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    1. Type: livre Thème: guerres futures 1, péril jaune et guerres des races Auteur: Henri KISTEMAECKERS Parution: 1909
      Aéropolis représente la société du futur de l’auteur (1908) où l’aéroplane a triomphé dans les modes de déplacement. La conjecture, avec humour et ironie, extrapole à partir de concepts tels que ceux de « taxi aérien », « d’embouteillage du ciel », résoud des problèmes d’ordre technique,  discute de la pertinence des termes "aviateurs " ou "aéromanes",  envisage  «un ciel tellement encombré qu’il occulte le soleil».
      C’est à partir du chapitre 44 et jusqu’à la fin du roman que tout se complique. Un matin notre " sporstman " surpris est réveillé par un Japonais très très poli, le commandant  Fidé-Yosi-Ten-Woo. Il lui annonce que l’invasion jaune tant redoutée par les Occidentaux s’est faite durant la nuit, que les aéroplanes du Pays Levant se sont abattus sur l’Europe comme un vol de sauterelles. Tout résistance ayant été annihilée, le seul choix laissé aux Blancs est de "se suicider " ou "d’être suicidé " car les Japonais sont si nombreux et ils une telle envie d’espace vital! Malgré l’insistance du commandant notre sporstman ne s’en laisse pas compter. Il applique à l’exécuteur venu le suicider un vigoureux "uppercut" qui le laisse "knock-out". Derechef, il suscite l’admiration du commandant jaune à cause de sa technique de combat. Non seulement on l’épargnera, non seulement il sera chargé d’inculquer le noble art à des guerriers jaunes désireux de s’instruire, non seulement il ceindra la tenue de samouraï,  mais encore, soumis à un  strict programme d’eugénisme, ses gènes devront fertiliser la race conquérante par un mariage imposé.
      " Car selon les dispositions de notre ministre de l’Avenir et du Travail (…) nous devons faire quartier à quelques spécimens exceptionnels de la race blanche lorsqu’ils se seront signalés à notre attention par un témoignage remarquable de vigueur physique et de santé. De même que nous allons emprunter à votre civilisation ce qu’elle a d’utilement applicable à la nôtre, de même entendons-nous réserver quelques étalons occidentaux pour opérer des greffes sur notre arbre généalogique. "
      Le héros se plie aux exigences du vainqueur, surtout que sa future épouse étant sotte comme toutes les Japonaises, ne le dérangera pas puisqu’elle est juste capable de s’occuper de futilités de l’avis même de Fidé-Yosi-Ten-Wou :
      "- Elle a l’air très intelligent, n’est ce pas ? me dit Fidé-Yosi. - Elle est exquise ! dis-je - Eh bien ! que cela ne vous effraie pas -, reprend le commandant qui suit son idée. Elle a l’air très intelligente, mais elle est stupide. "
      Finalement le héros blanc s’accommode assez bien de la dictature jaune, y trouvant même quelques plaisirs lorsqu’il aura admis que toute velléité de conspiration s’avère inutile.
      Une charge appuyée et parfois lourde contre la menace du péril jaune, crainte récurrente au début du XXème siècle. Texte rejoignant cette catégorie si abondamment illustrée par le Commandant Danrit (l’Invasion jaune) ou Jules Lermina (la Bataille de Strasbourg)

    2. Type: livre Thème: guerres futures 2 Auteur: Commandant CAZAL Parution: 1939
      Vol. 01 : la Guerre, la Guerre !, Jules Tallandier éd., 1939, 1 vol. broché, in-12 ème , 222pp. jaquette illustrée par Maurice Toussaint.
      « Paris bombardé, Paris assassiné, Paris meurtri », voilà par quels mots pourrait débuter l’héroïque épopée de cette guerre future qui, au moment de son écriture, ne correspond évidemment pas avec le véritable déroulement des faits de la 2ème  guerre mondiale :
      « Mais voilà qu’une détonation formidable, éclatant sur sa droite, remplit le monde…
      -Oh ! le ministère de l’Air ! touché !…
      En même temps une foule hurlante déboucha de la place Balard, sous le pont de Ceinture, foule sinistrement éclairée par des flammes qui, à droite, montaient des immeubles écroulés, mais foule aussitôt atteinte et en partie submergée par d’énormes flots galopants d’une fumée noire, puante… »
      (…)
      « …Paris est bombardé par des centaines, peut-être des milliers d’avions. C’est à devenir sourd, aveugle…et fou !… Quant aux dégâts, il doit y en avoir beaucoup, oui, et des gros. D’après les premiers téléphonages au bureau, l’ennemi vise surtout les gares, les ministères de la Défense nationale, les réservoirs d’eau, la tour Eiffel. A part çà, les avions lâchent aussi des bombes au petit bonheur : il en tombe partout. »
      L’arrogante Allemagne et son allié italien, un doux soir du 24 juin 1939, fit partir ses vagues d’assaut aériennes au-dessus de la ville-lumière. Dans le chaos indescriptible d’une cité sévèrement touchée, Jean Fontenar, directeur de l’information au « Mondial-Matin », tente de gagner Sceaux où l’attend sa famille. Il n’y parviendra pas,  mais, n’écoutant que son patriotisme, il se fera mobiliser comme Directeur des services de l’information au sous-Secrétariat de la Presse et de la radio,  pour  rejoindre le P.C. opérationnel, située sous d’épaisses futaies entre Chateaudun et Vendôme.
      Là, le génie français a créé une véritable cité souterraine d’où seront analysées les diverses phases d’une bataille que l’on sent décisive. Sa femme, entre temps, ne désespère pas, elle non plus. Infirmière à Sceaux, n’écoutant que son courage, elle s’engagera, à côté du maire Léon Chevilly, dans le cadre de la défense civile du bourg. Dès le début de l’attaque et malgré les bombes, Boulevard de Port-Royal, la «Compagnie Autonome» sous le commandement efficace de Hugues Sarlat, reprend vie.
      Groupe constitué de soldats d’élite, la Compagnie Autonome s’est vu assigner un seul but : traquer par n’importe quel moyen les espions à la solde de l’Allemagne, les communistes d’une cinquième colonne qui feraient le jeu de l’ennemi. Déjà, Hugues Sarlat possède des noms et une adresse. Déjà, le repaire des traîtres sera investi, leur chef Kolzaki et ses voyous arrêtés, et tous fusillés séance tenante! C’est la guerre, non mais ! D’ailleurs, ils en conviennent :
      « La guerre qui commence, elle, est illégale. La Révolution sanglante que nous allions tenter de déclencher, elle aurait été illégale. Si nous avions été avertis, et donc ici les plus nombreux et les plus forts, aurions-nous déférés devant les tribunaux légaux, cet officier et ces soldats ?… Nous les aurions abattus sur place, le plus tôt possible, sans même les en prévenir ! ( …) Et, de nouveau, se tournant vers l’officier toujours impassible : -Capitaine, ne perdez pas votre temps, et tout de suite faites-nous tuer. »
      Quant aux bombardiers allemands, ils ne retourneront pas sains et saufs dans leur pays. A Tours, la base aérienne est en alerte. Sous la direction du capitaine François Chevilly, l’escadrille accroche l’ennemi entre Metz et Nancy. Blessé à la clavicule, le jeune officier sera soigné à Pagny, dans une ferme, où il sera informé, de l’état de la France. Les nouvelles du front ne sont pas bonnes : les Allemands,  ayant fomenté un coup d’état à Bâle pour contourner la ligne Maginot, ont envahi le territoire français  entre Besançon et Mulhouse où nos forces terrestres les contiennent :
      « La Suisse a été violée, la ville de Bâle occupée en coup de foudre ; plusieurs divisions allemandes ont dévalé en torrents coordonnés des profondeurs de la Forêt Noire, traversé Bâle, franchi le Rhin, envahi le territoire de Belfort, pris Belfort, pendant que cette ville et Vesoul et Besançon étaient copieusement bombardées. Mais le débordement brusque a été arrêté par nos forces de la 7ème  région : aux dernières nouvelles, l’ennemi est contenu au sud-est de Mulhouse, bien à l’est de Vesoul et au nord-est de Baume-les –Dames. »
      A Paris, Sarlat n’en a pas encore fini avec les traîtres. Un véritable nid d’espions s’était implanté boulevard Poissonnière dans lequel tout un appartement grouille de germains, de la concierge à la femme de chambre,  sous la direction d’une jeune femme, Melle de Gyvelde, alias Frieda ou Z.33, au choix. Comme ses parents, M. et Mme de Gyvelde, - en réalité des Von Narchenflach de Bavière-, Frieda reste en communication étroite avec l’Allemagne. Le capitaine de la Compagnie autonome décidera de mettre fin à l’activité radio de tous ces traîtres en installant une traque au sein même de la basilique du Sacré-Cœur. Enfin, tous écoutent, fascinés, le discours du Président du Conseil qui galvanise les cœurs français en promettant une riposte foudroyante contre les agresseurs.
      Vol. 02 : Maginot Siegfried, Jules Tallandier éd., 1939, 1 vol. broché, in-12 ème , 222pp. jaquette illustrée par Maurice Toussaint.
      Les deux belligérants se trouvent face à face dans l’Est de la France, l’un invisible derrière la ligne Siegfried, l’autre, prêt à à découdre le long de la ligne Maginot. Le colonel Thillot, près de Haguenau, inspecte ses fortins. Les Allemands ne bougent toujours pas. Soudain, un formidable sifflement, suivi d’une explosion immense lui apprend qu’un obus germanique « pénétrant » a fait exploser les constructions souterraines. Après enquête,  il constate que les Allemands disposent d’une arme secrète capable d’anéantir la forteresse française, dite imprenable :
      « -Eh bien oui ! prononça soudain le colonel Thillot. Ca me paraît évident. Je vois un obus d’un calibre bien supérieur au 420, très long, très effilé en pointe, avec trois, quatre, ou même cinq ou six angles tranchants, d’un acier nouveau, extrêmement dur. Hein ? Une sorte de pieu colossal, creux, bourré d’un explosif à très grande puissance de déflagration… un pieu au moins triangulaire, perçant, tranchant… Ca vous entre dans la terre et même dans le béton. Ca n’éclate pas au choc, mais quelques secondes après l’arrêt. Ca pénètre profondément ; ça démolit, déchire, bouleverse ou comprime sur un rayon de dix, quinze mètres et dans un sens giratoire. Ca soulève et projette volcaniquement des tonnes de terre et de pierres… Sang de Dieu !... »
      Il en réfèreaussitôt à Paris, à son PC, et à Sarlat. L’annonce des hostilités avait été immédiatement suivie par un début d’invasion dans le triangle des Trois Frontières, Bâle, Belfort, Mulhouse. Les divisions françaises convergent sur zone pour arrêter la ruée. Le flux allemand, constamment approvisionné par l’arrière à partir des trois ponts bâlois que les Suisses n’ont pas eu le temps de détruire, rend incertaine la victoire française. Il s’agit dès lors de mener une opération commando qu’entreprendra Sarlat. Mais, pour le moment, il est occupé à Paris, résolu à démasquer l’espionne «Frieda Z.33» qui communique aux Allemands le dernier état des lieux.L’immeuble d’où elle est censée opérer, un hôtel meublé dans le quartier de Montparnasse, est circonscrit et piégé dans la discrétion. Tous les occupants en sont des Allemands résidant à Paris depuis longtemps sous de faux noms. Grâce aux Narchenflach, le couple de vieillards autrichiens prêts à trahir Z.33, alias mademoiselle Lelia de Gyvelde, un piège est tendu qui devra surprendre l’oiseau lorsqu’il reviendra au nid.
      Frieda Z.33, en véritable espionne,  a feint d’aimer le jeune capitaine François Chevilly pour apprendre de lui l’emplacement du PC central français. Munie de ce précieux renseignement, elle se précipite dans le piège tendu où l’attendent les hommes de Muller, adjoint de Sarlat. Car Sarlat a dû s’absenter. Eu égard à la gravité de la situation à la frontière de l’Est, il s’est rendu en toute hâte chez le colonel de Cabarrus, commandant du secteur S. (Mulhouse).
      Un plan audacieux a germé dans son esprit : faire sauter les trois ponts bâlois grâce à un commando infiltré dont il prendrait le commandement. L’opération, montée dans les moindres détails, mobilise soixante-dix Alsaciens, parlant parfaitement l’allemand. Vêtus avec des uniformes germaniques, faisant semblant d’être blessés, ils s’insèrent dans le système d’évacuation sanitaire, en zone occupée, les Germains ayant eu beaucoup de blessés par suite de la foudroyante réaction française. Chaque équipe, arrivée sur zone met en place la charge pour faire sauter les piliers des différents ponts :
      « Tout à son idée, le capitaine n’avait depuis des heures pensé qu’aux trois ponts et au viaduc, à la destruction de ces voies de communication d’importance capitale pour l’ennemi, aux mouvements, aux gestes qui tendraient à l’accomplissement de cette destruction. Pas une fois il n’avait pensé aux hommes, à jamais innombrables, qui périraient du fait même de cette destruction, ni à ceux, répandus sur les deux rives du fleuve, qui en seraient les spectateurs. Car toute la ville, en cette heure nocturne, grouillait de troupes allemandes en marche, en cantonnement, en occupation de guerre. La clameur humaine, plus encore que le vacarme des multiples éclatements des piles de pierre et de fer, donna au capitaine Sarlat conscience de l’œuvre guerrière qu’avec ses hommes il avait accomplie, réussie. »
      L’opération réussit au-delà de toute espérance. Les Allemands, coupés de leur base, seront pris en tenaille et rejetés au-delà du Rhin. Bâle libéré, la pression diminue sur Belfort et le Sundgau. A paris, Frieda Z. 33 est tombée dans les mains de Muller. Un faux message envoyé aux Allemands les trompera quant à la position du PC français. Mais toujours aussi futée, Lélia arrivera à s’emparer d’un pistolet cachée et :
      «Penchée au bord de la table, sur laquelle s’appuyait sa main gauche, Frieda tout en parlant avait, du mouvement le plus naturel, laissé pendre le bras droit contre son flanc, sa cuisse. Et brusquement la main avait disparu sous le pan de robe, reparu, serrant un pistolet noir. Bras tendu. Feu à bout portant deux fois coup sur coup, en plein front de l’homme, de la femme…Le bond du commissaire et ses mains qui voulaient empoigner furent d’une demi-seconde tardifs. Le corps souple de la jeune fille se déroba, glissa, vivement s’adossa au mur, dans un coin. Le bras se tendit. La voix claire jeta :-Vous êtes tous l’ennemi !
      Trois détonations claquantes, coup sur coup. Le lieutenant gémit, culbuta. Un agent jura et s’abattit. Un autre se plia sur le dos d’une chaise, qui avec lui, culbuta. »
      Le succès est quasi-total aux frontières de l’Est. Cependant, la guerre est loin d’être terminée, elle se poursuivra sur mer.
      Vol. 03 : Batailles pour la mer, Jules Tallandier éd., 1939, 1 vol. broché, in-12 ème , 213pp. jaquette illustrée par Maurice Toussaint.
      Sur mer également, les Alliés préparent la contre attaque. Louis le Touzey et l’enseigne Jean Daussat se trouvent à la tête de douze vedettes lance-torpilles destinées à s’opposer à la flotte italienne en Méditerranée. Après le bombardement de Paris, les engagements aériens faisant rage sur tous les fronts, c’est aux navires d’entrer dans la danse. Trois secteurs maritimes d’intervention ont été délimités en Méditerranée occidentale.
      Appuyé par l’escadre anglaise basée à Malte, le Touzey, lors d‘une rencontre décisive avec des cuirassés italiens transportant plus de 5000 soldats à destination de la Libye, les coulent tous dans un engagement violent durant lequel une seule de ses vedettes sera épargnée :
      «Ils eurent tout juste le temps d’entendre, à la même seconde, l’éclatement de leurs deux torpilles et de voir basculer le transport, dont les ponts vomirent à la mer des centaines de grappes d’hommes. Car sur la plage avant de la vedette un obus tomba, trouant, fracassant, enlevant comme un bouchon le capot en tourelle du kiosque… Décapité net, sa tête emportée, le corps de Le Foral tomba sur les bras de Martin tendus à tenir, à manœuvrer la roue du gouvernail selon l’ordre que le commandant venait de lui donner. Du cou tranché, le sang jaillissait en un flot violent.».
      Jean Daussat moura noyé, quant à Le Touzey, repêché après quelques heures passées dans l’eau, il rendra compte de sa victoire sur le vaisseau-amiral «Le Breton» et sera cité à l’Ordre de la Nation. Reversé au poste de Directeur de Tir chargé de surveiller la zone de combat, son espérance de vie sera néanmoins très brève. Il connaîtra encore la satisfaction de voir sombrer le « Vittorio », avant de périr à son tour :
      «Cet immense bassin de 8 à 10 kilomètres carrés était comme la surface du liquide en ébullition d’une cuve où cuisait une tambouille d’enfer démoniaque. Avisos, contre-torpilleurs, torpilleurs visibles, vedettes indécises, sous-marins invisibles y faisaient une endiablée sarabande : vagues factices et embruns, flammes et fumées, éclatements rouges dans des panaches gris, éclairs d’aciers et de cuivres luisant au soleil, clameurs vagues, tonnerres ronds, éclatements secs ; petits navires entiers courant comme des  fous, épaves flottantes ou en train de sombrer, gerbes d’obus tombant dans l’eau ».
      A Paris l’on apprend avec satisfaction la marche victorieuse de l’escadre alliée en Méditerranée où 90 navires italiens auront été coulés, ainsi que les transports de troupes. L’Italie, soumis à un blocus sévère, vivra désormais en autarcie.
      Le 3 juillet, furent déclenchées les hostilités dans la mer du Nord, qui aboutiront, elle aussi, à la victoire et permettront la récupération du triangle luxembourgeois. D’ailleurs, Jacques Fortas, le fantassin, y a puissamment contribué. Avec ses douze hommes, mission lui avait été donnée de détruire une batterie ennemie « fantôme », opérant à partir du village de Vianden. Lors de son avance risquée en territoire ennemi, Fortas neutralise les sentinelles et longe, avec ses hommes, le col de Vianden jusqu’au sommet du Nicolausberg. Malgré les risques, ayant repéré les batteries, le commando élimine les servants en une action d’une folle audace. Fortas, à l’arrière avec deux compagnons, pose les explosifs. Mais, voyant venir sur eux une troupe allemande de ratissage, ils n’ont d’autre alternative, pour échapper à l’ennemi, que de s’enterrer sous les feuilles mortes. Les soldats passeront sans les voir et, autre coup de chance, ils découvriront le fil émetteur par lequel transitent les ordres de pointage des officiers allemands. L’idée insensée les prend de remonter la piste jusqu’au poste de commandement et d’en rafler tous les documents. L’émetteur est situé dans une vieille tour féodale. Les officiers, surpris, n’opposent aucune résistance. En possession des codes de tir, ils regagneront leurs lignes à l’aide de motos volées à l’ennemi. Cette action d’éclat entravera la progression des Allemands en Belgique.
      Alors que les Etats-Unis envoient enfin du matériel aux Alliés, fut inaugurée une nouvelle manière de bombarder dite « à la chaîne ». Entre Liège et Bastogne, le mercredi 5 juillet, cent vingt avions, commandés par le général Marquoy, se sacrifient en un bombardement incessant, jusqu’à la destruction complète, des camions, des troupes et du matériel. Défaits dans la mer du Nord et en Méditerranée, en recul en Belgique, chassés du Luxembourg, les Allemands ont perdu six cent mille hommes :
      « Ainsi, le Conseil Supérieur de la Guerre était tenu heure par heure au courant des mouvements des armées Allemandes grouillant avec méthode dans les deux tiers de la Belgique. Ainsi ces grouillements stratégiques étaient abondamment arrosés de bombes fracassantes, asphyxiantes, torréfiantes, sorties des usines françaises, anglaises, américaines.
      Partout, dans les deux immenses trapèzes marqués aux quatre coins par Ostende, Calais, Charleville et Bastogne pour les Armées Françaises en marche, c’étaient, avant la grande bataille terrestre, une multitude de batailles aériennes, de bombardements par avions, de ripostes par la D.C.A. »
      Cependant, l’avancée vers l’est se poursuit : les Allemands pénètrent à Varsovie pendant que les Italiens entrent à Belgrade et que les Hongrois attaquent les Roumains. Seuls les Russes, sur ordre de Staline, ne bougent pas. Qu’attendent-ils ?...
      Vol. 04 : l’Afrique en flammes, Jules Tallandier éd., 1939, 1 vol. broché, in-12 ème , 209pp. jaquette illustrée par Maurice Toussaint
      A  Tunis, Pierre Florac, chef du service de Renseignements pour la Tunisie,  reçoit Régine d’Ascans, espionne au service de la France et amante de Pierre, plus connue par les Arabes sous le nom vénéré de Néhar’aïne, qui lui apporte de précieuses nouvelles : le Grand Chérif Mohamed Amran trahira les Italo-Allemands pour se mettre au service de la France lors de l’attaque décisive, moyennant le Sultanat de Tripolitaine sous protectorat français. Florac en avise immédiatement les généraux Créange, Durieux, ainsi que son ami le Major Harry Blunt, lors d’une conférence organisant les diverses modalités de l’attaque. Durieux est le concepteur des avions « Y », des drones avant la lettre, mitrailleuses volantes dirigées «télé-mécaniquement», capables d’infliger de lourdes pertes à l’ennemi, les Italiens, avec leur corps d’armée de 300 000 hommes ne pouvant plus recevoir de renfort :
      « Mais l’essentiel de cet engin consistait en ceci : il était entièrement télémécanique ; pas d’homme à bord ; direction de n’importe quel lieu terrestre, par ondes hertziennes de longueur variable exactement calculée pour n’avoir que la portée efficace ; reçues et traduites à bord de l’Y par le Récepteur de T.S.F. et par le sélecteur d’ordres, transmises du sélecteur au servo-moteurs, du gouvernail et des ailerons, aux servo-moteurs des cinq batteries de mitrailleuses, les ondes dirigeaient le vol de l’Y et, en même temps, déclenchaient le tir des mitrailleuses. Or, ce tir pouvait tout à la fois être déclenché à droite, à gauche, devant, derrière, et dessous –de telle sorte que ce terrible engin crachait de toutes parts des balles, dont la direction elle-même obéissait selon les mouvements des mitrailleuses sur leurs axes, aux volontés de l’Officier-Conducteur qui, installé confortablement à terre dans un Poste-Directeur fixe ou mobile, manoeuvrait opportunément leviers, manettes et boutons commutateurs, ayant devant lui tout à la fois un standard et un clavier télémécanique. »
      La date de l’attaque fut fixée au 18 juillet. Ce qui laissait un délai suffisant à Régine pour solder un vieux compte.  Avec Pierre à ses côtés et le major Blunt, tous trois s’envolent pour l’oasis de Médénine où elle  possédait jadis, de par son père, une exploitation agricole dont elle avait été spoliée par l’immonde italien Trapani. Elle tient donc à venger son père et récupérer son bien. Dès l’atterrissage elle est reconnue par les maghrébins comme étant Néhar’aïne, leur prophétesse. L’immonde Trapani sera exécuté, après audition de la sentence, sans autre forme de procès.
      Peu après, débuta la bataille du plateau de Barka. Surpris en pleine nuit par les « avions Y » de Durieux, mitraillés sans relâche, les Italo-Allemands se reprennent, mais trop tard : plus de 30 000 morts jonchent le terrain de leur bivouac. Les deux chefs de guerre ennemis survivants, le général Von Warner et le maréchal Torelli, envisagent une réaction immédiate : il faut  apprendre l’origine de ces engins et pilonner leur terrain d’envol pour les empêcher de nuire. Ce qui fut fait sans désemparer, le camp des alliés subissant à son tour la fureur de la dernière charge de l’ennemi.
      Et bien que les bombardiers aient été tous anéantis, in fine, le combat entraîna la mort de Créange et de Durieux. Qu’importe ! Le grand conflit devant se dérouler le lendemain, le choc fut immense pour l’ennemi d’apprendre à ce moment-là, la trahison des Arabes qu’ils croyaient acquis à leur cause. Encerclés par les différents corps d’armée, harcelés par les troupes de Mohamed Amran, les Italo-Allemands se rendent ou meurent, les uns après les autres. En fin de journée la victoire fut acquise. Lors de la célébration de la paix avec le nouveau Sultan de Tripolitaine, Florac apprend une autre et déplaisante nouvelle : des terroristes anti-Juifs et anti-Français préparent un pogrom non seulement à Tunis mais aussi dans les principales villes du Maghreb, sur l’instigation haineuse d’un leader intellectuel, Aïn-Ben-Gadouz. Florac,blessé,ne pouvant livrer le nom des principaux responsables à temps, le coups de force eut lieu, vers onze heures du soir, qui fit plus de 7000 morts dans la communauté juive :
      « Le quartier juif de Tunis fut en quelques minutes un enfer où l’on massacra dans toutes les rues, dans toutes les maisons. Les portes fermées, on les enfonçait avec une poutre, on les faisait éclater avec une grenade, on les arrosait de pétrole et on les brûlait ; on entrait aussi par les murs des courettes, par les terrasses. Là où il y avait des jeunes femmes, proprement et coquettement bourgeoises, et des jeunes filles et des enfants, des scènes abominables, au fond des chambres grouillantes de plusieurs bandits ou jalousement occupées, pour un instant, par un seul assassin riant de sa chance, les pires abominations précédaient la tuerie, parfois férocement raffinée, appliquée à prolonger une torture jusqu’à ce qu’une flamme d’incendie ou l’irruption d’autres assassins mît fin à l’atrocité – pour que plus loin l’on pût recommencer à tuer, à martyriser, à déchirer, casser, incendier, détruire… »
      Mais la répression sera à la hauteur du crime. Tous les terroristes furent pris, jugés, exécutés par pendaison et les principaux criminels, fusillés. La France resta maître du terrain.La Bataille d’Afrique, se terminant au bénéfice de la France et de l’Angleterre, amena la Germanie et ses affidés au bord de la destruction finale.
      Vol. 05 : la Fin… par le pétrole, Jules Tallandier éd., 1939, 1 vol. broché, in-12 ème , 226pp., jaquette illustré par Maurice Toussaint
      Où l’on retrouve le capitaine Sarlat à qui est confiée une ultime mission par le général Dupuis-Lecat. Les Allemands n’ont pas été capables de remporter la victoire mais leur capacité militaire reste forte. Celle-ci dépend surtout du pétrole qui fait rouler leurs engins motorisés. Or, celui-ci s’épuise… Ils ont donc prévu des stocks énormes, situés en zone neutre, sur la côte suédoise,  en un endroit baptisé « la Cité du pétrole ».Véritable enclave germanique, s’élevant au-dessus d’un fjord,  à cinquante kilomètres de Göteborg, la Cité du pétrole comprend d’immenses réservoirs, plusieurs casernes  et deux mille hommes actifs pour les surveiller. Priver les Allemands de cette ressource en énergie, c’est signer l’arrêt définitif de la guerre dans les deux semaines à venir.Pour ce faire, il faut saboter les installations.
      Le général Dupuis-Lecat connaît un seul homme capable de mener à bien cette opération : c’est le capitaine Sarlat. Celui-ci accepte la mission,  avec une centaine d’hommes parfaitement rodés, tous de la « Compagnie Autonome ».  Le commando  est acheminé à pied d’œuvre, piloté de main de maître par deux marins norvégiens, pêcheurs habitués de ces lieux hostiles, surveillé et protégé par une escadre anglaise. Il a été réparti, pour raison de sécurité, en différentes vedettes basses sur l’eau et difficilement repérables dans le brouillard.
      Après avoir accosté, grimpé le long d’une falaise à pic, le commando arrive près de la Cité du pétrole. Pendant que Sarlat, avec douze de ses hommes,  neutralise le corps de garde et assure la protection des autres lors de la phase de repli, les différentes escouades pénètrent dans les lieux, posent les bombes à retardement, minutant le temps des explosions.
      L’opération est une totale réussite. Un incendie gigantesque ravage le paysage, noyant les lieux sous d’épaisses fumées noires, assurant ainsi la retraite des saboteurs,  ce qui permettra de limiter les pertes à une vingtaine d’hommes. Le commando reprend le chemin du retour par voie de mer, heureux d’avoir pu porter un coup fatal à l’adversaire. Le plus stupéfiant en cet événement, c’est que le général baron Rudolf von Warteck, son épouse, son allié, le prince Andréa Colozzo ont eu vent de la mission. Ils n’ont pas signalé le danger à Hitler, et laissé faire.
      Le général, de vieille souche allemande, excédé par la démence du Führer a vu là – à travers ce qui apparaît comme une traîtrise -  un excellent moyen d’arrêter cette folie meurtrière et de faire en sorte que l’Allemagne puisse conclure la paix des braves. Cette opinion était partagée par Andréa que l’on retrouve comme plénipotentiaire diplomatique auprès de Dupuis-Lecat, l’un de ses anciens amis d’étude du temps de paix. Il proposera au petit comité de la défense interalliée une des ces « combinazione » dont les Italiens ont le secret. L’Italie est décidée à ne plus bouger, à laisser faire, à se désolidariser de l’Allemagne, pourvu qu’elle ne perde pas la face et que le blocus le long de ses côtes soit allégé. La proposition est acceptée.
      La destruction de la Cité du pétrole, la passivité italienne oblige l’Allemagne à abandonner ses conquêtes et à se replier sur son territoire. Le dernier entretien qui aura lieu au château fortifié du Wachfeld sera décisif. Hitler, fou de rage, crie à la trahison et s’apprête à exécuter Göehring  (appelé Morrhing dans le roman) et ses hommes à l’intérieur du PC opérationnel. Ceux-ci se défendent contre les tueurs SS et sortent vainqueurs de la confrontation. Sur le coup, Hitler meurt, foudroyé par une crise nerveuse :
      « -Des lâches, des traîtres !... Vous êtes tous…
      Halètement de fureur. Et le cri, l’appel, l’ordre :
      -Siegburg !...
      Vingt-deux poings firent jaillir des étuis les brownings noirs.
      -Non ! jeta Morrhing.
      Et avant que le premier coup de feu eût retenti, il était de toute sa masse derrière le Führer, qu’il empoigna aux bras, qu’il plaqua tout contre son propre corps tassé dans le coin du Caveau.
      Les détonations crépitèrent. Mais toutes ne provenaient pas des brownings des SS. Des Généraux, des Ministres eurent aussi l’arme au poing. Des officiers jaillirent des caveaux voisins et du couloir. Ce ne fut pas comme au « 30 juin ». Ici, ce soir-là, ils se défendirent, les condamnés à mort par la « volonté de puissance ». (…)
      Les vingt-deux officiers du SS entrés dans le Caveau furent tués, et quelques autres restés dans le couloir, et aussi deux Généraux aides de camp du Führer.
      Quant au Führer lui-même, raidi, les dents serrés, les yeux révulsés par une crise nerveuse, il fut porté jusque dans la chambre qui avait été spécialement aménagée à son usage…»
      La guerre est terminée. Un nouveau traité, découpant le pays en différentes zones empêchera à tout jamais la renaissance de la « Bête ». Ceci se passe le 30 juillet 1939.
      « la Guerre, la Guerre » représente une tentative réussie de la part de Jean de la Hire de projeter en un avenir proche ce qu’annoncent les prémisses sociales , militaires et politiques dans la réalité de son époque. Guerre conjecturale malgré tout, où il est impossible de prévoir avec exactitude ce qui va se produire, comme l’importance (fausse) qu’il accorde aux lignes Siegried et Maginot, qui en constitue un exemple patent. Pourtant la fresque n’est jamais ridicule et quoique liée à un franc patriotisme, nourrie de détails, elle se lit avec plaisir, le point d’orgue étant incontestablement la destruction finale de Hitler.

    3. Type: livre Thème: menaces animales Auteur: Paul FORT Alain BARRIERE Parution: 6886
      Ce court poème de Paul Fort, interprété par divers chanteurs tels que Reggiani ou Alain Barrière, dans sa simplicité de ritournelle, présente une charge révolutionnaire importante qui explose dans le vers de chute : « Et y’a plus de baleines».  Il est basé sur des contradictions tranchées entre les temps anciens et présents, entre la République et les fastes et tares de l’Ancien Régime.
      Le narrateur est un « piqueur de baleines », homme simple pour qui la chasse est une activité quotidienne et dangereuse. Le sort souvent atroce des cap-horniers explique la fascination populaire que dominent les clichés et les naïvetés religieuses.  Le regret du « Bon vieux temps », le temps de la Monarchie libertine (« les Marquis couverts de dentelle »), « des Grands Seigneurs » qui « crachaient » sur la religion ,  est mis en parallèle avec la « foi du charbonnier » qui honore « les Jésus en croix et les Saintes Vierges ».
      Un temps quasi-mythique que regrettent les « matelots qui avaient la foi ».
      Les bouleversements du présent ont instauré un nouveau système de gouvernement (« Y’a la République, y’a l’Président »), à la satisfaction de tous:(« tout le monde est content »).
      Sauf à celle du matelot,  car les baleines ont disparu, raréfiées ou obsolètes dans cette  nouvelle ère, comme ont disparu la religion et la foi.
      Complainte écologique avant l’heure, sensibilité envers une nature fragile mise en danger par l’exploitation moderne, le poème est d’autant plus fort qu’il est court, son message touchant à l’universel par l’usage d’une syntaxe populaire et d’un vocabulaire simplifié.

    4. Type: livre Thème: la nouvelle glaciation Auteur: G.J. ARNAUD Parution: 6886
      Vol. 01: les rails d’incertitude, Fleuve Noir éd., 1996, coll. « Métal », 1 vol. broché, in-12 ème , 250pp. couverture illustrée par Kervévan.  roman d’expression française
      1 ère  parution : 1996
      Le chasseur des glaces Sadon se civilise au contact des habitants du Village qui habitent dans une énorme caverne chauffée par une ancienne centrale nucléaire. Peu à peu prend corps en lui un projet fou: réunir par un réseau ferré toutes les communautés éparses vivant chichement sur l’inlandsis. Malgré l’hostilité de certains de ces groupements, la découverte d’une immense base ferroviaire et d’un appareil apte à poser les rails, lui permet, après un labeur acharné, de concrétiser son rêve. La « Railway Union» est née.
      Vol.02 : les Illuminés, Fleuve Noir éd., 1997, coll. « SF Métal », 1 vol. broché, in-12 ème , 252 pp., couverture illustrée par Kervevan.  roman d’expression française
      1 ère  parution : 1997
      Ceci est l’histoire de Jon Semper , l’ancêtre de Yeuse. Né en Europe du Nord, dans une station glaciaire perdue aux confins, il parvint à échapper à ses effrayantes conditions de vie en s’engageant dans l’église des Croisés, fondée par Bruni, ancienne connaissance de Sadon, et possesseur d’un réseau ferroviaire. Grâce à son courage et à sa dissimulation, il devint Maître-Croisé, envoyé au front contre la Ralway-Union ou RU. Les Croisés auront aussi à affronter les Néos - Catholiques de l’église grégorienne ou Néos qui s’apprêtent à élire un nouveau pape sous le nom de Jean-Paul XXVII.
      Devant la menace représentée par la caste des Aiguilleurs RU, John s’enfuit de Bruni-Station en compagnie de chasseurs libres que les Aiguilleurs souhaiteraient  voir disparaître. Avec lui se trouvent aussi des Néos, et notamment le futur pape, de son ancien nom de Géronimus. Ils comptent se rendre à Varsovie, siège de l’église grégorienne où se tiendra le conclave. John surprend un terrifiant secret : l’identité du futur pape repose sur une imposture. Il est le fruit d’une union incestueuse. Pour venger la mort de son ami Louisane qui lui a fait découvrir ce secret, John dynamite la nouvelle Varsovie, anéantissant ses appareils de chauffage,  puis se perd au-delà de la banquise atlantique pour s’engager dans la compagnie Panaméricaine.
      Vol.03: le sang du monde, Fleuve Noir éd., 1998, coll. «SF Métal », 1 vol. broché, in-12ème , 221 pp. couverture illustrée par Jean Yves Kervevan.  roman d’expression française
      1 ère  parution : 1998
      Rugika, archéologue glaciaire qui travaille à Cross Station (anciennement Mâcon) est convoqué par l’Aiguilleur de première classe Omalet pour une mission spéciale. Il sera envoyé avec Unio Kant, glaciologue spécialisé, en priorité absolue, à la base Robin, en région de Carinthie, formant frontière avec la Muslim Compagnie. Du côté de la Transeuropéenne, l’on vient de découvrir dans un puits glaciaire de cette région, un liquide qui teinte en rouge la glace sous-jacente, un liquide qui ne gèle pas même à moins soixante degrés.
      Analyse faite, il semblerait que ce fût du sang, mais un sang très spécial. Un tel fluide serait précieux pour les militaires mais sa source se trouve en territoire musulman, au-delà de la frontière. Aux deux hommes de découvrir l’origine du phénomène. Bien que les rapports entre les deux compagnies soient bons, leur mission se fera sous le couvert d’une exploitation commerciale et pour éviter toute tentative de trahison, la famille de Kant sera gardée en otage.
      Le site difficile d’accès est défendu par un Seigneur de la guerre, suspicieux et dangereux, appelé Fouadjin. Non seulement il fait surveiller leurs travaux par le commandant Karvecick mais encore il leur adjoint une jeune femme, passionnée et compétente, Tara Povla, espionne de la Muslim. Rugika gagne la confiance des ressortissants en découvrant d’abord un ancien site industriel de traitement d’acier qu’ils pourront exploiter. Rugika sait aussi qu’en dessous d’une dizaine de mètres de glace, dans une poche d’air, se trouve la source du sang spécial.
      Alors que Kant, blessé dans le travail, trahit son ami auprès des autorités, Rugika et Tara, tombée amoureuse du jeune homme, explorent la poche où se décomposent, dans ces conditions spéciales, plus de vint mille Hommes Roux ou Hommes du Froid, tués lors d’un engagement avec les Muslims qui ont enseveli les cadavres dans ce trou glaciaire. Il leur faut mettre les autorités de la Transeuropéenne au courant en apportant des échantillons de sang pour analyse. Pour y parvenir, ils doivent emprunter un dangereux cheminement sous-glaciaire, de grottes de glace en poches d’air, pour resurgir du bon côté de la frontière, la voie normale leur étant interdite par Fouadjin et son armée.
      Avec Tara, décidée à fuir une région où la femme est opprimée, Rugika tombe sur un clan d’Hommes Roux vivants, rescapés du massacre et réfugiés dans un cirque glaciaire. Les fugitifs pourront observer à loisir ces hommes extraordinaires et leur appétence pour le sel qu’ils vénèrent au-dessus de tout.
      A leur arrivée, les archéologues seront soupçonnés et interrogés par la sûreté militaire, Unio Kant, libéré lui aussi, ayant fourni une version fausse des faits. Le couple rétablira finalement la vérité en organisant pour les Aiguilleurs une rencontre avec les Hommes Roux tombés dans le piège du sel offert. Omalet et consort, stupéfaits par ces gens qui ne craignent pas le froid, envisagent déjà la manière de s’en servir comme esclaves pour en faire les rouages économiques indispensables (et peu chers) de leur société
      Vol.04: les Prédestinés, Fleuve Noir éd., 1999,coll. «Chroniques glaciaires », 1 vol. broché, in-12 ème , 222 pp. couverture illustrée par Philippe Jozelon.  roman d’expression française
      1 ère  parution : 1999
      Aphélie Bermann, étudiante en français archaïque auprès de Lienty Ragus, connaîtra un destin extraordinaire, en dépit de la puissante caste des Aiguilleurs qui la pourchasse sans arrêt, de crainte qu’elle ne découvre des secrets interdits. En compagnie de Vadsor, son guide et ami lapon, elle se met à la recherche d’Emma Fort, la mère adoptive de Lienty, disparue dans le grand Nord canadien (et qui est sa véritable mère). Après un trajet immense du Groenland à la Baie d’Hudson, elle retrouve Emma, fortement malade car irradiée par le rayonnement nocif d’une base d’atterrissage extraterrestre qu’elle avait voulu visiter.
      Aphélie apprend de la bouche d’Emma que des colons nommés les «Ragus», d’origine terrestre et originaires d’avant la Grande Panique, en provenance d’Ophiuchus IV,  avaient décidé d’aider leurs frères terriens. En établissant des liaisons régulières entre eux et la terre de la glaciation, ils comptaient débarrasser le ciel des poussières nocives empêchant les rayons solaires d’accéder à la surface du sol. C’était sans compter sur la volonté hégémonique de la caste des Aiguilleurs  qui, devant le danger représenté par les Ragus, se sont évertués à les annihiler presque totalement. Les survivants, quoique technologiquement supérieurs, se cachèrent pour vivre près du cercle polaire, mais leurs jours seront comptés quand les Compagnies s’étendront .
      Emma, qui est une Ragu, révèle à Aphélie son destin qui sera , dans sa descendance d’avec Lienty , la mise au monde d’un Ragu porteur d’un gène d’éveil et qui représentera un grand espoir pour le monde. Il s’agira de Lien Rag, le glaciologue. Quant aux Hommes Roux, ils furent la seconde tentative des Ragus d’acclimater l’homme à son environnement. L’expérience est cependant hors de leur contrôle alors que des myriades de clones d’Hommes Roux, stockés quelque part dans l’espace, continuent de se déverser sur la terre.
      Vol.05 : les survivants crépusculaires, Fleuve Noir éd., 1999, coll. « Chroniques glaciaires  05 », 1 vol. broché, in-12 ème , 222 pp. couverture illustrée par Philippe Jozelon. roman d’expression française
      1ère  parution : 1999
      L’Europe, quelques années après l’explosion de la Lune. La glaciation universelle se met en place. Des langues glaciaires, en provenance d’Europe du Nord, poussent des moraines d’artefacts humains vers le Sud. Le jour est crépusculaire. Le ciel croûteux cache les étoiles. C’est dans cet univers de fin du monde que trois personnages, Sydney, le reporter, Astrid la maman et Garry, son adolescent de fils, apprennent qu’il n’existe qu’une seule issue possible pour échapper à l’enfer : celle de s’envoler avec l’astronaute John Berman et sa fusée Terra en orbite autour de la terre, vers Ophiucus IV. En ce but, ils doivent atteindre la base de Peary Point située près de la mer de Barents d’où partent les navettes.
      Odyssée pleine de dangers. La barbarie et la violence règnent partout, ce qui affecte différemment nos personnages. Sydney, tiraillé entre l’ancien et le nouvel ordre des choses ne sait lequel choisir. Astrid se cantonne dans sa rigueur morale et humaniste : elle opte pour l’ancien. Quant à Garry, violé dès son adolescence, il devient une machine à tuer. Avec leur voiture roulant à l’hydrogène produit par électrolyse de l’eau, ils croisent de temps en temps la piste du pape Grégoire XVII qui lui aussi désire se mettre à l’abri.
      Le trajet est long, horriblement pénible dans ces conditions extrêmes. Ils n’atteindront jamais leur but. Garry mourra dans l’explosion d’une citerne d’hydrogène liquide, Sydney et Astrid essaieront de retourner vers le Sud, tandis que les Inuits, heureux de se voir confier tant d’espace glacé, revivent sur une terre de liberté. Le nouvel équilibre se met en place, d’où sortiront les Compagnies.
      Vol.06 : Sidéral Léviathan, Fleuve Noir éd., 1999, coll. « Chroniques glaciaires » N° 06, 1 vol. broché, in-12 ème , 222 pp. couverture illustrée par Philippe Jozelon. roman d’expression française
      1 ère  parution : 1999
      Non cataclysmique : les colons d’Ophiuchus IV explorent l’intérieur d’une immense bête extraterrestre de quarante kilomètres de long, le bulb, tombée sur leur planète.
      Vol.07 : l’œil parasite, Fleuve Noir éd., 1999, coll. « Chroniques glaciaires » N° 07, 1 vol. broché, in-12 ème , 220 pp. couverture illustrée par Philippe Jozelon. roman d’expression française
      1ère  parution : 1999
      Non cataclysmique, appartient au thème des arches stellaires: les colons ayant capturé un bulb vivant, soumettent le parasite qui le domine pour que la planète animée puisse leur servir d’habitat pendant leur voyage de retour vers la terre.
      Vol.08: Planète nomade , Fleuve Noir éd., 2000, coll. « Chroniques glaciaires N° 08 », 1 vol. broché, in-12 ème , 222 pp. couverture illustrée par Philippe Jozelon roman d’expression française
      1 ère  parution : 1999
      Non cataclysmique, appartient au thème des arches stellaires: confronté à la durée du voyage, des clans luttent pour le pouvoir.
      Vol.09: Roark , Fleuve Noir éd., 2000, coll. « Chroniques glaciaires N° 9 », 1 vol. broché, in-12 ème , 222 pp. couverture illustrée par Philippe Jozelon. roman d’expression française
      1ère  parution : 2000
      Non cataclysmique, appartient au thème des arches stellaires. Le Roark, un genre de gavial de l’espace de dix kilomètres de long, l’ennemi traditionnel du bulb menace celui-ci, déclenchant l’hystérie à bord du vaisseau vivant. Mais la Terre est proche...
      Vol.10: les Baleines Solinas , Fleuve Noir éd., 2000, coll. « Chroniques glaciaires N° 10 », 1 vol. broché, in-12 ème , 221 pp. couverture illustrée par Philippe Jozelon. roman d’expression française
      1 ère  parution : 2000
      Autre épisode non cataclysmique mais sur fond de décor glaciaire, expliquant l’origine des hommes-Jonas. Trois baleines intelligentes libérées in extremis de leur condition de prisonnières,  entrent en empathie avec leurs sauveurs et leur proposent de leur fournir un abri permanent en leur vaste corps.
      Vol.11: la Légende des Hommes-Jonas, Fleuve Noir éd., 2000, coll. « Chroniques glaciaires N° 09», 1 vol. broché, in-12 ème , 221 pp. couverture illustrée par Philippe Jozelon. roman d’expression française
      1ère  parution : 2000
      Non cataclysmique: les enfants du vétérinaire Reyes , habitant à demeure dans les Baleines-Solinas ont à nouveau à se frotter à leur pire ennemi, le juge Mankiewitz,qui veut les éliminer à l’aide d’orques dressés pour tuer. Le projet échoue permettant l’émergence d’une nouvelle race d’hommes, les Hommes- Jonas.

    5. Type: livre Thème: guerres futures 1, péril jaune et guerres de races Auteur: PARA BELLUM Parution: 1908
      Par traîtrise et ruse, utilisant toutes sortes de  camouflages, la guerre n’étant même pas déclarée, les Japonais frappent les Etats-Unis. Leurs flottes d’invasion, supérieurement coordonnées, se dirigent selon trois axes ; d’abord la prise de Manille et des Philippines pour priver l’adversaire de son point d’appui ; ensuite, l’invasion par voie de terre de la côte ouest, à partir de Seattle et San Francisco ; enfin la destruction totale de la flotte américaine de l’amiral Sperry qui tombera dans un piège. Se déguisant en un innocent navire de commerce, le «Kanga-Maru» canonne le «Mindoro», l’envoyant par le fond. D’autre part, la baie minée empêche les Américains d’approcher de Manille.
      Avec l’aide des Anglais, qui leur offrent des bases stratégiques, les Japonais poursuivent leur avance. L‘invasion de l’intérieur du territoire américain a été rendue possible par l’activation d’une cinquième colonne, représentée par tous les immigrants jaunes (Japonais, Chinois, Coréens, etc.) qui, sous le dehors d’innocents travailleurs, ont préparé avec application l’attaque. Tous ces Jaunes confondus en une seule race de «Mongols» travaillent dans le même élan à la destruction de la puissance occidentale :
      « Le mardi 9 mai, il y avait sur le territoire américain cent soixante-dix mille hommes de troupes japonaises. Au nord, la ligne des avants-postes ennemis suivait la frontière est des Etats de Washington et d’Orégon. Elle s’avançait vers Idaho au sud, se tenant toujours à quelques milles de la voie ferrée du réseau de l’Orégon qui servait à relier entre elles toutes le garnisons ennemies. A Granger, bifurcation de la ligne à voie étroite de l’Orégon avec l’Union Pacifique, l’occupation japonaise dépassait le dernier bastion est, garni , la semaine suivante, d’une forte artillerie de campagne, et s’avançait plus avant vers le sud, le long de la chaîne Wahsatch-Mound. Les troupes traversèrent le grand plateau du Colorado, s’étendirent sur les hauteurs de l’Arizona et atteignirent enfin les frontières du Mexique par Fort-Bowie. »
      Les centres de communication sont soudainement investis, les nœuds ferroviaires neutralisés, les communications interceptées. Profitant de l’effet de surprise et d’un immense brouillard, les Japonais pénètrent au cœur du pays par la rade de San-Francisco. Polis mais sans pitié, ils déclarent n’arrêter leur avance que si les Américains reconnaissent leurs nouvelles possessions. Ceux-ci, dont les armées sont éparpillées aux quatre coins de l’immense pays, munies d’armes vétustes et de munitions non fiables – essentiellement par manque de moyens financiers dus à la trahison des membres du Congrès-, sont malmenés par la diplomatie anglaise. Malgré tout, les soldats tentent de faire front, héroïquement. Rassemblant une troupe motivée, le général Winstanley, se dirige vers la ville de Corpus Christi (quel symbole!) où devra avoir lieu l’affrontement final, la «bataille des Montagnes Bleues » :
      « Là-bas, l’enfer était déchaîné. Devant Hilgard et entre ses maisons, les régiments se précipitaient à l’assaut. Ils entraient dans la fournaise au milieu des grondements des pièces de campagne qui ébranlaient l’atmosphère. Ils entraient, poussant leurs « hourras » et passant sur les blessés enchevêtrés dans les lacs formés par les fils de fer. Ils entraient par les brèches qu’ouvraient devant eux les projectiles qu’ils lançaient à la main. Que leur importait de laisser tomber, dans les sillons sanglants, les armes qu’ils avaient traînées avec eux ! La batterie de gauche, placée dans les premières maisons, la batterie de droite et les deux redoutes de devant les barricades ne tomberont-elles pas entre leurs mains ? Le flot sombre roulait toujours… Impossible, maintenant, d’aller plus avant. A la hauteur des maisons, un bataillon se fait, en vain, massacrer devant la barricade qui fermait la rue. Dans ce cercle de mort où, de toutes les ouvertures convergeaient les balles de l’ennemi, les assaillants reprirent, un moment, haleine. »
      A New York, c’est l’affolement. La bourse s’effondre, les entreprises chutent, les syndicats se retrouvent dans la rue. Sous la pression des événements, l’anarchie guette le pays. Quant à l’amiral Sperry, dont la presse annonçait (faussement) des manœuvres victorieuses contre les Japonais, sa flotte tombe dans le piège de Magdalena-Bay, près de l’île de Gantanamo. Canonnés par le Sotsuma et le Kashima de l’amiral Togo, deux puissants cuirassés cédés jadis par les Anglais aux Japonais, le Chattanooga, le Connecticut et l’Iowa s’abîment , foudroyés, dans les flots :
      « La bannière étoilée, en lambeaux, flottait au grand mât du Connecticut. Quelques artilleurs, qui s’étaient tenus jusqu’alors à leurs pièces, se traînèrent hors des tours, et se firent un chemin au milieu des escaliers brisés. En tout cinquante-sept hommes. C’était là ce qui restait de la fière escadre. Trois hurras jaillirent de la poitrine désséchée des héros du Connecticut. Trois hurras pour la Patrie ! L’amiral Sperry tira son épée et un hurra retentit encore une fois au-dessus des flots (…) Alors le Connecticut se coucha sur tribord. Les vagues ne purent plus relever la lourde carcasse aux cent blessures béantes. Il s’enfonça doucement. »
      Les navires de Sperry disparus, rien n’arrêtera plus la ruée des Jaunes jusqu’à Corpus Christi où ils tailleront en pièces l’armée des volontaires américains venue à leur rencontre. Malgré l’héroïsme individuel, malgré les sabotages pour réduire la puissance de frappe des envahisseurs, la bataille des Montagnes Bleues fut perdue. Mais elle eut un effet d’électrochoc sur le peuple américain qui élimina définitivement les défaitistes. Egalement sur les Européens, qui sortirent enfin de leur neutralité, craignant à leur tour le péril jaune. L’Angleterre, honteuse, sentant le vent tourner, retirera graduellement son appui aux Japonais. Ceux-ci durent céder devant la pression universelle et regagnèrent leur île.
      Une vision du péril jaune ancrée dans la réalité internationale du début du XXème siècle. Un texte en style épique, parfaitement documenté pour ce qui concerne les activités militaires. Un point de vue multiple, selon les divers protagonistes impliqués dans la gigantesque conflagration, le tout recouvert par le grand fantasme de la «menace jaune. » l’ouvrage écrit sous pseudonyme (l’auteur est allemand) est d’une rareté extrême.

    6. Type: livre Thème: épidémies Auteur: Brian W.ALDISS Parution: 1964
      Un récit foisonnant, un voyage de découverte tout au  long de la Tamise et des personnages hauts en couleur. En 1981, l’irréparable est accompli: un "Accident" nucléaire (l’on soupçonne une guerre) a stérilisé les femelles du monde entier. Tous les mammifères supérieurs, l’être humain y compris, sont désormais inaptes à concevoir des enfants. L’auteur s’attache à la description d’une société de vieillards quand, quarante  ans plus tard, l’espèce humaine a vieilli.
      " Les êtres humains n’avaient pas été les seuls à souffrir. Presque tous les mammifères avaient été durement touchés. Les chiennes n’avaient plus mis bas , les renards avaient presque disparu ; mais l’habitude qu’ils avaient d’élever leurs petits dans des tanières avait sans aucun doute contribué à leur survie , en même temps que l’abondance de nourriture au fur et à mesure que se relâchait l’emprise de l’homme sur la terre. Les cochons avaient disparu avant même les chiens , peut-être parce qu’on les avaient massacrés imprudemment. Le chat et le cheval étaient aussi stériles que l’homme. Le chat n’avait survécu que grâce à des portées nombreuses. On disait même qu’ils avaient recommencé à se multiplier dans certaines régions. Les colporteurs passant par Sparcot parlaient de chats sauvages, un vrai fléau. Les grands félins avaient aussi souffert. Dans le monde entier, ç’avait été la même histoire dans les années quatre-vingt, les créatures terrestres ne pouvaient plus se reproduire. C’avait été un événement apocalyptique, les agnostiques même en parlait en termes bibliques. Sur terre, on ne croissait ni ne se multipliait. Seules les petites créatures abritées au sein de la terre même étaient sorties indemnes de cette période où l’homme avait été victime de ses propres inventions. "
      Algy Timberlane, dit Barbe Grise, est un jeune homme de cinquante ans. En compagnie de Martha, sa douce épouse à qui il est resté fidèle sa vie durant, et d’un groupe d’amis, dont Pitt le braconnier, il décide d’abandonner le village de Sparcot. Sous la pression des hermines, un prédateur sanguinaire qui se multiplie sans freins, Barbe Grise et son petit groupe décident de gagner l’embouchure de la Tamise. Ils traverseront des paysages qui ne portent plus l’empreinte de l’homme, paysages sauvages et naturels, champs et forêts, marécages  et plaines inondées:
      " De grandes organisations avaient suivi le même chemin que les grands animaux ,  les taillis se hissèrent vers les cieux et devinrent forêts , les fleuves s’étendirent en marécages et le mammifère au gros cerveau de plus en plus sénile subsista en petites communautés. La vie animale se multipliait sur la terre, plus abondante que jamais. Car la terre avait à l’infini le pouvoir de se renouveler , aussi longtemps que le soleil lui donnerait son énergie Elle avait nourri bien des espèces au cours de ses âges géologiques. La suprématie de l’homme n’avait que momentanément influé sur la richesse de ce grand courant de vie. "
      Le voyage au fil de l’eau s’agrémente du voyage en sens inverse accompli par les personnages dans leur esprit à la recherche d’un passé à jamais disparu. Entremêlant subtilement le présent et le passé, l’auteur donne à voir, par petites bribes, de quoi s’était composée l’histoire après «l’Accident» :
      " Les larmes vinrent aux yeux de Barbe-Grise. L’enfance gisait dans les tiroirs pourrissants du monde , souvenir qui ne pouvait échapper à l’usure du temps. Depuis cet horrible accident - ou crime , ou désastre?- au siècle dernier, il n’y avait plus eu de naissances , il n’y avait plus d’enfants , plus de petits garçons comme celui-ci. Il n’y avait plus d’adolescents, de jeunes hommes, de jeunes femmes fières. Il ne restait même plus d’êtres humains dans leur maturité. Des sept âges de l’homme, il ne restait que le dernier. "
      La vie d’Algy est la plus fouillée. Après la catastrophe, dans un Londres en pleine désagrégation sociale, il est contacté par un ami qui le fait entrer à DHUC(A). C’est un organisme qui s’est donné pour vocation d’être le témoin fidèle des derniers soubresauts d’agonie de l’espèce humaine dans le but d’en informer une hypothétique race future amenée à prendre la place de l’espèce. Issue de la crise, DHUC(A) se veut le témoin éclairé d’une histoire qui sombre. Chaque membre de DHUC(A) est formé à collationner tout témoignage et document, tout en étant forcément isolé mais opérationnel dans le grand chambardement qui ne fera que s’amplifier. Algy choisira comme terrain de manoeuvres l’Angleterre qu’il connaît bien, en compagnie de Martha, muni d’outils performants tels qu’un camion surabondamment équipé en matière d’enregistrement.
      Algy Timberlane, en compagnie de Martha, vivra à Londres où la décomposition sociale s’accentue. Des Seigneurs de la guerre émergent. Algy est invité à laisser son camion entre les mains du Commandant Croucher , un potentat local. Pitt, devenu entre temps l’ami de Barbe-Grise était d’abord mercenaire à la solde de Croucher et convié à tuer Algy. Il n’a pu s’y résoudre. Avec Martha dans le camion, il fuiront tous les trois la capitale en folie et trouveront refuge dans le village de Sparcot, durant de longues années. Chacun tentera d’oublier ces moments difficiles. Sous la menace des hermines, ils décident de se remettre en route, confiant à la Tamise leurs destinées, en compagnie d’un deuxième couple de vieillards:
      " Le paysage devint moins imposant quand ils dérivèrent au sud vers la ville. Des rangées de maisons misérables se dressaient au milieu de l’inondation, leur désolation augmentée par le soleil . Les toits s’étaient effondrés , on eût dit les carcasses d’énormes crustacés sur quelque plage primitive. Le lourd silence fut brisé un peu plus tard par le grincement d’un véhicule. Deux vieilles femmes aussi larges que hautes joignaient leurs efforts pour tirer une  charrette le long d’un quai aboutissant à un pont assez bas. "
      Au cours de la navigation, ils font connaissance avec un personnage singulier, Jingandangelow, une sorte de charlatan proposant l’immortalité à des vieillards crédules ou la jeunesse retrouvée à volonté. Algy démasque le tricheur, car il sait bien qu’il n’existe plus d’enfants nulle part, que les femmes resteront éternellement stériles, et que toutes les visions de lutins, d’elfes, de farfadets qui hanteraient des bois redevenus sauvages ne sont que des fantasmes. Il le sait d’autant plus qu’il a participé lui-même à une sorte de guerre, enrôlé dans «l’EnfanCorp», une armée consistant à retrouver à travers le monde, au moyen des armes s’il le fallait, tout enfant normal encore apte à concevoir. Cette opération de la dernière chance a elle-même échoué à cause des malformations congénitales dont ces enfants étaient déjà porteurs.
      Arrivé au village d’Oxford, Algy y retrouve son camion, qu’il avait été obligé de vendre bien des années auparavant pour survivre. Oxford est dirigé par les intellectuels. Impitoyables, ceux-ci ne lui rendront son camion que contre une imposante somme d’argent. Algy se décide courageusement à travailler des années durant pour racheter son engin tout en restant fidèle à la parole donnée jadis à DHUC(A). Presqu’arrivé au bout de son esclavage, il se rend soudain compte de l’inanité de ses efforts et de l’inutilité de DHUC(A), dans un monde condamné.
      Il décide de repartir avec Martha jusqu’à l’embouchure de la Tamise. En cours de route, ils rencontrent pour la deuxième fois Jingandandelow, devenu (faux) prophète. Le magicien fait entrevoir à Algy, dans sa cabine, à l’arrière de son bateau, une vision paradisiaque: celle d’une jeune fille de seize ans nue et irradiant la beauté:
      " Une jeune fille dormait sur une couchette. Elle était nue. Le drap tombé  de ses épaules révélait presque tout son corps. Un corps poli, bronzé, aux formes délicates. Ses bras repliés sous elle entouraient ses seins , un genou relevé touchait presque son coude , dévoilant la toison du pubis. Elle dormait le visage sur l’oreiller, la bouche ouverte, ses abondants cheveux bruns en désordre. Elle pouvait avoir dans les seize ans. "
      Algy renvoie Jingandangelow à sa vermine, enlève la jeune fille pour la recueillir et l’élever avec l’aide de Martha. Lorsque des lutins attaquent la maison pour délivrer la jeune fille, il découvre aussi un stupéfiant secret: ces lutins sont en réalité des enfants redevenus sauvages, se cachant des vieillards cacochymes au fond des forêts et qui se déguisent avec des peaux de bêtes pour passer inaperçus. L’imprégnation radioactive de l’Accident avait donc fini par s’estomper et certaines femmes, parmi les moins âgées, avaient été capables d’engendrer des rejetons sains. Il reste à l’humanité défaillante à refaire le long chemin vers la reconquête du monde.
      "Barbe Grise" est un grand récit, autant à travers la psychologie fouillée des personnages que par l’effet d’étrangeté que provoque la description du  genre humain à l’agonie. On pressent comment l’énergie vitale d’une espèce s’épuise puisque ces vieillards n’ont même plus le courage de se battre entre eux. Impression renforcée par le décor d’une nature incomparablement belle et sereine (vieux thème romantique) s’élevant sur les ruines laissées par l’homme. Contrairement aux autres récits s’inspirant de ce thème (" La mort blanche ", le " monde sans femmes ") Aldiss insiste sur la plausibilité de l’épisode, sur la lenteur d’une désagrégation silencieuse de l’espèce. Il conte l’histoire d’une agonie, la nôtre.

    7. Type: livre Thème: guerres futures 2 Auteur: Albert ROBIDA Pierre GIFFARD Parution: 1964
      Vol.01 : la Planète en feu, Albert Méricant éd., 1908, 1 fascicule broché, in-quarto, 32pp. couverture illustrée par Robida.
      En résidence à l’hôtel de « l’Entente Universelle » à La Haye, le narrateur, journaliste en chef de « l’An 2000 », en compagnie de ses collègues Malaval et Pigeon, est réveillé brusquement au petit jour par son domestique chinois Wang qui lui annonce que la ville brûle. La guerre a éclaté dans la nuit entre l’Angleterre et l’Allemagne pour une question de préséance dans la distribution des sorbets au dîner de gala.  Par le jeu des alliances, elle serait devenue universelle. Sommé par son patron de regagner Paris au plus vite dans son « aérocar » personnel, le narrateur s’adjoint miss Ada, la fille des Vandercuyp, les propriétaires de l’hôtel. Cette jeune personne s’est remise de son émotion lorsqu’elle a su que son fiancé anglais Tom Davis, était l’un des seuls rescapés de l’aérocar où avait pris place cette nuit même l’ambassadeur anglais. Ayant pu regagner Paris, il y attendrait miss Ada.
      Le voyage en aérocar, d’habitude magnifique, n’a pas été de tout repos car la guerre avait gagné la campagne française. Mitraillés d’en bas par des soldats français qui le prirent pour un ennemi et d’en haut par des vaisseaux germaniques, ils durent faire halte à la station de réparation de Dijon, abandonnant à la mort le pauvre Wang, touché à la tête et tombé de l’aérocar.Ayant laissé là miss Ada qui poursuivra son voyage par route, ils repartirent en mission, en direction de Chamonix, afin de tenir informés les lecteurs de « l’An 2000 » de l’efficacité du grandiose arsenal aérien français commandé par le général Rapeau.
      Grâce à Tom Davis retrouvé à Dijon lui aussi et avec l’autorisation personnelle du général, en compagnie de Pigeon, le narrateur prend place dans l’auto blindée du chef de la flotte. Direction : l’arsenal du Mont Blanc. En chemin, il put se rendre compte , aux longues files d’autos blindées parcourant les voies menant à la frontière, à quel point ses compatriotes étaient mobilisés.
      Vol.02 : les Armées de l’air, Albert Méricant éd., 1908, 1 fascicule broché, in-quarto, 32pp. couverture illustrée par Robida
      La visite des arsenaux aériens fut inoubliable, l’«aéroamiral» leur facilitant l’accès à tous les secteurs. Après la visite des « Léviathan » que forment les cent cinquante aérocars d’attaque dans leur niche rocheuse, ils passèrent en revue le régiment des « Voleurs » ou infanterie aérienne. L’équipe, composé du pilote et de son mitrailleur, prend place à bord d’un engin volant de la taille d’une bicyclette, extrêmement maniable, pour appuyer l’engagement des Léviathan. Les missions sont parfois périlleuses :
      « Un monte-en-l’air mort à son poste est devenu un danger pour la manœuvre : on le balance par-dessus bord. Un blessé n’est pas moins encombrant : on l’achève.
      -Comment ! m’écriai-je avec indignation.
      -Que voulez-vous ? C’est la guerre d’aujourd’hui. Elle a ses exigences comme l’ancienne. Elles sont différentes, voilà tout. Dès qu’un homme du bord, dit notre théorie, frappé de manière à ne plus pouvoir servir d’aucune façon à la manœuvre ou au combat, devient un danger pour l’équipage, le commandant a le devoir de lui ôter la vie par le moyen le plus rapide et le plus humain… Nos chimistes ont découvert pour cet objet des petites bouteilles extraordinaires. Il suffira qu’on nous les tienne une seconde sous le nez. Nous n’aurons que l’embarras du choix. »
      Au cours de la visite, l’œil exercé du journaliste put démasquer un anarchiste infiltré, qui, se voyant découvert, se fit sauter, causant quelques dégâts. Au même moment, un vaisseau volant germanique lança une fusée qui tomba sur la section chimie où six cents spécialistes mettaient au point bombes et gaz délétères. La boucherie fit plus de cent cinquante morts :
      « Nous entrâmes dans l’hôpital tout proche. Les chirurgiens secondés des infirmiers actifs y coupaient déjà bras et jambes comme les bouchers écartèlent le bétail. Du sang giclait sous nos pas. Les lits en étaient teints. Par des plaies béantes s’échappaient des flots rouges qui faisaient peine à voir. »
      Mais il y eut mieux : les officiers français faillirent s’étouffer d’indignation lorsqu’ils apprirent que la cité de Belfort venait d’être soufflée par une titanesque explosion causée par les Teutons qui, avec patience, avaient accumulé une énorme charge d’explosifs en forant un gigantesque tunnel à partir des contreforts de la Forêt Noire. L’Armée aérienne prit donc son envol dans un but de destruction et de vengeance. Les deux journalistes furent conviés au voyage.
      Vol.03 : les Semeurs d’épouvante, Albert Méricant éd., 1908, 1 fascicule broché, in-quarto, 32pp. couverture illustrée par Robida.
      Le journaliste a pris place à côté de Rapeau sur le «Montgolfier ». En direction de l’Allemagne, par-dessus les Alpes, l’escadre reste en liaison avec chacune de ses unités, par des signaux de fumée. Le narrateur, tout en visitant le navire-amiral, écoute, atterré, l’intention de Rapeau de bombarder Munich :
      « Aujourd’hui  nous ne connaissons qu’un moyen d’agir, l’épouvante, c’est bien simple. A qui terrifiera le plus vite l’adversaire. Voilà, ce me semble, un moyen d’activer les guerres et d’en abréger la durée. (…) A la guerre, comme à la guerre, voilà la vérité. Et l’on fait la guerre comme on peut, du mieux qu’on peut, avec les armes qu’on a, fussent-elles les plus terribles du monde. (…)
      Je le regardai. Il était effrayant à voir. Sa figure se contractait ; sa bouche grimaçait un rire qui escomptait le triomphe. Il avait les yeux vissés à sa lorgnette, attendant les premiers résultats. »
      Lorsque ce fut l’heure, Pigeon et Tom Davis, qui, sur le «Santos-Dumont » assistent eux aussi aux bombardements des trains venus au secours de la ville-martyre en feu,  assurent le contact avec le Montgolfier :
      « Chacun se félicitait d’avoir assisté au premier « feu » allumé par une force aérienne solidement constituée. Sûrement ma mentalité n’était pas, ou n’était plus au niveau des autres car ce haut fait ne m’inspirait qu’un profond chagrin. Je songeais au nombre de pauvres gens qu’on avait ainsi chassés de leurs maisons en flammes, à ceux qui n’avaient pu se sauver, bien qu’on eût opéré en plein jour ; car il y avait partout des impotents, des affolés et des infirmes. Où était le mérite militaire de cette expédition ? On avait incendié une ville sans défense. Après ?... »
      La flotte aérienne allemande étant toujours aussi invisible, l’on continua vers Francfort. En cours de navigation, certains dirigeables s’étant dégonflés, il fut nécessaire de refaire le plein d’hydrogène en territoire ennemi.
      Rapeau fit descendre la flotte au-dessus des installations techniques d’Augsburg, promettant de détruire la ville entière au moindre signe d’agressivité que donneraient les Allemands. Les autorités municipales médusées et les forces allemandes présentes capitulent : elles accepteront les conditions des forces françaises aériennes. L’escadre met pied à terre. Rapeau exige les clefs de la ville d’Augsburg, d’être mis au courant par gazette, après ravitaillement, de la situation militaire générale, impose le couvre-feu et demande une rançon en argent. Déambulant en vainqueur sous les yeux furibonds de Von der Pfaltz, le chef de la place militaire et de sa « Landsturm », il semble vouloir s’attarder en ville.
      Mais un coup de vent se précise : il faut repartir d’urgence. Alors que la manœuvre est délicate lors de cette tempête d’équinoxe, ils apprennent l’existence d’un dirigeable sombre, totalement atypique, extrêmement maniable, à la grande puissance de feu, qui semble n’être inféodé à aucun pays, et que l’on surnomme le « Corsaire Noir ».Au moment où d’autres trains blindés, en provenance d’Ulm,  sont torpillés, le Santos-Dumont est mystérieusement foudroyé par un navire volant sombre, apparu soudainement dans le ciel, comme un rapace.Le narrateur, en attente d’embarquement, encore à terre, se sentit d’un coup transporté dans l’espace, tel un lièvre, pris dans un filet. Le Corsaire Noir l’a capturé à son bord…
      Vol.04 : Prisonnier dans les nuages, Albert Méricant éd., 1908, 1 fascicule broché, in-quarto, 32pp. couverture illustrée par Robida.
      Après un moment d’affolement, le journaliste se réveille sur un plancher de métal, transi de froid. Il se trouve au sein du fameux Corsaire Noir, navire soi-disant fantôme, dirigeable blindé en forme de soucoupe à deux ponts, d’une grande puissance de feu, d’une capacité de vitesse extraordinaire, d’une aisance d’évolution remarquable, à la technicité largement au-delà de celle des dirigeables de Rapeau .Ce navire volant est sorti du cerveau et des mains de Jim Keog, américain hors normes, brigand apatride, assoiffé de haine et de vengeance, qui, avec ses deux affidés noirs, veut le peau de Rapeau. C’est lui qui a fait sauter l’arsenal du Mont Blanc. C’est lui qui a attaqué « l’Austral ». C’est lui qui a fait exploser le « Santos-Dumont ».
      Jadis, Keog avait voulu vendre son invention à la France, ce que les responsables politiques et militaires, Rapeau en tête,  n’ont pas apprécié. Il était inconcevable qu’un individu, étranger de surcroît, puisse se montrer plus performant que la remarquable élite militaire française! Ils ont donc repoussé cette offre avec dédain. Depuis ce jour, Keog poursuit de sa colère l’aéroamiral et cèderait son invention à qui la désire pour une somme - modeste - de vingt millions de francs-or. La présence à son bord du journaliste, recueilli par hasard, lui plaît. Peut-être, grâce à lui, pourra-t-il enfin convaincre le gouvernement français.Quant au narrateur, bien que la personnalité même de Keog lui répugne, il considère surtout l’excellence de son invention, propre à assurer la victoire à la France,  tout en raccourcissant la guerre. D’autre part, par ce coup d’éclat, il donnerait aussi la suprématie médiatique à son journal, l’An 2000. Un pacte est passé avec Keog qui emmène l’attaché de presse à toute vitesse vers Paris.
      Vol.05 : Paris bouleversé, Albert Méricant éd., 1908, 1 fascicule broché, in-quarto, 32pp. couverture illustrée par Robida.
      A Paris, la situation a changé. Et si l’apparition du narrateur étonne ses amis Pigeon et Malaval, lorsqu’il met les pieds à l’An 2000, c’est lui qui est le plus surpris par la nouvelle mode des Parisiens. Portant bouclier en fer et protection métallique sur le dos dans la crainte d’un bombardement imminent de la flotte germanique invisible, ils vont et viennent  le long de rues où disparaissent les monuments sous des carapaces blindées.
      Son patron, M. Martin Du Bois, dit encore « Napoléon », aussitôt prévenu de son retour écoute avec attention le récit de son employé et la proposition de Keog. M. Martin Du Bois, est un « chevalier d’entreprise », immensément riche, à la vision professionnelle sûre et aux appuis politiques nombreux. Il épouse sans restriction la cause du narrateur. Dès lors, il prend sur lui de convaincre les autorités françaises d’acheter l’invention de Keog afin d’assurer à son pays une victoire sûre et rapide.Mais le rival jaloux de l’An 2000, le journal « l’An 3000 » veille et tente de déstabiliser le journaliste, de le faire passer pour fou et de faire croire au coup  monté.
      Alors que Rapeau ne donne plus aucune nouvelle de sa personne, que la force germanique reste introuvable, que les Parisiens attendent anxieux d’être bombardés, la Grande-Bretagne reste maîtresse sur les eaux et frappe l’Allemagne en l’inondant de faux marks, destinés à couler l’économie de cette dernière. A Paris, cependant, la cinquième colonne, composée d’anarchistes et «d’étrangers», les ennemis de l’extérieur, s’introduisant par le sous-sol, sapent le Palais-Bourbon et le font sauter, tuant du même coup quelques députés (ils n’y sont jamais très nombreux aux assemblées !).
      Un « meeting d’indignation » a été monté par  l’ « An 3000», qui veut porter le coup de grâce à son concurrent. Plus de cinquante mille personnes sont prévues sur l’esplanade des Invalides. Apprenant la nouvelle, notre envoyé n’hésite pas. Il payera de sa personne en s’invitant de lui-même comme orateur, afin de défendre son point de vue. Le coup réussit mieux que prévu. Il parvient, à la grande satisfaction de Martin Du Bois, à retourner les consciences, la vox populi exigeant à présent l’appareil de Keog lequel fait une apparition opportune au-dessus de la foule.Le président de la République recevra le patron de presse mais comme, en France, toute décision doit être approuvée par de multiples corps constitués, la décision traîne en longueur  pendant que de nombreux soldats se font tuer tous les jours sur les lignes de frontière.
      Vol.06 : les Chevaliers de l’abîme, Albert Méricant éd., 1908, 1 fascicule broché, in-quarto, 32pp. couverture illustrée par Robida.
      Le journaliste abandonne pour quelques jours l’affaire Keog. Lors d’un dîner donné par Martin Du Bois, il fait la connaissance de Marcel Duchemin, le gendre de son patron et l’animateur d’une nouvelle force d’intervention, ultra secrète, composée d’une centaine d’hommes, appelés les «hommes-crabes » ou les « sous-l’eau » (avec jeu de mots), dont la tâche imminente est de faire exploser cinq des plus grands cuirassés germaniques, radeaux porteurs de la force d’invasion pour l’Angleterre, mouillant dans l’estuaire de l’Elbe, en déposant sous leurs quilles des charges explosives.
      Grâce à des scaphandres semi-rigides et autonomes, une nouveauté pour l’époque, les hardis soldats, pendants exacts des « Voleurs »  aériens, se dirigeront en sous-marin vers l’estuaire, se faufilant entre les câbles tendus, les diverses lumières et autres pièges disposés à leur intention. Puis, sortant du « Chercheur » (c’est le nom dudit sous-marin), à pieds sur le fond du fleuve, encordés et communiquant à l’aide d’un code convenu, ils se dirigeront sur leurs cibles. Quoiqu’il s’agisse là d’une mission à haut risque, notre narrateur veut y prendre part. D’ailleurs c’est également le vœu de son patron qui flaire dans cette opération une vente exceptionnelle de journaux. Lors de son embarquement, le journaliste remarque les manœuvres ambigus d’un des hommes de l’équipage surnommé « le Petit » avec un individu louche travaillant à  l’ An 3000. Cette méfiance sera payante puisqu’au cours de l’action elle lui évitera d’être assassiné par le Petit, qui agit pour le compte du journal concurrent de l’An 2000.
      Vol.07 : Tragédies sous la mer, Albert Méricant éd., 1908, 1 fasci-cule broché, in-quarto, 32pp couverture illustrée par Robida.

      Les charges posées, les explosions, déclenchées les unes après les autres,  créent une onde de choc qui désorganise le bataillon. Le retour vers le Chercheur s’avère donc plus difficile que prévue et une dizaine d’hommes-crabes y laisseront leur peau, le corps déchiré par des mines dormantes. Notre journaliste a de la chance. Sauvé des griffes de Le Petit grâce à Marcel Duchemin, il regagnera son havre de paix.
      Le sous-marin, se glissant entre la fourmilière des bateaux allemands qui recherchent les auteurs de l’attentat en surface, sera réceptionné au large, comme prévu, par une escadre anglaise. L’Angleterre avait été en effet associée à l’opération dès le début. D’abord, elle a guidé le Chercheur vers son but, en communiquant avec lui par un câble reliant le sous-marin à un ballon captif en surface, tâche confiée à un Anglais que nous connaissons bien… le lieutenant Tom Davis, lequel était sorti indemne de l’explosion du Santos-Dumont, contrairement aux prévisions.
      Rattachée à une enveloppe encore gonflée, il a pu dériver dans les airs jusqu’à la Norvège. Le narrateur a l’immense joie de retrouver sur le chemin du retour son ami et s’empresse de lui faire part de toute la ferveur de miss Ada à son égard.
      A son retour à Paris, porté en triomphe jusqu’à  l’An 2000, il n’a guère le temps de se reposer car l’affaire Keog n’est pas encore réglée. Il s’agit de mettre les bouchées doubles pour vaincre l’extraordinaire inertie de l’administration française.
      L’inventeur félon leur a fixé une date butoir pour les tractations. Il exige d’être payé dans les deux jours, à Berne, en Suisse, à midi. La vente, passé ce délai, ne se fera pas avec la France.
      Martin Du Bois et son employé  entreprennent immédiatement un marathon pour forcer tous les obstacles, se rendre en Suisse en temps voulu,  malgré les grèves,  (cela n’a guère changé depuis), les retards, les formalités à remplir. Ils y arriveront trop tard, pour constater que le bandit a offert son invention au Reich allemand. Avec l’amertume et la haine indicibles qu’ils éprouvent à l’égard de l’Américain, ils prennent le chemin du retour pour annoncer leur échec à la nation française.
      Vol.08 : le Siège de Londres, Albert Méricant éd., 1908, 1 fascicule broché, in-quarto, 32pp. couverture illustrée par Robida.
      En revenant vers Paris, Martin Du Bois et le journaliste apprennent que Londres est menacée par l’invasion allemande. La nouvelle de l’échec de la transaction en Suisse a soulevé une émeute populaire en France. De partout, les Parisiens convergent vers l’Elysée, pensant que le gouvernement a trahi le pays. Malgré une charge policière avec des motocyclettes à mitrailleuse, la foule grossit sans cesse et acclame les deux héros de l’An 2000.
      A bord de la voiture de son patron, en compagnie du préfet,  le narrateur remonte la longue file des émeutiers, se demandant comment faire pour briser leur élan, sur la demande expresse et angoissée du préfet de Paris. Le président Dupont est d’ailleurs prêt à lui faire donner la Légion d’Honneur si notre héros prête son concours au rétablissement de l’ordre. Prenant la parole, s’adressant à la cantonade à la foule, il réussit à la détourner de son objectif en lui promettant de traquer personnellement Keog, où qu’il se trouve, et lui faire payer sa forfaiture au grand soulagement du président Dupont.
      En arrivant au siège du journal, le narrateur prend connaissance, grâce aux articles de Pigeon, des faits survenus dans le monde depuis son absence. Il voit aussi miss Ada qui lui apporte des nouvelles de son fiancé Tom Davis, recueilli en Norvège et acheminé vers l’Angleterre. Puis il rencontre le nouvel officier de l’ « aérotactique », venu le saluer, avec son équipe de « Voleurs », des Japonais présents pour parfaire leurs connaissances aériennes, puisqu’un traité d’amitié lie le Japon à la France. Menés par le comte Mourata, les Japonais se montrent exceptionnellement doués dans ce domaine et prêts à tous les sacrifices. Car les dernières nouvelles sont mauvaises : partout éclate la guerre, partout, sur tous les fronts, des hommes meurent en masse.
      Mais le plus grave est la menace qui pèse sur Londres qui a déjà subi deux attaques de la part du « Sirius », le vaisseau de Keog, qui a surtout décapité – ô rage et désespoir pour les Anglais!- la statue de Nelson, à Trafalgar-Square. Des travaux souterrains gigantesques ont été entrepris dans la capitale anglaise, des sortes de catacombes prolongeant les lignes du métro pour mettre les Londoniens à l’abri d’un coup de force aérien.
      Enfin, l’An 3000 annonçant de façon perfide l’invasion imminente en Angleterre, la décision fut prise de partir pour l’Angleterre à bord de « l’Austral », le dirigeable de l’An 2000, qui sera actionné de main de maître par les Japonais. Dès le départ, ceux-ci découvrent un espion à bord. Il s’agit de Pezonnaz, âme damnée de l’An 3000, qui a déjà failli causer la mort du narrateur à plusieurs reprises, entre autres, sous la mer. Mais cette fois-ci, ficelé comme un saucisson, il servira d’intermédiaire, suspendu dans le vide, entre un radeau de naufragés, sur lequel se trouve Marcel Duchemin, dont le bateau avait été torpillé, et l’Austral, qui le guide à bon port. L’arrivée au-dessus de l’Angleterre se fait dans une purée de pois opaque. Précédent de peu la grande «aéroflotte » française venue prêter main forte à l’Angleterre, les navigateurs  de l’Austral sont accueillis en héros par le Lord-maire et la foule londonienne.
      Vol.09 : Moletown, la ville des taupes, Albert Méricant éd., 1908, 1 fascicule broché, in-quarto, 32pp. couverture illustrée par Robida.
      En compagnie de Pigeon, le narrateur et patron de l’Austral, demande à M. de Troarec, le nouveau commandant militaire de la flotte française, que son aéronef soit considéré comme engin de guerre, et serve à côté des autres dirigeables pour la défense du sol Anglais. Les dépêches signalent par ailleurs une recrudescence d’activité du côté des Allemands mais le brouillard, toujours opaque, évite tout danger imminent.En attendant, les deux hommes visitent la ville « underground » de Londres, appelée « Moletown. »
      Les Anglais, toujours organisés, ont creusé en un temps record une multitude de galeries sous la Tamise, l’argile du sous-sol britannique convenant parfaitement à cet usage. Le plan de la ville souterraine, toujours en construction, est calqué sur celui de Londres. Les citoyens y ont leur «home», les déplacements se font à pied ou à cheval, et, dans de longs tubes adjacents, des chambres ont été creusées.
      Stupéfaits par la vitalité de ce peuple, nos deux amis vont de découverte en découverte, et en profitent pour faire connaissance avec la famille de Tom Davis qui a déjà aménagé sous terre. Mais la visite est soudainement interrompue. Dénoncés comme étant de dangereux espions par Pezonnaz, le traître, qu’ils ont pourtant laissé vivre lors de leur épopée maritime, et qui les avait suivis en Angleterre,  ils sont arrêtés et placés en détention sous la Tour de Londres, en un cachot humide et obscur.
      Là, par chance, ils surprennent un dialogue en provenance d’une geôle voisine. De vrais espions allemands évoquent une action inquiétante et proche : le Sirius de Keog, avisé par un signal lumineux opportunément placé à Blackfriars, une entrée vers Moletown, bombardera cette dernière de telle manière que l’eau de la Tamise inonde l’ensemble du réseau de tunnels, pour y noyer des milliers d’occupants.
      Le narrateur sera délivré par l’ambassadeur même du Japon, alerté par Wami, l’un des coéquipiers de l’Austral qui les suivait, ayant repéré Pezonnaz et flairé le pot aux roses.Tom Davis, alerté d’urgence, signale la menace au « War Office», tandis que les deux hommes se rendent au domicile souterrain du militaire pour mettre sa famille en sécurité. Déjà il est trop tard pour des milliers d’Anglais : le Sirius a lâché ses bombes, l’eau s’engouffre dans les tunnels et noie tous ceux qui s’y trouvent. Nos amis assistent, la rage au cœur, au crime commis,  se promettant de le venger.
      Vol.10 : la Bataille aérienne, Albert Méricant éd., 1908, 1 fascicule broché, in-quarto, 32pp. couverture illustrée par Robida.
      A Sydenheim, l’Austral se prépare à appareiller pour une mission de surveillance préconisée par Le Troarec, le nouvel aéroamiral. Jusqu’à 20 km au Sud de Londres, l’aéronef a pour mission de repérer l’arrivée des Prussiens et d’en avertir immédiatement la flotte alliée. Nulle trace de dirigeables aériens.

      Par contre, planant en dessous du brouillard, ils découvrent de nombreux radeaux abordant les plages du sud de l’Angleterre, y déversant des soldats allemands.
      Ayant signalé le danger au War Office, ils prennent position au nord de l’agglomération londonienne, débarrassée de son brouillard par des canons à « acétylène » dévolus à cet effet.
      C’est par cette trouée, et sans aucun doute possible, qu’ils voient approcher au-dessus de la capitale les vaisseaux germaniques, de taille et de formes diverses.  A l’écart de la bataille, les membres de l’Austral pourront contempler son déroulement et en faire part au PC anglais.
      Les Prussiens, malgré le feu  nourri des batteries terrestres, négligeant la flotte française qui fond sur eux du haut des cieux, se jettent dans le vide, planant sans se faire mal grâce à un « parachute total », une nouvelle invention, sorte de voile attachée sur leur dos,  qu’ils arrivent à guider à l’aide de leurs bras. Ayant visé le centre de Londres, ils prennent position dans Hyde Park, s’évertuant le plus rapidement possible à établir une tête de pont solide, en attendant leurs bataillons débarqués au sud.
      Alors qu’au sol le combat fait rage, les dirigeables ennemis, traînant derrière eux des ballons captifs, déversent de l’essence sur Buckingham Palace, obligeant le Roi et le corps politique à une retraite précipitée. Malgré le sacrifice héroïque des « Voleurs » alliés, l’ennemi progresse, raffermissant sa position autour de Regent Street.Les Anglais semblent débordés, surtout lorsque du ciel tombe le Sirius de Keog, qui, à la vitesse de l’éclair, canonne le défense anglaise.L’Austral, avec à son bord le narrateur et Marcel Duchemin, ainsi que des Japonais fous de rage et de frustration, constatent la débâcle anglaise.
      Vol.11 : le sang des Samouraïs, Albert Méricant éd., 1908, 1 fascicule broché, in-quarto, 32pp. couverture illustrée par Robida.
      Au dessous d’eux, ils aperçoivent l’armée d’invasion qui se porte vers les faubourgs de Londres. A son encontre se dirigent des bataillons anglais de force équivalente, ce qui laisse supposer, avec l’appui de batteries terrestres stratégiquement disposées, une issue heureuse en faveur des Anglais.
      Mais c’était sans compter avec le Sirius. Celui-ci, réapparaissant brusquement, élimine sans pitié, l’un après l’autre,  les gros dirigeables français et notamment, «l’Amiral Meusnier », le vaisseau directeur avec Le Troarec à bord, lequel, son enveloppe déchirée, vide sur le sol sa cargaison de braves nautes.C’en est trop pour les Français qui prennent en chasse le pirate, allégeant les carcasses de toile pour arriver à le survoler. Hélas! trop lourds et peu maniables, leurs dirigeables plafonnent à 3500 mètres alors que le Sirius n’est plus qu’un point au-delà des nuages.
      L’Austral est d’une autre trempe : léger, maniable, bien servi par des Japonais efficaces et en colère, alimenté par la haine du journaliste de l’An 2000 qui s’est fait un point d’honneur d’arrêter le bandit, un duel à mort s’engage entre les deux vaisseaux. L’Austral, se délestant peu à peu et actionnant savamment le navigateur qui leur permet de gagner de précieux mètres en hauteur, monte jusqu’à 5500 mètres et se rapproche du Sirius. Celui-ci réagit. Ayant atteint sa limite, il se déleste encore, en jetant dans le vide l’un des coéquipiers (le Noir), suivi peu après par un autre (le bandit aux cheveux roux). Etant à chaque fois persuadé d’avoir le dessus et d’être à même de grenader le Sirius, les occupants de l’Austral se débarrassent aussi de tout matériel inutile ou encombrant pour faire gagner de la hauteur à leur appareil.
      Tout ceci n’est pas suffisant. Alors le capitaine Mouroto, en japonais héroïque qui méprise la mort, ordonne aux siens, l’un après l’autre selon la nécessité, de sauter dans le vide en se sacrifiant pour l’empereur. Ce qui fut fait. Au grand effroi de Duchemin et du narrateur, Sikawa et Narabo disparurent dans le vide, plongeant vers le sol comme s’ils allaient à la promenade. Ces sacrifices firent pencher la balance, bien que le manque d’oxygène ait induit  chez les hardis navigateurs de graves troubles psychiques.
      Légèrement situé au-dessus du Sirius, l’Austral est enfin en position de faire sauter l’infâme Keog, qui se bat d’ailleurs avec son mécanicien. Une grenade atteint la bouche d’air située au sommet du vaisseau ennemi, infligeant des dégâts irréparables. Le vaisseau de Keog plonge et se désagrège, non sans tirer une ultime rafale qui étend Duchemin et détruit tout le système moteur de l’Austral, qui descend beaucoup trop rapidement. Wami et le narrateur, constatant qu’il leur est impossible de relâcher la pression à temps pour éviter l’explosion de l’enveloppe, jettent tout ce qui reste encore par-dessus bord, afin de regagner de la hauteur. L’appareil dérive vers l’Océan atlantique…
      Vol.12 : Perdus dans l’Atlantique, Albert Méricant éd., 1908, 1 fascicule broché, in-quarto, 32pp. couverture illustrée par Robida.
      Entraînés au-dessus de la mer, les naufragés se recroquevillent dans les couvertures pour se tenir au chaud. D’après les calculs approximatifs de Marcel Duchemin, l’aérostat en perdition se dirigerait vers le nord. Bientôt apparaissent les premiers flocons ; en dessous d’eux, un sol blanc, brisé par des séracs, parcourus par des ours blancs.
      Nos héros se savant perdus et s’apprêtent à mourir. Une longue nuit passe lorsque l’épave, suffisamment près du sol, leur laisse entrevoir un bout de mer libre. Le vent ayant tourné, ils seront à nouveau entraînés vers le sud, en direction de l’Atlantique. Pourtant, cela importe peu, puisque, au lieu de mourir gelés, ils mourront noyés. Après un temps assez long, ils aperçoivent, sur une mer calme, un voilier qui semble se diriger cers eux : c’est l’occasion de la dernière chance ! Unissant leurs forces, les trois naufragés parviennent enfin à déchirer l’enveloppe du dirigeable, permettant la décompression brutale, l’épave s’abattant tout à proximité du bateau, leur permettant d’y prendre pied.
      Sauvés ! Du moins le croient-ils. Ils se rendent vite compte que là encore, ils ont abordé une épave, un « derelict », une « fortune de mer », un bateau en perdition, débarrassé de son équipage, virant aux quatre vents, sans lumières, sans moteur, aux voiles battantes.
      Rien n’entame pourtant leur optimisme puisqu’ils ont troqué leurs vêtements mouillés avec des effets secs trouvés dans la cabine du capitaine, et même des cigares. Ayant eu la présence d’esprit  de se saisir de leur caisse de pilules alimentaires, ils ne mourront pas de faim. Enfin, un jour, le vent les entraînera  bien vers la terre ferme. Pour le moment, avec un vent fort, ils se retrouvent dans la mer des Sargasses jusqu’à ce que, dans la nuit noire, ils se fassent saborder et couper en deux par un immense navire de guerre américain, « l’Oklahoma », patrouillant dans ces parages.
      Wami, le japonais, le narrateur et l’enseigne Duchemin,  se réveillent, allongés sur des matelas, recueillis et prisonniers à bord d’un vaisseau de guerre ennemi. S’entendant à mi-voix entre eux, ils se mettent d’accord pour simuler la folie, crédible à cause de tous les chocs subits, ce qui leur permettrait d’éviter l’incarcération en terre américaine.
      Vol.13 : la Cohue des fous, Albert Méricant éd., 1908, 1 fascicule broché, in-quarto, 32pp. couverture illustrée par Robida.
      L’interrogatoire, mené par le commandant, n’a rien donné, les naufragés simulant la folie à la perfection. Dans l’expectative, jusqu’à leur débarquement à Charleston, en Caroline du Sud, ils resteront sous surveillance. Rapidement, cependant, leur identité est percée à jour, et reconnus dangereux pour l’Amérique comme étant ceux qui ont mis Keog à terre.
      A Charleston, après un second interrogatoire, ils seront conduits dans un « Asile de guerre », un immense bâtiment abritant plus d’un milliers de soldats, tous souffrant de traumatismes de guerre. Car les Japonais de Californie, préparant de longue date l’invasion de l’Amérique, appuyés par des troupes fraîchement débarquées en provenance du Japon, ont percé, lors d’un combat décisif, les lignes américaines à Black River. Ce combat gigantesque, perdu par les troupes régulières, a fait des milliers de morts. Les conditions mêmes de la bataille étaient si terribles que les survivants devinrent tous fous, chacun avec son propre vécu, chacun refaisant un combat fantasmé, soit en stimulant des morts virtuels ou en grimpant aux arbres pour éviter des grenades irréelles. Une telle situation explique également la haine de tous contre le pauvre Wami, obligé de se cacher pour ne pas être mis en morceaux.
      Incarcérés dans un tel univers, interrogés par l’habile et bienveillant médecin-chef, le docteur Champart, d’ascendance française et originaire de Fécamp, ils rétabliront des rapports normaux avec leurs interlocuteurs. Le docteur, avec beaucoup de mansuétude, leur permettra de séjourner dans cet asile aussi longtemps qu’ils le souhaiteront, pour retarder le moment où l’autorité militaire pourrait faire main basse sur leurs personnes. Ils paraîtront finalement devant le colonel commandant les forces de Charleston, dont la sévérité avait été adoucie par l’intervention de Champart. Un arrangement sera trouvé : ils pourront séjourner à Charleston, dans une villa louée, s’y promener à leur guise, à condition de ne pas chercher à s’enfuir. Les Américains, toujours pragmatiques, leur avancent même de l’argent , puisqu’ils seront bientôt payés par l’An 2000, leurs aventures ayant pu parvenir au siège du bureau parisien.
      Néanmoins, miss Taylor, détective attachée à leurs pas, se méfie d’eux comme la peste, et les fait surveiller par des factionnaires. Quelques jours après, l’apparition d’un négrillon surprenant –qui est Wami déguisé- précipite les événements. Il se propose de les faire s’évader, immédiatement. Les deux hommes sont d’accord, sans connaître le plan prévu. Le départ de la villa se fait sans difficultés autres que la mort d’un factionnaire, mordu à la gorge par Wami, qui révèle à nouveau sa nature sauvage.
      Vol.14 : la Croisière du « Krakatoa », Albert Méricant éd., 1908, 1 fascicule broché, in-quarto, 32pp. couverture illustrée par Robida.
      Wami entraîne ses amis vers la voie ferrée où les attendent deux Noirs qui ne sont autres que –ô surprise ! –Pigeon et Coquet, déguisés. Ils prennent tous place dans une automobile à la ligne surprenante et prennent rapidement la direction du Sud, vers Orangeburg et Shavannah, le long de la côte. Comme la voie ferrée s’étend parallèlement à la route, ils constatent qu’un train les poursuit : miss Taylor, déjà mystérieusement avertie, leur donne la chasse. Mais elle ne s’attend pas à la suite. A la stupéfaction de nos amis, l’automobile plonge sans hésiter dans l’eau et prend le large, flottant d’une façon impeccable puisque c’est une voiture amphibie du dernier cri, et de fabrication française. Plus tard, une voile est montée, ce qui laisse le temps aux sauveteurs comment l’opération avait été mise au point dans tous ses détails.
      Grâce à M. Vandercuyp, à Martin Dubois et à Miss Ada, un yacht fut affrété pour libérer les otages. Après s’être procuré à Paris cette voiture amphibie, profitant de la neutralité des Hollandais, le « Krakatoa » mis le cap sur Charleston. Pigeon et Coquet, déguisés en noirs, grâce aux informations de Wami échappé miraculeusement de sa prison, ont su comment faire évader les prisonniers sans aucune anicroche, si ce n’est l’attaque sauvage à l’encontre du garde, non prévue dans le plan.
      Les retrouvailles sur le Krakatoa furent à la hauteur du plaisir partagé par les protagonistes, terni cependant par la présence à bord de deux ennemis maintenant bien connus, Pezonnaz et Le Petit, qui s’étaient faits embaucher parmi les membres de l’équipage. Aussitôt reconnus, ils furent appréhendés et mis aux fers, non sans qu’ils aient pu, préalablement alerter les autorités américaines, ce qui expliqua l’acharnement de miss Taylor ainsi que la surprise, pour M. Vandercuyp, de voir le Krakatoa arraisonné par un croiseur , « l’Oklahoma », dans le but de procéder à une fouille approfondie. Affolement à bord. En toute hâte, nos amis trouvèrent une cachette au sein d’une fausse cheminée aménagée, ce qui leur permit de suivre l’ensemble des événements.
      Les militaires américains s’attendaient à trouver deux fugitifs à bord. On leur livra le Petit et Pezonnaz qui, ignorant l’anglais, ne se doutaient pas de leur sort lorsqu’on les transféra sur l’Oklahoma, en attendant leur détention dans une geôle américaine. Celle-ci n’eut d’ailleurs jamais lieu, puisque,  peu de temps après, l’Oklahoma sauta sur une mine flottante. Coupé en deux par une gigantesque explosion, il sombra en quelques minutes, envoyant au fond de l’eau tous les marins en dépit du bon cœur de miss Ada qui prétendait les sauver, déclenchant par là même une mutinerie  à bord du Krakatoa.Celle-là  fut arrêtée net par un coup de poignard de Wami qui étendit le quartier-maître, le meneur, pour le compte. C’est dans ces conditions difficiles que le yacht se rendit aux Bahamas, à Nassau, perdu au milieu des îles proches de la Floride
      Vol.15 : la mer qui brûle, Albert Méricant éd., 1908, 1 fascicule broché, in-quarto, 32pp. couverture illustrée par Robida.
      A Nassau, d’heureuses surprises les attendent. D’abord, un chèque de 38 000F, de la part de martin Dubois, avec ses félicitations pour la relation rigoureuse des événements militaires inédits, ce qui allait procurer une bonne longueur d’avance à l’an 2000 sur ses concurrents.Ensuite, miss Ada qui fut enchantée de retrouver –ô miracle !- son fiancé anglais, Tom Davis. Celui-ci, de par son comportement énigmatique, apparut bien vite aux yeux des protagonistes, comme étant chargé d’une mystérieuse mission auprès des Américains.
      Sept croiseurs anglais de fort tonnage y attendaient aussi la flotte japonaise de l’amiral Muroto, partie du Japon pour prendre part à la conquête de la Floride, appuyant, dans un déploiement parallèle, l’avancée de leurs compatriotes en Californie du Nord. Pourtant le commandant anglais Knollys, qui devait escorter les Japonais, montrait de la mauvaise humeur et une certaine réticence à cette idée, d’autant plus que, dès son arrivée à Nassau, Muroto exigea le départ immédiat de tout bateau neutre, y compris le Krakatoa, au grand déplaisir de miss Ada. Laissant derrière eux, Pigeon, Coquet, Tom Davis et le narrateur, afin de couvrir l’événement, le bateau de M. Vandercuyp prit la direction de la Hollande.
      Pour participer davantage à l’action, Coquet et le narrateur prirent place sur le vaisseau-amiral anglais, laissant Pigeon à Nassau comme relais télégraphique avec la France et Martin Dubois.Les Japonais comptaient emprunter le canal maritime entre Cuba et la Floride, au large de Key Largo et de ses chapelets d’îles, quoique le danger fût grand. Les Américains avait truffé ces parages de pièges électriques inédits, inventés par le génial Erikcson dans sa retraite de Key West.
      Muroto, toujours prêt au kamikaze et à l’heure dite, engouffra ses vaisseaux dans le chenal, les vaisseaux anglais assurant prudemment ses arrières. Apercevant la flotte américaine qui se dérobait devant lui, il la poursuivit jusqu’à ce qu’une manifestation extraordinaire brouilla le magnétisme des boussoles, qui indiquèrent une fausse direction, les amenant à proximité des terres américaines à partir desquelles les Japonais auraient pu être bombardés. Mais le plus grave, une fois l’erreur redressée, fut que, derrière la flotte japonaise, la mer si mit à brûler d’un coup, élevant une barrière de feu pour empêcher les japonais de reculer, alors que, dans le même temps, les croiseurs ennemis faisaient demi-tour pour se propulser à l’assaut. Le mystère fut résolu par un scaphandrier : les Américains, en un travail titanesque, avaient noyé au fond de la mer une tuyauterie continue, percée de trous réguliers d’où s’échappaient des filets de pétrole vers la surface. Enflammés, ils avaient pour but d’emprisonner la flotte nippone dans une immense cage de feu.Muroto, devant cette menace, força le blocus ardent, non sans perdre sa superbe et quelques-uns de ses vaisseaux. A son grand déplaisir, les Anglais se contentèrent d’observer sa manœuvre.
      Entre temps, Tom Davis, dévoilant en partie sa mission à ses deux amis, leur présenta un personnage important, malgré son apparent anonymat : Dick Jarrett. Ils s’embarquèrent tous dans un sous-marin de poche pour gagner Key West afin d’y rencontrer Nat Goffrey, un ingénieur de l’Electrical Department ». Tom Davis s’entendrait-il avec les Américains ?
      Vol.16 : la Mer qui gèle, Albert Méricant éd., 1908, 1 fascicule broché, in-quarto, 32pp. couverture illustrée par Robida.
      Tom Davis et le narrateur se rendent dans une mystérieuse auberge, à peine débarqués  à Key West. Là, en compagnie de Jarrett, ils rencontrent ceux qui espionnent les jaunes dans le monde entier, au profit de l’Angleterre. Les nouvelles ne sont pas rassurantes. Partout, d’Australie au Canada en passant par l’Afrique, les Japonais fomentent troubles et émeutes, entraînant dans leur sillage les Chinois, multiplient les plans d’invasion dans divers pays. Il importe donc de se défendre et surtout de s’entendre entre Blancs, quitte à abandonner les anciennes alliances. Voilà pourquoi le président américain Gardiner se montre favorable à une nouvelle alliance avec l’Angleterre, l’ennemi d’hier :
      « C’est simple à comprendre : les Japonais, les Chinois, les Hindous, tous les Jaunes, Mongols ou Malais, que le Mikado mobilise contre le monde blanc, sont prolifiques. Leurs familles sont nombreuses et le chiffre de leur population s’accroît sans cesse, en dépit de l’infanticide traditionnel dans le Céleste Empire. Nous au contraire, nous les Blancs, nous dépérissons ; nous naissons, si j’ose dire, en moins grande quantité, d’année en année. C’est dire que nous serons absorbés en peu de temps par la marée jaune si nous ne prenons pas les devants. Absorbons-la nous-mêmes ! Qu’il n’en reste que des peuples secondaires, impuissants, désarmés, désargentés surtout, car seuls les peuples riches sont à craindre. Ruinons le commerce, brisons la force militaire de ces Japs, tandis qu’il est temps encore ! L’Europe entière s’y mettra joyeusement, j’en jurerais. Les dépêches signalent sa lassitude. C’est que la cause de la guerre qui nous désole tous est navrante en soi, humiliante pour des pays comme la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne, les Etats-Unis (…) Blancs, cessons de nous entre-tuer pour des niaiseries ! Unissons nous et faisons tête aux Jaunes pour les ramener au point où nous les avons jadis connus. Le salut de notre race est à ce prix ! L’Europe et l’Amérique en avant ! L’Asie en tutelle, comme l’Afrique!»
      Dès le lendemain, nos amis ont pris rendez-vous auprès d’Erikcson, « l’Homme des câbles », le maître de la foudre et de la défense électrique de l’Amérique, maréchal de surcroît. A l’Electrical Department, son domaine, l’on est prêt. Son fils étant mort, tué par les Japonais, Erickson rêve d’une vengeance qui sera terrible. Son piège se situe dans la rade de Charleston que l’escadre japonaise de Muromoto doit investir dans les deux jours.
      Ce qu’ignore le commandant de la flotte ennemie, c’est qu’Erickson a disposé au fond de la passe, formant une sorte de lac, un treillis de câbles électriques lesquels, réfrigérant soudainement l’eau par extraction et détente brusque de l’oxygène, provoquera une brusque baisse de la température, bloquant l’escadre dans la glace et faisant périr par myriades les marins japonais. Muromoto, qui ne se doutera de rien, passera ainsi, et sans coup férir, instantanément de vie à trépas, suivi par plus de dix mille Japonais, congelés sur pied. Les cadavres, ramassés sur les bateaux par des noirs américains, n’encombreront pas longtemps les environs. Mis en tas immenses, arrosés d’essence, ils brûleront sans discontinuer, empuantissant l’atmosphère.Erickson est satisfait et envisage sereinement la suite des opérations
      Vol.17 : la Tuerie scientifique, Albert Méricant éd., 1908, 1 fascicule broché, in-quarto, 32pp. couverture illustrée par Robida.
      L’invasion japonaise se poursuivant à partir de la Californie, il faut arrêter la horde jaune, forte de plus de deux cent mille hommes, qui s’avance à marche forcée. Erickson et ses amis partent donc pour Tuckson, en Arizona, au lieu dit « Lead Mountain », la Montagne de Plomb, où sont établis les dispositifs électriques propres à enrayer la ruée dévastatrice.
      Durant la traversée du désert de l’Arizona, deux aéronefs ennemis prendront pour cible les voyageurs. Aussitôt abattus, ils ont pourtant eu le temps de mitrailler le groupe, provoquant un grave désastre : la mort de Jarrett et surtout la blessure gravissime infligée à Erickson. Parmi les trois Japonais survivants à la chute, l’on retrouve le maintenant bien connu Wami. Les deux premiers proprement exécutés, gardant le dernier captif, les Américains atteignent Lead Mountain qui comporte douze mille hommes de garnison.
      Le sol alentour est piégé par d’innombrables fils électriques. On laisse tout d’abord les jaunes s’avancer sous d’énormes toiles flottantes qui ont pour fonction de dissocier, à partir des ondes hertziennes, l’oxygène de l’air, produisant  de cette manière du peroxyde d’azote : une pluie dense d’acide sulfurique tombera sur les Jaunes, lesquels meurent comme des mouches. Affolés, les ennemis s’entremêlent dans les fils disposés autour de la colline. L’électricité est alors envoyée dans le sol, dérivée à la masse, électrocutant les assaillants par grappes entières, paralysés par les impulsions.
      Mais les pertes, quoique significatives, ne sont pas suffisantes. La ruée continue, les Japonais ayant eu la prudence de mettre à l’avant des cavaliers chinois bien entraînés et inspirant la crainte.
      Au petit matin, l’on découvre Erickson mort, un poignard fiché dans la poitrine, assassiné par Wami qui a pris la fuite. Comme un malheur n’arrive jamais seul, les turbines, fournissant l’électricité nécessaire au combat, se sont arrêtées : elles ont été sabotées. Lead Mountain est désormais sans défense. Le narrateur et son collège Pigeon, transportant le corps d’Erickson pour l’amener à une sépulture convenable, observent de haut, à bord d’un dirigeable, les hordes barbares. Pas longtemps, puisqu’ils sont mis à terre et ne doivent leur salut qu’aux chevaux, dont ils parviennent à s’emparer, et au fait que leurs poursuivants sont arrêtés par les rouleaux de fil électrique encombrant le sol. Ils s’apprêtent à défendre chèrement leur vie.
      Vol.18 : Jap contre Sam, Albert Méricant éd., 1908, 1 fascicule broché, in-quarto, 32pp. couverture illustrée par Robida.
      Entourés par les cavaliers chinois, ils se résignèrent à défendre chèrement leur vie, lorsqu’un aéroplane japonais, intervenant brusquement, les sauva, en tuant leurs ennemis alentour. Immédiatement saisis, emmenés dans les airs comme prisonniers,le narrateur et son collègue Pigeon, reconnurent Wami en la personne de leur sauveur, qui leur réservait un sort connu de lui seul pour le moment. Traînés devant le général en chef Mosimoto, ils seront ensuite conduits par train à travers la Californie occupée par les Japonais, pour atteindre Horouko (San - Francisco), afin d’y être jugés. Ils virent en cours de route les nombreux mouvements de troupe et surent qu’ils étaient perdus.
      Arrivés à destination, au lieu d’être conduits directement au supplice, ils furent traînés et exhibés à travers la ville, notamment dans le bas quartier de Chinatown où résidait une humanité chinoise et misérable :
      « De chaque côté des rues en pente qui zigzaguent au travers de la cité pestilentielle, j’apercevais un spectacle qui me rappelait des voyages antérieurs aux pays jaunes : les échoppes des marchands de victuaille putréfiés, basses, dans le sous-sol des baraques en papier aux toits retroussés ; les mâts plantés devant les cases avec des oriflammes et des banderoles décolorées depuis la dernière fête qui les vit arborer ; les écrivains publics accroupis sur leur tâche, avec le pinceau et l’encrier, au milieu d’un troupeau  de brutes ignares, désireuses de faire dire au papier quelques mensonges utiles à leurs intérêts ; les rôtisseurs de viande pourrie ; les barbiers ambulants qui, sur le sol même de la rue, rasent du soir au matin les Célestes devant leur porte ; les charrons et les maréchaux qui ferrent voitures et chevaux au milieu de la voie publique. Et des théories de femmes hideuses, d’enfants accoutrés comme des singes, font la foule à côté des magots hébétés qui sont sortis de ces tanières pour nous voir… »
      Puis, enfermés dans une cage au volume à peine suffisant pour tenir debout, vêtus à la chinoise, ils furent condamnés à mort par un tribunal auquel ils ne comprirent rien, si ce n’est la longue intervention et l’animosité de Wami, enfin reconduits, chacun séparément, dans une nouvelle geôle.
      Le narrateur, désespéré, remarqua cependant à côté de lui la présence d’un vieux Chinois, prisonnier comme lui, qui lui remit une lettre écrite par Martin Dubois. Lui indiquant comment il pourrait être sauvé, enlevé par un groupe de Chinois soudoyés par le patron de l’An 2000, à condition de simuler la mort à l’aide d’une potion paralysante. Le prisonnier se résolut à adopter ce plan. Mais au moment où les Chinois, ayant neutralisé les gardes, s’apprêtaient à enlever le corps inerte du journaliste, disposé à l’intérieur d’un vieux fût, Wami intervint à nouveau, tuant les ravisseurs et récupérant son prisonnier.Il lui expliqua que l’occidental resterait trois mois à sa disposition afin que ce dernier voie de ses propres yeux les prodiges de l’armée japonaise, puis qu’il serait mis à mort.Avec anxiété, le journaliste se demanda ce qu’il était advenu de Pigeon.
      Vol.19 : le Hibou de l’Océan, Albert Méricant éd., 1908, 1 fascicule broché, in-quarto, 32pp. couverture illustrée par Robida.

      Le narrateur, reconduit par Wami, sous bonne escorte, retrouve Pigeon, prisonnier comme lui. Toujours inquiet sur son sort, les yeux bandés, (Wami ne va-t-il pas le tuer ?), il est rapidement rassuré par Pigeon qui est en possession de nouvelles fraîches de la part de Martin Dubois. Une dizaine d’aéroplanes du type « Sirius », menés par Will Keog, le frère du précédent, mais qui lui a basculé du bon côté de la force, sont à leur recherche. Will Keog, surnommé le «Hibou de l’océan » prépare une action d’éclat pour enlever au nez et à la barbe des Japs les deux prisonniers au sein de la forteresse de San Francisco.
      Wami, lui aussi au courant de ce qui se prépare, décide de faire front et de démontrer à ses adversaires l’excellence de l’armée japonaise. Pour ce faire, il leur montre les « canons à remous  circulaires » destinés à créer des typhons qui broieront les engins volants  dans leurs remous circulaires. Malgré la riposte, Will Keog réussira à arracher les deux prisonniers des griffes de leurs tortionnaires, à les embarquer à bord de son vaisseau volant et à prendre la fuite au-dessus de la mer. Il y sera poursuivi par deux sortes d’engins japonais aussi performants : les « hydroplanes » et les «hydrovolants », qui glissent rapidement au-dessus de l’eau. Ils seront arrêtés et repris avec, en sus, Will Keog, et remis dans une nouvelle cage. Enfin, menés à bord du vaisseau japonais le « Saïtama », ils prennent la direction du canal de Panama, à travers le Pacifique., pour être utilisés lors d’une mission.
      Les Japonais, Wami en tête, désirent déposer dans un village d’Amérique centrale proche du canal, des caisses d’explosifs. Pour ce faire, ils ont besoin des trois hommes qui sont censés tromper les Panaméens en jouant aux maîtres blancs menant une cohorte de Jaunes. Le passage par la jungle sera éprouvant. Obligés de se tailler leur chemin à coups de machette, ils n’éviteront pas la faune dangereuse, surtout les araignées, décidés à les mordre, et les crocodiles, prêts à les croquer. Arrivés dans le village de Jiayo, une minable bourgade perdue dans la jungle, ils feront la connaissance d’un tenancier de bar, Pedro Blas,  avant que celui-ci ne soit tué par Wami qui le considère comme un traître en puissance. L’humanité primitive autour d’eux n’est pas prête à les secourir :
      « C’étaient des noirs, des rouges, des demi-rouges, des demi-jaunes. Toute une exposition des races inférieures, dit Pigeon : enfants d’esclaves marrons, nègres, croisement d’Indiens et de mulâtres, métis de Blancs, d’Hindous, de ces Chinois mêmes qui étaient venus chaque année travailler au canal et pourrir sur la place, pioche en mains. (…) Une vraie collection de bonshommes en biscuit, n’est-ce pas ? Il y a bien peu de sang bleu dans tout cela, mais il y en a encore. Voyez-vous ceux-ci avec leurs cheveux lisses et fins? Ce sont des Cholos, des aristocrates : aux racines de leur arbre généalogique il y a des Blancs, ou des Blanches. Voici maintenant la monnaie courante du pays : messieurs les Zambos, fils des Colorados ou Pardos, que nous appellerons tout simplement des nègres, entre nous, parce que si nous qualifions ainsi ces citoyens, ça les fâche »
      Que vont-ils devenir ?
      Vol.20 : l’Invincible Armada, Albert Méricant éd., 1908, 1 fascicule broché, in-quarto, 32pp. couverture illustrée par Robida.
      Le petit groupe de porteurs quitte Jioyo, se taillant un chemin vers la zone du canal à travers la forêt vierge. La première étape se fera à « l’Etang du Diable », que les Zambos craignent.  Après des tractations et une augmentation des primes, ils consentent à avancer en longeant la lagune infestée de moustiques. Ils arriveront dans un village dont le cacique Adolfito Lélégoulou leur offre l’hospitalité où ils profiteront d’un repos assombri par des chauve-souris vampires.
      Au petit jour, ils repartent vers Alhajuela, proche de la route fluviale conduisant au bief de Chagres, par une ancienne route mal pavée et informe. Avançant avec difficultés, ils seront amenés à camper en pleine zone de jungle où un jaguar, profitant de l’occasion croquera l’un des porteurs. Wami, en colère, rend le guetteur responsable de l’incident et le fouettera, ce qui n’est pas du goût des autres qui demandent réparation. Après un conciliabule entre les Japonais, Wami consent à se faire appliquer trente coups de bâton sur la plante des pieds, au vif plaisir des captifs.
      Arrivés à Treboul, ils font la connaissance d’un nouveau cacique, un Breton de France échoué là par hasard, qui se fait nommer lui-même « le Glaive » et qui comprend les mauvais plans des Japonais. Il désire accompagner le groupe pour venir en aide aux Français. Entre temps, Wami tombe gravement malade. Les Blancs, n’écoutant que leur bon cœur –leur morale n’est pas celle des Jaunes !- le guérissent.
      Lors de leur dernier campement à la Rojas, le Japonais passent à l’action. Après être entrés en communication avec leur flotte stationnée dans la rade, ils déchargent les caisses, préparent leurs explosifs et participent au montage d’une petite torpille habitable dans laquelle l’un d’entre eux (le plus petit) prendra place pour une mission suicide. Il dirigera l’engin, bourré d’explosifs, vers la  base du barrage de Chagres pour le faire céder. Il sera aidé par des bombes flottantes en surface. Les Blancs, attachés sur les radeaux dériveront avec le courant et mourront dans l’explosion des bombes situées juste au-dessous d’eux, démantelant ainsi complètement le barrage.
      Seuls nos deux amis, le narrateur et Pigeon, auront la vie sauve puisqu’ils seront recueillis par une patrouille américaine surveillant (mal !) le canal.De là, ils assisteront à l’inimaginable catastrophe provoquée par les Japonais : des centaines de navires de guerre européens, en route vers la Chine, bloqués dans le canal de Panama, se talonnant, définitivement hors de combat, laissant la voie libre aux jaunes dans leur plan d’invasion de l’Europe :
      « Ah ! répondis-je, je vois d’ici les images que les Japs vont répandre à profusion chez eux et en Chine sur la défaite des Européens ! Cette catastrophe-là ?... C’est le succès indiscutable qui va décider la Chine à se lever tout entière en armes, vous verrez ce que je vous dis, Pigeon… Elle a déjà fourni au Japon des subsides et des combattants ; nous en savons quelque chose ! Mais je vois comme je vous vois, mon cher ami, s’organiser sur tout le territoire du Céleste-Empire une levée en masse de hordes jaunes qui vont se répandre, ce coup-ci vers leurs frontières de l’Occident avec la même aisance que l’eau s’éparpille dans les écluses de ce canal. Malheureuse Europe ! Malheureux Blancs ! Et ils se déchirent entre eux au lieu de s’unir ! (…)
      Prises au traquenard, la vieille Europe et l’effervescente Amérique ! Quel avertissement brutal ! Que de cruels lendemains leur vaudraient à toutes les deux le dédain qu’elles avaient affecté pour l’Asie et un demi-siècle d’imprévoyance ! »
      Vol.21 : la Muraille blanche, Albert Méricant éd., 1908, 1 fascicule broché, in-quarto, 32pp. couverture illustrée par Robida.
      Nos amis sont enfin de retour à Paris. Retour provisoire puisqu’ils doivent convaincre la population parisienne de la nécessité de venir en aide aux Russes afin d’arrêter l’invasion chinoise en créant une « muraille blanche » sur les monts de l’Oural capable de stopper les Jaunes. En attendant, ils sont fêtés comme il se doit. Durant les festivités, les acclamations de la foule, les remises de médaille, toutes plus honorifiques les unes que les autres, le déjeuner somptueux pris dans les locaux de l’An 2000 , donné par Martin Dubois, les dépêches qui s’accumulent en provenance de la Russie font état d’une situation catastrophique : les armées du Tsar sont débordées, puis décimées. Dans les steppes de Sibérie, le général Gripinsky a été anéanti. Les Chinois sont parvenus jusqu’à Irkoutsk qu’ils ont mise à sac. Le Tsar appelle l’Europe blanche à son secours.
      Immédiatement le gouvernement français convoque les deux Chambres  d’urgence. Tous les alliés européens participent à la délibération et fournissent leurs contingents de soldats dont l’ensemble atteindra deux millions, prêts à être acheminés sur le front russe. Mais qui sera le général en chef? Ce point fera tant débat que des chamailleries pourraient faire éclater en morceaux la belle union. Heureusement Sir Tom Davis (il a été ennobli récemment) propose le généralissime en chef Prialmont, un Belge, nomination qui fera l’unanimité. Dans la foulée, l’on instaurera une « Yellow tax » , un appel de fonds supplémentaires à fin de conjurer le péril jaune.
      Avant de partir en direction de Moscou, le narrateur est encore provoqué en duel par Gaudichon, le directeur de l’An 3000, le concurrent de Martin Dubois, qui ne voit que cette manière pour se débarrasser du journaliste encombrant, les autres entreprises ayant toutes échouées. Martin Dubois est ravi : il fera de ce duel un spectacle à la hauteur de l’événement. Dans le stade de Montrouge envahi par la foule, Gaudichon donne toute la mesure de sa traîtrise, tirant à la carabine avant le décompte final et blessant son adversaire à l’index, ce qui arrête le combat. Ce dernier, chouchouté et soigné attend donc sereinement son départ pour Moscou, alors que son rival, bousculé et honni par la foule, disparaît sous les lazzis. Cependant, un événement inattendu vint encore perturber les préparations : à St Pétersbourg, l’on vient d’assassiner le Tsar Nicolas II. !
      Vol.22 : Nitchevo !, Albert Méricant éd., 1908, 1 fascicule broché, in-quarto, 32pp. couverture illustrée par Robida.
      Le départ pour Moscou s’est enfin précisé. Mais dans quelles conditions ! Le tsarisme est contesté par les «Poscarié» (Emeutiers), qui réclament un nouveau gouvernement et une nouvelle constitution, ce qui vient alourdir les conditions déjà difficiles de la mise en place d’une défense.
      D’ailleurs cette émeute (ou révolution ?) semble faire l’unanimité chez les Russes. Les armées étrangères tombent ainsi au plus mauvais moment ; elles sont prises à parti à cause du soutien qu’elles accordent au gouvernement légitime. L’invasion chinoise semble être le moindre des soucis pour les Russes qui n’ont que ce mot à la bouche : Nitchévo ! (c’est-à-dire, «cela ne fait rien», «cela n’a pas d’importance»).
      A St Petersbourg, en présence de tous les officiers des armées étrangères, a lieu la difficile passation de pouvoir : le petit tsarevitch  Nicolas Serge est reconnu comme souverain légitime. Prenant leurs quartiers d’hiver sous une neige abondante, nos amis attendent qu’un train puisse les emmener vers l’Oural, vers la ligne de défense. En ville, les émeutes succèdent aux émeutes, gagnant même certains bataillons russes. Rien n’est disponible à cause de la grève générale et les trains ne fonctionnent plus. Des manifestations sont réprimées dans le sang. Dans la rue Petrovska, la situation devient critique surtout lorsque des aéronefs d’origine douteuse larguent sur la ville des bombes incendiaires qui embrasent plusieurs quartiers.
      Enfin Pigeon et le narrateur entendent les mâles accents de la Marseillaise : un bataillon français, composé de « Voleurs» et de soldats d’infanterie, commandés par le général Lamidey, vient d’entrer en ville. Ils se joignent à eux pour gagner le front de l’Oural, vers la « Muraille blanche ».
      Ce n’est pas une promenade de santé :  D’abord soixante kilomètres dans le froid intense, le vent et la neige incessante, comme jadis les grognards de Napoléon, avant d’arriver à Toula où les attend un train pour l’Oural. Pigeon et notre journaliste se trouveront deux ordonnances françaises, deux débrouillards gouailleurs, Rigoullot et Robinet, qui s’occuperont de leurs chevaux et de leurs affaires.
      Cette marche pénible est heureusement interrompue par un épisode inédit. Au-dessus d’eux, un dirigeable en perdition plane jusqu’au sol. Les deux dragons (des «Loung») peints sur leurs flancs ne laissent pas place au doute : il s’agit bien de Chinois en avant-poste.  Ceux qui sont encore en vie sont capturés, quant aux autres, ils se sont déjà suicidés avant d’arriver au sol. Parmi les survivants, ô surprise ! un individu bien connu : le Japonais Wami ! Interrogé par nos deux amis sans qu’ils arrivent à lui arracher un mot, les espions japonais sont destinés à être fusillés dès le lendemain. La chose faite, le narrateur se penchant sur le cadavre de Wami, ne peut cacher son étonnement : il ne s’agit pas du même homme! Le vrai Wami, opérant une substitution de personne, est parvenu à s’éclipser, endossant un uniforme français.
      Vol.23 : les Fourmis jaunes, Albert Méricant éd., 1908, 1 fascicule broché, in-quarto, 32pp. couverture illustrée par Robida
      L’arrivée dans la zone asiatique de la Russie est l’occasion, pour le narrateur, de s’esbaudir devant l’exotisme des peuples croisés, où chameaux à longs poils et costumes bigarrés se mêlent en un kaléidoscope géant. Ici au moins les ressortissants commencent à s’inquiéter des Kitaïski (Chinois) qui déjà ont envahi la ville de Samara.

      Enfin le terminus s’annonce, en gare d’Orenbourg et les Français seront accueillis par le général Lamouroux et par l’état major russe.
      Une missive de Martin Dubois, qui doit les rejoindre plus tard, leur demande de créer un journal de liaison entre soldats, « l’Echo de l’Oural » qui, bien que distribué gratuitement, aidera beaucoup au renom de l’An 2000. Les journalistes se mettent en quête des outils, des hommes et des matériaux pour que ce journal puisse voir le jour le plus tôt possible. L’opération réussit au-delà de leurs espérances.
      L’Echo de l’Oural informera les lecteurs de l’emplacement des diverses troupes européennes, du rôle de liaison imparti aux Cosaques et, plus généralement, de tous les événements récents se produisant à l’instant.
      Nous sommes au début du mois de Mars. Le froid cède peu à peu du terrain. Les norias de trains se succèdent, apportant canons et munitions vers la ligne de front, dont il sera fait un usage immodéré. Un jour, apparaissent une masse d’hommes, de femmes, d’enfants, en approche de la Muraille Blanche. Ce sont des peuplades kirghizes, les Yolounes, attaqués par les Chinois, spoliés de leurs terre, dépouillés de leurs chevaux, et qui demandent asile. Cela leur sera refusé par la haut commandement : on ne franchit pas la ligne de front ! Désespérés, mettant en œuvre leur code d’honneur, des milliers de Kirghizes se suicident  sous l’œil froid des Blancs, plutôt que de retomber entre les mains des Jaunes :
      "Chacun, dans la tribu, a travaillé à détruire son semblable. Les pères ont égorgé d’abord leurs femmes et leurs enfants, en exceptant les aînés. Les aînés ont alors pris les couteaux, les fusils, et tué leurs pères. Après quoi, ils se sont suicidés sur les cadavres de leur famille. Moi seul j’ai tenu à vivre quelques heures de plus pour m’assurer que les choses se passeraient suivant les règles de notre honneur, à nous, qui n’est pas le même que le vôtre. Vous ne valez pas mieux que les Chinois. On a tué votre tsar, on a bien fait. Vous êtes de vilains diables. Brûlez-nous honnêtement, c’est tout ce que je vous demande avant de mourir à mon tour."
      Et sur ce monceau de cadavres, d’un coup de yatagan, le vieux chef de la tribu des Yolounes se trancha la gorge, affreusement. »
      Les cadavres s’entassent sur la plaine blanche, mis en tas et aussitôt brûlés comme de vulgaires fagots.
      Après cet épisode dramatique, nos héros font l’essai d’un traîneau automoteur qui les emmène au-delà d’Orenbourg dans le confort et la vitesse mais qui, au retour, met en danger leurs vies,  car poursuivis par des meutes de loups qui manquent de peu de les déchiqueter. A l’annonce de l’arrivée certaine des hordes chinoises, Lamouroux demande à certains aéronefs de survoler la future zone de combat pour évaluer la progression des Jaunes grâce à un nouveau procédé technologique, le « télécinématographe » qui expédiera directement des images du terrain vers le centre de commandement. Après quelques heures d’attente, le  «Montblanc », dans lequel ont pris place Pigeon et le narrateur, survole des masses infinies d’hommes jaunes en marche, des Chinois, à pieds, à cheval, des groupes, brandissant des têtes coupées au bout de lances, habillés à la moderne et munis d’armes perfectionnées, certainement  fournies par les Japonais. La mission des audacieux «Voleurs» est remplie et nul ne songe à s’attarder au-dessus de cette mer mouvante et hostile, lorsque le « Donon », suite à une avarie, s’abîme à terre, immédiatement attaqué par les Jaunes, sous l’œil horrifié de leurs amis.
      Vol.24 : le choc de deux races, Albert Méricant éd., 1908, 1 fascicule broché, in-quarto, 32pp. couverture illustrée par Robida
      Bien que certains aéronautes se soient déjà suicidés, d’autres tombent aux mains de leurs ennemis. Impuissants, du haut des airs, leurs amis assistent aux cruels événements. Finalement, décision est prise de nettoyer le terrain, puisque les survivants n’ont, de toute façon, aucune chance d’en réchapper. Les grenades pleuvent au sol, éparpillant hommes et animaux. Le retour est morne et il faut la nouvelle de la mise en place de l’artillerie sur la rive gauche de l’Oural, qui constitue un goulet d’étranglement, pour que les défenseurs européens reprennent courage.
      Puis, c’est la ruée chinoise au passage de l’Irtely. 300.000 Jaunes tombent, fauchés par la mitraille. Bien que l’hécatombe soit totale, les vides sont aussitôt comblés par de nouveaux envahisseurs. La supériorité technologique et militaire des Occidentaux se trouve largement dépassée par la supériorité numérique des Jaunes qui peuvent sacrifier des millions d’hommes à leur entreprise de conquête. Le massacre est tel que les Blancs ne peuvent sauver tous leurs blessés qui seront achevés par les Chinois en d’horribles souffrances :
      « Mieux vaut mourir d’une balle dans la tête que d’être emmené par les barbares en captivité pour servir de jouet macabre à des populations féroces, qui se repaîtront de nos supplices. Car le Chinois, ne l’oubliez pas, ne fait pas de quartier aux prisonniers ! Il les martyrise par des tortures graduées. Vous ne voulez pas qu’on vous mette en croix, n’est-ce pas, ni qu’on vous découpe en dix mille morceaux la peau de tout votre être, ce qui demande plusieurs jours, le plus possible, naturellement ?... Vous ne tenez pas à ce  qu’on vous crève les yeux, les joues, les seins, la gorge, les oreilles ; à ce qu’on vous coupe le nez, la langue, les paupières ; à ce qu’on vous arrache les dents, les cheveux, les ongles, à ce qu’on vous passe des fers rouges sous les bras et les jambes, à ce qu’on vous introduise sous la peau des rats qui chemineront à travers votre corps et mettront trois ou quatre jours à vous dévorer… ? »
      A l’arrière, les fantassins français piaffent d’impatience : pourvu que l’artillerie leur laisse encore des adversaires sur pied ! Les munitions utilisées lors de ces massacres, sont spécialisées et spécifiques et l’on en consomme excessivement, à tel point que l’approvisionnement, en provenance de l’arrière et par trains, doit se faire de manière ininterrompue.
      Les Turcs seront les premiers à souffrir d’un manque de munitions. Ceci est dû à l’action des Poscarié qui, faisant sauter les rails, privent la ligne de feu de projectiles. A terme, cela conduira à une catastrophe pouvant même mettre en cause la victoire des Blancs sur le terrain. Car sans munitions, les défenseurs seront obligés de battre en retraite vers Orenbourg pour s’y retrancher en attendant que les balles, obus et projectiles leur parviennent à nouveau.
      Martin Dubois et nos amis se trouvent au cœur de l’engagement et menacés de toutes parts. Une charge de lanciers en leur faveur libère quelque peu la pression. Mais lorsque la barrière turque cède, c’est le sauve-qui-peut général, en dépit des aéronefs qui sillonnent le ciel et qui font de leur mieux. Les engagements se font maintenant à la baïonnette dans le froid, la nuit, le brouillard, le gel.Avec la neige qui se met à tomber, nos amis sont pris en tenaille, puis libérés à nouveau par une charge de cavalerie. Mais Martin Dubois, criblé d’éclats d’obus, tombe, blessé à mort. Pour ne pas être torturé par les Chinois, il supplie son journaliste de l’achever. Celui-ci obtempère, la mort dans l’âme.
      Dans Orenbourg règne la confusion la plus totale, les blessés encombrent les rues par milliers et l’église Saint-Wladimir est transformée en lazaret improvisé. Le général Lamouroux ne décolère pas d’être ainsi trahi par les siens. Afin de ralentir la progression chinoise, l’on casse la glace du fleuve Oural. Pourtant la retraite vers Rostov s’imposera à court terme, la ville étant pilonnée sans cesse. Peu de temps avant cette prise de décision, une personnalité curieuse, un savant, le Dr. Essipof demande à voir le généralissime des troupes occidentales.
      Vol.25 : A nous le choléra !, Albert Méricant éd., 1908, 1 fascicule broché, in-quarto, 32pp. couverture illustrée par Robida.

      A leur grande satisfaction, le Dr. Essipof, si pacifiste d’allure, propose aux chefs de l’armée de cultiver et de répandre, en quelques jours, à partir d’un laboratoire improvisé et sans beaucoup de matériel, le germe du choléra parmi les Chinois, garantissant ainsi l’extinction de l’armée jaune. Il lui faudra trois jours pour cela.Avec l’approbation du général Lamouroux, et sans que Paris ne soit informé de la décision - pour éviter que les bureaucrates ne ralentissent l’action ! -  Essipof, en compagnie de quelques autres médecins et de nos amis, au nord d’Orenbourg, dans une cahute d’apparence inoffensive, prépare sa mixture épidémique et la fait verser dans la source en connexion avec la nappe phréatique de la plaine.
      Parallèlement, défense est faite aux soldats occidentaux de boire de cette eau : ils devront se contenter en un premier temps de neige fondue puis, plus tard, de l’eau de Choucha, en provenance de poches thermales des monts de l’Oural. Les résultats ne se font pas attendre ; vomissements, diarrhées et crampes couchent les Chinois au sol,  qui sont incapables d’utiliser leur artillerie. Le « Montblanc », en surveillance, rapporte des images d’horreur , pourtant joyeuses pour les Blancs :
      « Il y avait des morts à présent, par milliers. On les voyait étendus sur le sol, sans soins, tombés les uns à côté des autres, parfois en un tas désordonné. Ce n’était pas des alignements de cadavres que nous apercevions d’en haut ; c’étaient des grappes, de véritables grappes funèbres. A la distance où nous étions, entre neuf cents et mille mètres d’altitude, on ne pouvait percevoir un son. Mais les contorsions, les convulsions des moribonds suffisaient à nous montrer que les redoutables bactéries confiées aux eaux brunâtres de l’Oural s’étaient furieusement acquittées de leur mission sauvage. »
      Bientôt, cependant, se produisent des événements bizarres. Des Français, buvant l’eau de Choucha, tombent malades à leur tour. Quelqu’un a dû répandre les germes du choléra dans cette eau, peut-être des Poscarié. L’enquête révèlera qu’un intendant russe s’est fait acheter  par des Chinois et l’on sent derrière cette manœuvre la main de Wami. La réalité est plus effrayante, car c’est Essipof le responsable. Dans un souci d’équilibre morbide, il a voulu rester fidèle à son idéologie de « Niedoloviste » (Mécontent), qui demande une réorganisation totale de l’ordre mondial, mais qui ne pourra être jugé,  puisqu’il s’est suicidé en se lançant du haut de la nacelle du Montblanc.
      En attendant, l’infection se répand aussi chez les Blancs, affectant de plus en plus de monde. Tom Davis annonce qu’un train sanitaire, dirigé par miss Ada, est en route vers Orenbourg pour procéder à l’évacuation des moins atteints. Il y aura également à bord – divine surprise !- des munitions que M. Vandercuyp a fait acheminer par un navire affrété dans le port de Rostov.
      La pression des Chinois, malgré l’épidémie, se fait insoutenable. Déjà, ils traversent le fleuve sur des radeaux improvisés. Miss Ada, avec ses infirmières, saluée comme il se doit par nos amis, ne restera pas longtemps à Orenbourg : il faut repartir au plus vite, après avoir fait le plein de malades, pour Rostov.
      Vol.26 : le Train sanitaire, Albert Méricant éd., 1908, 1 fascicule broché, in-quarto, 32pp. couverture illustrée par Robida.
      Le train étant apprêté pour le transport des cholériques vers Rostov, le départ fut donné. Miss Ada, ainsi qu’une vingtaine d’accompagnatrices, veillait au grain sous la direction de Brondeix, le médecin-chef. Des obus spéciaux de type soporifique, ayant endormis des milliers de Chinois, l’on se demandait quoi faire de tous ces ennemis à leur réveil. Les cosaques mirent en œuvre une solution simple, élégante et horrible : ils les égorgèrent !
      En attendant,  trois armés chinoises, l’une au Nord, l’autre au Sud, la troisième au centre, respectivement commandées par les généraux Vou, Dou et Tsou,  convergeaient vers Orenbourg. D’après un jeune capitaine ennemi parlant français, ses compatriotes investiraient Moscou dans moins d’un mois.Le voyage vers Rostov, distant de 700 kilomètres d’Orenbourg, et malgré la sollicitude des jolies infirmières, vit le décès des malades les plus gravement atteints.
      Peu de temps après le départ, se fit un arrêt en pleine campagne, sans cause apparente. Très vite, à l’horizon, les voyageurs virent apparaître une foule de moujiks en colère, menés par des prêtres orthodoxes, et ils entendirent de plus en plus distinctement un seul mot d’ordre : « Pas de cholériques à Rostov ! »Cette foule d’émeutiers, prêts à faire un mauvais parti aux Français s’ils persistaient dans leur désir d’aller de l’avant, ne put être tempérée que par l’arrivée d’un groupe de cosaques jouant le rôle d’intermédiaires.
      Pourtant, eux aussi, avaient eu l’ordre le plus impérieux d’empêcher le train d’avancer. Malgré la protection de l’aéronef le «Montblanc »,  qui mitraillait les belligérants, le train dut reprendre le chemin inverse, en direction d’Orenbourg, les conditions de survie des malades devenant de plus en plus problématiques.
      La mort du général Lamouroux et la menace qui planait sur miss Ada rendaient Tom Davis très pessimiste. Ce pessimisme devint du désespoir  quand il apprit que sa jeune sœur Nelly était elle aussi atteinte du choléra, et devait décéder rapidement. De retour  au point de départ, la situation ne s’était pas améliorée, au contraire. Les plaines étaient jonchées de cadavres infectés et les Chinois pesaient sur le dispositif de l’armée turque, de plus en plus défaillante. Pour couronner le tout, Tom Davis, atteint à son tour par le choléra, mourut de façon fulgurante, dans une cabane, à Perm, à  peu de distance d’Orenbourg
      Vol.27 : Désespoirs et vengeance, Albert Méricant éd., 1908, 1 fascicule broché, in-quarto, 32pp. couverture illustrée par Robida.
      Le corps de Tom Davis fut brûlé à Niojnine le 7 avril 1938, au grand désespoir de Miss Ada, effondrée, malgré le soutien moral que lui prodiguait Pigeon.  Dans le lointain, ils entendent  des fusillades et voient venir vers eux une troupe de jeune soldats turcs qui leur apprennent que leur armée s’est fait soudoyer par les Chinois, achetée pour 500 piastres par tête, qu’elle a tourné casaque,  se dressant dorénavant contre les Occidentaux,  et qu’eux seuls, ne partageant pas cette trahison, leur sont restés fidèles. D’ailleurs, ils ont fait un prisonnier jaune qui semble impliqué dans la manœuvre. Avec stupéfaction, nos amis s’aperçoivent qu’il s’agit de Wami. Ce dernier, déversant un torrent d’injures sur leurs têtes, montrant sa haine à l’égard des Blancs, se coupant la langue plutôt que de continuer à leur parler, est tué par le général Lamidey, d’un coup de pistolet, son corps, dépecé par les Turcs et sa tête promené au bout d’une pique.
      Enfin, le train repart, accompagné par le groupe de soldats fidèles, pour s’arrêter presque aussitôt : une rivière en crue a noyé les rails ; il est donc impossible de franchir l’obstacle. Mais impossible n’est pas turc ! Ceux-ci se mettent en deux files parallèles, pénètrent dans l’eau, et, au signal du commandant, soulèvent, en un effort prodigieux les rails, permettant aux Européens de franchir l’obstacle, avec la locomotive et ses voitures. Cet effort stupéfait le narrateur. Tout le monde réembarque. L’arrivée très lente, au-dessus d’eux d’un aéronef français, les met en joie. Ils sont sauvés ! D’ailleurs une voix venue du haut, leur demande de se préparer à monter à bord. Les Turcs, cependant, flairent un piège et dès que le dirigeable leur est accessible, ils le mitraillent à bout portant. C’étaient effectivement des Japonais qui, ayant pris le contrôle de l’engin, singeant les Occidentaux, s’apprêtaient à les enlever dans les airs.
      Le train est très vite confronté  à un nouvel arrêt, définitif celui-là : les rails et le ballast ont sauté comme résultat d’un sabotage opéré par les Poscariés, soutenu par les Japonais. D’un repli de terrain, les adversaires jaillissent soudainement.Talonnés par le gros de l’armée turque, assaillis par les saboteurs, harcelés par les Jaunes, les Blancs se sentent perdus. Mme Louvet, miss Ada, le Dr. Brondeix, Pigeon, le narrateur se trouvent aux mains de leurs ennemis, la tête mise dans une cangue, attendant la venue des trois maréchaux chinois qui décideront de leur mise à mort, certainement après d’atroces tortures.
      Vol.28 : les Chinois à Moscou, Albert Méricant éd., 1908, 1 fascicule broché, in-quarto, 32pp couverture illustrée par Robida.

      Les prisonniers avancent avec l’armée chinoise dont ils peuvent apercevoir l’ordonnancement. A l’arrivée des maréchaux, les troupes se rangent par bataillons. Au son d’une musique militaire cacophonique, les Occidentaux sont traînés devant les chefs. Dou leur explique qu’ils seront mis à mort lors de l’entrée des siens dans Moscou mais, qu’en attendant, ils seront gardés en vie pour s’imprégner de l’excellence des armées jaunes.
      Pourtant, histoire de les mettre en appétit, trois des Turcs capturés avec eux seront suppliciés avant leur exécution immédiate : nez, oreilles et langue coupée font partie d’un programme qui se clôt sur une décapitation.Quant au Dr. Brondeix coupable, selon eux, d’avoir participé à la dispersion du microbe cholérique, il subira le supplice dit de « la promenade du rat », sous l’œil horrifié de ses amis et celui, ravi, de la plèbe jaune. Immédiatement marqué au fer rouge, on lui introduit un rat vivant dans ses blessures gonflées, lequel poursuivra tranquillement son chemin en grignotant les chairs du bon docteur :
      « Alors le tortionnaire en chef entra en scène. Après avoir fait à Dou-y-Kou un salut obséquieux, il entr’ouvrit adroitement sa cage, de manière à laisser le rat s’échapper dans la première poche de chair qui se présentait.
      Après toutes sortes de précaution la bête fut mise en contact avec la peau, dans laquelle l’aide venait de découper brusquement une ouverture, à la pointe d’un sabre. Le rat quittait aussitôt son panier et entrait en fonctions, car on vit le corps de notre malheureux compagnon sursauter et se tortiller dans une succession d’épouvantables douleurs. Le bourreau, fier d’avoir réussi son coup, lançait bientôt la cage en l’air, et d’un geste indiquait au maréchal que l’animal était à l’œuvre. Immondes Chinois ! Bêtes féroces indignes de porter le nom d’hommes, décidément ! Comment s’appelait donc le fou qui voulait démontrer dans je ne sais quel ouvrage, voilà des années déjà, la parfaite égalité des races humaines ? Il n’y a pas de races, disait-il, avec je ne sais quelles déclamations en guise de preuves à l’appui, il n’y a que des hommes !
      Je crois que s’il eût été crucifié sur un chevalet, comme notre malheureux docteur Brondeix, nu sous le soleil d’avril, avec un rat vivant sous la peau, ce philanthrope paradoxal n’eût pas raisonné de la même manière. »
      Ceci enchante les Chinois qui augurent qu’il mettra longtemps à mourir, trois jours dans le meilleur des cas !
      De Volsk, au bord de la Volga, l’armée reprend sa route vers la capitale de la Russie.  Wang-Tchao,  parlant parfaitement le français, leur est spécialement attaché et les met en contact avec Takorikara, le principal interlocuteur qui rassemble des journalistes de Kobé, Pékin, Bangkok ou Ceylan.
      Fasciné, le narrateur assiste, dans cette plaine sans aucune élévation, à un chef-d’œuvre de la stratégie chinoise, c’est-à-dire à la mise en place  d’une colline artificielle formée par les corps de centaines de soldats, entassés les uns sur les autres, servant de marchepieds aux généraux désireux d’examiner les environs.
      Pour fêter leur arrivée, les maréchaux permettent une représentation théâtrale dans laquelle se tortillent de nombreuses geishas au son d’une musique horrible aux oreilles des captifs. Suprême avanie : miss Ada et ses compagnes déguisées en chinoises aux petits pieds, sont traînées sur scène et moquées par la foule, aux accents d’une marseillaise caricaturale.
      Wang-Tchao qui est tombé amoureux de la blanche miss Ada, propose un marché au journaliste à qui il est demandé de la convaincre en échange de la vie de cette dernière. Miss Ada refuse, car elle reste fidèle au souvenir de tom Davis. Enchaînés comme du vulgaire bétail, ils arrivent à Moscou, appelée Kitaïgorod, terme final de leurs souffrances.
      Devant le Kremlin, sur la Place Rouge, les Chinois préparent la grande fête du lendemain où trois cents de leurs ennemis seront mis à mort dans les tortures les plus longues, les souffrances les plus atroces, sur des échafauds aussi variés que prometteurs. En guise de hors-d’œuvre, et pour s’ouvrir l’appétit, ils soumettent sans désemparer Mme Louvet au supplice de « la chemise de fer ». Sur le buste de la malheureuse est enfilée une sorte de cotte de mailles, aux multiples petits trous,  extrêmement serrée, d’où s’échappent quantité de petits bourrelets de chair. La règle du jeu est simple : le bourreau tranche ces bourrelets, laissant Miss Louvet agoniser le plus longtemps possible, perdant son sang.
      Vol.29 : Dans l’avenue des supplices, Albert Méricant éd., 1908, 1 fascicule broché, in-quarto, 32pp. couverture illustrée par Robida.

      Miss Ada et ses compagnons seront forcés de voir ce triste spectacle. Il se poursuivra avec des décapitations rythmées par les sons des cloches du Kremlin. Wang-Tchao tente à nouveau de sauver miss Ada en la substituant à une autre jeune femme. Refus de la première. L’après-midi est agrémenté par le supplice des « serpents d’eau ».  Ligotées, la peau nue, des femmes blanches se voient appliquer, étroitement serrés autour d’elles, des tuyaux d’arrosage remplis d’eau bouillante et dont l’effet est garanti pour guérir définitivement des rhumatismes, le tout sous les injures et les lazzis des Jaunes. La nuit, s’élèvent des chants de triomphe autour des gibets. Miss Ada, en proie à une ultime tentative d’enlèvement (ou de sauvetage) de la part de Wang-Tchao, n’en supporte pas plus. S’emparant d’un poignard, elle se le plonge dans la poitrine.
      Pas assez profondément, hélas ! car elle n’en meurt pas. Frustrant les maréchaux de leur vengeance, elle sera immédiatement suppliciée, tant qu’elle est encore en vie. Pendant que de jeune Chinois lui enfoncent des clous rougis au feu dans les talons –histoire de la faire réagir !-, on allume tout autour d’elle des fagots pour une bonne flambée. Elle mourra en quasi-sainte, devant le maréchal Dou, à l’instar de Jeanne d’Arc à Rouen.
      Vient le tour du supplice de Pigeon. Lui, ainsi que le narrateur, munis de mors crasseux qui les empêchent de s’exprimer, sont sommés de creuser leur propre tombe. Le journaliste, dont la mise à mort est prévue en dernier, assiste à l’agonie de Pigeon dont on découpe le dos et le ventre en fines lanière de peau et de viande que l’on donne à manger à des chiens. Finalement, la tête de ce dernier sautera sous le coupe-coupe terriblement aiguisé d’un bourreau fier de son œuvre. Le tout sera disposé dans la tombe, dans le plus parfait désordre :
      « Avec un « han ! » de bûcheron le tortionnaire enfonce l’arme terrible dans le cou de l’écorché.
      –Hao to ! crie encore le populaire.
      Mais ce n’est pas fini. La tête a roulé en bas du tréteau. L’un des galopins l’a ramassée et renvoyée comme une balle ensanglantée au bourreau, qui la fait sauter plusieurs fois dans ses mains avant de l’envoyer à son destinataire, le maréchal Dou. Le hideux guerrier la prend, la considère, ricane, lui adresse des insultes que répètent Tsou et Vou. Après quoi le maréchal jette la tête dans la tombe ; les aides y portent le corps qu’ils laissent tomber pesamment. »
      En ce qui concerne notre héros, avant qu’il ne soit décapité, et étant donné qu’il a été jugé coupable d’avoir répandu pendant si longtemps de si mauvaises nouvelles pour le peuple jaune, des tortures préalables et inventives ont été mises en place.
      D’abord, on le pend, à cinq reprises, le relâchant au bord de l’asphyxie, ce qui lui permet d’apprécier la difficulté du passage dans l’autre monde. Puis, on lui enfourne de grosses allumettes enflammées dans les narines, ce qui l’asphyxie également, le fait éternuer, lui monte au cerveau, lui fait un mal de chien, etc. etc.
      Ensuite, on l’enterre, la tête à fleur de sol. Alors qu’il croit être arrivé au bout de son martyre, il s’aperçoit (encore) qu’il n’en est rien.  En effet, le bourreau lui fait sur une autre, une démonstration du dernier délice qui l’attend : avec une petite cuillère, on lui fera sauter proprement l’œil (les deux !) hors de leur orbite. Aveuglé, réduit à rien, le condamné attend le coup de grâce.
      Vol.30 : la Fin d’un cauchemar, Albert Méricant éd., 1908, 1 fascicule broché, in-quarto, 32pp. couverture illustrée par Robida
      C’est à ce moment précis que le narrateur se réveille. Angoissé, avachi, reprenant lentement le contrôle de lui-même, secoué par son domestique chinois qui ne comprend pas ce qui lui arrive, il doit se rendre à l’évidence: il a été la victime d’un atroce cauchemar. Ayant beaucoup de mal à se réadapter à la réalité, il se rappelle enfin qu’il est attendu au mariage de Miss Vandercuyp (Miss Ada) avec le sergent Tom Davis, en présence de nombreuses autres personnalités, comme son patron Martin Dubois, et qu’il se trouve à La Haye en cette occasion. D’ailleurs, son collaborateur Pigeon, trouvant qu’il est bien long à s’habiller, tambourine à la porte, ce qui achève de le réveiller.
      Aussitôt après, ils se dirigent ensemble vers l’église, puis, après la cérémonie, vers la sortie,  où les jeunes mariés défilent sous la voûte d’acier. De là, ils se rendent dans le hall de restauration où doit se dérouler le repas de noces, ce qui laisse le temps au narrateur de conter longuement à son ami Pigeon les détails, les caractéristiques et modalités diverses de son affreux rêve.  Pigeon lui fait remarquer, qu’en effet, ils ne sont pas en 1937 mais en 1907, que « l’An 2000 » n’existe pas, contrairement au « Figaro » ou au  «Petit Parisien », que l’invasion jaune n’a pas eu lieu (du moins pas encore!) ainsi que la guerre du sorbet qui a dressé la France et l’Angleterre contre la Prusse, même si cette dernière est menaçante,  et que la conférence de La Haye recèle bien des dangers.
      Les personnages qu’il a rencontrés dans son odyssée cauchemardesque avaient revêtus les oripeaux de la réalité. Ainsi Wami ressemblait étrangement au délégué japonais M. Tsoukouba et Jim Keog au commodore américain Clayton. De même, le « War insane Asylum » était le titre d’un tableau fixé au mur. Lors de la promenade digestive faite en compagnie de Pigeon, les deux amis se rendent compte que le matériau de ce rêve est si riche qu’il pourrait fournir le sujet d’une œuvre romanesque. Aussitôt dit, aussitôt fait. Ils prennent le temps, dans une auberge de hasard, de coucher sur le papier l’intrigue et les événements oniriques qui constitueront le corps d’un roman-feuilleton « la Guerre Infernale », destiné à être publié dans les journaux, formant ainsi le tableau d’une vision prémonitoire de l’avenir :
      « Dans mon cas, je vois déjà se dresser en un faisceau toutes les invraisemblances du rêve, et pourtant au milieu de ces invraisemblances un fil conducteur apparaît…
      -L’idée de la guerre future.
      -C’est clair. Qu’avions-nous fait à La Haye depuis un mois? Enregistré les dires de plénipotentiaires qui ne parlent que de la paix. Il est tout naturel que notre esprit, tendu depuis un mois sur l’idée de paix, soit accueillant à l’idée de guerre.
      -Absolument (…) A La Haye, si l’on n’a parlé que de paix, on n’a pensé qu’à la guerre. Le point de départ de votre cauchemar est logique. Les excellents vins du banquet vous avaient incité à rêver. Vos préoccupations de chaque jour ont déterminé le leit motiv du rêve. C’était la guerre, et la guerre infernale que les Conférences de La Haye cherchent à rendre moins cruelle –sinon impossible-, la guerre que nous ne verrons pas, j’espère, mais qu’on verrait dans quelques années, si quelques fous s’avisaient de la déchaîner sur le monde. »
      conclusion:
      La « Guerre infernale », écrite par Giffard, illustrée par Robida, sans que l’on sache exactement la part de l’un et de l’autre, (l’on se rappelle que Robida est aussi l’auteur du «Vingtième siècle » et de « la Guerre au Vingtième siècle), est l’archétype même du genre « guerres futures ». Débité en livraisons hebdomadaires, durant trente épisodes, le roman-feuilleton, qui va atteindre une taille respectable, développe l’ensemble des thèmes que l’on retrouvera ultérieurement dans ce type d’écrit.
      Autant dire qu’il est exemplaire. Ecrit avec une indéniable qualité dans le style, le roman évoque les conséquences d’une guerre à venir, d’abord européenne,  puis mondiale. Dans les premières années du vingtième siècle, avec les développements de la technologie militaire, la menace, de plus en plus pesante, que constituait la Prusse, se cristallisent les inquiétudes de 14-18 en littérature, comme l’a magistralement démontré I.F Clarke avec son ouvrage (non traduit) « Voices prophesying war, future wars (19763-3749)»
      En ce sens, la « Guerre infernale » porte les traces et les stigmates des idéaux, des préjugés et des valeurs qui furent ceux de nos arrières grands-parents, ceux d’une société occidentale encore en plein essor colonial, et que les deux guerres qui suivront n’avaient pas encore mise à genoux.Le discours y est donc triomphant, dominateur, xénophobe et raciste. D’abord la « guerre des sorbets », appelée ainsi en raison du motif futile qui l’a initiée, et qui rassemble les protagonistes de deux camps : les Prussiens et leurs alliés, les Italiens d’un côté, la France, l’Angleterre et la Russie, de l’autre. Tous les coups seront permis. Cette guerre sauvage et monstrueuse entre Blancs, s’appuyant sur l’arrogance des Prussiens, affaiblit le rayonnement européen. Elle n’est pourtant qu’un hors-d’œuvre, une sorte de mise en bouche,  puisque le corps de l’ouvrage décrit un conflit entre les Européens et les Japonais, entendez entre les Blancs et les Jaunes. A cette occasion, même les Américains, qui avaient fait cause commune avec les Prussiens, retournent leur veste  en reconnaissent leur erreur et rejoignent l’entente blanche.
      D’ailleurs, leur territoire est envahi dès le début par les infiltrés de la cinquième colonne, ces immigrants jaunes de Californie. Le véritable nœud du conflit est ailleurs : c’est celui du « Péril Jaune»,  quand les masses énormes de Chinois s’ébranlent en direction de l’Occident et, épaulées par la technologie japonaise, désirent envahir nos pays. La mort n’est rien pour eux, semble-t-il. Un inépuisable réservoir d’hommes, riche de plus de quarante millions d’individus, déferle en hordes serrées, à travers les steppes mongoles et sibériennes, à l’assaut de la Russie blanche. Les Jaunes y sont décrits en fonction de l’image qu’ils dessinent dans la fantasmatique blanche : fourbes, cruels, inhumains, au réflexe de fourmis, se délectant des tortures, capables de se suicider et de mourir sur commande.
      Le thème du « Péril Jaune » ne cesse de parcourir la littérature conjecturale du siècle. Tous les romans, apparentés à notre domaine l’évoquent, roman ou roman-feuilleton, rendu palpable dans les écrits des Pouvourville, Kistenmaekers ou autre Lermina.  Les Européens y ont naturellement le beau rôle : ils sont intelligents, humains, sensibles et munis des dernières inventions technologiques, canons démesurés, aéronefs hyper-rapides, bactéries nocives, cultivées avec soin en vue d’éradiquer industriellement l’ennemi.
      Sans discussion, ils représentent le Bien. Le racisme et la xénophonie,  dont ils administrent la preuve à chaque instant,  apparaissent comme des évidences, tellement les «nègres » les « métis » et les autres « sang-mêlés » leur sont naturellement inférieurs, comme si la couleur de leur peau signait irrévocablement leur demi-humanité. On sait aujourd’hui les conséquences qu’a produites cette attitude dominante en notre début du XXIème siècle.
      La guerre, aussi. La barbarie y est dépeinte, difficilement soutenable parfois,  sans concession, crue ou brutale, mais si nécessaire ! « L’ingénieur von Satanas » n’est pas loin.  Blessés, traumatisés, charniers, explosions, membres épars, suicides, tortures, s’accumulent au fil des pages, jusqu’à la nausée. Il n’est guère que le capitaine Danrit qui les dépasse dans la description de l’horreur avec sa somme indigeste qui évoque  la  «Guerre de demain ».
      Politiquement, l’œuvre est conservatrice. Faisant leur la pensée de Goethe pour qui « l’injustice est préférable au désordre », les auteurs abreuvent d’injures les "Poscariés", ou révolutionnaires russes, prêts à mettre à bas leur pays pour réclamer une nouvelle constitution. Non seulement ils perpètrent un crime inouï en assassinant le tsar Nicolas II, non seulement ils paralysent leur gigantesque pays avec une grève générale, mais surtout ils empêchent la victoire de l’Occident sur les hordes jaunes en faisant sauter tous les ponts ferroviaires censés acheminer munitions et canons pour les vaillants défenseurs de la « Muraille blanche », dans les contreforts des monts de l’Oural.  Ingrats, bêtes à mourir avec leur volonté de nuire, honnis et à mettre au ban de la société, voilà comment sont vus les « Poscariés », dont le traitement devrait être équivalent à celui des Jaunes.
      Enfin, ceux qui ont le beau rôle dans cette épopée guerrière, sont les journalistes et, d’une façon plus générale, la Presse, seul « média »comme l’on dirait aujourd’hui, capable de transmettre rapidement les informations en provenance du front, informations non censurées, bien sûr.  Le héros du récit est l’un de ces journalistes –dont on ne saura jamais le nom comme si cela n’avait aucune importance – qui, avec son collaborateur Pigeon et avec son excellent patron, M. Martin Dubois, relate sans désemparer les événements de l’héroïsme occidental.
      Si l’intrigue est soutenue, et souvent relancée selon la manière propre au roman-feuilleton, les personnages principaux hors du commun, comme ce Wami, tortionnaire japonais de nos héros, la critique des « vieilles badernes » de l’armée présente mais discrète, la « lenteur » des bureaucrates et autres politiques quelquefois dénoncée, il n’en reste pas moins que la fin est décevante, car irréelle : toute cette aventure n’était qu’un rêve ! Un cauchemar, plutôt, dont s’éveille le narrateur après un repas trop bien arrosé. Une telle chute, souvent utilisée dans la procédure romanesque – une manière de fuir la difficulté structurelle d’une « fin » appropriée-, représente le maillon faible d’un récit qui, malgré sa longueur, présente aussi d’indéniables qualités littéraires, le rendant encore lisible aujourd’hui.

    8. Type: livre Thème: guerres futures 1 Auteur: LORD CHESNEY Parution: 1871
      La « Bataille de Dorking » se présente comme la relation vécue de l’invasion de l’Angleterre par les Prussiens, racontée par l’un de ces vétérans. Parmi les causes d’un si grand malheur, facilement évitable par une Angleterre puissante et commerçante, il place le manque de fierté de l’Anglais envers son armée, sa suffisance à l’égard  des autres puissances  liées à une organisation militaire défectueuse. L’éparpillement de la flotte anglaise au Canada, aux Antilles, en Chine, les révoltes en Inde et en Irlande ont affaibli d’autant la Grande-Bretagne. Ce furent les annexions de la Hollande et du Danemark par les Prussiens qui décideront de l’engagement dans la guerre, dans la certitude de la gagner:
      « L’invasion est un rêve. Une flotte anglaise montée par des marins anglais, dont le courage et l’enthousiasme trouvent un écho dans le cœur des habitants du pays, est déjà partie à la rencontre de notre présomptueux ennemi. L’issue d’une lutte entre des navires anglais et des navires de toute autre nation, à nombre à peu près égal, ne saurait être douteuse. L’Angleterre attend avec calme et confiance le résultat de l’action, qui est imminente. »
      L’Angleterre, isolée dans le nord de l’Europe eut soudain connaissance de la condition misérable de sa flotte en perdition, coulée par des mines prussiennes ou « engins infernaux ». Immédiatement, le gouvernement procéda à l’enrôlement de 20 000 volontaires dont fit partie le narrateur. La Bourse et les spéculateurs se précipitèrent pour pallier le coup du sort :
      « Nous prîmes le premier train pour Londres, et nous y arrivâmes au moment où la fatale nouvelle de la perte de la flotte fut télégraphiée de Portsmouth. La panique et l’agitation de ce jour-là, la baisse effroyable des fonds publics ; l’assaut de la banque, obligée de suspendre ses payements ; la moitié des maisons de commerce de la ville en faillite ; la publication d’un décret du gouvernement suspendant les payements en espèces et la présentation des billets (…), enfin l’appel aux armes et l’empressement unanime de la population à y répondre, tout cela appartient à l’histoire, et je n’ai pas besoin de vous le répéter. »
      Tandis que les marins ennemis approchent de la côte anglaise, les volontaires, mal préparés, mal armés, mal commandés, se dirigent vers Harwich, cantonnant de gare en gare, dans la confusion, le désordre, le vacarme et la cohue, sans que l’intendance ne suivît. Les ordres et contre-ordres se succédant, la seule information sûre qui leur parvint, fut celle de stopper l’avance ennemie dans une région de collines, au voisinage du village de Dorking :
      « L’ignorance où tout le monde, depuis le colonel jusqu’au soldat, nous laissait des mouvements de l’ennemi, nous remplissait d’inquiétude. Nous nous représentions l’Allemand poursuivant avec fermeté son plan d’attaque bien combiné, et nous comparions son assurance avec notre propre irrésolution. Le silence au milieu duquel s’accomplissaient les mouvements de l’ennemi nous inspirait une terreur mystérieuse. La journée s’avançait, nous souffrions de la faim, car nous n’avions rien mangé depuis le matin. »
      le commandement, assuré par des brutes narcissiques, installe en son esprit d’amères réflexions sur la valeur humaine :
      « Le capitaine écouta froidement mon récit, mais il ordonna au peloton de relâcher les deux captifs, qui se sauvèrent à la hâte par un chemin de traverse. Le capitaine était un bel homme à l’air martial, mais rien ne pouvait égaler l’insolence de ses manières, insolence d’autant plus remarquable qu’elle semblait naturelle et provenir d’un incommensurable sentiment de supériorité. Entre un pauvre volontaire boiteux et un capitaine de l’armée victorieuse, il y avait à ses yeux un abîme. Ces deux hommes eussent-ils été des chiens, il est évident qu’on n’aurait pas décidé de leur sort avec plus de dédain. »
      Les volontaires perdront rapidement confiance, surtout avec le ventre vide, les batteries de cuisine étant restées en arrière, ce qui les obligea à manger leur viande crue. Ils s’établiront cependant sur une hauteur pour défendre la vallée. De là, les volontaires verront manœuvrer les armées successives qui se pressent, sans cesse plus nombreuses, pour défendre ou forcer l’accès de Dorking, clé de l’invasion et chemin assuré vers Londres :
      « C’était comme une scène de théâtre : un rideau de fumée enveloppait le champ de bataille, avec une échappée au centre éclairée par un rayon de soleil couchant. Le versant rapide et glissant de la colline était couvert de troupes ennemies, dont je voyais pour la première fois les uniformes d’un bleu foncé. Elles formaient des lignes irrégulières sur le premier plan ; mais par derrière elles étaient très compactes.»
      La plus grande confusion règne dans la gare de Dorking où des fourgons sans chevaux s’opposent à la fuite de la population. Après une attente interminable, la confrontation avec les Prussiens a enfin lieu, à trois heures de l’après-midi. Les troupes anglaises avancent sous un feu d’artillerie incessant et meurtrier. Le beau sentiment esthétique que procure la magnifique discipline anglaise s’avère éphémère : il y eut tellement de morts et de blessés dans les rangs anglais que les volontaires eurent tendance à fuir le champ de bataille :
      « Quel beau spectacle de voir ces braves soldats ! Avec quelle précision les gardes descendant le revers de la colline conservaient un irréprochable alignement ! malgré les sinuosités de la plaine, ils faisaient feu et manoeuvraient avec la même régularité que s’ils eussent été à la parade : c’était splendide. Nos cœurs bondissaient d’une ardeur patriotique ; il nous semblait que la bataille était gagnée.»
      Les charges à la baïonnette dont le narrateur fit partie ressemblent à une sanglante boucherie :
      « Je sentis une vive douleur à la jambe pendant que j’enfonçais ma baïonnette dans le corps du soldat vis-à-vis de moi. J’avoue que j’avais peur de regarder mon adversaire ; cependant je ne détournais pas la tête assez vite pour ne pas voir ce malheureux au moment où il tombait ; les yeux lui sortaient de la tête, et, tout excité que je fusse par le combat, ce spectacle me parut horrible. (…) A une longue journée d’attente avait succédé l’excitation de la bataille, et nous n’avions guère eu le temps d’envisager notre situation ; lorsque chaque minute était peut-être la dernière de notre vie, nous ne songions guère à nos amis et à nos voisins ; et lorsqu’un homme armé d’un fusil est là en face de vous et qu’il veut votre vie, on n’a pas le loisir de se demander qui est l’agresseur, ni si on se bat pour son pays et son foyer. Je pense que toutes les batailles une fois commencées se ressemblent, du moins quant aux sentiments qui animent les combattants. »
      Enfin, les rangs se rompent dans la plus extrême des confusions. Le narrateur, dont les amis ont été tués, se retrouve à l’arrière des lignes, en retraite vers Londres, l’ultime charge anglaise ayant échoué. Sur la route de Kingston, le désespoir le gagne lorsqu’il apprend la reddition de Woolwich, l’arsenal général des armées anglaises. Se traînant jusqu’à la maison de son ami Travers, il y arrive juste à temps pour voir le petit enfant de celui-ci blessé à mort par un éclat d’obus :
      « Il était trop tard, hélas ! Le pauvre enfant gisait au pied de l’escalier la face contre terre, ses petits bras étendus, ses cheveux blonds baignés dans une mare de sang. Au milieu des milles éclats de la bataille, je n’avais pas entendu l’explosion. Un éclat d’obus était entré par la porte ouverte du vestibule et avait fracassé le crâne de l’enfant. »
      Lorsqu’il sort de son évanouissement, la maison est peuplée d’Allemands triomphants. A la honte d’être avili, humilié, méprisé, spolié, il ajoutera celle de l’Angleterre occupée, dépouillée de ses colonies et ruinée dans son négoce :
      «  Je me souviens encore avec quel sentiment d’amertume nous voyions qu’il était trop tard pour épargner à notre pays cette profanation, si facile cependant à écarter. Un peu de fermeté, un peu de prévoyance, chez nos ministres un peu de bon sens seulement, et cette calamité sans seconde eût été impossible. Il était hélas ! trop tard, nous étions comme les vierges folles de la parabole. » Il en conclut qu’ «une nation trop égoïste pour défendre son indépendance est indigne de la conserver .»
      La « Bataille de Dorking », écrite dans l’anonymat à l’époque par un Lord anglais, Lord Chesney, a vu son importance croître en proportion inverse de la brièveté du récit. Jamais nouvelle plus courte n’eut une pérennité plus longue, tant fut grande son influence. L’émotion, lors de sa parution, fut immense et donna lieu à de nombreuses imitations ou réfutations tant en Angleterre que dans le reste de l’Europe. Pour la première fois, sur un ton simple et naturel, l’on osa évoquer le pire cauchemar  que peut vivre l’Anglais insulaire : l’invasion de son sanctuaire sacré et la perte de sa puissance économique.
      Le roman ne se contenta pas seulement d’en raconter les épisodes, il appuie là où cela fait mal, en recherchant les causes du désastre, liées selon lui à la morgue et au mépris anglais vis-à-vis des autres nations. La polémique fut vive à un point tel qu’elle fut à l’origine d’un nouveau genre littéraire, celui des « guerres futures », dont la veine est encore fortement exploitée aujourd’hui. Il n’était donc nul besoin d’aligner une vingtaine de volumes comme le fit le capitaine Danrit avec sa « Guerre de demain » ou Pouvourville avec son « Héroïque combat », tout était déjà écrit en cet opuscule, chef-d’œuvre authentique dont on attend la réimpression (faite aujourd'hui).

    9. Type: livre Thème: guerres futures 1 Auteur: Commandant DE CIVRIEUX Parution: 1911
      Le commandant de Civrieux s’exerce au passionnant jeu du "kriegspiel", supputant à l’avance comment l’armée du kaiser pourrait être anéantie. Toutes les procédures des engagements sur le terrain y sont décrites, depuis les alliances française, belge et anglaise jusqu’à la mise en place des "troupeaux"  (sic !) d’hommes sur le champ de bataille :
      " Dans la guerre qui s’ouvrait, munies soit de mitrailleuses perfectionnées, soit de tubes de lancement pour explosifs (récemment inventés et demeurés secrets), montés par les plus hardis pilotes que le monde ait encore vus, les esquifs de l’air devaient jouer un rôle inespéré et magnifique. Et, par-dessus ces préparatifs matériels (…) un souffle passait, le souffle de la confiance. Il soulevait les âmes ; légères, il les portait à la frontière sacrée, vers les chères provinces. Certes, combien de ces âmes abandonneraient bientôt leurs corps éphémères ; mais elles revivraient à jamais dans la mémoire reconnaissante de la patrie. "
      C’est par la Belgique, forcément, qu’attaqueront les Prussiens. Mais cette fois-ci, ils trouveront à qui parler : une masse énorme d’hommes appuyée par un matériel technique du dernier cri. Les différentes phases de l’engagement commencent avec l’attaque d’Apremont (le 17 août 191…) où les Allemands connaissent leur première défaite. Sous le commandement du général Bordeaux qui aligne les armées (de Lorraine, des Ardennes, d’Alsace) avec en ligne plus de 800000 hommes et 3000 pièces d’artillerie, se déroulera l’effroyable Bataille de l’Ourthe qui amènera les Français aux portes d’Aix la Chapelle.
      "Les aéroplanes et les dirigeables étaient répartis entre les armées, les divisions, les places fortes, et, d’une manière générale, tout au long des secteurs de la frontière. Cependant, un millier d’entre les premiers, munis secrètement des appareils de lancement nouveaux, attendaient sur les plateaux à l’ouest de Mézières, sous des abris improvisés, l’emploi que comptait en faire le généralissime. (…) Le soir du troisième jour, 800000 cadavres jonchaient les guérets, les pentes des plateaux, les lisières des bois, les creux des ravins "
      Les Allemands, regroupés autour du Kaiser, se résignent à  la confrontation finale sur le sol même de leur mère patrie, au lieu dit "le Champ du Bouleaux". Sur une éminence, au centre de la plaine de Westphalie, Wilhelm surveille les opérations militaires de la dernière chance, pour contrer la "furia francese". Il ne survivra pas à la fatidique journée,  mourant écrasé sous les bombes lancées sur son abri alors que croulera son empire comme annoncé par les Prophéties de Strasbourg :
      "Tandis que les troupes allemandes, en désordre, cherchaient en vain à rétablir un équilibre déjà rompu, au fond de la plaine, une longue ligne noire raya la coupole du ciel. Cette ligne marchait à toute vitesse. Deux cents aéroplanes la formaient, et, dans un ronronnement tragique, elle dévorait l’atmosphère(…) et soudain, de tous les esquifs aériens, une grêle d’obus explosifs, de balles sifflantes s’abattit vers la terre, en un déchirement d’acier. Puis, par essaims, les aéroplanes fuirent en demi-cercle pour retourner en arrière et renouveler leur cargaison de mort. (…) Sous un orage d’artillerie, 50 000 Africains, dédaigneux de la mort, laissant derrière eux une chaussée de corps humains, étaient lancés tels des damnés poussant des cris sauvages. Tout pliait devant eux, et souvent des bataillons s’ouvrirent, terrifiés, pour laisser passage à ces démons de la guerre. "
      La Bataille du Champ des Bouleaux est l’un de ces innombrables opuscules qui anticipent la guerre de 14-18 et qui décrètent sur le mode de l’incantation la défaite de l’Allemagne, en faisant fi des centaines de milliers de morts dont le sang arrose le sol. Ecrite sous la houlette du Commandant  Driant (Capitaine Danrit), député de Nancy et grand pourfendeur devant l’Eternel (voir la " Guerre de Demain "), cette guerre conjecturale tente d’exorciser par le langage la crainte d’une nation.

    10. Type: livre Thème: guerres futures 2 Auteur: Fernand BOVERAT Parution: 1937
      Et pour une guerre future de plus. En 1937, l'Allemagne fait peur. Hitler vitupère et menace. La France compte ses forces terrestre, aérienne et navale, qui ne font pas le poids face à celles des Germains. Pour preuve, l'auteur met en scène le désastre futur limité au contexte maritime. Durant le temps que se déroulent les combats navals, le lecteur, à travers de rapides digressions, apprend ce qui se passe du côté de ses frontières, ce qui lui permet de prévoir le pire.
      Dès 1935, l'Allemagne, après le diktat envoyé à la Pologne, réclame à la France la main mise de ses colonies d'A.O.F., du Cameroun et de la Mauritanie. Notre pays s'élève contre l'ultimatum et déclare la guerre à l'Allemagne, comptant sur un approvisionnement constant en matériel en provenance des Etats-Unis à travers une noria de bateaux trans-océaniques. Les Allemands, tout aussi futés que les Français, ne le permettront pas. Il importe donc de couper la route océanique par un engagement naval décisif. Or, la victoire semble aléatoire du côté français, les forces alignées étant trop légère en tonnage et trop faibles en armement. Une escorte navale se constitue pourtant du côté français pour accompagner le paquebot Paris, appareillant du port de New York avec , dans ses soutes, du matériel destiné aux forces françaises. Mais les espions germaniques sont déjà avertis. Les Anglais, eux, fidèles à leur politique d'équilibre européenne, ferment les yeux le conflit imminent. L'escorte du Nord commandée par l'amiral Duruit se trouve en juillet 1935 face à face avec deux croiseurs protégés allemands et leur pléiade d'escorteurs, le Deutschland et le Preussen, deux monstres de 35.000 tonnes, tirant des projectiles de 350 kilos chacun. A cette puissance de feu, rien ne résiste. Malgré leur vaillance, les croiseurs français, les torpilleurs et contre-torpilleurs, le paquebot Paris seront coulés corps et biens:
      "Le Duguay-Trouin est touché le premier; un obus atteint une de ses tourelles arrière, en arrache le toit et en tue l'armement; un second le frappe en plein milieu et traverse ses deux ponts blindés pour faire explosion dans une chambre des machines; volant en mille éclats, il y exerce d'effroyables ravages, perfore les cloisons voisines, crève les tuyaux de vapeur et met hors de service trois turbines sur quatre. la vitesse du navire tombe à dix noeuds, faisant de lui un but facile pour les canons ennemis."
      Pour compliquer encore la situation, du côté des frontières des Vosges, les Allemands bousculent les lignes françaises:
      "Et là-bas, sur les Vosges, en Lorraine, nos soldats désarmés seront écrasés par le matériel allemand, massacrés par les chars d'assaut, asphyxiés par les gaz de combat; le front sera crevé, les hordes germaniques déferleront, la torche au poing, sur nos villes et nos campagnes, l'aviation ennemie portera ses ravages jusqu'à la Méditerranée et jusqu'à l'Océan! Six mille Français ont été sacrifiés en vain à l'accomplissement d'une tâche surhumaine... Le chef intrépide qui les a conduits ferme ses yeux mourants, et ses lèvres murmurent une dernière fois: "La France, la France...." La France, hélas! est perdue!"
      La France, forte de l'expérience de ses chefs aura été trahie par l'incompétence, la lâcheté, la pusillanimité des hommes politiques. Un conseil des ministres houleux stigmatise l'imprévoyance du pays, en dépit du traité de Versailles qui laissait l'Allemagne en état de faiblesse. Les militaires français accusent les civils de laxisme, se défaussant d'avance de leur responsabilité dans un combat perdu d'avance:
      "Après avoir construit cinq croiseurs protégés, l'Allemagne a mis en chantier tous les deux ans, depuis 1928, un bâtiment d'un nouveau type, véritable croiseur de bataille. Les deux premiers, le Deutschland et le Preussen, sont en service, un troisième commence ses essais. Au mépris du traité de Versailles, ils déplacent plus de 13.000 tonnes au lieu de 10.000, et le poids gagné par l'utilisation des moteurs Diesel, par l'emploi en grand d'aciers spéciaux et d'alliages légers, les rend comparables à des navires ordinaires de 15. à 16.000 tonnes. Ils portent six pièces de 280 millimètres, lançant à 30 kilomètres des obus de 350 kilos, et ils sont dotés, en outre , d'une forte protection; du fait qu'ils n'ont pas de chaudières, les parties vitales à mettre à l'abri des obus sont, en effet, beaucoup moins étendues que sur nos navires; elles ont pu être placées sous un cuirassement renforcé."
      Héroïques, comme d'habitude, ils ne se déroberont pourtant pas à leur devoir. Rassemblant toutes les forces navales disponibles, accélérant le programme de construction d'énormes croiseurs équivalents à ceux de leurs ennemis, ils reconstituent une nouvelle flotte sous le commandement de l'amiral Frehel;  le Foch, le Suffren, le Tourville , des engins de 13.000 tonnes, protégés par six croiseurs de 10.000 tonnes chacun, d'un porte-avion et de quelques torpilleurs, prennent le cap dans l'Atlantique Nord pour une bataille navale décisive dans l'océan.
      Essuyant d'entrée une tempête qui l'affaiblit, l'escadre, par ses avions de reconnaissance, elle localise les forces ennemies. Immédiatement, la flottille, rangée en ordre de bataille, fait route de collision, s'approchant le plus possible de l'ennemi afin que les coups portés soient tous décisifs. Les Allemands, qui ne sont pas en reste, commandés par l'excellent von Rompel, procèdent de même. Le combat est bref et d'une brutalité inouïe. les bâtiments français, touchés de plein fouet, et dont les munitions explosent sous les coups de boutoir, coulent les uns après les autres:
      "Six minutes après l'ouverture du feu, un premier obus abat une cheminée du Vauquelin; peu de temps après, un second ouvre à l'arrière une brèche par où l'eau commence à pénétrer; un troisième enfin, tiré à moins de 2.000 mètres, atteint le bâtiment à la flottaison, où il creuse une longue déchirure: ses chaudières noyées, le destroyer ralentit, puis s'arrête, incapable de gouverner; une vague énorme le prend de trois quarts et le couche sur le côté; la masse d'eau déjà embarquée l'empêche de reprendre son équilibre, la mer s'engouffre dans ses cheminées et le fait chavirer complètement. Il s'abîme au sein des flots, emportant avec lui jusqu'au dernier de ses marins, pendant que l'équipage du Koenigsberg salue sa victoire de hourras enthousiastes."
      Les monstrueux croiseurs allemands ne semblent pas souffrir de la confrontation. Le 21 août, le Foch est une épave, le Colbert et le Dupleix n'existent plus. L'amiral Von Rompel a de quoi être heureux: le ravitaillement américain est interrompu, la France est à genoux, l'Allemagne a gagné.
      Si le récit s'arrêtait là, on pourrait saluer l'exactitude prévisionnelle de l'auteur qui a anticipé la défaite française, bien que celle-ci se soit faite par voie de terre, à l'aide des tanks de Guderian, dans un Blitzkrieg inventé à l'occasion. Mais  il est vrai que l'on se résigne difficilement à mourir. C'est pourquoi, Boverat ajoute une deuxième partie, plus brève, à son ouvrage. Celle où, en 1937, a lieu une deuxième confrontation marine, au cours de laquelle la France a tiré les leçons de son échec. Elle a enfin construit deux croiseurs de taille: 30.000 tonnes de charge, des obus de 500kilos, des blindages renforcés: les Allemands n'auront qu'à bien se tenir! A onze heures, durant ce mois d'été, débute la bataille finale sur mer, sous la direction de l'amiral Trémereuc, un breton de pure souche, tenace et combatif. Le combat est d'abord incertain:
      "Cependant le Duquesne est furieusement martelé par le Preussen.; plusieurs obus perforent ses ponts blindés, crèvent les chaudières, brisent des turbines, démolissent une série de machines auxiliaires; un autre l'éventre au-dessus de la flottaison, avarie effrayant puisque toutes ses pompes sont hors de service. Le navire, aux trois quarts désemparé, dérive entre les deux flottes; il devient la cible de tous les croiseurs allemands."
      Mais lorsque le Joffre entre en action, un déluge inouï de projectiles s'abat sur les navires allemands encore à flot. Finalement, le Preussen, tel un lion à l'agonie, hurle à la mort:
      "Arrivé à moins de 9 kilomètres de son antagoniste, le Preussen à moitié éventré, constate l'échec de ses torpilleurs et de ses avions; il veut enfin virer de bord, mais deux obus d'une même salve l'atteignent en plein milieu: une fumée jaunâtre surgit aux points d'impact, puis soudain le navire semble transformé en un véritable volcan; une colonne de feu, projetée par l'explosion de toutes ses soutes, se dresse à plus de 1.000 mètres de haut, de gigantesques débris d'acier criblent au loin la mer, puis tout disparaît: le Preussen est anéanti."
      La France est sauvée. L'escadre patriotique, meurtrie et blessée mais survivante, achève les derniers navires allemands, recueille les rares naufragés des deux bords, et rejoint, à petite vitesse, son port d'attache.
      "la Bataille de l'océan" limite la conjecture aux engagements maritimes dans une guerre à venir, très proche, hélas! Le récit se développe de manière réaliste, à travers la description précise des diverses phases du combat sur les flots. L'on sent que l'auteur est dans son élément. Les tableaux comparatifs, les écorchés des forces en présence, les tableaux en couleurs et en hors-texte, démontrent sa volonté d'éclairer le lecteur. Patriote convaincu, Fernand Boverat,  a désiré, sans nul doute, lancer un cri d'alarme devant des dangers qu'il sentait proches.

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