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    711 livres

    1. Type: livre Thème: guerre future 2 Auteur: Eugène DEMOLDER Parution: 1901
      « Comment finit Albion ? Mais un jour Alphonse Allais qui folâtrait en Normandie, y lança une ficelle, attachée à la balle de sa carabine. La balle tomba dans le comté d’York. Alors Allais tira. Il annexa l’Angleterre à la Normandie. Heureux, il donna un morceau à la Belgique, pour y installer les journaux boerophiles. Il céda aussi une partie à la Hollande, à cause de la belle conduite de la petite reine. Mais les Hollandais pissèrent sur le fragment d’Albion pour lui faire reprendre le large. »
      Eugène Demolder se livre à une charge féroce contre l’Angleterre sous la forme d’un brûlot ayant les apparences d’Alice au pays des merveilles. Le docteur Haringus, hollandais de souche, explique en deux temps trois mouvements pourquoi l’Angleterre est détestable et l'ennemie du genre humain. Selon un rêve fait par le docteur Haringus lui-même, rêve qu’il note et complète dans un manuscrit de sa propre main, les Anglais seront foulés au pied. D’abord physiquement, car leur apparence est immonde et effroyable, celle des hommes comme celle des femmes :
      « Les Anglais ont inventé l’habit rigide, étroit, affirme-t-il, ils ont mis à la mode le vêtement protestant. Dans ces étuis, ils ont la dignité insolente, la réserve vaniteuse, la morgue imbécile. Et dire que jusqu’en France on a imité ces façons de parapluie serrés dans leurs fourreaux et ces manières qui vous engoncent dans les faux-cols comme en des viroles ! C’est ridicule ! Mais ces bougres ont mis une baguette en fer au cul des gens, et comme ils ont des dents carrées qu’ils n’osent montrer, ils ont banni le sourire ! »
      (…)
      « Voici ce que Taine, homme juste et modéré a écrit (j’ai appris ces phrases par cœur !) : Beaucoup sont de simples «babies », poupées de cire neuve, avec des yeux de verre, et qui semblent parfaitement vides de toute idée. D’autres figures ont rougi et tournent au bifteck cru ; il y a un fond de bêtise ou de brutalité dans ces chairs inertes, trop blanches ou trop rouges. Quelques-unes vont à l’extrême de la laideur et du grotesque, pattes de hérons, cous de cigognes et toujours la grande devanture de dents blanches, la mâchoire saillante du carnivore. »
      Leur caractère bas, fuyant, lâche, cauteleux, exacerbe la haine des autres peuples contre eux :
      «Devant le Grand-Hôtel surgit un incident. Un grand négociant de Bordeaux se trouvait au balcon. Il reconnut la Cour de Londres et se rappela que lors du voyage du président Krüger un Anglais avait jeté des sous à la foule. Assoiffé de vengeance, il fouilla dans sa poche, prit une poignée de pièces blanches, les lança aux landaus. Aussitôt les ministres et les généraux se précipitèrent sur l’aumône qu’on leur octroyait. Le négociant les vit ramasser jusqu’au dernier sou dans la boue de la chaussée. Cette besogne faite, ils levèrent la tête pour voir si la pluie bénie n’allait pas retomber : le Bordelais fermait la fenêtre ».
      Le ressort fondamental du pamphlet est concentré dans la lutte de conquête que poursuit l’Angleterre au Transvaal, contre les Boers. Dans son rêve, Haringus imagine les Boers  vainqueurs, étrillant les Britanniques et, plus loin, toujours sous l’apparence du symbole, la « visite » d’une soixantaine de Boers en Angleterre, accueillis par John Bull lui-même :
      « Quand les soixante Boers débarquèrent en Angleterre, John Bull vint les recevoir. Il était, comme d’habitude, vêtu d’une redingote qui serrait son gros ventre de buveur d’ale ; son nez rouge, éclairé par le gin comme une lanterne de «vélo» par l’acétylène, illuminait sa face carrée. Ses lèvres étaient lippues, ses dents féroces, des dents de requin,  son nez écrasé ainsi que par le poing d’un boxeur. Il portait un fusil en bandoulière, des bottes de gentleman farmer, et un peu de sang sur sa culotte en peau de daim. »
      Ils y font la connaissance du marasme culturel des insulaires, de l‘attitude inqualifiable adoptée par les politiciens même envers leurs propres concitoyens, enfin leur effroyable mauvais goût, surtout dans le cadre de « l’art culinaire » :
      «Des rôtis ! des bouillis ! Des légumes sans assaisonnements, comme pour les perroquets ! Sur tout ça ils vident des bouteilles d’épices, qu’on dirait préparées par les Borgia ; elles contiennent des emporte-gueule et l’on ne serait pas étonné de lire sur ces fioles : « Pour usage externe ! » Pouah ! Leurs gâteaux sont durs comme des vieux châteaux-forts ! Le pudding est à la graisse de boeuf ! Les vieilles filles l’inondent de rhum ! ».
      La médiocrité des généraux anglais, leur impuissance à combattre, à élaborer des plans de campagne et à vaincre les braves Transvaaliens, est en harmonie avec les maladies qu’ils traînent derrière eux. Comme des animaux vaniteux, ils s’élèvent les uns contre les autres :
      «Mais le Dindon s’empourprait de rage : son fanon s’allongeait blanchâtre et rouge sur son bec : les plumes de sa roue comme un ressort se levèrent sur son siège :
      -Quand vous étiez à Prétoria, lança-t-il au Renard, vos patrouilles dépouillées par les Boers, revenaient chaque jour à leur camp, nues et sans feuille de vigne !
      -Est-ce ma faute ! s’écria la renard dont la queue rousse de dressait de colère derrière son dos. Vous avez abruti ces hommes avant mon arrivée. Vous ne savez, Monsieur, distinguer l’arbre de la locomotive et avez fait décimer vos troupes par vos propres canons !
      La Hyène se tenait les côtes de rire. »
      Leur rapacité sans pareille est au niveau de leur dignité :
      « Plus loin se profila un être bizarre, long, maigre, raide, vêtu d’une robe qui paraissait d’un autre régime et coiffé d’une perruque rousse. On n’eût pu dire son sexe ; d’ailleurs aucun Boer n’eut envie de lever les jupes qui étaient pleines de boue, comme si l’apparition avait été trempée dans une mare aux canards.
      -Quel est cet animal ? demanda le field-cornet.
      John Bull se redressa fièrement :
      -Cet animal ?, dit-il
      -Oui, affirma le Boer
      -C’est la dignité anglaise, dit Bull.
      Les Boers pouffèrent de rire. L’un d’eux allongea sa botte au derrière crotté par les canards. »
      Même alliés aux pires des maux que peut drainer une situation malsaine, ils ne résistent pas longtemps devant l’audacieuse volonté de reconquête des Boers, succombant à la haine universelle qu’ils ont éveillée en Europe à leur encontre :
      « Les affreuses gothons surtout leur causaient beaucoup de mal : ils avaient grande peine à se défendre contre leurs étreintes pourries et les baisers purulents qu’elles cherchaient à poser sur les lèvres de Transvaaliens. Ils apprirent depuis que ces embrassantes adversaires étaient, costumés en soubrettes, le typhus du Cap, la peste des indes, le choléra du Caire : les alliés secrets des Anglais, arrivés à l’appel de John Bull. »
      « L’Agonie d’Albion » est d’une complexité double. De par son style soutenu, ses coq-à-l’âne constants, ses références culturelles (aujourd’hui ignorées ou connues des seuls spécialistes de l’histoire), il désoriente le lecteur moderne. La haine viscérale exhalée contre les Britanniques dont il compare les exactions envers les Boers à celles des Espagnols à l’égard des Hollandais au XVIème siècle, est étrangement maquillée par les symboles. Haringus (celui qui mange des harengs ?), John Bull (figure emblématique de l’Angleterre), l’appel à des entités animales (la hyène, le renard, etc.) ou diaboliques, pour incarner l’âme anglaise, tout cela explique – indépendamment d’un petit tirage – que cet opuscule soit tombé dans l’oubli. Pourtant, rien d’aussi féroce en si peu de pages n’avait été publié sur ce même thème, et même les quatre mille feuilles de vitupérations du capitaine Danrit paraissent bien légères en comparaison.

    2. Type: livre Thème: menaces cosmiques Auteur: Henri FALK Parution: 1919
      Une épidémie très curieuse semble affecter les animaux du Gabon , des oiseaux qui se déplument, des chiens et des chats qui perdent leurs poils, etc. C’est ce que constate le Lieutenant-gouverneur Parmesif. Ce phénomène hélas ! ne s’arrête pas à l’anecdotique. Bientôt, le gens perdent leurs cheveux tout en développant des lésions cutanées dans de nombreux pays du globe.
      Née en Afrique, la vague pandémique gagne le Nord. Parmesif, inquiet, se déplace à Paris où l’un de ses vagues cousins, astrophysicien de son état, aurait découvert la cause du phénomène. Galfo – c’est son nom - a établi par spectroscopie la preuve irréfutable que les radiations solaires sont perturbées et qu’elles affecteraient la terre entière condamnant à mort les différents règnes, végétal, animal et humain. Si l’homme ne parvient pas à se protéger du rayonnement néfaste, ce sera la fin de son aventure.
      Heureusement, le plomb est imperméable aux radiations. En vertu de quoi, le savant préconise de développer des protections en plomb ! Un capitaliste américain, accompagné de sa fille (qui tombera amoureuse de Galfo) arrachera au physicien son secret, et prendra une avance considérable sur ses concurrents en rachetant avant eux toutes les sources d’approvisionnement en plomb. Peu de temps après, dans les pays bourgeois, triomphe l’ingéniosité humaine : les gens pauvres se calfeutrent chez eux. Quant aux autres, ils s’équipent , qui d’un « pararais » (variété de parapluie anti-rayons en plomb), qui de vêtements tissés en fils de plomb, d’une lourdeur épouvantable :
      «  Ils (= les vêtements) représentaient un tel poids que la marche et même tout mouvement devenaient extrêmement pénibles : le chapeau pesait environ trois kilogs (sic !), c’était un véritable casque ; les chaussures, du poids de sept kilogs, clouaient les pieds au trottoir. (…) On traîna les enfants dès l’âge de six ans, dans des voiturettes couvertes d’une bâche plombée, et on les maintint au logis sous de petits toits de plomb en feuilles avec défense de bouger. Cette interdiction, qui entraînait celle de se livrer à leurs jeux coutumiers, entraîna une épidémie inconnue jusqu’à ce jour de mélancolie infantile. »
      Les maisons seront couvertes de toiture en lames de plomb. Les animaux familiers mêmes, chiens, chats, chevaux sortent équipés ainsi. Le mode de vie des populations se modifie car toutes ces protections, très lourdes, condamnent les gens à une démarche d’escargot. Ceci sera à l’origine d’une nouvelle mode « plombée » :
      « Dans les rues, l’aspect général des passants, qui avait d’abord été celui de pachydermes, devint, grâce à l’ingéniosité des tailleurs et des couturiers, celui de gigantesques insectes : les manteaux de toutes sortes, très amples, aux couleurs de métal sombre, semblaient les élytres d’énormes coléoptères, surtout chez les femmes qui accusaient encore la ressemblance par leurs chapeaux à aigrettes, pareilles à des antennes, et par leurs jambes fines semblables à des pattes de scarabées. »
      Quant à la végétation, elle est condamnée à disparaître :
      « la destruction des végétaux constituait le pire désastre. Car sans plantes, plus d’animaux, et sans animaux, plus d’hommes. La conception qui sembla la plus pratique fut d’élever, sur de larges étendues, des charpentes que l’on toitura de verre plombeux, et l’on rassembla le cheptel sous ces « abris à pâturages ». Sous le verre au plomb la prairie vécut ; partout ailleurs elle végéta, puis inclina vers la mort. Quant aux arbres, nul remède. Ainsi l’été naissait à peine et déjà se mourait un paysage d’automne, ou, plutôt un paysage d’aspect rude, morne et brûlé, tel qu’aux approches des grands déserts. Il semblait qu’une lèpre, issue des abîmes, rongeât lentement la chair terrestre jusqu’aux pierres qui sont les os. Et, dans les pays sauvages, les peuplades décimées s’entre’égorgeaient sans merci, chacune attribuant le fléau à la malice de ses voisines. »
      Parmesif, prévenu à temps par Galfo, et Blackhurst , le banquier américain devenu entre-temps le beau-père de ce dernier, apprennent de sa bouche une deuxième stupéfiante nouvelle: aussi soudainement qu’il s’était produit, le phénomène va s’arrêter, ce qui leur permettra de s’adapter une seconde fois à la nouvelle situation et de conserver leur richesse.
      Une petite nouvelle exécutée avec ironie et finesse axée sur un thème innovant pour l’époque, l’influence des radiations nocives sur l’être humain, qui sera appelé à un grand succès dans le genre.

    3. Type: livre Thème: menaces telluriques, la nouvelle glaciation Auteur: Fernand HENDRICK (aucune référence) Parution: 1934
      Deux intérêts narratifs se partagent le récit. Le premier concerne l’amour qu’Henri Dartan, astronome âgé, éprouve envers sa filleule Adrienne qui veut épouser Jean Dantinne, un jeune homme plein de fougue et héros de l’histoire. Cette intrigue recoupe la deuxième, qui est l’évocation de la catastrophe frappant la terre et la description sociologique de ses conséquences. Pour une cause inconnue, la rotation de la terre diminue régulièrement , le freinage va en augmentant jusqu’à l’arrêt. La Terre présenterait alors constamment la même face tournée vers le soleil et l’autre plongée éternellement dans une obscurité profonde:
      " La lune comme vous le savez nous montre toujours la même face: fixité relative. Mais ce qui donne le plus de poids à ma conviction, c’est l’exemple des planètes intérieures Mercure et Vénus. Schiaparelli a démontré que ces deux astres, dans leur mouvement de translation, présentaient inlassablement la même face au soleil. Il est permis de supposer que cette fixité relative a succédé à un mouvement de rotation pareil à celui de la terre et des planètes supérieures. Et alors, en bonne logique, il y a lieu de penser que la cause mystérieuse qui va enrayer la giration terrestre, après avoir fixé Mercure et Vénus, agira successivement sur les autres planètes dans leur ordre distinct d’éloignement du soleil. Reste à déterminer quelle est cette cause. Jusqu’à présent je dois avouer qu’aucun indice ne nous permet de l’entrevoir. "
      Le grand problème est de prévoir quel hémisphère sera plongé dans les ténèbres et lequel sera tourné vers le soleil. Que deviendront les masses humaines stagnant dans l’obscurité et le froid? Finalement seules les deux Amériques resteront face au soleil, ce qui est normal pour l’auteur puisque l’Amérique est  "la lumière illuminant le monde ". Très vite, les campagnes deviennent inhabitables et vers tous les ports européens converge un monstrueux flot humain. Des chutes de neige se produisent sans arrêt, le gel  s’étale en couches épaisses dans les villes. Dartan, qui se sacrifie en restant en France, se promène dans un Paris moribond:
      " En traversant la place de la Concorde toute blanche sous la lumière crue des projecteurs, une impression soudaine d’indicible détresse m’a saisi à la gorge. Je me trouvais seul au milieu d’un désert glacé. Nulle vie, nul mouvement. Une bise aigre soufflait. Au-dessus de mon gros paletot d’hiver, j’avais endossé ma pelisse de loutre et je marchais d’un pas rapide, frappant le sol de mes bottes fourrées. Néanmoins, j’étais gelé, transi. Sous ces stalactites de glaçons, irisées par la lueur des lampes, le Carrousel semblait le portique irréel d’une fantasmagorique cité. Comme fond de tableau, la masse sombre du Louvre, gigantesque monstre accroupi dans l’ombre, me barrait la route."
      En attendant, les Américains débattent de l’opportunité d’accueillir des survivants. Ils ont beau être libéraux, les faits sont là:  tout le monde ne pourra trouver place au paradis. Quels vont être les critères de sélection? L’on tirera au sort les heureux élus en excluant les désaxés, les fous, les hommes au-dessus de dix-huit ans, les impotents et les autres (s’il en reste!). Les races américaines étant des races "saines", il est normal, comme le dit un Sénateur, que les Noirs soient exclus de la terre promise:
      " la race noire est restée , même en Amérique, une race mineure. Que dire alors des nègres d’Afrique, que soixante-dix années de contact avec les Blancs n’ont su tirer d’une demi - sauvagerie, que le christianisme même n’a pu élever bien haut sur l’échelle des valeurs morales et sociales. "(…) " C’est la préservation de la race blanche, la conservation des caractères ethniques de cette race qui fait la grandeur du genre humain ". Et, selon ce même Sénateur: "Allez-vous permettre l’altération des formes physiques, l’adultération du sang et enfin le ternissement de cette blancheur chaude et nacrée qui fait la beauté de nos femmes, le charme de nos enfants, l’orgueil de nos races? "
      Quant à la dernière catégorie d’exclus: " Numériquement, elle est de loin la plus faible. Du point de vue social, elle est la plus dangereuse. Je veux parler de ces semeurs de troubles, de ces fauteurs de désordre, de ces agitateurs, de ces fanatiques dont l’Europe et l’Asie n’ont que trop souffert: séparatistes, bolchévistes, anarchistes, extrémistes de droite et de gauche, illuminés et faux-prophètes de toute espèce et de tous acabits "
      Leur introduction en Amérique provoquerait la "démoralisation des classes inférieures, la rébellion contre l’autorité, la ruine de l’ordre social et de la civilisation ".  De la même manière, l’auteur vitupère " l’art décadent ", la mode féminine et le comportement laxiste des jeunes.
      " L’Agonie dans les ténèbres ", par son outrance rhétorique est caractéristique d’un courant idéologique ultra-nationaliste, empruntant la voie romanesque, plus particulièrement le genre utopique, pour évoquer l’émergence d’un ordre nouveau prêt à balayer la décadence. Une telle attitude n’est pas isolée. Les fantasmes d’ordre se retrouvent aussi ailleurs, comme par exemple dans " le Duc Rollon " de Léon de Tinseau. La fin du monde est prétexte à un renouvellement social selon les vœux de leurs auteurs.

    4. Type: livre Thème: menaces idéologiques Auteur: Albert BESSIERES Parution: 1929
      Curieux récit que "l’Agonie de Cosmopolis". Il s’agit bien de la fin d’un monde, mais d’un monde à part, celui de l’entre-deux guerres et de la Démocratie chrétienne avec la prise de pouvoir en France par un gouvernement communiste. Cosmopolis, c’est Marseille et l’Etang de Berre, région totalement industrialisée dans un futur hypothétique proche. Le lecteur y fait la connaissance d’affameurs ploutocrates, Godseels et Bassano, des fourreurs multimillionnaires. Sans scrupules et sans respect pour la vie humaine, ils exploitent les ouvriers harassés et malades:
      «Je m’affirme partisan du plus fort, là où je ne puis l’être moi-même... La dernière faute, la plus récente fut de permettre au monde ouvrier de s’organiser. Le mal une fois fait, nous avons essayé de museler l’ogre, en ne tolérant que les groupements qui se moquaient de l’ordre social. Ne pouvant vaincre de force, nous avons manoeuvré, cassant les reins aux faibles , aux syndicats des curés et des pasteurs protestants... opportunisme louable , mais dangereux. Nous comptions sans les mâchoires de l’ogre fortifiées par nous. Le voici qui rompt sa muselière ; le grabuge commence, gare à la casse, Godseels... la peau humaine est fragile..."
      Heureusement, Lucile, la femme de Godseels, et sa fille Ida, sont différentes. En véritables "anges de la miséricorde", elles s’emploient à soigner les victimes aux visages rongés par le cancer dû au travail prolongé près des cuves d’acide :
      «Ils pénétrèrent dans le taudis... Sur un sol boueux de terre battue, un grabat où une forme cadavérique râlait, expectorant ses poumons. Un gamin de six ans à moitié nu, allait du grabat à un berceau où se lamentaient deux enfants, distribuant les tisanes préparées, le matin, par le père.» « (...)
      Au lit voisin, c’est une jeune arabe emmaillotée de toile , de la tête aux pieds, voilée, invisible. La bête lui a dévoré les seins, puis le visage. A travers le suaire, un sifflement douloureux monte, descend comme le vent méchant d’une houle.... un peu plus loin, une vieille italienne pleure à sanglots convulsifs; elle n’a plus de jambes et le monstre tenace lui ronge le bassin... Elle joint, tord ses mains nouées, rabotées par les acides où, depuis des années, elle plongeait peaux de lapins, de taupes , de zibelines et de chats sauvages , dans les ateliers homicides de Godseels.»
      Elles sont  rejointes dans leur vocation par Christian, le médecin des pauvres , que la jeune Ida aimerait bien aimer si cela ne la détournait pas de sa bonne inclination. A côté de ces héros, taillés à l’emporte-pièce, et de quelques "bons ouvriers", tout dégoulinant de bons sentiments, se dressent les "bandits", tous pervertis par les idées sinistres et anti-cléricales d’Anatole France. Il s’agit d’une part des capitaines d’industrie dont l’argent est le seul dieu , anti-chrétiens, cela va de soi, et de l’autre des "métèques", les Noirs, les Chinois et les Arabes, représentant des forces du mal, communistes et anarchistes.
      Si-Hassen, l’Arabe, qui a fait ses études en France, devient le chef incontesté des révolutionnaires. En compagnie du Juif Michely et du Grec Wolf, il fomente la révolte qui  aboutira à la chute de Cosmopolis. Il tue, assoiffé de haine, en compagnie de Doucèn, la jeune maîtresse arabe qu’il a arrachée à Godseels, tous ceux qui tombent sous sa main, en une mise en scène théâtrale et abominable :
      «Soudain , les hauts-parleurs installés à tous les carrefours, reliés à l’acropole de Notre-Dame de Miséricorde , où Si-Hassen , chef du Conseil du peuple et de la tchéka , tient son quartier général, assisté de Doucèn, apportent le communiqué quotidien: "Aujourd’hui, à dix-huit heures, exécution , sur la colline, de cent cinquante contre-révolutionnaires.  Le service d’ordre sera assuré par deux cents Annamites , deux cents Sénégalais de la première centurie rouge et la deuxième escadrille rouge , commandée par Tchang-Kai-Chek. La liste des condamnés sera affichée, une heure avant l’exécution, au quartier général... On filmera l’exécution.»
      Mais il se trompe de cible. Au lieu de s’en prendre aux vrais capitalistes et autres "vipères lubriques", il assassine les prêtres, les gentils ouvriers, les bons ingénieurs, les vrais chrétiens qui acquièrent de ce fait le statut de martyrs.  Après avoir mis Cosmopolis à feu et à sang en compagnie du chinois I-Chang, Si-Hassen sera à son tour puni de ses idées impies et immolé sur l’autel de la révolution anarchiste. Quant à Wolf et Michely, ils périront brûlés vifs dans l’incendie qui ravage la cité de Marseille, véritable Nuit de Walpurgis, entraîné par leur soif inextinguible d’argent :
      «Des millions de tonnes d’essence, de pétrole, roulent vers l’Etang de Bolmon, l’Etang de Berre, vers Marseille par le canal du Rove, vers Port-de-Bouc, et la pleine mer par le défilé de Caronte. L’immense nappe de feu avance, dans des tourbillons de fumée noire et rouge, submergeant tout .  La précieuse conque, où dort la mer intérieure, n’est plus qu’un cratère hurlant, plein de flammes jusqu’aux bords.
      Les vaisseaux ancrés dans les ports, les flottilles de pêche flambent, éclatent, mêlent leurs détonations à celles des usines, docks et poudrières gorgés de matière inflammables et d’explosifs. Une pluie de pierres, de cendres, de liquides corrosifs tombe du ciel, mêlée à des blocs de cuivre, d’acier, de fonte, arrachée aux vaisseaux et aux réservoirs dynamités".
      Apuré par cette fin du monde communiste, le christianisme triomphera: «(Le prêtre) songe à Lucien Belin, à ce groupe de jeunes ouvriers catholiques, qui seront là , demain ; qui réchaufferont sa vieillesse prématurée à la flamme de leurs jeunes enthousiasmes... Le froment de mille vies , ils le portent dans leur coeur. Un goéland monte de l’Etang de Berre, le frôle de son aile ... Et il sent, en son âme, une grande aile palpiter, l’emporter , lui aussi, vers les cités renaissantes de l’Etang; une large joie vivante monte dans son coeur rajeuni , renouvelée tous les matins : l’invincible optimisme, l’indestructible espérance qui, depuis vingt siècles , à travers toutes les calamités , toutes les agonies , garde l’Eglise toujours jeune. "
      L’Agonie de Cosmopolis est un ouvrage apologétique, un brûlot contre les athées et incroyants de toute sorte installés dans les idées anti-cléricales d’Anatole France (L’auteur lui en veut beaucoup!) Il dresse dos à dos communistes et métèques, le parti de l’étranger qui sape les fondations de la France, fille aînée de l’Eglise. En un style d’une grande férocité, en un délire paroxystique, l’auteur charrie toutes les idées haineuses, racistes et xénophobes qui traînent dans la mentalité de l’époque. Continuateur de Lamennais et du christianisme social, Bessières lutte pour l’instauration d’une société ouvrière menée paternellement par des chrétiens riches et éclairés. Un roman singulier qui détonne par sa virulence dans l’ensemble des oeuvres-catastrophe de l’entre-deux guerres.

    5. Type: livre Thème: menaces cosmiques, menaces telluriques Auteur: Jacques SPITZ Parution: 1935
      Des pluies continuelles tombent sur l’Europe. Surviennent les tremblements de terre, les glissements de terrain, les tempêtes sans que l’on puisse imputer ces désordres météorologiques à une cause quelconque:
      " la situation devenait entièrement anormale. L’opinion publique, sans être précisément alarmée, se montrait nerveuse et inquiète. Les nouvelles les plus invraisemblables circulaient. On disait que le Japon, qui ne donnait plus signe de vie, avait été englouti par les flots; on disait que l’Angleterre, devenue île flottante, était partie à la dérive sur l’Atlantique; on disait encore que la mer allait disparaître. Que ne disait-on pas ? "
      Les tempêtes se déchaînent à un point tel que la Méditerranée n’est plus navigable. D’ailleurs la mer reste barrée par un brouillard gris épais. Il semblerait que le niveau de l’eau ait baissé puisqu’un nouveau tracé de côtes apparaît. D’autre part, l’on est sans nouvelles de l’Amérique alors que les savants  détectent une intensité volcanique majeure de la ceinture bordant le pacifique. Tout laisse supposer des événements telluriques d’une gravité exceptionnelle. Le doute est levé lorsque des secousses d’une ampleur inouïe qui détruisent les grands centres urbains sont ressenties par l’Europe entière:
      " Paris était découronné. La chute de la Tour Eiffel avait été suivie par celle du Sacré-Coeur de Montmartre et du dôme des Invalides. Les tours de Notre-Dame n’avaient pas mieux résisté. Elles dressaient leurs deux tronçons ébréchés derrière lesquels apparaissait curieusement intacte, la petite flèche de l’abside qui, plus fine, avait plié sans céder, comme le roseau de la fable. Les voûtes des églises, en s’effondrant, avaient fait une bouillie des fidèles qui s’étaient, - contrairement à toutes les lois de la prudence humaine, mais conformément au besoin du divin que faisaient naître les circonstances, - rassemblés dans les sanctuaires. Les âmes purent s’envoler librement par les trous béants, ouverts entre les colonnes de pierre. "
      Paris semble donc condamnée et toute la société désorganisée. Puis les éléments se calment. Issus des différents pays touchés (la Russie, l’Allemagne, la France, notamment), les commentaires à propos de l’événement n’apportent aucune lumière complémentaire. L’on constate que la Méditerranée se vide lentement de son eau et l’on est sans nouvelles du Nouveau Monde. Un avion de reconnaissance envoyé vers l’Ouest, revint avec d’effarantes informations: l’Amérique est introuvable, la Terre semble s’être scindée en deux suivant une ligne méridienne. Deux blocs terrestres coexisteraient, l’un constitué par l’Europe, l’Asie, l’Afrique et l’autre par les deux Amériques. Quant à la faille, elle ne serait plus visible puisque recouverte par une mer peu profonde et plane. Les deux moitiés du monde seront difficilement franchies par voie aérienne car il fallait planer en quelque sorte pour que les avions pussent s’arracher à l’attraction de la première moitié (l’Ancien Monde) afin d’aboutir à l’autre (le Nouveau Monde).
      Les contacts entre les deux parties seront rétablis laborieusement et la première des tâches envisagées est de stabiliser les flux d’émigrants de l’une vers l’autre. La distance entre les deux blocs ne dépassant pas 56 kilomètres de large, les transports du fret aérien s’adaptèrent. La mer séparatrice fut baptisée le Grand Canal. Tout déplacement restait périlleux et le nombre de traversées strictement limité à cause d’un vent violent s’engouffrant dans la fissure. Au-dessus des rares bateaux osant s’aventurer sur cette mer nouvelle, profonde de 200 mètres, une mer symétrique remplaçait dorénavant le ciel bleu:
      " Ils purent s’engager dans cette sorte de crevasse dont les deux parois étaient revêtues par la mer maintenue de chaque côté par l’attraction de la moitié du globe qui la portait. Ils observèrent que lorsque le soleil s’engageait vers midi, heure locale, dans la fissure de la terre, de même qu’il s’engage dans la fissure d’une falaise pour l’éclairer jusqu’en son tréfonds, on voyait alors au-dessus de sa tête un ciel étonnamment bleu qui n’était autre que la mer recouvrant la face de la fissure opposée. "
      Quelques îles (plutôt des pics) apparues en même temps que le Grand Canal furent l’objet des convoitises des deux Mondes. C’est ainsi que les Britanniques accaparèrent l’île Georges, au grand déplaisir des Américains.
      Comme les deux hémisphères ne se trouvaient pas en équilibre parfait autour du centre de gravité commun, ils se séparaient lentement l’un de l’autre. La largeur du Grand canal allait s’accentuant de manière géométrique. Les conséquences physiques et humaines de ce nouveau péril furent nombreuses : la gravité diminuait en proportion, l’eau ne bouillait plus à 100°, le feu s’allumait plus spontanément. Et surtout, le franchissement de ce qui représentait maintenant un abîme devenait de plus en plus hasardeux, les avions tombant dans le vide interplanétaire.
      Malgré des communiqués officiels rassurants, ce fut un second choc: tout contact avec le Nouveau Monde (du point de vue de l’Ancien) deviendra bientôt impossible, l’Amérique évoluant comme une planète étrangère au-dessus des têtes… A l’aide de fortes jumelles, les Européens pouvaient détailler les lumières des villes américaines et suivre les activités journalières de leurs habitants.  Le temps passant, et malgré les déclarations mutuelles de fraternité, malgré la position du Vatican qui permit l’instauration d’un second pape en Amérique, toute relation entre les deux mondes cessa définitivement. La distance qui les séparait était maintenant de 1000 kilomètres et augmentait de seconde en seconde. l’Europe se replia sur elle-même, s’occupant de ses affaires, tout en s’étonnant de  l’aspect de la deuxième lune qui croisait dans son ciel:
      " A mesure que l’obscurité se fit, la plage d’argent qui occupait la moitié du ciel ressortit avec plus d’éclat. Elle commença à se dorer légèrement, et bientôt ce fut une lune monstrueuse qui se trouva suspendue sur les têtes. Invraisemblable spectacle qui donnait involontairement le frisson! Qu’était ce monstre, surgi du fond du ciel, et tournant vers la terre comme pour l’engloutir, une gueule éclatante et silencieuse? Hélas! ce monstre n’était autre que la terre enfuie! "
      De jour en jour les conditions physiques empiraient. L’air plus léger, la gravité moindre multipliaient les accidents de toute nature. L’ascension des pics devint bientôt impossible et les cités d’altitude durent être évacuées. La mer, plus facilement houleuse, présentait des tempêtes énormes. Mais le pire était à venir. Les deux moitiés de la terre, en s’éloignant l’une de l’autre, allaient fatalement croiser l’orbite lunaire qu’elles menaçaient de collision: qui, de l’Europe ou de l’Amérique allait périr? En Europe, la collision fut jugée imminente par les savants. Tout le monde se prépara à la mort définitive de la terre. Les autorités mirent en place un Comité de salut Public dont le seul but était d’encenser la grandeur humaine, bientôt réduite à néant. Chaque être humain réagissait devant le danger en fonction de sa nature propre, qui en hédoniste, qui en moralisateur, qui par la religion. Mais la fin du monde n’eut pas lieu, du moins pour l’Ancien Monde: la Lune rata cette moitié de la terre.
      Après des explosions de joie, des congratulations mutuelles, les Européens surent avec certitude que le Nouveau Monde se trouvait désormais sur le trajet lunaire: l’Amérique allait donc périr. Alors, Ils s’installèrent pour assister au spectacle, non sans tristesse:
      " la vieille lune, que la mort semblait avoir rendu plus coriace, pénétra dans la terre comme dans un ventre mou. On vit l’écorce terrestre se déchirer, voler en éclats, la lune s’embraser, et un immense globe de lumière, lançant des jets de matière ignée dans toutes les directions, enveloppa le lieu du cataclysme. Durant un instant, ce fut un vrai soleil qui s’alluma dans la nuit. L’espace en devint bleu pâle; on put croire au retour du jour; et si grande fut l’intensité lumineuse, si brusque le jaillissement, que maints observateurs terrestres qui n’arrachèrent pas assez tôt leurs yeux de la lunette en devinrent aveugles. L’éclair, la boule de foudre, où s’étaient consumées 600 millions de vies humaines, s’éteignit. "
      Un roman-catastrophe étonnant dont l’hypothèse farfelue est cependant soutenue avec rigueur ce qui fait que, insensiblement, le lecteur se prend au jeu. Encore une fois, l’angoisse de la Seconde guerre mondiale se traduit par une catastrophe d’ordre cosmique permettant à l’auteur des coups de griffes à l’encontre des régimes politiques du moment.  Récit bien documenté, " l’Agonie du Globe " reste parfaitement lisible aujourd’hui et demeure un témoin important de la vitalité française du genre durant l’entre-deux guerres.

    6. Type: livre Thème: sociétés post-cataclysmiques 1 Auteur: Sylvie REFF Parution: 1979
      Cyril Princemal, anciennement Georges Schlaguer, dissèque les émotions, garde-chiourme d’une société alsacienne rongée par la pollution et les dégénerescences dues à la guerre bactériologique :
      « Après le déjeuner je lui (= sa mère) ai montré ce qui reste de la ville. Elle a continué à arroser de ses signes de croix les innombrables visages marqués par la maladie, les enfants amaigris, les pierres rongées des maison et des statues, et a passé une bonne heure devant la cathédrale à demi-détruite, à prier dans l’air glacial. »
      Ayant rêvé de son ami d’enfance, Andhart, il le fait arrêter et le soumet à un cycle d’expériences mnésiques, sans succès. Il lui adjoindra Louvila, la femme de ce dernier. Devant l’intensité des sentiments qui s’échangent entre les deux êtres, il fera cryogéniser le mari.  Louvila fascine peu à peu Princemal en faisant émerger en lui des émotions profondément enfouies. Un matin, inexplicablement, elle disparaît. Aaah ! Louvila…
      De beaux effets de style, un décor cataclysmique mis au service d’une grande cause : l’amour. Une nouvelle expérimentale comme son sujet.

    7. Type: livre Thème: menaces et guerres nucléaires Auteur: Yves THERIAULT Parution: 1962
      01 . Akua Nuten (Le Vent du Sud),  pp. 11 –25
      Kakatso le Montagnais est un solitaire. Il est heureux dans ses chères montagnes où il se débrouille sans le secours de la technologie. Laissant femme et enfants, il part pour une virée dans les Laurentides. Au bout de quelques jours, il ressent une angoisse que rien ne vient étayer. S’établissant au bord d’un lac magnifique, il y vit soudain amerrir un hydravion. Le pilote, une femme et son mari, un enfant, semblent terrorisés. Ils lui apprennent qu’une guerre atomique a éclaté dans le sud et qu’ils ont besoin de ses services pour survivre en ces lieux isolés. Kakatso, méprisant l’argent offert, entrevoit en un instant la possibilité pour l’indien qu’il est,  de prendre sa revanche sur le blanc qui l’a maintenu en tutelle de si longues années. Alors, il les abandonne à leur sort et s’enfonce dans la forêt. Deux mois après, les radiations, amenées par un vent du sud, laissent sur son corps les premiers stigmates de la mort radioactive.
      02. la Continuation,  pp. 37 – 49
      " Après la bombe, il ne restait de tout Paris que des quais de la Seine –mais peu, des pans ici et là, une amorce de pont, les piliers d’un quai de bateaux-mouches – et bien au loin, les ruines surprenantes d’une tour de radio-contact, en direction d’Orly. Le reste n’était qu’un amas de débris, de miettes pierreuses. Tout ce qui était combustible avait péri, le reste avait été réduit en cette couche presque égale, creuse de deux mètres et plus, qui marquait l’emplacement de la Capitale du monde. "
      Flavie a survécu à la grande explosion. Du côté de la Loire, la jeune fille vit chichement élevant deux poules et une chèvre. Parfois, elle voit passer des gens sombres qui se dirigent en pèlerinage vers la capitale détruite. Alors, elle aussi se sent prise de la même envie. Avec l’arrivée de Jean, qu’elle prendra pour mari, ils abandonnent la petite exploitation pour " monter " sur Paris. Les monceaux de ruines, les cendres soulevées par le vent achèvent de les désespérer. Ils trouvent refuge pour la nuit dans un souterrain, celui de l’ancien hôpital des enfants malades où ils sont mis en contact avec des aiguilles de radium abandonnées. Les vomissements de Jean se déclenchent quelques jours après. Flavie, moins malade, retourne à sa petite ferme. Enceinte des œuvres de Jean, elle accouchera d’un monstre.
      Ironie désabusée et désespoir tranquille se partagent la vedette en cette nouvelle.
      03. le Monde meilleur, pp. 57 – 70
      Une bombe atomique tombée sur Manhattan laisse un délai suffisant pour que dans un abri souterrain de Brooklyn survive un groupe de new-yorkais. Livrés à eux-mêmes, effondrés, ils se ressaisissent à l’exhortation d’un vieux curé qu’ils connaissent bien. Celui-ci leur dit que des temps nouveaux sont venus; qu’il faut remercier Dieu pour sa bienveillance; qu’il est l’heure de bâtir un monde meilleur et plus juste. Ses auditeurs en ont les larmes aux yeux. A ce moment, arrive, titubant sur les escaliers, venu d’en haut, un métis. Heureux d’avoir été épargné, celui-ci leur annonce que c’est par pur miracle qu’il n’a pas été irradié. La foule se recule avec horreur devant lui. Avec répugnance et par peur de la contamination, ils le projettent sur les rails du métro où il s’électrocute.
      Une nouvelle brève et désespérée.
      04. Yuri, pp.  75 – 88
      Yuri le moscovite est renversé par une Zim, conduite par un aparatschik. Admis à l’hôpital public, il fait la connaissance de Vassily, dans sa chambre. Celui-ci lui explique les règles du jeu : dans cette société où tout le monde espionne tout le monde, où chacun se tient mutuellement, il faut  parler plus fort que les autres, montrer sa hargne. Yuri y gagnera en considération car la crainte en face de quelqu’un de si sûr de lui est un sentiment universellement partagé par ses concitoyens. Yuri, l’éternel opprimé, met longtemps, trop longtemps à mettre en pratique les leçons de vie de Vassily. Lorsqu’il s’y décide enfin, il est transformé en énergie pure comme tous ses semblables par une bombe atomique de cinquante mégatonnes larguée sur Moscou.
      Une nouvelle à l’ironie amère et au ton juste.
      05. Rocco, pp. 95 – 105
      Rocco a deux amours. " Suzanne et les Vieillards " et " la Vénus au bain ". Ce sont elles qui ont décidé de sa vocation de gardien de musée aux Offices de Florence. Pour le reste, comme les tensions internationales, cela ne le concerne pas. Aussi n’est-il même pas surpris lorsque la ville de Florence est soufflée par une bombe atomique. Seul survivant dans ces ruines  – par quel miracle ? – avec un enfant dont il se désintéresse – Rocco  suit une seule obsession : celle de repeindre les tableaux disparus – mais pour qui ? –
      Une nouvelle brève qui démonte le mécanisme de l’âme humaine.
      06. le Monde éclaté, pp. 113 – 122
      L’action se situe dans une salle de rédaction, au Québec, à Montréal, peu de temps avant le jour fatal. Drolet, bien que très compétent, a été mis depuis longtemps au placard par Jullien, le rédacteur du matin, journaliste engagé dans la politique séparatiste du Québec. Drolet, qui a travaillé toute la nuit à comparer les données internationales, sait que le monde court à sa perte. Il suggère à Jullien un titre pour la parution du matin, soit : " le monde éclate ". Ce dernier accueille  avec mépris la proposition. Il connaît, lui, un bien meilleur titre, soit : " Triomphe des séparatistes : au pouvoir dans deux mois. " Lorsque le journal paraît, tout sera obsolète : Montréal a été rasée par la bombe.

    8. Type: livre Thème: menaces cosmiques Auteur: Maurice LIMAT Parution: 1947
      Le professeur Mixe, avec ses deux assistants Daniel et Renaud, se rend sur les bords du lac Tchad pour tenter de repousser, grâce à un appareil à répulsion radio - actif, la triple météorite qui menace la terre dans sa course. Personne ne prend Mixe au sérieux, même pas Samba, un bon (mauvais) nègre formé à l’école des missionnaires blancs et qui devient leur allié sous la pression de la menace. Tarentules, boas et autres bestioles sont aussi au rendez – vous.
      Renaud se fait piquer par la mouche tsé-tsé. Bien fait pour lui, car c’est un traître qui empêche la bonne orientation des rayons répulseurs. La Terre sera sauvée in extremis par Mixe, bien que l’un des météores s’abîme dans le lac Tchad, inondant la moitié de l’Afrique (mais ne mouillant pas nos héros!) Un court récit amusant ou affligeant selon l’âge du lecteur.

    9. Type: livre Thème: fins du monde, fins de l'humanité Parution: 1992
      En 2300, la terre a été abandonnée par l’humanité. Les désastres écologiques se succédant, l’espèce humaine a été transférée sur un planète très lointaine dans le système de Castor et Pollux par l’intervention d’extraterrestres insectoïdes, les Arthroplanes, commandant des vaisseaux biologiques les « Anilvaisseaux », immenses organisme vivants de la grandeur d’une montagne au sein desquels les hommes, en vie suspendue (le Transommeil), lovés dans des « matrices biologiques », auront pu durer les siècles qu’exige une telle traversée :
      « Il fit quelques pas de plus, se retourna à nouveau pour la regarder. Mais elle était plus haute que les plus hauts gratte-ciels qu’il ait jamais vus et si large que son regard ne pouvait embrasser d’un seul coup son énorme masse. Elle scintillait dans le soleil, ce qui la faisait encore paraître plus grosse. Son corps était d’une blancheur plus claire que le blanc : irisée, et agitée d’un mouvement constant qui captait la lumière et la renvoyait en éclats. Elle était incroyablement compacte à un moment, et tout de suite après se transformait en frémissements de dentelles, de brocarts et de rideaux de perles ondulantes. (…) Elle rayonnait de solidité en même temps que de lumière, comme une montagne neigeuse dont on aurait coupé le sommet pour y attacher des myriades d’ailes »
      Sur Castor et Pollux domine la philosophie écologiste : tout doit être biodégradable et la compétition entre les espèces, bridée ou interdite. Les anciens Terriens survivants y forment une société dirigée par le « Conservatoire », un collectif gouvernemental agissant de concert avec les Arthroplanes, qui veille à l’éradication de tout déviant. En procédant à une mise entre parenthèse de la puberté, le Conservatoire permet à l’espèce humaine d’atteindre un âge avancé et de stabiliser son agressivité.
      Un organisme contestataire caché, « Terre Affirma » possède cependant la nostalgie des origines et désire rendre à l’homme sa patrie qui, selon ces opposants, doit depuis longtemps être débarrassé de toute nocivité. Pour en rassembler les preuves, et par chantage, ils subvertissent John, le commandant de l’Anilvaisseau « Evangeline »,  qui, en compagnie de son second Connie, une jeune femme issue d’un centre de réadaptation, et de l’Arthropode Tug, véritable chef de l’expédition, est sommé de rapporter des échantillons biologiques de la planète mère.
      Mais Terra Affirma se méfie aussi des gentils Arthroplanes, lesquels, sous les dehors d’une bienveillante fraternité,  désireraient euthanasier en douceur l’espèce humaine puisqu’ils redoutent la concurrence que les hommes pourraient leur opposer dans le domaine économique : les Aliens tiennent à garder la maîtrise de l’espace.
      John, le poète, et Connie , l’inadaptée, destinés à vivre des centaines d’années en sommeil, ont pour unique interlocuteur l’Arthroplane Tug. Celui-ci, enkysté au sein de la structure nerveuse  d’Evangeline tel un monstrueux parasite la dirige au moyen du principe récompense -punition. Il la nourrit en émotions dont elle est friande, ou, si elle ne répond pas au moindre de ses désirs, la torture,  en lui infligeant des douleurs atroces le long de son circuit nerveux. Manipulateur hors pair, Tug surveille aussi le comportement des deux humains, analysant constamment leurs rêves, les infléchissant s’il en était besoin, au sein du Transommeil.
      S’étant spécialisé  dans la compréhension de l’ancienne culture terrestre, il rassemble  - bien que cela fût interdit - tous les documents historiques pour les intégrer au stock culturel de son clan avant qu’ils ne soient irrémédiablement détruits. Il a même réussi à faire se joindre au voyage, constamment lové dans sa matrice et sans que sa présence ne soit connue du couple, un authentique Terrien des origines, Raef, atteint d’un cancer stabilisé et maintenu en stase :
      « Raef bougea légèrement dans sa matrice, un frisson saccadé en réponse à une légère stimulation électrique de ses muscles. Raef était dans le cycle tonique.(…) Le corps en somme, il devait être stimulé sans subir de vieillissement ni de stress. Le mouvement des yeux confirma que Raef était en train de rêver, que son esprit avait la possibilité d’être suffisamment stimulé pour éviter les dommages psychologiques provoqués par une trop longue période d’inaction. Depuis sa cellule, l’Arthroplane vérifia les points de pulsation réciproque qui lui permettaient de piloter la matrice de Raef. Tout allait bien. L’Evangeline contrôlait elle-même le cycle de rêves de Raef depuis toutes ces années, mais c’était un domaine qu’il continuait à piloter. »
      Pendant que John, préoccupé par sa mission, combat l’influence de Tug à chacun de ses réveils, Raef est en communication constante avec Evangeline par le biais de ses rêves. Il informe et éduque peu à peu cet être extraordinaire qu’est l’Anilvaisseau. Evangeline, dont l’intelligence supérieure avait été laissée en friche par Tug, comprend alors qu’elle et les siens sont les esclaves des Arthroplanes.
      L’empathie étant une nécessité vitale pour elle, elle crée un courant amical et amoureux avec Raef qui lui fournit les bases de la compréhension de l’univers.
      Arrivée en orbite autour de la terre, John et Connie, suite à une avarie simulée de la navette, touchent un sol dont ils ignorent tout. Evangeline, qui a réussi à contrer l’influence de Tug malgré la douleur que le parasite lui inflige régulièrement, entend soudainement l’appel d’un petit de sa race près de la ceinture d’astéroïdes entre Mars et Jupiter. Déposant Raef sur le sol terrestre, au grand dam de Tug impuissant et malade, elle s’envole vers ce qu’elle croit être un berceau de petits Anilvaisseaux.
      Pendant ce temps, John et Connie découvrent une terre dont tous les éléments –le vent, l’eau, le soleil, les animaux, etc.- leur paraissent étranges et hostiles. Insensiblement, ils se laisseront gagner par la beauté des lieux dont ils pressentent en faire partie :
      « L’océan.
      Complètement immobile, elle ne pouvait en détacher son regard. Il était aussi vaste que le ciel au-dessus de lui. Jusqu’aux limites mêmes de l’existence, inlassablement mouvant, bleu et salé. Des oiseaux blancs et gris glissaient dans le ciel en criant. John n’était qu’une minuscule silhouette, très loin sur la plage. La tache blanche de sa combinaison abandonnée était comme une gousse vide froissée sur la grève. Il se dirigeait vers elle en se faufilant entre d’énormes rochers. La chanson apaisante de l’océan peignait le monde de couleurs plus douces. Bleus sur bleus sur verts de l’eau mouvante ; »
      Ces derniers humains sont semblables à des gnomes, sortes de trolls déformés par l’ingestion des retardateurs physiologiques.  La crainte que leur avait inspiré Raef s’étant estompée, celui-ci leur explique leur véritable nature et le rôle néfaste joué par les Arthroplanes dans le destin terrestre. Entre temps, Evangéline découvre sur l’un des astéroïdes non pas un rejeton de sa race mais une arche, une « capsule-temps » lancée jadis par des Terriens au sommet de leur gloire, contenant des milliers d’échantillons biologiques, des embryons, des formes de vie mises ici en réserve dans l’attente d’un hypothétique retour de l’humanité en son bercail. Elle revient chercher John et Connie ainsi qu’un Raef à l’article de la mort, déjouant pour une dernière fois le machiavélisme du parasite logé en son organisme :
      « Silence implacable. Son deuxième segment était en train de tomber. Il considéra son corps rétréci avec résignation (…) Il rompit l’inutile contact ganglionnaire et tenta de ressaisir ce qui restait de lui.(…) Sans se préoccuper de sa souffrance, il se traîna jusqu’à la cicatrice nourricière et brancha son scolex. S’alimenter. Elle ne pouvait l’empêcher de s’alimenter. Il ne savait pas très bien cependant comment son corps mutilé allait digérer les nutriments. Mais même s’il n’y avait qu’une petite partie qui atteignait son organisme, cela augmenterait forcément ses misérables forces. Se nourrir et prévoir un plan. C’était tout ce qui lui restait. »
      Les quatre amis se donneront pour but de réensemencer la terre et de libérer les sœurs-esclaves d’Evangeline.
      Une œuvre originale et forte d’une grande complexité, creusant, autour des problèmes d’ordre écologiques, les rapports de la poésie et de la littérature ou ceux des différents types de pouvoir.

    10. Type: livre Thème: invasions extraterrestres Auteur: Richard MATHESON Parution: 1992
      Des signaux lumineux autour de la lune attirent l’attention d’un écrivain de science-fiction en mal de copie. En exhumant des documents écrits par lui jadis, il se rend soudainement compte que ces événements contemporains coïncident parfaitement avec le scénario qu’il avait  élaboré, à savoir que des Martiens rassembleraient leurs troupes d’assaut dans la banlieue lunaire avant d’attaquer et de détruire la terre. Quand la fiction rejoint la réalité, à quoi bon encore écrire ?

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