici, dans sa commune au pied du Charles View, il lui a dit qu'elle devrait céder tout ce qu'elle possédait. Y compris la maison de ses ancêtres; parce que oui, elle lui a parlé de la maison. "C'est ainsi que chacun se libère de ce qui n’est pas important: les possessions matérielles", "Sans tout ce matériel, tu goûteras enfin la liberté de faire ce que tu veux et on pourra être ensemble jusqu'à bla-bla-bla...". Pauvre type. Elle lui aurait arraché la mâchoir tel un dentier artificiel mal collé si ses esclaves débiles n'avaient pas été là. Ils se sont mis à une dizaine pour la maîtriser et l'ont enfermé dans la vieille réserve de l’amphithéâtre. Ils ont tous eu de la chance que le sérum commençait à moins faire effet. Ils auront moins de chance quand les mecs d'Edwards vont... Ah! en parlant des loups.
      La porte s'ouvre et la tête de con moustachue de "Frère Thomas" apparaît, courbée vers l'avant comme un chien qui essaie de cacher sa queue. Derrière lui, une femme le tient par le manteau et braque une arme derrière son crâne. Ça met Emogene Cabot en rogne de devoir se faire secourir ainsi, mais le fait que ce soit une nouvelle et qu'elle a n'a pas l'air de s'en faire imposé force le respect chez la femme multicentenaire.
      - Elle est toute à vous! Maintenant, laissez-moi partir!
      - Ne me dites rien, Jack vous - oh mon dieu! votre visage...
      - Vous devez être Emogene. Est-ce que tout va bien?
      Thomas est relâché et la couille molle fuie la puissance de leurs quatre ovaires combinés. Emogene est un peu gênée d’être vue avec ses cheveux blancs et les quelques rides aux coins de yeux. D’accord, le visage de cette fille est dans un sale état, mais ce n’est pas une raison.
      - Vous me rappelez un atelier sur l’art de la scarification que j'ai suivi, il y a longtemps.
      - C'est Edward qui m'envoie, précise la femme en balayant totalement la remarque d'Emogene, qui balayait de son côté ses inquiétudes face à son état. C’est votre mère que voulait que vous soyez retrouvée.
      - Vraiment…? grimace la fausse demoiselle en détresse.
      - Ce sont ses mots.
      Emogene en a parfois plus que marre de ces deux-là : Jack et Wilhelmina. Ils se donnent tellement de mal pour contrôler son existence. Comme si ça avait encore de l’importance de conserver l’image familiale. 
      Puis, si la nouvelle devinnait ses pensées :
      - Vous êtes partie une semaine…
      - Sa notion du temps ne se bonifie pas avec l’âge. Ça fait trois mois que je cours dehors et rien ne m’est encore arrivé. Je suis une grande fille, vous savez. Et pour être tout à fait claire, je suis la PETITE sœur de Jack.
       - Je me disais justement que je m’attendais à voir une femme plus jeune.
       - Vous savez vraiment complimenter une dame, n’est-ce pas?
       Elles n'eurent pas eu le temps d'échanger plus de politesses. Dehors, Thomas a rassemblé ses hommes pour demander réparation face à l'humiliation qu'il vient de subir. La nouvelle recrut d'Edward referme la porte et se met à couvert juste à côté, arme en main, prête à se battre.
      - Ne restez pas là, mad'moiselle Cabot.
      - Vous avez un plan, j'espère. Car ils sont presque une douzaine, vous savez.
      - Bien sûr, rassure la mercenaire entraînée sans la regarder dans les yeux.
      Autant dire qu'elle n'a pas convaincu Emogene. Une chance qu'il lui reste encore un peu de sa force spectaculaire. Elle aurait pus s'en servir plus tôt pour fuir cet endroit, mais avec tous ces idiots de la gâchette, avec Thomas... Maintenant que les renforts sont là, autant user de ce qui lui reste.
      Emogene regarde un peu autour, posant ses yeux sur les caisses en bois remplies de provisions, étalées de mur-à-mur. Soudain, elle se rappelle un concert qu'elle était venu voir avec sa mère, avant que tous les orchestres du monde tombent au chômage, et réalise qu’elle n’est venue qu’une seule fois ici… avec Dick Richardson. 
      Quand tout cela sera fini, elle veut aller boire un verre avec Magnolia au Third Rail.

Part. 4

Révélation

"Journal du Capitaine Maria Mendez - Entrées du 37ième mois

 

03 - On a rencontré un certain Edward Deegan, aujourd'hui. Il nous propose un job plutôt pénard, selon lui. Moi, Jones et Flow, on en a discuté et on pense qu'après le genre de merde qu'on a eu avec Kellogg, on peut passer à autre chose de moins tordu.
La goule avait l'air sérieuse et y'avait ce calme dans sa voix de rasoir électrique rouillée. Ça m'a pas paru hypocrite ou hostile. Il dit travailler pour un certain Cabot et qu'on va devoir surveiller un asile de fous, mais sans les fous. J'ai quand même trouvé ça bizarre mais il m'a assuré quand tant qu'on restait sur nos gardes et qu'on ne posait pas de questions, tout irait bien.
On rencontre le grand patron demain.

 

04 - Jack Cabot, scientifique dans la fin-quarantaine, propre de sa personne et de sa résidence comme je n'en ai jamais vu, un homme familiale et avec d'étranges notions sur le passé; on serait les descendants d'une race morte depuis des milliers d'années et qui ne viendrait même pas de notre planète. Deegan nous a dit de ne pas s'en faire et de rester ouvert d'esprit: notre patron ne serait pas cinglé. J'ai vu pas mal de folie dans ma vie et Flow a vu pire; ça lui a laissé des traces permanentes sur sa personnalité. Quoique'il en soit, cinglé-Cabot me semble pas bien méchant.

 

05 - On a rencontré les autres équipes à l'Asile d'État Parsons; c'est ce qui est écrit sur l'enseigne. Le bâtiment est bien plus au nord de la région, au dessous d'une colline qui surplombe un grand lac. Le lac lui-même se déverse par une rivière directement dans l'océan, qui lui se trouve à l'extrême est d'où on est positionné. Les journées sans vent comme aujourd'hui, on peut entendre les vagues.
Deux équipes déjà sur place et ce depuis un moment. L'une dirigée par un certain Zimmer, une brute qui ne fait absolument pas attention à ses façons avec les autres. L'autre type est plus sympathique: Samuel, ou Sammy. Son équipe à lui est plus amicale. En tout, nous somme dix-sept engagés.
- Le boulot: surveillance et escorte. Un courrier, Jimmy, part d'ici à tous les mois. Il porte une mallette dont le contenu est confidentiel. Jimmy n'est ni à Zimmer, ni de la bande à Sammy. C'est un indépendant qui ne répond que de Deegan. Zimmer et Sammy sont tous deux d'accord pour ne pas chercher à savoir ce qu'il y a dans les mallettes. Ils font confiance en Deegan et Cabot.

 

- Entrées du 38ième mois

 

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- Entrées du 40ième mois

 

22 - Les hiver sont frais dans le coin. Pas exactement comme dans le nord, où on trouve de la neige à ce temps-ci de l'année. Mais assez pour ne pas toujours être confortable. C'est pire les jours de pluie. C'est une chance que la saison tire à sa fin!
On a entendu des mouvements de l'autre côté du lac. J'ai envoyé Flow voir. Sammy devait envoyer quelqu'un aussi, mais Flow a insisté pour que Jimmy vienne avec elle. Il y a clairement quelque chose être les deux. Le pauvre mec ne sait dans dans quoi il s'embarque.
Lorsqu'ils sont revenus, ils n'ont parlé que d'un couple qui cherche à s'installer dans un coin pénard, près du lac. Ils veulent exploiter la terre et vivre tranquille. Ça va faire la troisième ferme qu'on repère dans le coin, avec l'autre couple plus au sud et le Slog, la commune remplie de goules.
- Idée: Peut-être qu'on pourrait aider. Je vais proposer à Sammy d'envoyer des hommes à tour de rôle pour surveiller les plantations, question d'assurer leur sécurité. Peut-être peut-on échanger nos services contre de la nourriture.

 

26 - Les hommes à Sammy commence à m'appeler Mama Maria, à cause des deux M dans mes initales. Aussi parce qu'on s'attend bien, moi et Samuel. Flow se paye souvent ma tête sur le sujet, ce qui lui vaut une réprimande sévère chaque fois. Je peux pas entretenir cette image familière avec mon équipe. Si  on devait se retrouver en situation critique, ils doivent agir avec raison, penser à la mission et non laisser leurs sentiments envers moi. Ils ne pourront pas hésiter à me laisser derrière si ça tourne mal. Je peux rien dire pour la bande à Sammy, ils ne sont pas sous mon commandement. Mais je peux resserrer...

 

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- Entrées du 45ième mois

 

21 - Une bande de sauvages s'est installé dans la vieille fonderie, au sud-ouest du Slog, de l'autre côté du pont qui traverse la rivière. Ils se font appeler les Charcutiers. Ils ont déjà posé un ultimatum avec les goules pour qu'ils les fournissent en vivres. Je pige pas les gens qui s'attaquent aux autres au lieu de négocier et pratiquer l'échange. J'ai vu ça chez les anciens résidents d'abris anti-atomique de la Virginie, parce qu'ils ont débarqué dans un monde plus terrifiant qu'ils ont connu et on peut mal réagir, dans ces cas-là. Ces gars sont définitivement armés et se sont certainement des natifs. Alors ils savent que le wasteland grouille de dangers plus imposants que leur petite bande. Et le Commonwealth n'est pas différent d'ailleurs. Mais non! Ces gars pillent, violent et tuent. Il se passera quoi, s'ils sont attaqué? Personne ne va venir les aider. On se dira tous "Bon débarras! Aller, on va les achever maintenant qu'ils sont à terre". C'est ce qu'on a l'intention de faire, en tout cas, avant qu'ils ne bousillent les goules. Ils n'ont pas dû tomber sur les deux autres fermes, car on aurait entendu les coups-de-feu jusqu'ici. 
Demain, on va faire un peu de reconnaissance, Sammy et moi, en vu d'une attaque. On va tuer le scorpion dans l'oeuf.

 

27 - Merde! Flow est tombée gravement malade. Elle et Jimmy sont aller faire leur truc juste à côté d'un essaim de bloatflies. Ces trucs sont dans les pires choses que ce monde a à offrir. Leur mode de reproduction, c'est de lancer leur larves sur un humain ou un animal et cette saloperie va creuser un trous dans le corps pour s'y réfugier. La larve va ensuite se nourrir de la victime, puis pondre un oeuf qui donnera un bébé-mouche ou quelque chose du genre. Dans tous les cas, la victime meure et pas tranquillement. C'est douloureux. D'abord y'a les crampes dues au fait que la bestiole te bouffe de l'intérieur. Puis la larve relâche des toxines qui contaminent le sang afin de paralyser sa proie, créant une sensation de brûlure dans tout le corps. Ça fini avec une terrible fièvre qui te fait délirer un maximum. 
Jimmy a reçu le parasite dans la gorge, alors il n'a pas survécu. Mais Flow l'a eu dans le ventre. Elle est rentrée toute seule comme une dure, avec ce truc qui sortait encore le bout de la queue. Mais c'était trop profond pour qu'on essaie d'extraire la larve nous-mêmes. J'ai envoyé Jones et Sammy s'est lui-même porté volontaire pour aller au Slog enfin d'y attendre la caravane du Docteur Weathers. Il voulait faire une reconnaissance finale chez les Charcutiers, comme c'était sur le chemin. J'ai demandé pourquoi il envoyait pas Fanel ou les Jumeaux à la place. Il m'a dit qu'il me faisait confiance pour garder le fort, ces hommes aussi. J'ai trouvé ça stupide, mais alors il a mis sa main sur mon épaule et m'a dit que tout irait bien. J'ai franchement pas su quoi dire.

 

28 - Merde de merde! Doc Weathers ne veut pas remonter jusqu'à Parsons. Il dit que l'endroit est hanter, ou quelque chose du genre. Quel enfoiré de débile! C'est l'excuse la plus idiote que j'ai entendu! Mais comme il fallu faire quelque chose pour ma Flow, j'ai dû envoyer quatre des six hommes restants de la bande à Sammy. Cette grosse merde de Zimmer n'a rien voulu savoir d'impliquer ses mecs à lui dans le "sauvetage inutiles d'une petite conne"; ce sont ses mots. J'ai envie de buter ce mec.
- J'ai reçu comme informations que Weathers a attendu l'arrivée de la deuxième équipe qui accompagnait ma Flow. L'opération aurait commencé et pour le moment, il ne craint pas pour sa vie. C'est un soulagement.
-- Par-contre, Zimmer a commencé à montrer un attitude agressive avec moi et le reste de la bande à Sammy. Les Jumeaux sont rester avec moi. Ils jurent avoir entendu les hommes de Zimmer chuchoter dans leurs dos. Ils parlaient du sous-sol de l'asile et comment y entrer. Est-ce que Zimmer prévoit aller voir ce qui s'y cache?

 

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- Entrées du 46ième mois

 

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13 - On a eu la confirmation que les survivants des Charcutiers ont commencé à recruter pour agrandir la bande. Ils ont changé de nom pour les Forges. Sammy planifie déjà notre prochain assaut pour contrôler la population de ces salopards. Sauf que je lui ai dit qu'on avait plus urgent à s'occuper.
- Zimmer. Lui et sa bande se sont enfermé dans l'atrium, qui est la grande salle du milieu après le lobby. Ils ont monté eux-même une structure de passerelles sur le mur du fond, qui grimpe sur au moins trois étages. En haut, ils se sont mis à creuser un trou dans le mur.
J'ignore ce qu'ils comptent réellement accomplir, mais ça doit avoir un lien avec le sous-sol et ce, même s'ils creusent en hauteur. Ils refusent de nous laisser entrer dans l'atrium et on nous a même fait la menace, si on venait à en parler à qui que ce soit. On a commencé à me demander: "Mama Maria, qu'est-ce qu'on devrait faire?". Edward et Cabot doivent être tenus au courant, mais on a un peu de mal à les rejoindre avec le poste radio qui se trouve dans l'aile est du bâtiment.

 

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20 - Edward est enfin venu nous joindre pour se rendre compte de la situation. On lui a dit que Zimmer essayait de se rendre jusqu'au sous-sol. Pour lui, il était temps de mettre un terme à son contrat.
On est tous entré dans l'atrium pour purger le bâtiment de ces traîtres. Même Ben Le-Nouveau-Courrier était là. Ces enflures sont passés dans l'aile de Résidence et ils ont creusé là où le terrain leur était le plus favorable. Edward s'est demandé comment ça a pus leur être possible de savoir exactement où creuser. C'est comme s'ils avaient été guidé jusqu'à la porte de la seule pièce où ne devait pas pénétrer. On a réussi à les intercepter juste avant qu'ils descendent l'ascenseur. Edward nous a dit que si on avait tous dû descendre jusqu'en bas pour éliminer le reste de la bande, ils nous aurait tout fait tuer un jour ou l'autre et nous aurait remplacé par une autre équipe. J'ai trouvé ça injuste et drastique, en premier lieu, puis j'ai réfléchit. Peut-être qu'il y a vraiment quelque chose de dangereux sous nos pieds. Quelque chose dont le monde entier doit être protégé. Un peu comme ces bombes qui sont tombés, il y a des années de ça. J'ai insisté auprès de Deegan pour savoir, Sammy aussi. Il nous a seulement dit que ça avait un lien avec un sérum dont les Cabots ont besoin. Sérum qui se trouvent dans les mallettes que Ben transporte. Le reste ne nous concerne pas...

 

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- Entrée du 49ième mois 

 

03 - D'autre pillards, qui ne sont pas affiliés à aucun groupes qui rôdent dans le coin, se sont mis à traîner autour de Parsons. Ils sont arrivés juste après la dernière livraison de Ben. Ils sont venus nous présenter des politesses qui cachaient quelque chose de dangereux. Je sais qu'ils ont décidé de s'installer dans le vieux crématorium. Jusqu'à ce qu'Edward engage du nouveau personnel, on est pas assez nombreux pour risquer de les en déloger. Si on se fait avoir, il ne restera pas assez de monde pour défendre Parsons. On seulement attendre que ces salauds attaquent et espérer que Deegan nous envoie plus de monde.

 

05 - Edward nous envoie des Gunners, aujourd'hui, ainsi qu'un seul mec sous contrat afin de buter les pillards du crématorium. Il dit aussi que Ben ne s'est jamais rendu jusqu'à la Maison des Cabots. Alors les pillards l'ont buté? Ça veut dire qu'ils ont la marchandise, et pas les Cabots. On est mal. Si les Cabots s'énervent de ne pas nous voir défendre leur précieux remède à je ne sais trop quoi...

 

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06 - Le mec que Deegan nous a envoyé est... merde! ça m'a tout l'air d'être une petite frappe. Habillé d'un maillot de combat noir un peu bizarre, avec de drôles de lunettes ronde. Il est arrivé sur le dos d'un Mr. Andy orange monté sur les roues d'un Sentry-Bot. Je m'y connais un peu sur les robots et jamais j'ai vu un truc pareil. Il a posé beaucoup trop de question sur les lieux pour quelqu'un qui est seulement venu faire le ménage. Je suis rester septique et réservée sur mes réponses, mais peu importe mes inquiétudes, le jeunot a fait le boulot. Les pillards sont morts, mais le sérum a disparu. Je suis inquiète pour notre poste ici. On avait enfin trouvé une contrat pénard sur le long terme. Sammy croit qu'on ne devrait pas s'en faire, mais je suis pas convaincue. Si les Cabots évaluent qu'on a échoué à notre tâche principale, j'ai peur qu'ils nous virent."

 

 

      - ... et puis là! j'ai pris cette fille part la ceinture et j'laaaaancé sur eux! T'aurais dû les voir, Magnolia, quand ils se sont vu catapulté une femme! Quoi?! Ah allé! Ne prends pas ces airs, toi! C'était à moooourir de rire. Ensuite, j'ai pris la porte que j'ai enfoncé pour m'en servir comme bouclier, mais pas que pour ça. Une fois assez près d'eux, j'ai commencé à la...swinger! comme un... une... bat-de-baseball! Tu sais? Ce sport qu'on avait, dans le temps. Diamond City s'est installée dans le seul stade encore debout et ils ont bâti toute leur petite communauté autour du thème. Et ils croient qu'on se servait... des bâtons pour se taper dhesshus... hafin de faire des points... ha! ha! ha! Peu importe. J'ai pas vu comment se débrouille notre amie, là, mais une fois que les derniers trouillards se sont tirés, elle était là, debout, avec sa drôle d'épée à la main, les deux couvertes de sang. Il y avait que des corps à ses pieds. Enfin, ils finissaient de gémir leur dernier souffle. J'ai pas vu celui de Thomas, mais merde! on... on a... dééééchiiiré! Hein? C'est ça qu'on dit? Dééééchiiiré?
      Les deux femmes se sont donc rendues au Third Rail. En chemin, N. a tenté de lui faire expliquer les raisons de son apparence si âgé, malgré le fait d'être la jeune soeur de Jack Cabot. Mais sa cliente n'avait qu'une chose en tête et s'irritait devant l'enthousiasme de la mercenaire. 
      Après seulement quelques minutes au bar, Emogene déparle bruyament. Elle n'a pourtant pas but tant que ça. À ce moment de son récit, elle tangue de droite à gauche comme la queue d'un serpent à sonnette au ralentit.
      - Je te remercie, en passant, conclu la vieille jeune femme, de plus en plus molle. J'avais pas vécu une intensité pareille depuis teeeeellement longtemps.
      - Justement... Quel âge avez-vous? saisit de nouveau N. avec un certain naturel, comme si c'était la première fois qu'elle le demandait.
      Emogene fait une pause et cherche à accentuer son expression faciale, échouant lamentablement à la rendre plus compréhensible.
      - Tu as attendu que je sois bourrer pour me demander ça? Y'a quelque chose de pas net chez toi, ma chère.
      N. ne corrige pas sa cliente en lui rappelant qu'elle la questionne sur le sujet depuis leur départ de l'amphithéâtre. À première vue, cette dernière n'écoute plus vraiment son entourage. Elle sourit et se commande un autre whiskey, que N. annule discrètement du doigt, ce qui est confirmé par Magnolia (le robot barman ne fini pas son mouvement initial).
      - Bon, si vous insistez pour tout savoir. Mais attention, mesdames, parce que votre ego féminin va... sombrer en dépression. Ce qui tombe bien! Mon frère est dhirhectheur… dhu seul asile psychiatrique du coin. (Emogene pouffe d'un rire arrosé de postillons) Paaardon. Il peut... il pourra vous faire une prescription... HA! HA! HA! hA!...
      Elle respire profondément après s'être calmé, juste pour faire durer le suspense. N. et Magnolia la regarde avec patience, parfaitement indifférentes aux manières de Lady Cabot.
      - J'ai... je vais fêter mon... quatre-cent-dix-neuvième anniversaire.
      - Wow! Impressionnant, fait N., jouant négligemment l'admiration.
      - Ouais. Tu l'as dit. Je sais que je ne fais pas mon âge, pas besoin de le dire. Dans le temps, j'étais considérer comme l'une des plus belles dames de la Haute Société de Boston, dans le temps où il y en avait une.
      - Comment ça se fait que vous soyez si vieille?
      La dame exprime son outrage au travers d'une grimace enfantine.
      - Toi, tu as perdu tes belles manières. C'est dommage. Je t'aimais bien quand tu me disais que j'étais jeune et belle. (Elle se tourne vers Magnolia) Quand je vais rentrer à la maison et que j'aurai un peu de ce sérum que Jack nous fait, je redeviendrai étourdissante comme je le suis d'ordinaire.
      - Jack a un sérum pour rajeunir? demande N. avec plus de sincérité.
      - C'est plus un sérum pour arrêter de vieillir. J'ai commencé à en prendre à... trente-deux ans. C'est à ça que je ressemble, normalement. Pas à...
      Elle fait descendre sa main négligemment de haut en bas de son corps pour finir sa phrase. N. ne bronche toujours pas face à son attitude, mais comprends que si elle veut en savoir plus, il lui faudra dire quelque chose pour consoler sa cliente.
      - Je plaisantais, tout-à-l'heure. Vous êtes totallement fabuleuse.
      - Oh... merci à toi, rougit mademoiselle Cabot en revenant directement vers son employé. Je sais bien que c'est de la politesse. Mais... t'es différente des autres voyous que Jack m'envoie. Quand j'aurai pris mon traitement, tu verras pourquoi j'ai été élue Miss Boston trois années... de suites.
      N. veut poser une autre question, mais est interrompue par Emogene qui se remet à râler violemment.
      - Qu'est-ce que je m'ennuyais, avec Thomas! Il semblait si... intéressant en premier lieu. Dés qu'on est arrivé à son "refuge", il s'est avéré être une autre de ces brutes. Il a vraiment... vraiment cru pouvhoir… me forcer à joindre son culte débile! J'en ai marre de tout de ce genre de mecs. (Elle pousse un rot en silence et repousse son verre avec violence) Et de tout ça aussi. Rentrons.
      Magnolia regarde la scène, amusée. Elle aide N. a mettre Emogene sur ses pieds.
      - Ça ira avec notre Lady?
      - Ça ira tant que j'aurai pas à la porter sur mon dos.
      - He! Je vous entends, vous savez, grogne Emogene, les yeux à demi-clos.
      N. passe le bras de sa cliente par-dessus ses épaules. L'ivrogne de la Haute Société de Boston se laisse faire comme si ça allait de soit. Les deux femmes saluent Magnolia comme la magnifique grande soeur spirituelle qu'elle est, Emogene plus indistinctement que N, et sortent.
      Le bar de GoodNeighbor ne se trouve vraiment pas très loin de la Maison des Cabots. C'est presque une ligne droite qui passe au travers de deux campements de super-mutants sur moins d'un kilomètre. C'est un après-midi plutôt calme, qui laisse N. rêvasser tranquillement sur son environnement. 
      Le centre-ville de Boston a perdu de sa poésie glorieuse, telle décrite par certains auteurs et poètes du début du XXième siècle. Néanmoins, sa capitulation devant la modernité du XXIième est davantage à l'origine de sa perte plus que l'attaque nucléaire qui en a ravagé la majorité de la région. Quelques gratte-ciels encore debouts ne suffissent pas renforcé la nostalgie. Ce sentiment cathartique a refusé de frapper le coeur des quelques résidents d’abris qui ont visité ces ruines. Leur retour à la surface tardait à remuer le souvenir de leur ancienne vie dans la ville mythique, plus souvent par un sens des priorités. Car même si la folie de l'Homme a balayé la civilisation d'avant, les rues de Boston ne sont pas désertes pour autant. Pillards sans pitié, super-mutants carnivores, goules sauvages et autre bestialité règnent les quartiers détruits et n'offrent que très peu de refuge aux perdus du nouveau monde. Il faut tous les combattre, ou fuir. Tel est la priorité des résidents de la surface. La violence, maintenant omni-présente dans la vie de tous les jours, a tôt fait d'effriter les rêves de ceux qui rampent encore ces avenues, toutes encombrés de débris multicentenaires de toute sorte. Exactement à l'image de la peinture des gratte-ciel, quand on y regarde. La mort a investi, continu d’investir, ces rues et avenues tel la rouille sur ces vieux bâtiments.
      Les images qu'en a N. de la vieille citée, l'une des premières du continent américain, ne sont pas aussi précises dans sa mémoire qu'elle ne l'aurait voulu au départ. Elle ne se rappelle pas très bien des noms de ces immeubles et ceux qu'elle arrive à nommer, ce sont ceux dont elle est passée devant, à son retour. Comme la tour de Mass Fusion, qui est sur le chemin entre GoodNeighbor et la Maison des Cabots. Ou l'édifice du Boston Bugle, qui se trouve juste à côté de l'iconique tour blanche de cette ancienne compagnie en énergie. Malgré cet handicape de la mémoire, une emprunte visuelle de la carte des rues reste encore gravé quelque part dans sa tête. Ça lui fut très pratique pour fuir certains attaquants, les premiers temps. Maintenant que tout est détruit et que la beauté de cette ville fut soufflé par le vent, comme tout ce à quoi la pauvre femme tenait dans sa vie, N. ne perd guère plus de temps dans son passé flou. L'avenir l'attend à chaque recoin, de toute manière. Et l'avenir montre ses crocs sanglants lorsqu’on se retrouve confronté à lui.
      - Tu es sortie depuis quand? demande une voix lâche et presque somnolente.
      Emogene se laisse traîner bras-dessus comme si elle s'appuyait sur une béquille. N. préférerait ne pas répondre, garder son silence de marbre habituel dans ce genre de cas. Mais les Cabots semblent être de bons clients et elle ne tient pas se les mettre à dos de quelque façon. Elle peut détourner la question, par-contre.
      - À quand remonte votre dernière dose de ce sérum?
      - C'est pas du jeu! Et puis qu'est-ce qu'on en a à faire?
      - Exactement. Je pourrais répondre la même chose. C'est sans importance. Je suis là, vous êtes là. On a toutes les deux vécu une autre époque. Les temps changent... et nous aussi.
      - Toi peut-être. Moi... je répète les mêmes journées, les mêmes années, ce depuis des décennies, cloîtrée dans cette vieille maison… Avant même ta naissance, jeune fille. Tu veux savoir depuis combien de temps j'ai pas fêter mon vrai anniversaire? On pourrait croire que l'immortalité est constituée d'accumulation sans fin. Pour être franche, j'ai l'impression d'avoir sacrifié plus de chose que j'en ai cumulé. J'ai plus de souvenirs des personnes que j'ai croisées que d'amis sur qui compter. Quatre-cent ans... et pas un seul enfant... plus un seul amant... Je me sens plus souvent lasse que motivée par ce qui m'entour, contrairement à toi.
      - "Motivée" n'est pas le mot que j'emploierais.
      - Arrêtes. Tu sais où je veux en venir.
      - Justement non. Je veux bien dire que j'ai changé, par rapport à ce que j'étais avant, mais j'ignore ce que c'était. Je me suis réveillée dans l'abri où on s'était réfugiés, ma famille et moi. Tout ce que qui me restent en tête, ce sont des visions d'horreur. Revenue à moi, bien des années plus tard, les miens n'étaient plus là. Je les ai perdus dans un monde que je ne reconnais pas, probablement à jamais. J'ai souvent des douleurs à la tête et de drôles d'angoisses que je n'arrive pas à contrôler.
      N. vide de nouveau son sac devant quelqu'un qu'elle ne connait à peine, elle qui est demeuré si secrète ces derniers temps. Cette avalanche d'honnêteté lui parait naturelle. Mais derrière cette franchise se cache un peu de cette angoissante tension dont elle a si peur. Elle s'arrête alors de parler pour concentrer son attention sur deux silhouettes. Massives sans être bien grandes, elle arrive à les percevoir indistinctement au loin. Elle songe tout de suite à des armures assistées et elle se rappelle que des soldats de la Confrérie de l'Acier, comme ils se sont présentés, rôdent dans le coin.
      - Quoi? Qu'est-ce que c'est?
      N. les a croisé une fois, dans ses recherches de robots rebelles qu'Isabel ne fut pas parvenu à contenir. Ils sont peu nombreux, alors ils se montrent co-opératifs avec les locaux, sans être vraiment sympathiques. Ils sont en quêtes d'anciennes technologies à des fins de confinement, selon leurs dires. N. n'a pas su se positionner sur le bien fondé de leur quête, mais un instinct profond lui dicte de se tenir loin d'eux autant que possible.
      - C'est qui eux?
      N. songe avec nostalgie que son mari aurait probablement été à sa place avec les confrères.

 

      Comment ça a pus dégénérer à ce point aussi vite?
      - Tout est calme depuis un certain moment. Il n'y a plus de coups-de-feu, plus de voix dans les autres pièces. Juste le murmure du plancher craquant et le sifflement in supportable d'un acouphène qui étouffe les sons, ce qui coupe la goule du reste du monde. Edward Deegan veut se reposer. Maintenant serait le bon moment, sauf que chaque fois que ses paupières se ferment, il se sent un peu plus tiré vers le bas. Ça n'aurait pas été si mal si le désir de ne pas remonter n'avait pas été si fort. Dans ce cas, Edward préfère rester parmi les vivants.
      Jack va venir. Faut que je sois là. Dois faire... mon rapport de... la situation.
      - Ça a commencé très tôt dans la journée... peut-être. Il est arrivé la veille, très tard. Le nouveau lui a envoyé un véhicule. Enfin, en quelque sorte. Edward a fait le trajet entre la Maison et Parsons à dos de robot. Ce fut une première, pour lui. La machine émettait des "bips" claires et la caméra, qui bougeait hyperactivement sur le tronc du robot, accentuait une aura de bienveillance. C'était très bizarre comme constat, pour la goule. Elle lui a même fait signe de monter à l'arrière. Deux poignées étaient fixées à son dos pour s'y tenir accroché. Ses bras étaient armés de gatling-laser et Edward eut l'occasion d'observer ses réflexes au combat. Une très bonne machine... Dommage qu'elle ne les a pas sauvé contre ces cinglés.
      Maria... Sammy…
      - Les souvenirs de ces dernières heures s'imposent à lui comme par une volonté extra-lucide. La nuit dernière fut pourtant si tranquille. 
      Pourquoi ne pas avoir attaqué à ce moment-là? Ça aurait été plus facile dans le noir. Surtout qu'ils n'ont pas fait un bruit, n'ont pas poussé de cris de guerre comme le font la plupart de ces... tarés. Pauvre Jones! 
      - Le mercenaire à la solde de Maria Mendez fut le premier à tomber, lors de l'attaque. Une épée lui a brutalement traversé l'abdomène. Son aggresseur a profité de son élan pour levé l'homme de terre, comme s'il n'avait été guère plus lourd qu'un sac de farine. Il a jeté le corps sur le comptoir du poste de vigile, à l'entrée de la propriété. 
      Perdre Jones, ça a rendu Maria furieuse. La première vague de pillards n'a pas fait cinq mètres après le portail. Maintenant que j'y regarde bien... ils devaient faire partie de la tactique: nous mettre d'abord en confiance... pour mieux nous déstabiliser.
      - Selon lui, les premiers pillards n’avaient pas la force qu’il fallait pour passer le corps de défense de Parsons. Celui qui ce nommait Fanel prit les devant et chargea sur l'ennemi qui venait de tuer Jones. Certes, il a tiré quelques balles et plusieurs de ses tirs ont fait mouche, malgré le recule de son arme. La balles n'ont pas proprement rebondit sur leur cible, mais elles ne l'ont même pas ralentit, et certainement pas traversé. C'est cette surprise fut la perte de toute l'équipe. 
      Ils étaient nombreux à nous fondre dessus, après coup. On a eut beau leur vider nos armes dessus; plus personne ne tirait correctement après avoir vu que ça ne leur faisait presque rien. Et eux, ils n'avaient plus peur de nous, maintenant qu'ils étaient tous sous sérum.
      - Edward et ses employés se sont repliés illico vers l'enceinte du bâtiment. Les Gunners qu'il venait tout juste d'engager se sont immédiatement réfugiés à l'intérieur. Maria a ordonné à Sammy de les suivre. Elle allait fermer leur retraite tandis qu'ils commenceraient à préparer les défenses internes; barricades, mines et tourelles de tir automatiques. En voyant la jeune femme tomber dans un tas de feuilles mortes juste devant l'entrée, Samuel décida de refermer la porte sur de destins de tous ceux qui étaient encore dehors. Peut-être qu'il ne pouvait plus rien pour eux, ou peut-être qu'il ne voulait simplement pas regarder son amie mourir.
      On a fait ce qu'on a pus. Vraiment? Comment les choses ont pu dégénérer à ce point? Ah, oui, le nouveau. Il nous a doublé. Jack savait qu'il ne fallait pas lui faire confiance. 
      - Celui qui se fait appeler Nyme était déjà à l'intérieur. La première chose qu'il ait faite, tandis que tout le monde tentait de reprendre les choses en main, était de s'informer sur son maudit robot.
      Il a grillé, son robot de merde. Il a aidé à éliminé la première vague, puis il s'est rapidement mangé plusieurs grenades à impulsion dans la gueule. Ces tarés en ont profité pour se jeter sur lui et le défaire en morceaux à coups de masse. Bien fait pour lui!
      -  Alors qu'Edward s'était rendu jusqu'au bureau et tentait de rétablir la communication avec son employeur, il a entendu un coup-de-feu venant de la réception du bâtiment. La guerre n'avait plus lieux que de l'autre côté des portes.
      J'avais à peine Jack au bout du fil que j'ai entendu les tirs commencer. J'ai appelé plusieurs fois Sammy, mais il ne répondait pas non plus. La guerre du dehors s'est vite fait entendre en-dedans. Le nouveau a ouvert la porte. Jack me répétait sans cesse de les empêcher d'atteindre le sous-sol, de bloquer l'ascenseur. La commande était presque déjà passée dans l'ordinateur...
      - Mais sur le moment, il était trop tard. On le pointait d'or et déjà d'une arme. Edward n'aurait servi à rien mort.
      Alors j'ai joué le jeu et attendu le bon moment. Ça m'a permit de regarder leur chef droit dans les yeux. Lefty, qu'il s'appelle. Lefty...
      - L'Homme à l'épée, une lame de fabrication chinoise. Il voulait savoir d'où venait le sérum. Mais surtout, il voulait savoir d'où venaient les voix dans sa tête. Edward ne savait rien de ces voix, mais il pouvait lui montrer où était rangé les réserves de sérum. Ce qui n'était pas tout à fait vrai, bien sûr, puisqu'en deux-cent ans de service pour les Cabots, il ne s'était jamais rendu lui-même jusqu'en bas. Il n'avait jamais vraiment vus ce qui se cachait sous les planchers de Parsons. Ce mensonge fut le seul et unique qu'il fit à son adversaire avant de tuer trois de ses hommes. Il a eu le temps de se rendre jusqu'au bureau où attendait la commande de sécurité qui allait bloquer l'accès au sous-sol. Une fois activé, il ne lui restait qu'à faire descendre l'ascenseur et le tour était joué. Évidemment qu'il a baissé sa garde, sur l'exécution de son plan.
      J'avais oublié ce que ça faisait, que de se faire tirer dessus. Le coup que ça donne sur la peau et sentir ses organes éclater comme des ballons dans son ventre... J'ai de la chance que vu mon état, je n'ai plus besoin d'eux pour survivre. Les avantages d'être une goule. Mais ça fait toujours un mal de chien.
      - Malgré cela, Edward réussit son coup. Il parvint à appuyer sur le bouton qui fit descendre l'un des ascenseurs pour la prison où Jack a enfermé son vieux père. C'est une chance que vous aviez pris le temps d'explorer le bâtiment en toute discrétion, monsieur Nyme. Sinon, aucun de ses gentlemen ne serait arrivé jusqu'à moi.
      - "Gentlemen", c't'un peu vite dit.
      - Un peu vite dit, oui. Mais vous aviez des questions, si je ne m'abuse.
      - Peut-être quand on s'ra en privé. J’suis pas pressé.
      - Vous devriez. Jack vient d'arrivé et il n'est pas seul. Si vous me laissez sortir, je peux aisément vous débarrasser de ces gentils hommes. Ensuite, nous pourrons parler.
      - Minute, papillon. J'ai déjà un plan pis je suis assez grand pour m'occuper d'mes problèmes tu-seul.

 

Les chapitres précédents seront déposés dans les liens sur ma page DeviantArt. Le serveur ne m'autorise pas de mettre autant de texte sur ce topique, je suis navré. Le chapitre en cours sera textuel, pour offrir un meilleur accès. Lorsque les suivants démarreront, je mettrai le précédent en lien et ainsi de suite. Merci de votre compréhension.

 

PS: Je ne vais me servir que d'une seule bande cachée pour mettre les liens. Alors les bandes superflues déjà présentes seront vide et ce, jusqu'à ce que je trouve comment les effacer.

Corrections d'orthographe et de syntaxe ont été enfin fait sur mes deux premiers chapitres. J'y ai ajouté quelques moments également pour permettre de mieux introduire certains personnages que vous connaissez, comme feues Frogg et Reiley. Il y a cependant un autre moment ajouté à la fin de Chapt. 1 - Final, avec Harvey, qui permet de pré-annoncer le personnage en début du Chapt. 3. Je me suis dit que tant qu'à faire des corrections, je vais m'improviser George Lucas et modifier ce qui pourrait enrichir le récit. Bonne lecture!

 

 

Chapt. 2 : Real-Deal with It

 

Chapt. 1: Tuer Colter

  


 

Modifié par Gabriel D. Arouth
Poursuite de l'histoire (Voir l’historique des modifications)

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Il me semble qu'il y a moins de fautes que dans tes textes précédents. Mais il y en a encore pas mal, ce qui réduit le confort de lecture.

Il y a un certain style, je trouves que c'est le meilleur des textes que tu as posté ici. Il y a aussi pas mal de mystères sur les interprétations à avoir. En gros, je n'ai pas tout compris mais c'est sympa.

 

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Merci. T'es pas le seul qui n'a pas bien digéré ces textes. Les publications ont cessé aussi. J'ai même essayé d'effacer ceux sur N., mais incapable. Mais comme je connais un peu  mieux le jeu et que j'ai déjà toute l'idée pour cette histoire, je vais essayer de faire vite et surtout, garder cela concis pour le format Internet. Super idée de mettre la couleur des lettres plus grisâtre, en passant.

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La suite s'en vient aujourd'hui! Je finalise les corrections et je vous l'envois. Je sais que les publications prennent du temps, mais étudier les différents contextes du jeu, l'histoires des lieux, celles des différents personnages, les différentes possibilité de dialogue et comment les implanter dans mon histoire, est une tâche plus difficile que je croyais. Et bizarrement, Internet ne m'aide pas beaucoup.

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Voilà la fin du Chapitre 1. :) 

Ouf! ça a été difficile à produire, avec ma vie personnelle dans tout le lot. Mais je suis toujours aussi motivé. Surtout après ce chapitre qui pose les bases de mon idée sur Nuka World. Même si je commence à avoir marre de ce DLC. D'ailleurs, est-ce moi ou Fallout 4 est moins percutant, niveau scénario, que fallout 3?

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Voilà la suite! Désolé encore pour le manque d'action violente, mais plein d'idées sont arrivées avec ce texte qui démarre le Chapt. 2. Va falloir encore une certaine mise en contexte, mise en place pour ce que je prépare à ces raiders sans scrupules de Nuka World :)

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Re-Salut

Je vais avoir l'air un peu pathétique, à force de m'excuser pour mes délais de publication, mais la vie ne fait pas de cadeaux à tout le monde et surtout pas en même temps. J'ai fini le prochain épisode et je travaille la correction.

Pour survoler sur la demande de Cam', j'avoue ne pas avoir travaillé le fichier PDF, et comme j'ai étonnement du mal avec Word, je n'ai pas pensé à regarder d'autre format. Je vais y jeter un oeil et verrai si je changerai de format de publication à l'avenir. D'ici là, je reste sur celui-ci car je veux sortir cette histoire de ma tête le plus vite possible et enchaîner sur la suite. Car oui, j'ai d'autres idées entourant la BOS, notamment, et j'ai bien hâte de m'y mettre.

 

J'espère que vous aimez les libertés que je prends avec le scénario du jeu, jusqu'à maintenant. Si je suis la ligne déjà tracé par les scénaristes de Bethesda, dont j'admire incontestablement le travaille, alors où se trouve l'intérêt de lire une histoire qui n'a pas d'eux, tout en l'incorporant à leur matériel de base. C'est une drôle de choix de ma part, je sais, mais bon... le fan-service est un raccourcis facile à emprunter, ça ne veut pas dire qu'il nous prive de créativité. Cette méthode fut utilisée par les écrivains des premiers livres de StarCraft (je pense à "La Bataille de Liberty", que j'ai adoré) ou par celui des premier Doom écris dans les années 90, je crois, que je vous recommande d'ailleurs vivement. 

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