Gabriel D. Arouth

Commonwealth Chronicles - Nuka World Chapter 3 + Corrections (liens) - Part. 3 & 4 In Coming

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1. BIENVENUE À NUKA WO... Ce truc est branché?

 

Chapt. 3 : Après la honte

Part. 1

Révélation

      Une semaine plutôt, devant le transite pour Nuka World, Commandant Kaylor n'en revenait pas. Quelqu'un venait de leur passer sous le nez tendis qu'elle parlait à ses hommes et en a profité pour partir avec le train. Elle a vérifié, tout le monde sous son commandement est bel et bien là. Alors ce devait être un de ses foutus pillards du wasteland, ou quelque chose comme ça. Elle a eu une de ses envies de se défouler sur un sous-gradé, à ce moment là, mais cette opération avait besoin de tout son monde. D'un autre côté, si les hommes de Cypress avaient été sur le point d'arriver et qu'ils auraient vu que sa bande a merdé, Kaylor aurait due rendre des comptes et blâmer quelqu'un pour ça. Il aurait mieux fallu que ce soit déjà fait avant que ses supérieurs soient là.

      Au même moment, quelque part vers l'entrée de la station de transite, un buisson s'est mis à se déplacer tout seul avant de disparaître comme par magie. Il allait faire nuit, un orage se préparait et tout le monde était bien trop occupé à entendre le blâme du commandant. ASS-34, toutefois, un robot humanoïde de type Assaultron, a perçu le mouvement et est aller investiguer. En tournant le coin du bâtiment sur sa gauche, un grand stationnement semi-souterrain en partie effondré sur lui-même, il s'est fait agripper violemment et avant de pouvoir réagir, ses directives se sont neutralisés: on venait de lui brancher un câble dans son pore neuronique derrière son crâne pour un transfère de données.

      L'opération n'a pas pris de temps, l'assaillant montrait une certaine habilité avec l'informatique. Une fois terminée, ASS-34 comprit un peu mieux ce qu'il avait à faire. Il se tourna vers son nouveau maître, une silhouette un peu plus petite qu'un adulte mature. Celle-ci dit alors, d'une voix juvénile et avec un anglais à l'accent étrange:

      - Go get them, Baby girl.

 

      L'entre où se cache Isabel Cruise est sombre en tout temps, et bruyant. Avec ses passerelles grinçantes et nues, dressées de chaque côté de l'atelier tel des fantômes gigantesques dans les ténèbres, renforce parfois sa solitude quand sa partenaire n’est pas là. Toutefois, elle n’est jamais vraiment toute seule. C'est surtout tout ce tambourinement sur les touches que font ses robot-brains, devant leurs terminaux, qui constitue la majeur partie de l’ambiance sonore. Ça lui fait beaucoup penser aux cliquetis des cafards qui rampent un peu partout; derrière les caisses de matériaux abandonnés, sous les cages d'escalier pourris, parmi les cubicules à bureau de sa tanière improvisée; même dehors, cachés sous la crasse du wasteland. Isabel aussi se cache, loin des autres, loin de la vie. Car si les autres connaissaient sa honte... De toute manière, elle préfère la présence des machines à celles des humains. Il est plus facile de programmer un robot pour qu’il vous aime qu'une personne.

      Lorsqu'elle a entendu l’ascenseur de service, il y a trois jours de ça, son angoisse n'a duré que quelques secondes. Il n'y a que son amie N. qui se sert de ce passage et au cas où ce n’aurait pas été elle, Isabel disposait d'assez de robots pour faire réfléchir n'importe quel intrus avant de commettre une bêtise.

      Arrivée à hauteur de vue, une armure assistée X-01 bleue mal en point se tenait en plein milieu du monte-charge, un sac immence passant par-dessus son épaule droite. Le colosse de métal portait également un fusil d'assaut peint de toute sorte de couleurs dans l'autre main, mais ne le pointait pas devant lui. Il fit quelques pas lorsque le monte-charge fut immobilisé, clairement à l'aise et non hostile. Ce ne pouvait être que N. qui rentrait à la maison. Elle traînait son gros sac qui faisait un bruit métallique qui s'entrechoque chaque fois que son armure posait le pied. N. n'était pas rentrée depuis presque une semaine, mais comme elle était avec Ada, Isabel ne s'est pas trop fait de soucis. D'ailleurs, c'est tout-de-même avec tristesse qu'elle a constaté que le Protectron modifié  n'apparu pas à sa suite.

      - Woah! une X-01! fit la mécano, toujours avec ce ton timide mais illuminée par un envie évidente dans les yeux. Y'a un coup à donner sur la peinture, mais t'as tout un jackpot! Qu'est-ce que tu nous amènes? Et où est Ada?

      N. n'a pas répondu tout de suite. Elle laissa d'abord tomber le sac et sorti de l'armure. Tout l'intérieur du bagage déborda, une fois au sol, laissant découvrir entre-autre un bras de Senty-Bot ainsi plusieurs pièces essentielles du robot. Isabel allait déborder de joie de pouvoir travailler sur un autre Sentry-Bot et s'apprêtait à sauter dans les bras de N. pour la remercier. Ce fut la goutte de trop qui fit tout abandonner à celle-ci, baissant enfin les bras pour soupirer le reste de ses forces. Isabel, qui finissait de se rapprocher de son amie et le cadeau qu'elle venait de lui faire, s'arrêta net. Elle n'a pas eu l'occasion de bien voir, tant la pénombre de la grande pièce se faisait épaisse. C'est seulement à moins d'un mètre de son amie qu'elle a constaté avec horreur ce qui lui était arrivé. Son visage était couvert de longues lacérations, déchirant son front à trois reprises et encerclant son oeil droit, dont les cicatrices étaient encore rouges.

      - Mon dieu, N! parvint à dire la mécano, malgré son souffle coupé. Qui t'a fait ça?

      Son amie n'a pas répondu à ça non plus. Du moins, pas par des mots. Ses traits se sont crispés, repliés sur eux-même, et se mirent à trembler. Isabel l'a vu pleurer ainsi à de très rares occasions, et ce fut toujours parce qu'elle la prenait par surprise. N. gémissait, les yeux plissés, mais aucune larme ne se voyait. Sa protégée la pris par les épaules, choses que N. ne lui permettait pas de faire d'ordinaire, et répéta sa question:

      - Qui t'a fait ça? N, regardes-moi! Qui t'a fait ça?

      - Ces gens... céda N, laissant son esprit enfin vulnérable après tout ce qui venait de se passer.

      Isabel écouta son agressante histoire en tordant ses doigts de douleurs. La façon dont elle a passé l'équipe de Gunners sans se faire voir, le piège que lui avait tendu un certain Harvey, sa survie dans ce que ces monstres appelaient le Parcours, le fait qu'ils l'aient élu Reine de Nuka World et surtout ce qu'ils lui ont fait par la suite. Puis, les détails de sa mutilation par une certaine Nisha lui fit enfin froid dans le dos.

      Tout au long de son récit, la flamme héroïque d'Isabel, du temps où elle jouait les super-héros à l'intérieur du Commonwealth, se raviva. Elle se revoyait reprendre son costume du Mécaniste et ensemble, elle et N, elles vengeraient les marchands du parc d'attraction de ce que leur faisaient subir ces pillards. Puis N. s'est remise à pleurer. Cruise l'a prise dans ses bras, posant sa tête près de la mâchoire de son amie. Entre les soubresauts, une série de murmures entre-coupés laissaient échapper des paroles de désespoir.

      "… tu vas t'en sortir. Ne les laisse pas t'avoir. Tu vas rentrer à la maison. Tu vas rentrer seule. Tu vas t'en sortir. Ne les laisses pas t'avoir." répétait-elle avec une conviction fragile, absente du moment présent.

      La réalité de cette crise frappa soudainement Isabel. N. répétait son mantra et soudain, une ferveur la saisit toute entière. Ses bras prirent ceux de sa partenaire et les serraient, comme pour se protéger. Cruise compris que c’est un souvenir qui s’en était pris à son amie. Tout danger était pourtant écarté. Ou l’était-il? Peut-être viendraient-ils pour elle. Il leur fallait se préparer pour un éventuel assaut? Isabel s’est mise à regarder vers l’ascenseur, immobile et paisible, puis est revenue sur son amie mortifiée.

      - N... qu'est-ce qu'il y a? Parles-moi.

      Elle interrrompit enfin son chant et commença, d'une voix tremblante:

      - Il n'y avait pas que les pillards, à Nuka World.

 

      - À la quatrième journée, ils m'ont laissé seule parcourir tout le royaume. Tu imagines? Il y avait cinq parcs dans tout l'infrastructure, plus Nuka Town, et tous étaient remplis de divers danger de mort, et je devais tout régler par moi-même: "il fallait que je fasse mes preuve pour gagner leur confiance". Parce que tuer leur ancien chef ne leur suffisait pas; comme si j'en avais quelque chose à foutre. Ils avaient plusieurs petites armées, avec eux. J'en suis venu à la conclusion qu'ils avaient assez joué avec moi et que ce parc, c'était ma sentence à mort. Ce Porter Gage s'est porté volontaire pour m'accompagner, oui, mais après m'avoir pris dans ce piège, en premier lieu...

      N. marqua une pause afin de désserrer les poings. Isabel l'empressa de poursuivre.

      - J'ai fait un peu de reconnaissance dans chaque parc. Tu aurais adoré le Galactic Zone (N. s'est permis un sourire). C'est un immense château du futur rempli de robots.

      Mais sa joie fut de courte duré. Des images d'horreur semblaient passer devant ses yeux.

      - Sauf qu'ils ont été laissés en mode défensif. Certain de ceux qui ont fuit l'arrivée des Familles ont tenté d'y entrer. Les corps reposent encore devant l’enceinte et finissent de se décomposer, ou de se faire gruger, morceau par morceau, par des fourmis mutantes. Ils ont laissé des caisses d'armes et de munitions, dont un fusil laser et quelques grenades à impulsion qui m'ont été utiles un peu plus tard. C'est là que j'ai compris que ce parc n'offrirait rien d'autre que la mort. C'est con que la seule population assez puissante vivant entre ces murs s'amuse à se battre, perd son temps à torturer les autres ou à se planifier la guerre entre elle. Et ils s'attendent qu'on fasse le sale boulot pour eux, alors qu'on a rien à voir avec tout ça, qu,on est sous-armé et qu'ils ont bien assez de forces en hommes et en armes pour prendre ce qu'ils veulent.

      >>Mais comme je l'ai dit, il n'y avait pas que les pillards, là-bas. Il y a une fille qui traîne à Nuka Town. Toute jeune et innocente, elle échappe étrangement à la cruauté des occupants et passe ses journées à demander qu'on lui apporte une recette de Nuka-Cola secrète. Je me demandais comment elle arrivait à survivre parmi les pillards, mais c'est probablement parce qu'elle se tient chez les Opérateurs. Contrairement aux autres clans, ce ne sont pas des sauvages. Sinon, je suis aussi tombé sur un petit groupe, un peu à l'extérieur de Nuka Town. Les... hubbologistes.

      N. cessa de tourner autour du pot, sembla-t-il sur le coup. Le ton qu'elle prit pour le reste de son histoire ce fit plus grave, suppliant.

      - C'était une bande de fanatiques pas bien méchants. Tout ce qu'ils voulaient… c'était de rejoindre le Père-Ciel à bord d'une secoupe-volante.

      Isabel eut un petit fou-rire, mais s'arrêta net lorsqu'elle vit que N. ne la suivi pas dans son euphorie.

      - Pardon.

      - C'est pas grave. Dara Hubbell... c'était le nom de leur chef. Une femme d'un certain âge avec des cheveux d'un bleu crème et une voix calme et douce, peu importe la situation. Elle m'a été présentée par Cleansed, un de ses fidèles qui traînait à plusieurs mètres de leur camp. Il a fait changer son nom après avoir été purifié de ses neurodynes, selon lui. Les neurodynes... (en essuyant une larme invisible et reniflant un nez apparemment sec : ) ce sont des ondes envoyés par des spectres d’avant ou ceux qui n'en ont pas été purifiés. Ces ondes s'incrusteraient dans notre cerveau pour nous empêcher d'exploiter notre plein potentiel. Si tu veux rire, attends de savoir comment on se nettoie de cette merde.

      - Comment? fit Isabel Cruise, presque dans un chuchotement chaleureux à l'oreille de son amie N.

      - En te bombardant de "rayons zeta". En bref, des radiations.

      - Ce sont de vrais tarrés!

      - Oui, mais des tarés inoffensifs. Ils croyaient au meilleur d'eux-mêmes et se serraient les coudes. C'est plus que ce que ces foutues Familles pouvaient en dire. Et tout ce que m'ont demandé les Hubbologistes, c'était de leur apporter des scaphandres spatiaux... pour le voyage.

      N. marqua une autre pause. Elle retint un peu ses pleures avant de poursuivre.

      - Il y avait tout ce que j'avais de besoin dans l'une des attractions du... du Galactic Zone. Je me suis servi de tous les conseils que tu m'as donnés pour éviter les robots. Je suis passé lentement, toute discrète, avec une grande couverture sales que j’avais emprunté aux hubbologistes pour me cacher.

      Isabel lui avait fait prendre conscience que les robots n'avaient pas tous les mêmes capteurs, ou il pouvait arriver que certains soient défectueux. Si la plupart ont un capteur de mouvement, par vibration sismique, d'autres avaient aussi un capteur thermique. Mais comme avec la majorité des entreprises de l'époque d'avant-guerre, RobCo Industries sauvait de l'argent en ne fournissant pas les deux types de capteurs à toutes ses machines, ou du moins, peut-être n'avaient-ils pas tous la même qualité et après plusieurs centaines d'années plus une fin-du-monde, même les cartes de circuit ne traitaient plus l'information que les robots recevaient pouvaient griller. Cruise s'est souvent penchée à chercher la raison de leur défectuosité. Elle est arrivée avec plusieurs hypothèses, comme celle où les capteurs percevaient effectivement la source de chaleur qui émanait des humains, mais soit la banque de données se trouvait corrompue ou soit le processeur n'arrivait plus à calculer la réponse rattaché à l'information. Alors le robot reste sur sa fonction primaire qui est trop souvent "tirer sur tout ce qui bouche". C'est moins difficile à calculer.

      Or, la mécano est arrivée avec plusieurs petites solutions faciles pour se faufiler parmi eux. L'une implique de marcher très lentement, déjà accroupit au mieux, pour éviter d'affoler leurs capteurs sismiques. Puis, se planquer sous une couverture assez grande lorsqu'ils se tournent vers soi. C'est souvent suffisant pour tromper les capteurs visuels  quand les thermiques ne fonctionnent pas correctement. Les robots peuvent confondre la chaleur corporelle avec une autres source de chaleur non-vivante. Ce n'est pas une tactique garantie, surtout parce qu'il faut rester totalement immobile lorsqu'étant dans son champ de vision. Il y a définitivement des méthodes plus simples, comme avoir sur soi un Stealth-Boy, chose qui n'est pas toujours évidente.

      - C'est là où j'ai trouvé l'armure. Elle était à l'intérieur d'une cage vitrée, exposée en démonstration. Pour la dégager, il a fallu que je cherche plusieurs tablettes de circuits pour réactiver un ordinateur. Il alimentait les robots également, et les personnes qui ont activé leur protocole de défense n'ont pas pris en compte que les tablettes servaient aux terminaux qui rédigeait ce protocole. À la place, ils les ont éparpillées pour divers circuits dans tous le Galactic Zone. Quand est arrivé le temps de se défendre, les robots ont tiré dans le tas.

      >>Je suis tombée sur quelques Stealth-Boys avec leurs piles presque vides pour partir en quête des tablettes. Les premières que j'ai trouvées m'ont permis de prendre le contrôle des tourelles de défenses. Elles se sont mises à tirer sur les robots qui traînaient un peu partout, en dehors comme à l'intérieur des bâtiments. À travers tout ce chaos, je me suis introduis un peu partout et j'ai arraché toutes les tablettes des différents terminaux. Ça été de justesse, mais j'ai réussi.

      - T'es la meilleure, N, motiva Isabel dans un commentaire sincère quoiqu'un peu forcé.

      - C'est avec l'armure, reprit N, sans faire attention, que... j'ai rapporté les scaphandres... à Dara... et aux Hubbologistes...

      - Mais ils étaient tous morts... Les pillards les avaient tués?

      - Non. Nuka Town se foutaient pas mal d'eux. Comme j'ai dit, ils ne s'aventuraient pas beaucoup en dehors de leur territoire. Y'a des sauterelles carnivores géantes qui rôdent, des loups et des scorpions mutants. On trouve même des hommes crocodiles, peuplant le zoo de Nuka World. Non, les pillards n’avaient attaqué personne et les hubbologistes m'attendaient... attendaient après leur scaphandre de l'espace... pour leur voyage vers leur divinité.

      Isabel fut si gênée de son intervention qu'elle laissa son amie terminer sans l'interrompre à nouveau.

      - Dara m'a offert des caps pour le travail. À mon retour, j'ai refusé l'argent. Je... j'avais compris que malgré son manque d'emprise sur la réalité, Dara prenait soin des siens. Elle comptait sur moi pour mener leur mission à bien, pensant fuir ce monde de folie et de violence. Son histoire sur les neurodynes, c'était une façon pour elle de comprendre et pardonner les autres qui refusaient l’harmonie. Pour elle et pour tous les hubbologistes, ce n'était pas tant de leur faute, s’ils étaient méchants, que celle... de... quelque chose d'autre et ce "quelque-chose" pouvait être guéris comme par magie. La magie pouvait guérir ce monde, s'il acceptait de marcher dans leurs pas. Des exemples de croyances comme celle-là, il y a en eu des tas par le passé, avant tout... (elle fit un geste pour montrer tout le désordre des alentours)... ça, la guerre. Alors je voulais les aider, peu importe où ça allait les mener. C'était si important pour moi de voir un espoir dans les yeux de quelqu'un, après avoir tout perdu (elle passa une main à plus ou moins un centimètre de son visage). J'étais en train de perdre la tête aussi, je sais. Je... je voulais tellement... seulement les aider.

      N. s’est remit un pleurer sèchement. Isabel, qui l'enveloppait dans ses bras, s'est mise à la bercer tranquillement en soufflant de petits "sshhh-sshhh". Elle réalisa subitement ce qu'elle était en train de faire et se surpris d'avoir l'assurance d'agir ainsi pour quelqu'un. C'est vrai qu'elle et N. en ont vu pas mal, depuis plus d'un mois. Pour quelqu'un qui a toujours eu du mal à tisser des liens émotifs avec ses semblables, anxieuse comme elle l'était, Isabel Cruise souri intérieurement en pensant au progrès qu'elle avait fait en si peu de temps. Elle revint au présent lorsque N. se calma assez pour poursuivre son récit.

      - Je... je savais pas que... ce serait si... si dangereux. Il leur fallait se rendre dans leur soucoupe-volante. Elle se trouvait dans un dépotoir à déchets métalliques, un peu au nord-ouest de là où ils se trouvaient. Je leur ai dit que le parc était infesté de créatures mutantes plus folles que les pillards. Et comme ça m'avait pris le reste de la journée pour prendre ces scaphandres, se promener la nuit n'était pas l'idéal. Oui, ils étaient armés. Mais pas un seul n'était un soldat. Sauf que Dara disait avoir assez attendu. De plus, son esprit purgé de ses neurodynes devait tous les guider vers leur but. Elle disait pouvoir faire confiance... à Père-Ciel. Je lui ai offert l'armure, mais elle a refusé. Je n'avais pas d'autre choix que de me joindre à eux pour les protéger. On a été surpris par des rattaupes, en chemin, et il a fallu faire un détour discret après avoir faillit croiser un de ces démons à cornes et à longues griffes.

      >>Arrivé au dépotoir, c'est là qu'on a mangé le coup le plus dur. On a d'abord été accueilli pas des Protectrons et des Mr. Gusty à l'image de Nuka World. Ils ont des formes plus carrés et sont peints d’un rouge-orangé. Les Protectrons lançaient des projectiles de plasma bleus qui brûlent même sur le métal. En lançant les grenades à impulsion, j'ai grillé la plupart de leur circuits et on a pus passer sans trop de danger en les achevant un par un. Plus loin, des insectes géants, criquets et fourmis, sont sortis de partout. Je suis arrivé à les mettre à l'abri dans la carcasse d'un vieux wagon de métro ou un autobus, je sais plus trop, qui se trouvait sous les débris. On a pu y accéder par un trou aménagé bizarrement dans la montagne de déchets. J'ai pas pris le temps d'y jeter un coup-d'oeil, voir si c'était sécuritaire pour eux. Je me suis mis devant la porte ouverte du... truc... et j'ai bloqué l'accès aux bestioles avec mon armure. J’avais beau tenter de les piétiner, plusieurs ont grimpé sur l’armure. Je pouvais sentir leurs petites pinces grignoter la carrosserie, mais contre moi, ces bestioles n'ont pas fait grand chose. Sauf que de l'autre côté de là où je me trouvais, un Sentry-Bot est sorti de nul part pour nous déchiré.

      >>Quand j'ai entendu les balles frapper sur le wagon - oui c’est ça, c'était un wagon - et que mes nouveaux amis se sont mis à crier de terreur, j'ai laissé les dernières fourmis qui restaient pour traverser leur abri en courant. J'ai presque écrasé les jambes de tout-le-monde au passage. Ils ont été canardés sans arrêt dés que le robot nous a vus. Durant ce temps, j'ai dû traverser un couloir de merde sous les décombres du dépotoir pour arriver finalement derrière lui. J'ai tiré plusieurs coups de laser sur le capteur visuel au milieu de sa tête, afin de le désorienter un peu mais surtout le faire arrêter de tirer sur mes nouveaux amis. Puis j'ai grimpé sur lui. Il s'est violemment débattu en vidant sa réserve de .5mm. Fallait juste attendre qu'il se mette à surchauffer puis j'ai envoyé mes dernières charges de laser dans les volets ouverts, fixés à son dos. Je l’ai lâché pour fuir, mais explosion créée par la surcharge m'a poussé vers l'avant, malgré la distance que j'avais déjà pris. Ce n'était plus le temps pour la promenade. En me relevant, je leur ai crié de se dépêcher de rejoindre leur vaisseau, qui se trouvait juste au-dessus d'une des collines de débris, pas trop loin de là. Ils ont accouru sans se faire prier. Enfin, pas tous.

      >>L'une des leurs a reçue une balle. Je l'ai su une fois qu'ils étaient devant la soucoupe-volante. Tula. Une des dernières initiées. Et... ça n'a presque pas dérangé Dara. Oh oui, elle a mentionné que sa mort était perte dans un joli petit discours, mais très vite, elle a parlé de leur accomplissement tout en me remerciant au passage, pour ensuite parler du Père-Ciel et bla-bla-bla. Une fois fini, elle est revenue me voir pour encore mentionner rapidement Tula, mais son ton était si... déconnecté. Elle s'est ensuite empressée de me demander un autre service. Leur "vaisseau" avait besoin de piles à fusion. Au moins trois. Ça m'a laissé un effet amer au ventre. J'étais choquée par son ton décontracte que j'ai à peine bougé, ou entendu ce qu'elle me disait.

      >>Quand je suis finalement allé voir où Tula était morte, dans ma recherche des fameuses piles, la pauvre crachait encore son sang par la bouge et sa gorge, qu'elle tenait fermement. Tula s'accrochait à... sa vie, comme à un sac d'eau pure troué. Je l'ai prise dans mes bras et elle a finalement lâché prise. Ses derniers litres de sang coulaient par spasmes, comme s'écoulaient ses dernières secondes. J'ai pensé à me servir d'un Stimpacks qu'au moment où je me suis rendu compte que je n'en avais pas. Alors moi non plus, je n'ai rien pus faire. Ses yeux étaient... grands ouverts. Elle toussait de sa gorge inondé de rouge. Et quand c'était fini, ça m'a pris un moment pour me rendre contre que ses paupières ne se fermeraient plus jamais toutes seules. Elle s'est éteinte dans mes bras, tu comprends. Les autres s’en sont allés en la laissant mourir derrière, se disant "tant pis! elle est foutue". J'ai été la porte dans le garage qu'il y avait juste à l'entrée du dépotoir. Je ne voulais par qu'elle soit mangée par ces satanées fourmis. Je l'ai déposé sur une sac-à-couchage qui traînait par là et j'ai fini la tâche qu’on m'a demandée.

      >>Ah! et tu veux savoir c'était quoi, en fait, leur "soucoupe-volante"? Un manège qui faire tourner les participants très très vite. Rien de plus. Tula est morte pour cette idiotie. J'étais si en colère malgré que je le montrais pas. J'ai rapporté quatre piles. Ça tombait bien, car il y avait quatre socles vides pour l'alimentation. Je suis aussi tombé sur une pièce bizarre : un genre de sphère avec un trou au centre. J'ai eu la bonne intuition que ça aurait pus servir au "vaisseau", et effectivement, ça a servi. L'engin s'est mis à briller dans la nuit comme un sapin de noël, sans que personne ne se soucie que la lumière puisse être visible à des kilomètres. Moi, j'en avais plus rien à foutre, j'avais mon armure.

      >>Dara m'a encore une fois remercié et s'est lancé dans un discours final pour accueillir ses acolytes vers leur nouvelle vie. Je lui ai pourtant prévenu que ce truc n'était qu'un jeu pour les enfants, que ça n'irait pas dans l'espace. Mais apparemment, le Père-Étoile, parce que ce n’était plus le Père-Ciel, lui aurait assuré que ça marcherait. Parce qu'une divinité sur une planète éloignée lui parlait régulièrement, bien sûr. Le reste de ses explications ont presque achevé de m'irriter au plus profond de moi-même. Alors je les ai invités à entrer. Je leur ai même dit que j’appuierais sur le bouton. Il fallait que je vois leur visages confus, lorsqu'ils se retrouveraient encore sur terre. Alors on est tous entrés.

      >>Il y avait trop de lumière de toutes les couleurs, à l'intérieur. Et comme l'éclairage du plafond se voulait abondant, les couleurs des petites bandes multicolors se faisaient presque totalement absorber. C'est con de penser à un truc pareil, me je suppose que ça montrait combien je détestais tout à la fois, à ce moment-là.

      >>Ils ont tous pris une place; une seule est restée vacante. J'avais le coeur serré en pensant à la jeune Tula, quand j'ai appuyé sur le bouton pour démarrer le manège. Le tout s'est mis à tourner, puis à tourner de plus en plus vite. Bien vite, l'un de ces illuminés s'est mis à avoir des visions. Enfin, c'est ce qu'il disait. Il nous les a pas décrites. Les couleurs ont commencé à m'agresser les yeux, à brûler des traits luisants sur ma rétine. Le truc allait à une telle vitesse que j'étais certaine que quelqu'un serait malade. Une autre disciple, qui tenant fermement une boîte-à-sandwish Vault-Tec entre ses mains, s'en est plainte mais pas plus. Puis...

      Encore une pause où la fragilité de N. se fit sentir.

      - J'ai fais une chose atroce, Isabel! Atroce! Dara n'allait vraiment pas bien et apparemment, elle savait que quelque chose n'allait pas. Elle m'a demandé d'arrêter la machine... mais j'ai refusé. Je voulais qu'elle... comprenne son erreur. Qu'elle comprenne que Tula était morte pour rien! Elle semblait se soucier de ses gens, alors je pensais qu'elle serait assez intelligente pour saisir que son rêve... son délire absurde et contagieux qui était né dans sa tête, pouvait très bien tous les tuer une jour. Sauf que... c'est moi qui les ai tués. Pas leur délire. Moi.

      Isabel se tendit alors, perplexe, et retira sa tête vers l'arrière. N, prise de panique, se délivra sans peine de l'emprise de son amie et se tourna vers elle, lui saisissant les mains avec vigueur. Ses yeux lui suppliaient déjà de la croire.

      - J'ai pas voulu! s’écria N. sans se rendre compte qu’Isabel ignorait totalement de quoi elle parlait. Je pensais les aider. Je pensais leur donner une leçon. Je voulais pas ce qui est arrivé.

      - N... qu'est-ce qui s'est passé?

      - Il n'y avait pas que Dara qui se sentait mal. La machine... elle s'est mise à tourner beaucoup trop vite. Bientôt, leurs visages ont semblé s'écraser les uns sur les autres. La force que ça a pris plaquait chacun de leurs membres sur les parroies du manège. Voire, les écrasait. La fille qui tenait la boîte-à-sandwish Vault-Tec l’a lâché. La boîte, une fois libre, n'a eu besoin que d'une petite poussée. Elle a volé dans toute la cabine et est allée se fracasser sur tout se qu'elle a touché, y compris le visage d'un des hubbologistes. J’ai reçu une giclée au visage et il a fallu que je me baisse pour pas recevoir la boîte sur la tronche. Puis, sans avertissement, le mécanisme de rotation s'est bloqué. Tout-le-monde a fait un vol plané pour finir sur un mur. Ils sont tous partis comme des pantins pour aller se briser sur quelque chose. Leurs corps étaient affreusement déformés par l'impact, mais sûrement aussi par la force de rotation qui... rétractaient leurs... membres. C'était affreux! Et moi, restée au centre, j'ai regardé ça arrivé… et le résultat... Des crânes défoncés, des bras et des jambes disloqués. Et les éclaboussures de sang là où leur trajectoire avait frappé. Tous sont morts sur le coup... et j'ai appuyé sur le bouton, encore et encore. La machine s’arrêtait complètement et j’appuyais encore, et encore. Elle n’a jamais redémarré… et les hubbologistes ne se sont pas relevés. Ça non plus, j’ai pas voulu le croire, au départ. Comme pour Tula. J’ai tué ces gens… qui ne faisaient de mal à personne…

      N. conclu ces dernières phrases en pleurant comme seule elle pouvait le faire.

      À ce moment, Isabel n'eut autre chose que de l'empathie pour son amie. Elles avaient toutes les deux fait quelque chose en commun, maintenant : elles ont toutes deux fait quelque chose d'horrible avec les meilleures intentions. Elle s'est dit que dans ces cas-là, n'importe qui d'autres auraient été prompts à les juger, les regarder comme des meurtrières. Mais N. ne la pas fait avec elle. N. l’a pardonné pour ses actions et s’est lié d’amitié avec elle. Alors Cruise ne l'a pas jugé non plus. Ensemble, elles étaient en train de démarrer une affaire de chasse à la prime: les Mécanistes. Isabel savait, à ce moment-là, que leur entreprise allait suivre un code honorable. Basé sur une expérience traumatisante, certes, mais leur erreur forgerait leur plus grande conviction.

      La mécano serrait de nouveau son amie dans ses bras et la laissa pleurer tant qu'elle en eut de besoin. Car le lendemain, il fallait reprendre les affaires.

     

      N, ou Vic, réfléchissait encore à toute cette histoire deux jours plus tard devant une bière qu'elle ne pouvait pas à boire. C'est que Whitechapel Charlie, un Mr. Andy avec un fort accent irlandais, avait tendance à proposer ses bières avec beaucoup d'agressivité. N. s'était rendu au Third Trail, l'unique bar de GoodNeighbor, qui était de réputation la pire cuvette de chiote du centre de Boston. Elle devait rencontrer un certain Edward Deegan. Le gars avait un travail lucratif à leur proposer. La réputation des Mécanistes l'avait précédé, durant qu'elle était prise au piège par la clique de Nuka World. Mais si elle ne se sentait pas le courage à reprendre le boulot, N. avait suivi le conseil d'Isabel. Il lui fallait autre chose que simplement se morfondre dans un terrier tout noir et humide pour faire son deuil. De plus, si elles ne prenaient pas contact rapidement avec ce Deegan, elles pouvaient en perdre le contrat.

      N. se demandait qui elle était, désormais. Elle était allée beaucoup trop loin dans la direction de la violence pour en revenir. Et pourtant, elle se trouvait là, devant une bière à GoodNeighbor, et attendait un contrat. Si sa famille était là, s’ils avaient su ce qu’elle a fait, tous auraient sûrement pleuré de colère, de tristesse, de déception. Des gens font des choses moins terribles que ça et ne s’en tirent pas. Et elle, elle ne sentait même plus l’emprise que Nuka World a eu sur elle, durant les quelques jours qu’elle y a passé. Comment en était-elle revenue?

      Ils devaient se rencontrer vers cinq heures, Deegan était en retard. Comme Vic, ou N, n'avait plus son Pip-Boy, elle s'est mise à compter le temps avec la durée des chansons de Magnolia, dont elle connaissait par-coeur. N. aimait bien la chanteuse. Elles avaient beaucoup en commun et toutes deux avaient appris à calculer les gens dés le premier regard.

      - Étrangement… J'sais pas pourquoi, mais tous les fuyards finissent par atterrir à goodNeighbor.

      Cette voix chuchotante venait d'un mec qui s'était assis juste à côté d'elle. Elle n'a eu besoin de regarder pour reconnaître qui la faisait sonner à son oreille. Mais à GoodNeighbor comme à Diamond City, on ne lève pas son arme en public pour aucune raison. Hancock, le maire de la ville, répond très mal à ce genre d'action.

      - Merde, Gage! fit N. entre le dent. Toi et moi, on va sortir tranquillement d'ici et une fois dehors, tu pourras me faire la leçon autant que tu voudras.

      - Relaxe. J'suis pas v'nu d'la part des Familles. J'me suis tiré, moi aussi.

      - Et puis quoi, encore...

      - J'me fous pas d'toi.

      - Moi non plus. On va juste sortir pour s'échanger des conseils amicaux sur le wasteland. Je suis consciente que ça risque de faire trop de bruit ici, et Magnolia est en train d’chanter.

      - J'adore ton sens de l'humour, chérie. D'accord, peut-être qu'on peut aller dans ce p'tit repère que t'a, juste à l'est de Bunker Hill. Tu sais, dans l'usine RobCo, de l'autre côté de la rivière.

      N, ou plutôt Vic à ce moment-là, se crispa de fureur. En une seconde, elle se mit à avoir peur de sa réaction, mais due garder son calme chez les bons voisins. Elle repassa ses priorités, ce qui voulais dire qu'elle devait supporter la présence de ce clown borgne à deux caps, n'ayant pas les moyens de le faire taire là où elle se trouvait. Elle repassa les diverses solutions à son problème, raillant celles qui impliquait la violence... et puis:

      - Charlie!

      - Veux une aut'e bière, darlin?

      - Non. Tu connais un certain Edward Deegan?

      Le robot était d'ordinaire peu co-opératif, mais il répondit de son accent rond et de sa voix artificielle un peu grinçante mais mélandieuse, si on aime entendre un saoulon chanter:

      - Y'a du monde à qui c'te ghoule cause de temps z'à aut'e.

      - Qu'est-ce tu fous, fillette? s'essaya Porter.

      - Ta gueule, toi. Charlie? Il a déjà dis d'où il venait?

      - Disait qu'y était d'la part des Cabots. Y sont d'la vieille Maison Cabot, p'tit peu avant Bunker Hill.

      - Merci. Toi (en pointant Porter Gage du doigt), tu viens avec moi.

 

Part 2

Révélation

      Jack Cabot regarde son interlocuteur avec intérêt. Une fougueuse passion lui traverse les yeux tandis que l'autre se sert son verre de bourbon après l'avoir au préalable vainement nettoyé avec sa salive. Ils sont tous deux assis au salon, qui est une grande salle à plafond haut, parfaitement restaurée, avec un escalier au fond de la pièce qui monte jusqu'à une mezzanine, là où Jack y a installé son laboratoire. C'est là où il se trouvait lorsqu'il a reçu cette visite. Celle-ci a simplement frappé à la porte, sans invitation. Cela tombe plutôt à pique, puisqu’il a besoin d’un mercenaire pour une tâche risquée et Edward est revenu seul de la rencontre qu’il devait faire au Third Rail avec ces Mécanistes.

      Devant lui se tient un jeune homme. Pas très vieux. Sa chevelure, relativement courte, est rasée de chaque côté de sa tête. Ce qui ne l'a pas été descend sur son côté droit, tel une coupe mohawk tombé à plat. Les couleurs brune, châtaine et rousse paraissent ici et là sur une bonne partie de sa pilosité crânienne. Le tout manque curieusement de naturel, ce qui empêche de vraiment savoir quelle est sa couleur de naissance et ce qui n'est qu'une teinture. Et qui prend le temps de se teindre les cheveux, de nos jours?

      Jack aime bien connaître l'opinion de ses futurs employés sur les questions qui le travaillent. C'est un critère d'embauche.

      - Dites-moi, croyez-vous en une autre forme de vie intelligente dans l'univers?

      C’est la question qu’il pose à tous ceux qui vont faire partie de la "famille", comme il aime le dire. La personne devant lui hausse un seul sourcil et c'est ce qui résume toute son idée sur le sujet. L'homme de science ne s'attend pas à rencontrer des esprits ouverts, c'est pourquoi il adore expliquer ses théories. Toutefois, le garçon répond :

      - Je crois pas qu'y'est aucune forme de vie intelligente dans toooooout l'univers. En-tout-cas, pas ici... sur Terre... sauf moi...

      Quoique Jack puisse penser de cette remarque, avec toute l'arrogance puérile qu'il s'en est dégagé, l'humour est une forme d'intelligence. Et c'était bien de l'humour. De plus, l'accent de son interlocuteur pique d'autant plus sa curiosité.

      - Vous êtes français? demande-t-il dans un français qui, manifestement, surprit son visiteur qui a alors haussé l'autre sourcil.

      - Ouin, non, répond celui-ci, également en français, après avoir soupiré sa première gorgée. C'ét compliqué. J'viens d'la Rive-Sud, en faite.

      L'étirement des voyelles et le ton pinçant était très caractéristique des francophones du nord, et non du... de la Rive-Sud? Personne ne sait ce qu’ils sont devenus, après la guerre. La personne devant Jack retrouve son anglais cassé pour demander si tout cela a une quelconque importance. Pour le moment, sûrement pas.

      - Bref, reprend Jack, de nouveau avec sérieux et passion. Vous plaisantiez, sur la vie intelligente, mais vous marquez un point. Et si la race humaine périssait sur toute la surface du globe, comme elle bien faillit le faire? Disons que dans plusieurs milliers d'années, une nouvelle civilisation émerge. Que sauraient-ils de nous?

      - Même après des milliers d'années, y devrait rester assez de notre civilisation à découvrir mais je vois pas l'rapport.

      - Il resterait quelque chose derrière, poursuit Jack sans en prendre compte de la confusion de son interlocuteur, mais peut-être moins que vous le pensez. Les anciennes constructions ont été érigées en pensant qu'elles franchiraient le passage du temps. Et pourtant, nous ne savons quasiment rien sur elle. En fait, la plupart des gens ignorent même qu'elles existent.

      - Sûrement pour le mieux, dude. J'pense que ceux qui viennent après devraient commencer de zéro.

      - Je ne partage pas votre pessimisme. Je crois que la civilisation humaine a la chance de retrouver sa gloire d'antan.

      Jack Cabot aurait voulu se lancer dans le récit sur son père, Laurenzo Cabot, et la citée qu'il a sortie de terre en Arabie; une citée qui datait de quatre-mille ans avant l'histoire humaine, voire les premiers humains tout court. Cela et le peuple d'êtres étranges qui y vivaient. Mais que sont ces dates pour un cerveau qui n'a pas plus que la vingtaine d'âge, et dans un monde où la majorité des bibliothèques ont été balayées par des explosions nucléaires? Il réalise donc par la suite que ça prochaine phrase manque un peu de son sens, sans tout son contexte.

      - C'est l'une des raisons pourquoi je suis passionné par mes recherches. Si je peux apprendre leurs secrets, sur ces constructions, peut-être peut-on éviter leur funeste destin.

      C'est à un mercenaire perplexe, avec la tête tirée vers l'arrière et une grimace ridicule que le scientifique revient après son maladroit exposé. Peut-être est-ce un peu de sa faute à lui. En omettant délibérément les détails de son explication, il l'a fort probablement perdu. Tout-de-même, il ne peut s'empêcher de sentir une certaine déception naître en lui et ce, malgré qu'il ait déjà conclu que son visiteur ne présentait aucun atout qu'il lui aurait permit de comprendre ou voire s'intéresser au sujet.

      - Wow, fait-il enfin. C'est... touchant. Le monde est rempli d'mistères, c'est vrai. Comme des sphères de couleur qui tombent du ciel.

      La chute des bombes n'ont pas saisi Jack avec autant de grippe à son ventre que cette affirmation.

      - Je... je vous demande pardon?

      - Les couleurs... du ciel... qui tombent...

      Cela a toujours été un sujet sensible, pour sa famille. Aucun Cabot n'en parlait jamais, pas même entre eux. Il pose la question, malgré qu'en y repensant bien, les origines de l'accent de son interlocuteur se font plus précises dans sa tête, en y connectant cette déclaration :

      - Comment... êtes-vous au courant?

      - J'ai connu l'sénior d'une des branches éloignée d'votre famille. Alphoncio CHAbot.

 

      Des échoes de voix résonnent dans une caverne artificielle humide.

      - Moi, je dis qu'on laisse les Filles lui rouler sur le corps... chacun d'entre elles.

      - Non.

      - Alors on peut le faire découper par le Crew de duelbots.

      - Non.

      Porter Gage est dans un sacré pétrin.

      - Allons! Ou on pourrait le laisser se faire atomisé par les gatling-lasers de mes... nos sentry-bots! Ça fera moins de dégât, plus facile à balayer.

      - Tu t'entends parler? Ada serait pas fière de t'entendre.

      - Elle serait d'accord si elle avait vu ta figure. Et tu le sais très bien.

      Il n'a aucune idée de quoi ces gonzesses parlent. Il a ouvert les yeux depuis peu et elles s'obstinaient déjà sur son sort. Ce n'est pas exactement l'accueil qu'il a eu en tête, en se rendant à cette fille, quoiqu'il aurait peut-être pu s'y attendre. Elle ne l'a jamais porté dans son coeur, il le sait bien. De plus, il a quand même observé qu'à sa grande surprise, cette nana a des moyens! Sauf que ses connaissances en matière de robots ne sont pas très pointues. Il a rencontré son lot de machines meurtrières, durant sa vie de pillard, certes. Toutefois, il n'a jamais pensé faire ami-ami avec eux, ou même mémoriser leurs noms...

      - Il est réveilé. Tu perds rien pour attendre, salaud!

      ... ce qui rend leurs menaces un poil moins intimidantes, en fait.

      Gage a suivi son ancien projet jusqu'en dehors du Third Rail. Il... a du mal à se rappeler où ils allaient. La Patronne disait devoir "voir quelqu'un pour un boulot", selon ses mots. C'était supposé ne pas être trop loin dans Beacon Hills.

      C'est après qu'est tombé tout ce flou dans son crâne.

      - Écoutez, les filles... j'veux pas déranger, mais...

      Des chocs électriques passent dans ses bras. Les brûlures sont douloureuses, mais ce qui est le plus pénible, c'est l'hypertension de tous les muscles de son dos et sa poitrine. Ça et le souffle coupé. La sensation de douleur remonte jusqu'au cerveau et reste un certain moment après coup.

      - Je suis pas intéressé à t'entendre, Gage, s'impose la Patronne, avec sa façon de mâcher ses mots pour éviter de tirer sur ses cicatrices. D'ailleurs, tu parles beaucoup pour un mec qui s'est fait défoncer le larynx. Tu te souviens? (Elle se rapproche de Gage et lui souffle à l'oreille : ) Notre première rencontre.

      - Comment va ton nez? Et tout l'portrait, tant qu'on y est?

      Elle ne le frappe pas. Se redressant pour lui marcher tout autour, cette fille glousse avec un brin de prétention, presque du sadisme.

      Il n'y a pas que les chocs qui lui font mal. Gage est maintenu à genoux au sol, à l'intérieur de la petite cachette de ces deux connasses. Ses bras sont coincés derrière son dos, étirés de chaque côté pour faire comme une croix, par deux machines biens solides. Les robots sont sur des chenilles et doivent peser mille kilos, pour ce que ça peut lui faire. Porter Gage ne peut pas bouger sans que cela fasse atrocement mal. Il a essayé.

      La Patronne ne dit rien. Elle fait sa ronde comme un prédateur qui joue avec sa nourriture. L'autre cinglée le foudroie du regard. C'est sûrement elle qui a le doigt sur le bouton pour faire passer le courant, dans ce cas.

      - Alors, on se l'fait ce ménage à trois?

      Gage-a-entendu-dire-que-les-Disciplesaimaientbiensedonnerdescoupsdebatonsélectriques-quand-ils-aviaent-enviedes'envoyerenl'airc'estcomplètement con... quand on y pense... Sa langue a un drôle de goût acide, alors qu'il essaie d'avaler sa salive. Tant pis, elle n’a qu’à se répandre sur le sol avec la crasse et les taches d'huile. Gage va plutôt mettre tous ses efforts pour retenir son urine qui veut irrésistiblement sortir. Il n'avait jamais été torturé auparavant. Malgré qu'il n'y ait rien de plaisant dans la pratique, il s'imagine Nisha faire pire encore mais sans avoir une image tangible en tête, à défaut d’avoir un comparatif.

      La nana de la Patronne veut ré-appuyer sur le bouton.

      - Non nononon nononononon... D'accord. Je parle. Je dirai plus d'conneries et on va apprendre à bien s'connaître. Vous en faîtes pas.

      - Qui te dit qu'on veut t'connaître? fait la plus belle des deux.

      - T'es pas venu à Nuka World, toi, répond le prisonnier, avec un sourire en coin qui semble être péniblement agaçant.

      - Si j'y étais venue, fait-elle en s'avançant vers lui pour lui mettre le doigt sous le nez, folle de rage, j'vous aurais jamais laissé lui faire tout s'que vous lui avez fait!

      - Mais tu y était pas, ose Gage avec une agressive insolence.

      - Ça suffit, vous deux.

      Maman a parlé. La gamine fait quelques pas en arrière, retirée dans une drôle de timidité. La Patronne revient en face de Porter. Son visage est fermé de toute émotion. C'est dangereux, ce genre de visage, ce dit le prisonnier.

      - Pourquoi t'es là, Gage? Si t'as vraiment quitté Nuka World, la planète est vaste... tu aurais dû quitté le secteur, pour éviter de te retrouver avec du plomb dans la tête. Et pourtant te voilà! Soit tu as vraiment pas beaucoup d'imagination, pour tourner autour de ce que tu connais, ou... t'as un objectif. Alors pourquoi t'es vraiment là?

      Gage s'oxigène le cerveau un peu avant de rép...

      ... ... ...

      En se réveillant, Porter sent une odeur désagréable monter de ses jambes, maintenant toutes chaudes. Sa tête, alors très lourde, se fait manipuler par la poigne de quelqu'un d'autre. Les mots qu'il entend sont des échoes étouffées, mais étrangement proche de ses oreilles.

      - ... gage, je vais -as -'laisser l'-emps d'éla-orer un menso-ge. -u vas... (Gage reçoit une bonne claque en pleine face, incontestablement) GAGE! Tu vas sortir la première chose qui t'viens à l'esprit. Si ça m'plait pas, on va te griller les neurones jusqu'à ce que ça sonne vrai.

      - Pour c'que j'en sais, y'a peut-être plus d'Nuka World, vaffoulle ce dernier, toutefois compréhensible.

      Gage risque un regard, malgré qu'il a peine à se concentrer. La Patronne n'a pas l'air convaincue. Soudainement, plus comme un réflexe du corps que par un sentiment assumé, il se met à avoir très peur d'être électrocuté à nouveau. Il n'a plus envie de dire de conneries ou faire de l'esprit.

      - J'espère que t'es pas cinglé au point d'aimer ça, vieux con.

      Non,  non non non non...

      - Attends! C'est vrai, putain! Quelques jours après ton départ, des monstres sont entrés dans Nuka... nuka Town.. Ils ont bouffé pas mal de monde. Je sais même pas... je sais même pas qui est encore en vie. Je sais même pas si...ils ont buté le reste de ces choses. J'ai eu une chance de me tirer de là et je l'ai saisi.

      - Pourquoi? Tu t'y plaisais tellement, dans c'trou à rat.

      - Quand t'as fichu l'camp, les Familles voulaient ma peau. Les Opérateurs m'ont gardé un temps, mais c'est parce que Mags avait quelque chose en tête. J'ai fais c'qui fallait pour survivre, poupée.

      Le choc suivant lui fait serrer les dents sur sa langue tellement fort qu'il eut peur de la couper.

      - Arrête! averti une voix, probablement à la main qui l'a encore zappé et pour aucune raison, cette fois. Gage. T'es toujours là?

      - Ouais... soupire péniblement Porter. J'dis la vérité.

      - J'veux bien... Ça me dit toujours pas pourquoi t'as choisi de me suivre.

      Oui, pourquoi? se demande le pillard. Il n’y a pas vraiment réfléchit. Tout au long du chemin, alors que l’épuisement se faisait sentir et que ses jambes marchaient toutes seules, il ne faisait que se rappeler à quel point cette femme était coriace. Une Vraie-de-Vraie, pour reprendre l’expression fétiche de RedEye.

      - Je suppose que... mon instinct m'a conduit ici, finit Gage du bout de la langue.

      Il avait parlé automatiquement, comme possédé par la franchise, alors qu'il se trouvait clairement perdu dans sa tête. Il n'a plus rien à donner, maintenant. Il peut mourir ou survivre à cela aussi. Ça lui est égal, en ce moment. Il boirait la planète entière avec une paille et se ferait un bon bol de nouille avec des tranches de cerfs à deux têtes; s'il avait les mains libres.

      - Laissez...moi partir...si j'vous suis-p’us utile à riiieen...

      Gage ressent relâcher la pression qui retenait ses bras. À l'instant où sa tête touche le sol, il n'est plus là.

 

      Isabel n’est tout simplement pas d'accord.

      - Pourquoi tu me laisses pas l'tuer?

      - Tu veux vraiment que je réponde à ça? Tu oublis à quel principe on tient?

      - Y'a clairement une différence, là. C'est un pillard. Et on tue les pillards. Surtout après ce qu'ils t'ont fait, merde! Je piges pas. Et on vient pas de le torturer, juste là?

      N. affiche des indices de combat intérieur. Malgré cela, elle semble vouloir tenir sa décision. Elle a vécu un enfer dont on ne revient pas, d'ordinaire. Elle va en garder un douloureux souvenir pour le restant de ses jours. Pire encore, on va partir à sa recherche et ce ne sera pas pour lui offrir une couronne, cette fois-ci.

      - Je veux pas de ce connard chez nous, N. C'est loin d'être... sécuritaire. Encore moins éthique. On garde pas en vie une menace potentielle pour l'humanité.

      - Et tu crois que je fais vraiment ça par sens morale?

      - Eh bien, fait Isabel, confuse... Tu... tu as parlé des principes auxquels...

      - J'croyais que ce serait plus facile pour te faire battre en retraite, en disant ça. Et tu devrais jamais oublié ça, quand tu parles de tuer des gens. Tu dois toujours te poser la question à savoir ce que ça va te coûter de faire ça. Tu sais ce que ça m'a coûté de tuer les hubbologistes.

      - C'est quand même différent. Mais bon... si c'est pas pour ça qu'on le garde en vie, c'est pour quoi?

      - Un jour, on va avoir la visite de ces merdes de Nuka World. Si Gage nous a trouvé, rien ne dit que personne d'autre ne le fera.

      - Raison de plus pour s'en débarrasser. S'ils arrivent jusqu'à nous, on va avoir plus d'un pillard à surveiller. On aura l'air de quoi s'ils le libèrent?

      Isabel est surprise d'être arrivée à penser à cela par elle-même. Visiblement, N. aussi. Elle ne se considère pas comme une idiote, loin de là. Mais encore une fois, son ancien tempérament l'empêchait souvent de réfléchir plus amplement à toutes les conséquences de telles ou telles actions. Encore moins lorsqu'elle devait défendre un point. C'est l'une des raisons pour laquelle elle s'était créé l'alter-ego du Mécaniste. Droit, juste et têtu. C'était plus une façon de protéger son propre esprit que de défendre le monde contre les autres. Et voilà où ça l'a amené: à la honte.

      Prenant finalement compte de la similitude entre les deux circonstances, Isabel voulu écouter le raisonnement de N. Après tout, son amie avait fait preuve de sa sagesse plus d'une fois.

      - Oui, mais je préfère prendre ce risque, répond N. Car si on se retrouve devant une petite armée de pillards, on va avoir besoin de s'acheter du temps pour contre-attaquer. Gage est notre monnaie d'échange. De plus, ils le voudront mort, lui aussi. Il pourrait très bien finir par être un allié pour nous. Un allié qui connait très bien la façon de fonctionner de ces salauds.

      C'était toute à fait logique, sauf qu'ils ont une armée de robots, elles. Isabel n'est pas entièrement convaincue. De plus, pour elle, pillard un jour-pillard toujours.

      - Bon... d'accord. Je veux bien... Mais là, on fait quoi?

      N. ramasse ses affaires, armes et provision, et explique:

      - Je vais aller voir les Cabots, nos clients. Tu l'as dis toi-même, il faut pas laisser passer cette chance de travailler. On s'est fait une réputation, dans l'coin, et ça pourrait être un atout autant qu'une erreur, devant les hommes de Nuka World. Quoiqu'il en soit, je sais où aller. On verra ce qu'il en ressort.

 

      L'entrevue avec le jeune homme du nord, et non du sud, repasse encore dans la tête de Jack Cabot comme un mauvais vinyle qui saute sur les mêmes notes. Ils ont parlé longuement de la famille de Jack, mais lui n'a pas su grand chose sur son visiteur mis à part qu'il s'appelle Nyme. Il aurait croisé le chemin de parents éloignés de Jack : Alphoncio et Jacques Chabot, les deux derniers survivants de cette branche de la famille. Le garçon a fait une blague idiote sur la ressemblance entre son nom et celui de son cousin. Ce qui a irrité Jack intérieurement. Il s’est repris en affirmant qu’un ami à lui s’appelait aussi Jack. Puis vint un silence gênant.

      Cabot a cherché à savoir la nature de leurs rapports. "... ça s'est pas super très bien passé, t'sais", a-t-il en simplement dit. Puis, le jeune homme a posé plein de questions sur les liens que les Cabots entretenaient avec eux. Jack lui a dit enfin que son pères était  sur une citée enfouie dans les déserts d'Arabie. Il en a ramené des artefacts puissants qui n'étaient pas conçus pour être utilisés par des humains. Chabot, lui, a travaillé à dupliquer artificiellement sa trouvaille. À la grande stupéfaction de Jack, il connaissait cette partie des recherches de ses aïeux. Il a décrit certains de ses pouvoirs et ceux-ci ressemblaient à ceux partagés par Lorenzo, le père de Jack. Ce qui a séparé les deux parents, une différence idéologique majeure, c'est l'avarisme d'Alphoncio envers sa famille face à ses propres découvertes.

      Parce que les Chabots étaient parvenus à mettre la main sur une de ces pierres tombées du ciel, il y a plusieurs siècles de cela. Son pouvoir semblait être la clé d'une puissance destructrice hors du commun.

      Tout cela mis de côté, le scientifique avait besoin d’un coup-de-main pour les sortir d’un  pétrin apparent. Il l’a donc engagé pour faire un boulot important. Pour en savoir un peu plus sur lui et ses intentions, également.

      -  Jack, Emogene n'est pas revenue depuis un moment. Je veux qu'Edward parte à sa recherche.

      Wilhemina Cabot, la mère de Jack, choisi toujours ses moments et venir le tirer de ses pensées, juste pour le harceler.

      - Non, mère.

      - La pauvre enfant est perdue quelque part, et tu ne vas rien faire?

      Emogene est une jeune femme qui s'ennuie dans cette vieille maison, entourée d'instruments compliqués, et sans parler du silence. Alors elle sort de temps à autre et lorsqu'elle ne revient pas après une semaine, Wilhemina devient impossible. Son instinct maternelle lui fait oublier ce qu'Emogene est capable, ce qu'elle a fait à Anderson, dés les première années de leur ermitage. Mais la raison de l'hystérie de Madame Cabot est moins complexe que cela encore: c'est aussi une femme qui s'ennuie lorsqu'elle est seule avec son fils.

      - Mère...! J'ai du travaille et il se peut que les choses se soient agravés, tout dernièrement.

      - C'est inacceptable, ta soeur a disparue et je veux qu'on la retrouve.

      - Elle n'a pas... disparue, mère! s'emporte Jack, sentant des fissures commencer à se former autour de sa patience.

      - Sais-tu où elle est?

      Comment ose-t-elle user de son autorité parentale pour exiger des sottises en ces temps si précaires, se dit Jack. Mais il a l'âme têtue d'un Cabot et ne compte pas la laisser gagner ainsi.

      - Non, mais ça ne veut pas dire...

      - Ta soeur a disparue et je veux qu'on la retrouve, répète cette vieille chippie en appuyant sur la fin de sa phrase de sa voix raillée. À quoi nous sert Edward si ce n'est garder notre famille en sécurité?

      - Je serais heureux d'envoyer quelqu'un à sa recherche, m'dame, coupe ce vieux loup d'Edward, raclant une voix rauque à lui du bas de l'escalier qui mène au laboratoire où se trouvent les Cabots. C'n'est pas un...

      Edward Deegan est le plus vieil employé de la famille Cabot encore en vie. C'est aussi ce que les contemporains du Commonwealth appellent une "goule". L'exposition aux radiations atomiques des bombes ont dégénéré les cellules de sa peau sur tout son corps, lui donnant un aspect grotesque de cadavre putréfié figée dans le temps. Pour une raisons que Jack n'a pas encore découvert, le vieillissement d'Edward semble s'être arrêté. Ce qui lui a permit de rester au service des Cabots des années et des années. Contrairement à son homologue sauvage que l'on retrouve parfois éparpillé en groupe dans les zones populeuses de Boston, plus encore vers Lexington, Edward ne ferait pas de mal à personne à moins d'y être forcé. Il est souvent calme, alerte, discipliné et méthodique. Il se tient toujours dans le dos des invités de la maison par réflexe, au cas où ils voudraient se montrer agressifs.

      - Mère! Edward a bien autre chose à faire que d'envoyer quelqu'un trouver Emogene, encore!

      Jack refuse de démordre et le fera probablement à tout jamais. Il en a assez de prendre le rôle de chef de famille quand des considérations bien plus importantes sont en jeu. Cette mention des Chabots de la part d'un parfait étranger pourrait perturber tout ce pour quoi il a travaillé toutes ses années durant.

      - Emogene est quelque part dehors, peut-être même morte dans un fossé. Et tu t'en fous royalement!

      Sa mère non plus n’en démordera pas, faut croire.

      - Je ne vais pas interrompre ce que fait Edward parce qu'Emogene a décidé de se trouver un autre amant, tranche Jack en lui tournant le dos, voulant conclure cette exaspérante conversation.

      - Comment oses-tu parler de ta soeur ainsi?

      - Si elle tenait à nous faire savoir où elle est allée, ce que je doute avec ferveur, elle nous l'aurait fait savoir.

      Le fils sait que cela fera fortement réagir sa mère. Car cela implique que sa fille ne voulait plus être parmi eux, voire qu'elle en est venue à les haïr. Cette pensée est insupportable pour la vieille dame. Jack a souvent assisté au spectacle de Madame Cabot, complètement saoule, radotant que sa fille chérie ne l'aimait plus. Les Cabots est une famille distinguée et ne se rabaisse pas dans ce genre de travers par colère, d’ordinaire. Sauf qu'à cet instant, la perspective de blesser sa mère suffisamment pour qu'elle veuille le laisser tranquille durant un siècle, soulage grandement Jack. Ce eut toutefois l'effet inverse.

      - J'insiste pour que tu envois quelqu'un après Emogene.

      - C'est une femme adulte. Elle est parfaitement capable de s'occuper d'elle-même (voulant encore une fois faire référence à ce qu'elle a fait à Anderson, un de leur ancien employé).

      - Jack, j'vais m'en occuper, fait Edward.

      Durant toute cette dispute, Jack n'a pas entendu la sonnerie à la porte. Du moins, il n'y a pas fait attention. Quelqu’un avait pénétré la propriété pour prendre contact avec eux sans y avoir été attendu. C'est ce que Jack a cru, au départ. Edward l'a fait entrer, malgré que ce n'était pas son genre d'introduire des étrangers dans la maison avant aujourd'hui. Mais bien sûr, il se tenait derrière cette personne. Une femme, probablement dans la trentaine. Elle porte des vêtements poisseux, un jeans noir avec un t-shirt qui aurait déjà été blanc à une autre époque. Comme autre artifice vestimentaire, un étui à pistolet est attaché à sa hache et une ceinture à poches est suspendue de travers sur le haut du corps. Ses armes sont un pistolet .10mm et un fusil peint de toutes les couleurs. Mais tout cela n'est sensiblement pas impressionnant, en comparaison du reste de sa personne. Jack a pris un bon moment à l'observer, assez longtemps pour être remarqué et voire intimider la jeune femme. Ce n'est même pas sa chevelure rouge, bien plus que roux, qui l'a saisi le plus. Ce sont les cicatrices qui lui parcourent le visage. Elles semblent relativement récentes et elles n'ont pas été faites par une patte animale, visiblement. Même Wilhemina eut un soupire de terreur en la voyant.

      - Grand dieu, ma pauvre enfant, mais que vous est-il arrivé!? sympathise la vieille dame Cabot en s'approchant d'elle avec réticence, n'osant pas la toucher.

      Jack n'est toutefois pas convaincu. Ce genre de trait est plus souvent observé chez les pillards et autres dégénérés des terres désolées. Ils n'ont pas besoin de ce genre de vermines à leur service.

      - Qui est-ce Edward?

      - C'est la femme dont je vous ai parlé. Elle est à la tête des Mécanistes.

      Il a entendu ce nom, et les histoires qui l'accompagnent.

      - Ah! Finalement. Vous êtes celle qui a porté un grand coup aux Rust Devils, récemment. Ça a fait du bruit, même jusqu'ici, je dois dire.

      - Qu'est-ce que c'est que cet endroit? demande-t-elle, comme si tout le reste n'avait aucune espèce d'importance.

      Elle jette un regard assumé à toute la maison tout en posant sa question. Ce Nyme lui a posé la même et alors Jack finit par comprendre que l'état de conservation de leur demeure attire toujours l'attention. C'est une chance qu'ils aient plusieurs robots qui gardent l'entrée, dont un modèle Sentry-Bot qui porte une curieuse attention à l’entretient de ce qu'il reste de leur pelouse.

      - Ceci est la maison de mes ancêtres. Les Cabots ont toujours vécu ici, ce longtemps avant la Grande-Guerre. Si vous voulez savoir pourquoi nous sommes toujours ici, alors que Boston est dans un tel état... eh bien, ce n'est pas une histoire que l'on ne raconte pas à n'importe qui.

      Jack demande à Edward d'escorter sa mère hors de la pièce avant que sa sympathie pour cette "pauvre enfant" ne lui fasse radoter quelque secret bien gardé. Elle a protesté, bien sûr, clamant qu'elle voulait le retour de sa chère Emogene. Edward a répété qu’il s’en occupait. Elle a remercié leur fidèle garde-du-corps et l'a suivi, non sans ajouter que Jack devrait être aussi dévoué que lui. Ce dernier soupire son désarrois mais s'en retrouve hautement soulagé, finalement. Il est débarrassé de sa mère et son accaparante solitude.

      - Edward ne devrait pas se plier à ses demandes, fait-il à la nouvelle venue. Cela va la rendre plus impossible à gérer, la prochaine fois.

      - Je suis certaine qu'il ne fait que son travail.

      - Certainement. Ce qui nous amène à vous. Le contrat pour lequel je voulais vous engager a été pris par quelqu'un d'autre, je suis navré. Mais peut-être pouvez-vous vous occuper d'Emogene. C'est ma soeur, comme vous pourrez vous en douter. Elle est... plutôt volatile. Impulsive.

      - De temps à autres, elle fuie la maison, reprend Edward à son retour, souvent pour un nouveau petit-copain. Quand ça arrive, j'envois quelqu'un pour la ramener.

      Jack en profite pour les laisser tous les deux discuter de la suite des évènements et va se couler un verre de bourbon, voire toute une bouteille.

      - Vous savez où elle a pu aller?

      Edward ne remarque qu'à cet instant l'accent plus sophistiqué de cette femme, par rapport aux illustres sauvages du coin. Il décide de ranger cette information quelque part en lui et poursuit.

      - Non, mais elle ne devrait pas être difficile à trouver. Elle passe le clair de son temps à GoodNeighbor; au Third Rail, le jazz...

      Il s'arrête là en se disant qu'elle devait connaître parfaitement l'endroit, puisqu'ils devaient s'y rencontrer. Edward réalise que les pré-occupations pressantes de ses employeurs commencent peut-être à jouer sur sa concentration. Ce qui n’est pas une bonne chose.

      - Quelqu'un de là-bas sait probablement quelque chose. Elle n'est pas reconnue pour tenir sa langue.

      - Et si elle ne veut pas revenir à la maison?

      Et puis il y a cette vivacité d'esprit. La goule commence rapidement à se poser des questions sur cette femme, même si ce n'est peut-être pas l'endroit ni le moment... enfin, peut-être un peu plus d'endroit, quand même.

      - Évidement, étant un futur membre de la famille - oui, c'est ainsi que les Cabots traitent ceux qui travaillent pour eux - vous pourrez pas juste l’assommer pour la traîner jusqu'ici par les talons. Je vous recommande vraiment pas d'essayer, de toute manière. D'ordinaire, quand j'en suis à envoyer quelqu'un, elle s'est ennuyer avec tout le truc et elle est prête à revenir.

      Les yeux d'un gris livide de son interlocuteur se fixent soudainement vers un horizon qui ne se trouve pas dans cette pièce, ni dans cette réalité.

      - Mais... je suis sûr qui vous viendra une bonne idée de comment régler ça. Votre associé dit que vous êtes pleine de ressources.

      Sur ses mots, Edward sort rejoindre Jack au salon, en bas des marches. Il tape sur l'épaule de la jeune femme au passage. Celle-ci n'a pas encore bougé, ni de corps, ni du regard, au moment où il va franchir la porte. Il lui reste un détail à régler, cependant.

      - C'est quoi votre nom?

      Sortie de sa torpeur, la femme répond:

      - N... Vic, désolé.

      - Heureux d'vous rencontrer, N'Vic, fait-il en plaisantant.

 

Les chapitres précédents seront déposés dans les liens sur ma page DeviantArt. Le serveur ne m'autorise pas de mettre autant de texte sur ce topique, je suis navré. Le chapitre en cours sera textuel, pour offrir un meilleur accès. Lorsque les suivants démarreront, je mettrai le précédent en lien et ainsi de suite. Merci de votre compréhension.

 

PS: Je ne vais me servir que d'une seule bande cachée pour mettre les liens. Alors les bandes superflues déjà présentes seront vide et ce, jusqu'à ce que je trouve comment les effacer.

Corrections d'orthographe et de syntaxe ont été enfin fait sur mes deux premiers chapitres. J'y ai ajouté quelques moments également pour permettre de mieux introduire certains personnages que vous connaissez, comme feues Frogg et Reiley. Il y a cependant un autre moment ajouté à la fin de Chapt. 1 - Final, avec Harvey, qui permet de pré-annoncer le personnage en début du Chapt. 3. Je me suis dit que tant qu'à faire des corrections, je vais m'improviser George Lucas et modifier ce qui pourrait enrichir le récit. Bonne lecture!

 

 

Chapt. 2 : Real-Deal with It

 

Chapt. 1: Tuer Colter

  


 

Modifié par Gabriel D. Arouth
Poursuite de l'histoire (Voir l’historique des modifications)

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Il me semble qu'il y a moins de fautes que dans tes textes précédents. Mais il y en a encore pas mal, ce qui réduit le confort de lecture.

Il y a un certain style, je trouves que c'est le meilleur des textes que tu as posté ici. Il y a aussi pas mal de mystères sur les interprétations à avoir. En gros, je n'ai pas tout compris mais c'est sympa.

 

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Merci. T'es pas le seul qui n'a pas bien digéré ces textes. Les publications ont cessé aussi. J'ai même essayé d'effacer ceux sur N., mais incapable. Mais comme je connais un peu  mieux le jeu et que j'ai déjà toute l'idée pour cette histoire, je vais essayer de faire vite et surtout, garder cela concis pour le format Internet. Super idée de mettre la couleur des lettres plus grisâtre, en passant.

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La suite s'en vient aujourd'hui! Je finalise les corrections et je vous l'envois. Je sais que les publications prennent du temps, mais étudier les différents contextes du jeu, l'histoires des lieux, celles des différents personnages, les différentes possibilité de dialogue et comment les implanter dans mon histoire, est une tâche plus difficile que je croyais. Et bizarrement, Internet ne m'aide pas beaucoup.

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Voilà la fin du Chapitre 1. :) 

Ouf! ça a été difficile à produire, avec ma vie personnelle dans tout le lot. Mais je suis toujours aussi motivé. Surtout après ce chapitre qui pose les bases de mon idée sur Nuka World. Même si je commence à avoir marre de ce DLC. D'ailleurs, est-ce moi ou Fallout 4 est moins percutant, niveau scénario, que fallout 3?

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Voilà la suite! Désolé encore pour le manque d'action violente, mais plein d'idées sont arrivées avec ce texte qui démarre le Chapt. 2. Va falloir encore une certaine mise en contexte, mise en place pour ce que je prépare à ces raiders sans scrupules de Nuka World :)

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Re-Salut

Je vais avoir l'air un peu pathétique, à force de m'excuser pour mes délais de publication, mais la vie ne fait pas de cadeaux à tout le monde et surtout pas en même temps. J'ai fini le prochain épisode et je travaille la correction.

Pour survoler sur la demande de Cam', j'avoue ne pas avoir travaillé le fichier PDF, et comme j'ai étonnement du mal avec Word, je n'ai pas pensé à regarder d'autre format. Je vais y jeter un oeil et verrai si je changerai de format de publication à l'avenir. D'ici là, je reste sur celui-ci car je veux sortir cette histoire de ma tête le plus vite possible et enchaîner sur la suite. Car oui, j'ai d'autres idées entourant la BOS, notamment, et j'ai bien hâte de m'y mettre.

 

J'espère que vous aimez les libertés que je prends avec le scénario du jeu, jusqu'à maintenant. Si je suis la ligne déjà tracé par les scénaristes de Bethesda, dont j'admire incontestablement le travaille, alors où se trouve l'intérêt de lire une histoire qui n'a pas d'eux, tout en l'incorporant à leur matériel de base. C'est une drôle de choix de ma part, je sais, mais bon... le fan-service est un raccourcis facile à emprunter, ça ne veut pas dire qu'il nous prive de créativité. Cette méthode fut utilisée par les écrivains des premiers livres de StarCraft (je pense à "La Bataille de Liberty", que j'ai adoré) ou par celui des premier Doom écris dans les années 90, je crois, que je vous recommande d'ailleurs vivement. 

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