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    711 books

    1. Type: livre Thème: sociétés post-cataclysmiques 2 Auteur: Jean-Bernard POUY Parution: 1928
      Vol.01 : Spinoza encule Hegel, Gallimard éd., 2003, coll. « Folio policier », N°127, 1 vol. broché, in-12 ème , 141 pp. couverture avec photo par Stone Images. roman d’expression française
      1 ère  parution : 1996
      La décomposition urbaine a fait émerger des bandes adverses de situationnistes, d’anarchistes, de révolutionnaires ou de conservateurs. Se rapportant à leur idole philosophique particulière, elles portent toutes des noms pittoresques comme les Hégéliens, les Spinozistes, le groupe de Jdanov, celui de Carlo Ponti ou de Thorez, et sont en lutte incessante les unes contre les autres, luttes ponctuées par des flash-backs et relatées en écho par la «Radio Cinquième Internationale » :
      « Quelques groupes de femmes avaient fait leur apparition, mais ne se mêlaient pas à nos petits jeux phallocrates. Certains hommes s’étaient frottés à ces féminités responsables et avaient vite compris que le néo-féminisme était armé jusqu’aux dents. Ces groupes avaient des noms bien aussi ridicules que les nôtres : Lesbos Rouge, Utérus d’Acier, 28 , les Deux Moitiés du Ciel, Tampax Aeternam. »
      Le jeune héros Julius Puech, leader des Spinozistes, déteste les Hégéliens, leur vouant une haine mortelle. Avec ses amis Momo, Riton et Nanar, tous sur leurs puissantes motos lourdement armés, ils se dirigent vers le sud de la France pour anéantir définitivement le groupe adverse, selon un rituel gestuel et langagier précis, à travers un code de comportement apparenté à celui du théâtre Nô.Délaissant leur raffinerie de la région parisienne, ils roulent vers Salon de Provence, considérant la mort comme l’un des Beaux Arts :
      « Ce soir, nous roulons vers Salon, dans l’air tiédasse, vers notre campement provisoire installé dans un casse de voitures. Là, protégés par les entrelacs de ferraille, les carcasses démentes et imbriquées, nous sommes tranquilles: ce labyrinthe de fer engloutirait nos attaquants éventuels.»
      Au passage, ils déferont le groupe Thorez Rouge, des cypto-staliniens, dont le viol, l’achat des armes, l’assassinat, le sexe, la musique et la drogue forment des valeurs appréciées par Julius. Mais avant de partir, ils détruisent aussi les symboles de la société de consommation, se cachant d’abord dans des entrepôts du BHV, puis mettant le feu à la Chambre des Députés dans une capitale en perdition sillonnée par des groupes violents et dissidents. Près du jardin des Plantes, Julius gagnera son trophée, emprunté au dernier survivant du groupe « Fourier Rose », une paire de bottes en peau de lézard mauve. Elles deviendront son symbole personnel et ne le quitteront jamais plus :
      « La seule chose qui me fit rougir l’œil, cette nuit-là, ce furent les bottes en lézard mauve, extrêmement neuves, que portait un des membres de Fourier Rose, le poète du gang, Ginsberg attardé aux Folies irradiés. La vision de cette tranche de beauté pure me speeda toute la nuit, et le sommeil ne vint pas. L’obscurité était de croco. »
      Se livrant encore à quelques facéties comme arroser de rose le Sacré-Cœur, Julius apprend à l’assemblée générale des dissidents que Hegel les attend sur le pont du Gard.Durant l’attaque, Momo, éblouissant de vertu guerrière, est frappé à mort sur sa moto, comme Jaja, le petit ami de Julius, qui s’éteint dans une mare de sang :
      « Nous avons attaché Momo sur sa moto, pantin grisâtre, car sa vie le quittait, personnage puissamment évocateur, car il voyait la mort et vivait avec elle. Une fois sanglé, il devenait également érotique, dans une sorte d’attirail sado-maso, prêt à l’acte, dans son aura de pulsion de mort. Prêt pour le grand éclatement. Un peu de sang coulait sur la selle et, avec sa main, négligemment, Momo en tartinait son réservoir. Le sang caillait sous la chaleur, et les résidus poisseux d’essence se mélangeaient au plasma en fusion. Ballard revenait en force, et ce n’était au fond que justice. »
      Spinoza n’oubliera pas ses héros même si la fraction armée spinoziste est provisoirement défaite. Repartant à Marseille avec son amant/ami François, Julius y aperçoit le traître, « le Niais » qui a passé à l’ennemi, et était responsable de l’anéantissement des Spinozistes. Il lancera les miliciens fascistes de Marseille à sa trousse, assistera à la mise à mort de Carlo Ponti où le Niais avait trouvé refuge, et lui règlera son compte, définitivement.Julius sait que « les temps anciens ne sont plus ». Alors il prépare sa Guzzi pour l’ultime affrontement avec Hegel pendant que, tout autour de lui, la société se normalise, la politique et la police reprenant force et vigueur. Pour finir, Julius, en partance de ce monde cruel, tombe entre les mains des femmes féministes qui lui font subir un esclavage humiliant dans le but de triompher de sa mâle résistance :
      « Enfermé et sous bonne garde, je repris des forces, et redevins, en moi-même, disponible et dangereux. Je me permis de rigoler, mais seulement des yeux. Quand mon infirmière ou bien l’une de ses sœurs me pansait et inspectait ma blessure que j’avais en haut de la cuisse, elle regardait obligatoirement mon sexe, et le touchait évasivement, en me remettant les pansements.Un jour, je fus ému pendant leur visite. Inexplicablement. Leur présence n’était pas érotique. Contre mon gré. Mais ce fut irrépressible. Je me pris un seau d’eau glacé et plusieurs coups de fouet. Maintenant je ne rigole plus. Je travaille. »
      François ayant disparu dans la lutte, Julius patiente dans la déréliction, prêt à tout pour sillonner à nouveau, sur sa flamboyante moto, une France déliquescente.
      « Spinoza encule Hegel », au titre intensément provocateur, est un récit original aussi bien au plan de la forme qu’à celui du fond. A la frontière entre la violence et la dérision, c’est le récit fantasmé d’une jeunesse à la dérive, qui dénonce les postures de la consommation et de l’idéologie. Hors de «l’esthétisme douceâtre » évoqué par Léo Ferré, c’est une œuvre originale, qui s’enferme difficilement entre les limites d’un genre, une sorte d’immense délire relatif aux excès idéologiques de mai 68.
      Vol. 02 : A sec (Spinoza encule Hegel, le retour), Gallimard éd., 2002, coll. « Folio Policier » N°149, 1 vol. broché, in-12 ème , 149pp. couverture illustrée (photo William Lesch). roman d’expression française
      1 ère  parution :1998
      Julius Puech reprend du service. A Bombay, où il s’était réfugié, il voit venir à lui deux spinozistes, Léonard et Iris, qui espèrent faire renaître l’Ethique. En effet, Hegel est de retour en France, intervenant autour des stades de football, soutenant la cause des  «fouteux ». Quand Julius se voit offrir une Guzzi toute neuve, il n’hésite plus, et, avec ses deux compagnons, il ressuscite le groupe Spinoza.
      La situation en France s’est encore dégradée.La démocratie déliquescente a fait place libre aux forces anarchistes ou fascisantes qui s’en donnent à cœur joie dans les tribunes, réunies dans une franche et haineuse inimitié, réactivée à chaque match de foot :
      « Et tout à coup, parce qu’un pékin un peu chanceux vient sans doute de pousser du pied la baballe dans un filet, une immense clameur éclate derrière les grands murs de béton. Les Verts venaient d’en marquer un. Trente mille gosiers kro-formatés hurlent la joie imbécile du supporter qui viole la ville d’en face. (…) Dans la nuit on voit luire les longs couteaux et l’acier nickelé des fusils à pompe. En face, la rage resserre les rangs des petits-beurres d’Ultra-Lu, le kop nantais réputé pour sa grande sauvagerie et une victoire historique sur le Koppa corse en huitième de Koupe de France.Les flics n’ont aucune réaction. Seuls quelques sourires luisent sous les visières, tant que les empaffés se bousillent entre eux, les oies étaient bien gardées et pouvaient voir les matches tranquille, sans se faire aplatir ce qui leur restait de cortex. Quelques coups de feu. Des étincelles dans le noir profond. Un corps qui tombe, le raclement de l’acier sur l’asphalte. Des ombres qui courent dans tous les sens, cherchant protection ou trahison. »
      Julius concocte un  plan pour se débarrasser de Hegel II, tête bicéphale puisque composée par deux jumeaux. Remontant du sud de la France vers Paris, traversant la région lyonnaise dévastée, il recrute quelques partenaires de premier plan. Notamment Luna, une jeune et efficace femme pilote d’hélicoptère, en passe d’être violée par une bande de «supporters ». Tout en distillant sa haine incommensurable à l’égard des hommes, Luna met son hélicoptère, son armement et sa science du pilotage à la disposition de Spinoza, embrassant la cause de Julius. Direction l’île Saint-Louis, camp retranché de Hegel et des « fouteux » :
      « De là où j’étais, tout cela semblait imprenable. Les ponts, absents, écroulés, tranchés à la dynamite, blessures pierreuses. Saint-Louis faisait désormais du bateau à voile. Au bout de l’île, du côté de l’ancien pont de Sully, une passerelle branlante, genre pont de singe, reliait les restes éboulés d’une ancienne arche au repaire flottant d’Hegel. »
      Julius appâte leur sentinelle avec la fausse prédiction d’un soi-disant retour charismatique de Spinoza, information suffisante pour déclencher l’envie chez ses opposants de le liquider définitivement.Pour ce faire, GWFH2 , l’un des deux chefs de Hegel, prend immédiatement langue avec les « Hell’s Angels », qu’il méprise, mais auxquels il propose une alliance objective. Du côté de Spinoza, ils seront six dont Ray, un homosexuel improbable mais dangereux, nouvel ami de Julius, prêt à en découdre.
      L’hélicoptère s’apprête à l’assaut. Les hégéliens investissent l’immeuble qui servira de zone de combat, lieu d’une explication définitive, se réservant le toit pour les snipers , les Angels occupant les envions immédiats.Déjà, ignorants tout de l’hélicoptère et de la stratégie de Julius, les hégéliens se croient vainqueurs. Lorsque les Angels sautent dans l’explosion de la voiture garée près d’eux, et lorsque Luna en quelques passes rapides et meurtrières mitraille le toit en le débarrassant de tous les hégéliens,  dont notamment GWFH2, le deuxième jumeau éclate de rage :
      « Une vague chaude de napalm lécha le toit de la base et des hégéliens sautèrent en feu dans le bassin. Le carton total. Rouge. GWFH2, planqué derrière la rambarde de la casemate, regardait toujours Julius de l’autre côté, immobile comme un épouvantail. Il vit aussi, du coin de l’œil, son frangin Hégueldeux péter les plombs, courir à découvert, hurlant des imprécations dialectiques, une kalache à la main, et tirer en direction de l’hélico. A bord, Luna repéra les cheveux rouges, manoeuvra l’appareil, fit un signe discret à Iris qui mit une charge dans le bazooka. Elle appuya sur le bouton de commande, une traînée blanche, une flamme jaune et Hégueldeux s’éparpilla, plus bas, en dahlia rouge sombre. »
      Voyant devant lui la Guzzi de Julius, il se l’approprie, persuadé qu’avec la disparition de ce symbole le royaume de Julius cessera d’exister.  La moto explose, l’envoyant lui aussi au royaume des fouteux éthérés.Julius, définitivement trop vieux pour continuer à incarner l’idéal éthique poursuivra sa destinée, pacifié, avec Luna, devenue sa compagne.
      « A sec » représente le deuxième volet des aventures de Julius Puech. Par cet ouvrage de commande, lié au succès du précédent, l’auteur s’en tire honorablement, avec toujours autant de verve, fascinant le lecteur par la structure étrange du récit, même si la surprise provoquée par le premier épisode s’est quelque peu ternie, et que certains procédés stylistiques ont une allure de déjà-vu.


    2. Type: Livre Thème: épidémies Auteur: Arnould GALOPIN Parution: 1928
      Procas est un homme bleu. Non pas un Targui, mais un authentique malade congénital. Souffrant d’insuffisance artérielle chronique à cause d’un coeur rétréci, la moindre contrariété accentue chez lui la propension à la couleur bleue de la peau.  Or, des contrariétés, il en a beaucoup. Comme savant bactériologiste, sa seule ambition est de servir l’humanité. Il fait des communications magistrales à l’Académie des Sciences. Il est reconnu, adulé, poursuivi par les femmes. Sa maladie se fait toute discrète. En épousant Meg, une de ses plus ferventes "groupies", la déception n’en est que plus vive, quand il apprend, quelque temps après, qu’elle le trompe. Il en conçoit un choc si terrible que, de la tête au pied, la couleur bleue gagne, le coeur se rétrécissant. De crise d’épilepsie en crise d’épilepsie, atteint par un froid cadavérique, il devient objet de répulsion pour le reste de la société.
      " Qu’était cet être douloureux? D’où venait-il? Pourquoi, à son approche, détournait-on brusquement les yeux? Il fallait donc qu’il eût quelque chose d’effrayant, d’épouvantable ?... Oui... Il était laid, atrocement laid, d’une laideur qui dépassait tout ce que l’on peut imaginer, non point que sa figure fût ravagée de quelque lupus, labourée par un chancre répugnant ou couturée de plaies immondes...
      Elle n’avait subi aucune déformation, nul accident n’en avait bouleversé les lignes, mais ce qui la rendait ignoble, monstrueuse, c’était sa seule couleur... Elle était bleue, entièrement bleue, non point d’un bleu apoplectique tirant sur le violet lie-de-vin, mais de ce bleu cru, violent, presque éclatant, qui tient le lieu entre le bleu de Prusse et l’outremer. "
      Il lui faut dire adieu à sa vie scientifique, à renoncer à sa femme, à renoncer au monde, en déménageant dans un autre quartier de Paris, pour ne pas être reconnu. Son seul ami, le professeur Viardot meurt trop vite, le laissant seul sur terre.  Ses sorties nocturnes, à visage serré et recouvert pour s’approvisionner, éveillent l’animosité de la foule contre lui. Au départ on le conspue à cause de son apparence. Puis, un crime s’étant commis dans le quartier, l’hostilité se transforme en haine, attisée par trois sombres imbéciles qui jouent aux justiciers: Bézombes, Nestor le Boucher et Barouillet le politicien au petit pied.
      Sa vie est infernale. Constamment suivi, dénoncé -en dépit du fait que la police ne trouve rien chez lui-, il doit se procurer des vivres de plus en plus loin ou rester des journées entières cloîtré dans sa maison en proie à des crises à répétition. Il songe à se suicider. Mais, pour l’amour de la science, il continue ses travaux avec le modeste appareillage qu’il a pu sauver du désastre.  Il accueille un chien errant, le seul être qui lui fait confiance. Las, celui-ci est tué par le gros Nestor. Un soir,  en rentrant chez lui, il aperçoit son chien gisant dans le ruisseau, le crâne défoncé. C’en est trop pour cet être persécuté. Il en conçoit une haine terrible pour l’humanité et concocte par égard pour son ami canin une vengeance post-mortem.
      Grâce à la moelle du chien qui servira de support nourricier, il recherche le Bacillus murinus, le bacille du rat, qu’il avait déjà réussi à isoler dans ses recherches antérieures. Ce microbe, rare à l’état naturel, provoque la mort foudroyante du rat. Pourquoi pas des humains ? Il se met à la recherche de rats, en trouve, les utilise comme cobayes, isole le bacille et, par transvasement de cultures, en fait un engin de mort terrifiant qui délivre la mort en trois heures:
      " Quelle ne fut pas la joie de Procas lorsqu’il reconnut sur les rats qu’il venait de trouver morts, des lésions tout à fait semblables à celles qu’il avait observées dans l’Inde. Il fit sur ces bêtes divers prélèvements de sang, et, vingt-quatre heures après, il pouvait observer sur la gélose une strie blanchâtre avec des ramifications latérales très caractéristiques. Le doute n’était plus possible : il tenait enfin son Bacillus murinus ! Alors il prit une lamelle de verre, y déposa une goutte de culture, l’étala avec l’extrémité d’une pipette, colora la préparation avec une substance préparée par lui, et l’examina ensuite au microscope. Sur le champ de l’appareil il constata la présence de bacilles minces et courts... "
      Il prépare ainsi trois litres de ce bouillon mortel qu’il est décidé à verser dans le réservoir d’eau de Montsouris, déclenchant une épidémie sur l’ensemble de Paris :  
      " Procas attendait toujours. Il ne se souciait plus de la foule qui grondait sur son passage. Une idée l’obsédait: ce bacille sur lequel il avait compté, dont la nocivité lui avait paru évidente, aurait-il perdu de ses propriétés quand il s’était trouvé en contact avec une immense étendue d’eau? Le réservoir, il le savait, contenait, avec sa réserve, environ deux cent mille mètres cubes. Est-ce que cette masse ne renfermait pas un élément qu’il n’avait point prévu?
      Non, pourtant, son bacille devait anéantir tous les autres, car les expériences qu’il avaient faites sur cinq ou dix litres d’eau lui avaient suffisamment prouvé la virulence et la combativité de ses "colonies". Elles devaient être en train de se développer, mais n’étaient pas encore parvenues dans les canalisations. "
      Mais, ironie du sort, à peine eût-il lâché ses vilaines bêtes que le gros Nestor et Barouillet, ainsi que les habitants du quartier vinrent faire amende honorable en s’excusant pour s’être trompés: l’assassin du petit Claude vient d’être arrêté! Le savant ne put en entendre plus: il s’effondrera, terrassé, à leurs pieds tandis que des sirènes d’ambulance retentissaient un peu partout dans Paris.
      Un récit à intrigue linéaire, à trame plate, écrit en un  style qui se lit facilement, l’outrance étant dans le personnage et non dans la forme. Un personnage intéressant par ailleurs, entre le monstre de Frankenstein et Elephant Man. Les notations scientifiques précises de la préparation du Bacille déterminent l’effet de vraisemblance. Un humour s’y reflète constamment en filigrane: les coupables seront épargnés, les innocents frappés. Il est curieux de constater, au-delà des années et des pays, à quel point l’ouvrage de Galopin ressemble à celui de Frank Herbert avec "la Mort blanche": même haine de l’humanité, même démarche de persécuté, même résultat final. Un roman oublié qui ne le mérite pas.

    3. Type: livre Thème: épidémies Auteur: André CAROFF Parution: 1979
      Garaway,  médecin reconnu en cette année 3000 (qui ressemble comme deux gouttes d’eau à l’année 1979), est confronté à une épidémie de « stépule », maladie infectieuse mortelle, totalisant la somme des microbes pathogènes du passé, qui se communique par le sang et le sperme.
      Or, suite à une contamination de Sunie, son infirmière préférée, par son boy-fiend Bruce, il est de plus en plus réticent à l’idée de faire l’amour avec elle. En compulsant son emploi du temps, il se rend compte qu’elle ne chôme pas en ce domaine puisque, sans s’en rappeler toujours, elle contamine par voie sexuelle de nombreux partenaires, empruntant la voie bien connue du " ping-pong " pour répandre la stépule:
      " A midi, elle était dans les bras d’un directeur de banque dragué dans un aérobus. A 14 heures, elle faisait l’amour avec un jeune garçon de seize ans, dans une cave d’immeuble du quartier ancien de Brooklyn. A 16 heures , un clochard eut la bonne fortune de la posséder sous un pont de l’Hudson. A 17h 30, Sunie capta l’attention d’un policier. Il venait de terminer son service. Il l’entraîna dans une chambre d’hôtel et lui fit l’amour en dix minutes, avec des gestes d’homme habitué à régler la circulation. "
      Tout en la surveillant de près, Garaway échappe à plusieurs tentatives d’assassinat. Un immense doute commence à germer en son esprit: et si la stépule était la manifestation d’une invasion bactérienne à l’encontre de l’espèce humaine? Il observe aussi dans son environnement proche, comme dans la totalité de la ville de New - York, un comportement bizarre des gens qui affichent le signe de la maladie, une couleur rosée qui se répand sur leur poitrine.
      Décidé à chercher du secours - mais où ?- il en apprend plus sur ces bactéries intelligentes par une sorte d’induction télépathique.
      Il s’agit des micro-bulles (c’est le nom de leur espèce) qui reviennent coloniser la terre dont ils étaient exclus depuis longtemps. S’emparant des corps comme véhicules nécessaires, se propageant par les relations sexuelles, ils finissent par former un être collectif dont Garaway est exclu pour le moment. Ils se servent de Sunie comme d’une arme sexuelle pour rendre le médecin inoffensif en l’infectant. Mais Garaway , après avoir tué Sunie - c’est  à dire la colonie qui l’habitait - s’échappe de New - York espérant trouver des hommes sains près de la frontière du Mexique. Malheureusement  pour lui, il se fait piéger par une jeune beauté de quinze ans qui se dit vierge mais qui, elle aussi, est porteuse des bactéries intelligentes.  Toute résistance à leur invasion étant définitivement écartée, les micro-bulles réduisent l’humanité en esclavage.
      Un récit à l’intrigue plate, les seules pages intéressantes étant celles qui relatent l’anxiété du héros solitaire dans une société d’ennemis à son image (ce qui rappelle le livre de Kinney " les Chrysalides " ou le film tiré de celui-ci "l’Invasion des profanateurs de sépultures). Un bon point cependant. Composé en 1979, le roman met l’accent sur le mode de transmission de la maladie " par le sang et le sperme ". N’est-ce pas une belle reconnaissance du sida?

    4. Type: livre Thème: menaces et guerres nucléaires Auteur: Pascal MESLIN Parution: 1978
      Au sein du petit état imaginaire d‘Anabase se situe la centrale nucléaire d’Algave, orgueil de cette nation et productrice de la quasi-totalité de l’électricité du pays. Sophistiquée et bien protégée derrière ses enceintes de confinement, elle nécessite peu de surveillance, à travers un personnel hautement qualifié. C’est pourquoi l’ancien technicien Alain Londy, obligé de démissionner après plusieurs fautes techniques, n’aura aucune difficulté pour se venger. Esprit perturbé, Londy a fraternisé avec une cellule de jeunes écologistes de combat qui voient en lui le spécialiste capable de provoquer une prise de conscience du pays contre le danger nucléaire.
      Et comme rien ne vaut la démonstration par l’exemple, ils souhaitent saboter la centrale en créant un incident limité susceptible d’alerter les autorités. Mais Londy ne l’entend pas de cette oreille. Il programmera la sabotage du circuit primaire de manière à relâcher la vapeur circulant dans les tuyaux proches du cœur du réacteur, asséchant les piles d’uranium, pour provoquer leur fonte, puis leur explosion.
      Ils pénètrent dans le bâtiment par une bouche d’évacuation d’eau chaude puis investissent le centre de commande principal où l’ingénieur de surveillance, Robert Morand, sera réduit à l’impuissance. Corinne, Pierre et Vincent, les comparses de Londy , ne comprennent pas que l’homme les condamne à mort. Il disparaît pour désactiver la centrale de refroidissement et, en détruisant les commandes automatiques de fermeture des portes d’enceinte, il espère provoquer une explosion majeure par ce que l’on appelle déjà un « accident de référence » :
      « A ses pieds, la vaste piscine du réacteur, doublée d’acier inoxydable, asséchée à l’exclusion des périodes de chargement et de déchargement du combustible, lorsque, dans son fond, le couvercle de la cuve est enlevé. Trente mètres plus haut, le dôme de l’enceinte sur la face duquel serpentent les tubes d’aspersion utilisés en cas d’accident grave. Et, accrochés aux parois internes, les générateurs de vapeur qu’alimentent, pour le circuit secondaire, de grosses tuyauteries courant le long du mur, quelques mètres au-dessus de lui. La base d’un générateur de vapeur, quinze mètres plus bas, constituait son objectif. ».
      Mais Jean-Bernard Picot, un second ingénieur en tournée d’inspection dans l’intérieur du bâtiment, a échappé à la vigilance des terroristes. Il refermera les portes. Aussi, Londy, après avoir déposé sa charge de plastique pour faire sauter les canalisations aussi proches que possible du cœur du réacteur, trouvera-t-il le sas du retour hermétiquement fermé. Prisonnier de sa folie, il sera condamné à mourir dans l’explosion.Picot réussira aussi à joindre les autorités compétentes qui mettent aussitôt en place le plan d’évacuation de la zone dangereuse en faisant appel à l’armée. L’explosion aura lieu, mais grâce à la prévoyance de Picot, les effluves mortelles resteront contenues suffisamment longtemps pour que les dispositions prises puissent éviter le pire.
      Ecrit quelques années avant le tragique accident de Tchernobyl , le roman de Meslin, lourdement appuyé sur une foule de détails techniques, met en évidence la faiblesse du système qui peut provenir de l’intérieur même, ce que nulle autorité ne saurait prévoir : le sabotage prémédité et consciencieux par un personnel qualifié et décidé. Un récit travaillé en un style clair et qui incite à la réflexion.

    5. Type: livre Thème: fins du monde, fins de l'humanité Auteur: Elise THIEBAUT Parution: 2000
      fascicule 01 : Accordez-moi cette bombe :
      Avec beaucoup de finesse et d’ironie, la romancière, prenant le lecteur pour personnage (" vous pensez que… ", " votre famille"), évoque en touches rapides l’ensemble des séquelles terrifiantes que provoquerait l’explosion de bombes thermonucléaires : la mort, l’errance dans les ruines, la présence de décombres :
      " Vous êtes terriblement étonné d’avoir survécu. Votre orgueil vous souffle d’abord que vous êtes ELU parmi tous les humains, mais votre manie de l’échec vous réfute aussitôt : survivre quand tout le monde a péri, n’est–ce-pas  là le comble de l’infortune ? Pour en avoir le cœur net vous essayez confusément d’engager un dialogue avec Dieu, sur le mode " pourquoi moi, Seigneur ? ". Il ne répond pas. Il ne répondra jamais. Vous resterez seul avec vos doutes et votre peau qui part en lambeaux.
      Vous marcherez dans la ville en ruines. Partout des morts, des flammes et des fontaines d’eau bouillante, les carcasses de voitures, un ciel rouge et noir, et des statues qui paraissent plus vivantes que les gens. "
      Adroitement, elle relie cet imaginaire à un vécu non moins effrayant, soit celui de la mort réelle dans les camps d’extermination nazis, ou celui de la mort imaginée à travers une psychologie malade. Du grand art.
      fascicule 02: l’amour de A à Z
      Ou petit traité à l’usage des jeunes filles. Des premiers émois avec ses tendresses et ses ridicules, au répertoire des illusions. Du premier garçon pour lequel l’on se serait damnée,  au vieillard qui souffre son agonie et dont l’on s’occupe. Car la fin du monde est aussi la fin de la vie, et vice-versa :
      " Le fait est que vous vous êtes raconté pas mal d’histoires sur le monde et sur vous-même. Enfin, plus sur vous-même que sur le monde – question de matière première.
      De toutes les catastrophes qui doivent inéluctablement fondre sur l’être humain, la vieillesse vous paraissait  –  de loin - la plus improbable. La mort en revanche vous terrifiait. Et l’amour. Mais la vieillesse, la désillusion, la façon qu’a la vie de s’accumuler par strates géologiques sur votre petit cœur, vous ne pouviez pas l’imaginer. "
      fascicule 03 : Construire son abri anti-atomique
      " Quand François proposa à Bettina de construire un abri antiatomique, il était en train de prendre son bain. " Le couple décide d’acheter une maison en Camargue puisque la fin du monde est proche. Bettina travaillera pour payer ladite maison qui sera rénovée par François et ses amis. Ils vivront en communauté et creuseront une piscine.
      Ceci servira d’alibi à François pour proposer le creusement d’un abri (l’habitude étant prise de creuser). Alors, ils se fâcheront entre eux. Lorsque le moment fatal arrivera, François et Bettina se réfugieront seuls dans l’abri, car:
      " S’ils entrent tous, on n’aura pas assez d’air, pas assez de vivres, pas assez de temps pour attendre que les radiations s’atténuent.(…) Autour de nous, les gens mourront dans d’atroces souffrances, et il faudra s’organiser pour vivre dans ce trou (…) Nous serons les piliers de ce monde tombé en ruines et nous repenserons à ce jour ancien où je te parlais, dans la salle de bains, pendant que tu nattais tes cheveux en regardant la buée se déposer lentement sur le miroir. "
      fascicule 04 : Vaincre l’autruisme
      Ou la rencontre avec l’autre lorsque le moi est en construction : " Vous étiez détestable puisque vous étiez détestée ".
      Même la mort de la personnalité adolescente dans la pétrification du moi adulte n’enlève rien au miroir tendu par l’autre :
      " Vous pleurez en la regardant, parce qu’elle est belle, parce qu’elle est douce, parce que tant de bons moments vous unissent depuis toutes ces années même si son mariage vous désespère. Vous pleurez parce qu’elle vous aime et que vous n’aimez pas. Vous pleurez sur vous-même comme tous les autruistes, ricanante et empruntée dans cette robe qui met vos genoux cagneux en valeur et votre poitrine à la torture.
      Vous pleurez parce qu’elle est devenue une femme, et que vous n’êtes même pas sûre d’appartenir à la race humaine. Vous pleurez par ce que vous avez une amie, une au moins ; vous l’aimeriez pour l’éternité si seulement l’éternité n’était pas destinée à prendre fin avec vous. "
      fascicule 05 : Extraterrestre mon ami
      Les extraterrestres ont envahi la terre :
      " Ils débarquent un jour sur la terre et veulent faire de nous leurs esclaves. Seulement moi, je ne marche pas. C’est déjà assez pénible de devoir aller pointer à l’ANPE, sans avoir à brusquement supporter les extraterrestres qui veulent réduire le monde à leur merci. "
      D’ailleurs, actrice de second ordre, la narratrice se doit de changer la litière du Chat sans l’équipement adéquat qui devrait être fourni:
      " le Changement de la Litière du Chat reste un secret militaire et ils refusent de distribuer des masques à gaz en conséquence. "
      C’est chez Shopi qu’elle rencontre Enrico, un extraterrestre certainement, avec qui elle se rappelle avoir couchée. " Que deviens-tu ? " Il ne devient rien. Il en veut à la narratrice de s’occuper du Chat de Mathieu Volar, l’individu qui lui a volé sa pièce " Prise de Tête ".
      Elle en conclut que nous sommes tous dans la 4 ème  dimension et n’avons qu’un seul but dans la vie : acheter de la litière pour chat. La vie est dure sous le joug extraterrestre!
      fascicule 06 : Une femme à votre vue
      En se réveillant aveugle, il ne se voit plus qu’au miroir,  mais se reconnaît en cette fille appelée au hasard au téléphone pour lui faire l’amour… et qui disparaît à sa vue.
      Qui est donc qui dans ce jeu du visible invisible ? :" Comment saurais-je que j’existe si je ne plais pas ? "
      fascicule 07 : l’homme tel qu’on le parle
      Son frère a un gros chagrin d’amour et comme  tous les hommes il ne peut pas arrêter de pleurnicher. Il s’en ouvre à sa sœur qui lui fait le compte des amants qu’elle a connus,  au nombre de douze comme les disciples du Christ. Aucun d’entre eux n’échappe à la critique féminine. Nostalgie, quand tu nous tiens !
      fascicule 08 : Le prolétaire sans peine
      " Les prisons sont des pays morts, désolés, comme imprégnés d’une brume radioactive, à l’intérieur les vivants sous-vivent, c’est ce qui les distingue des survivants : ils survivent avant que la mort ne les ait touchés. "
      Elle avait épousé un ouvrier, fidèle à son conditionnement familial. C’était aussi un révolutionnaire sans qu’elle n’en sût jamais rien et aujourd’hui, il sort de prison. Alors elle l’attend avec angoisse et espoir, soucieuse d’en finir avec la vie précédente et craintive d’en commencer une nouvelle :
      " Il va sortir, votre prolétaire. Vous en ferez un bourgeois parce que comme aux cartes c’est la reine qui gagne sur le valet. La lutte des classes est terminée. Les terroristes se sont perdus. Vous êtes rescapée d’un accident qui n’a jamais eu lieu : la révolution. Le prolétaire sans peine n’a jamais existé. Tant pis, vous prenez celui-ci avec peine. Il porte une valise, il marche sans vaciller. Vous vous dites : Que l’argent reste où il est, que l’amour reste là où il est. Que rien ne change. "
      fascicule 09 : J’y pense, donc je jouis
      Ou de la difficulté d’une psychanalyse réussie.
      fascicule 10 : Stérile et heureuse
      Elle a une envie d’enfant et se sent stérile. Trois ans qu’elle essaie en vain. Alors, en route pour les tests, notamment l’hystérosalpingographie au mot si compliqué, à la puissance trouble. Démission dans les mains du Dr Duras :
      " On pense à ces gens qui font des années de médecine pour passer le reste de leur vie à explorer l’utérus ou l’anus de patients terrifiés. "
      Connaissance intuitive par le corps de sa propre finitude.
      fascicule 11 : J’élève mon mutant
      Victoria qui se rappelle toutes ses vies antérieures ne sait comment attirer l’attention de ses parents. Ils sont moins évolués qu’elle et, pour le leur faire savoir, elle vomit sur tout. Mais, il n’y a rien à faire. Plus elle grandit plus la mémoire de ses vies antérieures disparaît : à nouveau elle sera condamnée à mort :
      " Victoria haussa les épaules. Elle voyait la vanité de toute chose et même celle de son orgueil. Elle pensa qu’elle ne devait pas lutter, la démémorisation n’en serait que plus pénible. Elle devait attendre et s’abandonner à la mutation inéluctable : devenir de plus en plus grande, de plus en plus bête, de plus en plus ordinaire. Mais elle parvint à se convaincre que rien de tout cela n’avait la moindre importance.
      Le genre humain n’est pas de ceux qui méritent l’attention d’un enfant. Un jour, elle se rappellerait peut-être ses vies, par hasard, elle les écrirait, les insérerait dans un livre, et personne ne la croirait. Peut-être qu’elle fût une mutante. L’heure du goûter approchait, et elle demanda à sa mère de lui donner un verre de lait. Elle but consciencieusement, jusqu’à la dernière goutte, et quand elle eut fini, il ne lui restait pas le moindre souvenir de sa vie. "
      fascicule 12 : Comment devenir anonyme
      Etre anonyme est très difficile surtout quand on oscille du communisme au capitalisme :
      " Vous n’avez rien d’autre que votre vie et ils veulent vous la prendre. " D’ailleurs : " Ne rien faire vous obligeait à vivre et vivre s’était révélé beaucoup plus fatigant que travailler. Il est terrifiant d’exister par soi-même. "
      Cette conscience malheureuse de l’insondable insignifiance de soi vous renvoie un état des lieux où ne subsiste que le seul désir de survivre en dépit du : " désastre (qui) ne cessait de gagner nos vies, comme la sécheresse inexorable dans le désert, la famine, la pollution, des phénomènes presque surnaturels si puissants qu’on pourrait oublier ce qui les a causés : votre obstination à ne rien faire pour empêcher la fin du monde. "
      En douze petits livrets Elise Thiébaut offre un panorama complet de l’apocalypse vécue au quotidien. Une approche moderne et réussie du concept de finitude.

    6. Type: livre Thème: le dernier homme, Adam et Eve revisités Auteur: Alfred BESTER Parution: 1941
      Crane rampe vers la mer sur un désert de cendres :
      " Crane s’aperçut qu’il pleuvait. Il enfouit son visage dans la cendre tiède et fangeuse pour tenter d’en sucer un peu d’humidité. Puis, en gémissant, il reprit sa reptation. "
      Dernier homme sur Terre, il est directement responsable de la catastrophe qui a frappé l’humanité; il avait tenté d’atteindre la Lune grâce à un carburant , un catalyseur liquide de son invention, malgré les objurgations de son collègue Hillmeyer et les réticences d’Evelyn, son amie. L’objectif n’a pas été atteint et le catalyseur, en retombant sur Terre, a affecté tous les noyaux atomiques ferriques de la planète. L’humanité ainsi que toutes les espèces animales ou végétales ont disparu. Le monde s’est couvert d’une couche de cendres. Crane, qui a réussi à sauter en parachute, reste seul en proie à ses remords et soumis à des hallucinations. Son unique but avant de mourir est d’atteindre la mer:
      " Alors il comprit pourquoi il était revenu à la mer. Ni Adam ni Eve n’étaient nécessaires. Seule la mer, source de toute vie était indispensable. La mer qui l’avait rappelé à elle afin que la vie puisse continuer... Doucement, les eaux le bercèrent. Doucement... gentiment... la source de toute vie berça le dernier-né de l’ancien cycle, qui allait devenir le premier-né du nouveau. Les yeux déjà vitreux, Stephen Crane sourit aux étoiles disséminées au hasard dans le ciel, des étoiles qui n’avaient pas encore formées les constellations familières - et ne les formeraient pas avant cent millions de siècles. "
      Une nouvelle lestement menée avec une double chute. Ecrite en 1941,  elle insiste sur la crainte qu’inspirait l’idée de réaction en chaîne atomique par une arme récente, mal connue et redoutable.

    7. Type: livre Thème: menaces climatiques Auteur: BELEN Parution: 1966
      « Tout commença le jour où son épouse lui fit comprendre que, ses moyens de persuasion n’étant pas suffisamment développés, elle n’arrivait jamais à être convaincue. »
      Alors, il pensa développer « ses moyens de persuasion » en consultant une sorcière diplômée. Elle le traita à « l’élixir de Long V… » et, à sa profonde satisfaction, sa femme le comprit enfin. Mais la chose poussa, et poussa. Elle devint encombrante, car il s’était trompé dans le dosage et il avait beau chercher à la cacher, elle devint de plus en plus énorme. Même lorsqu’il s’isola dans une petite île, rien n’y fit : les singes, se trompant d’arbre, y grimpèrent à la recherche de dattes. Le jour arriva où elle creva le « mur du paradis. » Les Chérubins lui rendirent hommage et
      « Alors, ô malheur, un innombrable Déluge inonda pour la deuxième fois la Terre, d’une pluie perlée et torrentielle. Cela dura quarante jours et quarante nuits. Et point d’Arche prévue pour épargner quiconque. L’anéantissement fut total. L’humanité est à réinventer. J’espère que cette fois-ci l’expérience sera moins ratée. »
      Il est de ces fins du monde ! Une pochade égrillarde aux conséquences inattendues. Du grand art !


    8. Type: livre Thème: guerres futures 1, péril jaune et guerres des races Auteur: Henri KISTEMAECKERS Parution: 1909
      Aéropolis représente la société du futur de l’auteur (1908) où l’aéroplane a triomphé dans les modes de déplacement. La conjecture, avec humour et ironie, extrapole à partir de concepts tels que ceux de « taxi aérien », « d’embouteillage du ciel », résoud des problèmes d’ordre technique,  discute de la pertinence des termes "aviateurs " ou "aéromanes",  envisage  «un ciel tellement encombré qu’il occulte le soleil».
      C’est à partir du chapitre 44 et jusqu’à la fin du roman que tout se complique. Un matin notre " sporstman " surpris est réveillé par un Japonais très très poli, le commandant  Fidé-Yosi-Ten-Woo. Il lui annonce que l’invasion jaune tant redoutée par les Occidentaux s’est faite durant la nuit, que les aéroplanes du Pays Levant se sont abattus sur l’Europe comme un vol de sauterelles. Tout résistance ayant été annihilée, le seul choix laissé aux Blancs est de "se suicider " ou "d’être suicidé " car les Japonais sont si nombreux et ils une telle envie d’espace vital! Malgré l’insistance du commandant notre sporstman ne s’en laisse pas compter. Il applique à l’exécuteur venu le suicider un vigoureux "uppercut" qui le laisse "knock-out". Derechef, il suscite l’admiration du commandant jaune à cause de sa technique de combat. Non seulement on l’épargnera, non seulement il sera chargé d’inculquer le noble art à des guerriers jaunes désireux de s’instruire, non seulement il ceindra la tenue de samouraï,  mais encore, soumis à un  strict programme d’eugénisme, ses gènes devront fertiliser la race conquérante par un mariage imposé.
      " Car selon les dispositions de notre ministre de l’Avenir et du Travail (…) nous devons faire quartier à quelques spécimens exceptionnels de la race blanche lorsqu’ils se seront signalés à notre attention par un témoignage remarquable de vigueur physique et de santé. De même que nous allons emprunter à votre civilisation ce qu’elle a d’utilement applicable à la nôtre, de même entendons-nous réserver quelques étalons occidentaux pour opérer des greffes sur notre arbre généalogique. "
      Le héros se plie aux exigences du vainqueur, surtout que sa future épouse étant sotte comme toutes les Japonaises, ne le dérangera pas puisqu’elle est juste capable de s’occuper de futilités de l’avis même de Fidé-Yosi-Ten-Wou :
      "- Elle a l’air très intelligent, n’est ce pas ? me dit Fidé-Yosi. - Elle est exquise ! dis-je - Eh bien ! que cela ne vous effraie pas -, reprend le commandant qui suit son idée. Elle a l’air très intelligente, mais elle est stupide. "
      Finalement le héros blanc s’accommode assez bien de la dictature jaune, y trouvant même quelques plaisirs lorsqu’il aura admis que toute velléité de conspiration s’avère inutile.
      Une charge appuyée et parfois lourde contre la menace du péril jaune, crainte récurrente au début du XXème siècle. Texte rejoignant cette catégorie si abondamment illustrée par le Commandant Danrit (l’Invasion jaune) ou Jules Lermina (la Bataille de Strasbourg)

    9. Type: livre Thème: guerres futures 2 Auteur: Commandant CAZAL Parution: 1939
      Vol. 01 : la Guerre, la Guerre !, Jules Tallandier éd., 1939, 1 vol. broché, in-12 ème , 222pp. jaquette illustrée par Maurice Toussaint.
      « Paris bombardé, Paris assassiné, Paris meurtri », voilà par quels mots pourrait débuter l’héroïque épopée de cette guerre future qui, au moment de son écriture, ne correspond évidemment pas avec le véritable déroulement des faits de la 2ème  guerre mondiale :
      « Mais voilà qu’une détonation formidable, éclatant sur sa droite, remplit le monde…
      -Oh ! le ministère de l’Air ! touché !…
      En même temps une foule hurlante déboucha de la place Balard, sous le pont de Ceinture, foule sinistrement éclairée par des flammes qui, à droite, montaient des immeubles écroulés, mais foule aussitôt atteinte et en partie submergée par d’énormes flots galopants d’une fumée noire, puante… »
      (…)
      « …Paris est bombardé par des centaines, peut-être des milliers d’avions. C’est à devenir sourd, aveugle…et fou !… Quant aux dégâts, il doit y en avoir beaucoup, oui, et des gros. D’après les premiers téléphonages au bureau, l’ennemi vise surtout les gares, les ministères de la Défense nationale, les réservoirs d’eau, la tour Eiffel. A part çà, les avions lâchent aussi des bombes au petit bonheur : il en tombe partout. »
      L’arrogante Allemagne et son allié italien, un doux soir du 24 juin 1939, fit partir ses vagues d’assaut aériennes au-dessus de la ville-lumière. Dans le chaos indescriptible d’une cité sévèrement touchée, Jean Fontenar, directeur de l’information au « Mondial-Matin », tente de gagner Sceaux où l’attend sa famille. Il n’y parviendra pas,  mais, n’écoutant que son patriotisme, il se fera mobiliser comme Directeur des services de l’information au sous-Secrétariat de la Presse et de la radio,  pour  rejoindre le P.C. opérationnel, située sous d’épaisses futaies entre Chateaudun et Vendôme.
      Là, le génie français a créé une véritable cité souterraine d’où seront analysées les diverses phases d’une bataille que l’on sent décisive. Sa femme, entre temps, ne désespère pas, elle non plus. Infirmière à Sceaux, n’écoutant que son courage, elle s’engagera, à côté du maire Léon Chevilly, dans le cadre de la défense civile du bourg. Dès le début de l’attaque et malgré les bombes, Boulevard de Port-Royal, la «Compagnie Autonome» sous le commandement efficace de Hugues Sarlat, reprend vie.
      Groupe constitué de soldats d’élite, la Compagnie Autonome s’est vu assigner un seul but : traquer par n’importe quel moyen les espions à la solde de l’Allemagne, les communistes d’une cinquième colonne qui feraient le jeu de l’ennemi. Déjà, Hugues Sarlat possède des noms et une adresse. Déjà, le repaire des traîtres sera investi, leur chef Kolzaki et ses voyous arrêtés, et tous fusillés séance tenante! C’est la guerre, non mais ! D’ailleurs, ils en conviennent :
      « La guerre qui commence, elle, est illégale. La Révolution sanglante que nous allions tenter de déclencher, elle aurait été illégale. Si nous avions été avertis, et donc ici les plus nombreux et les plus forts, aurions-nous déférés devant les tribunaux légaux, cet officier et ces soldats ?… Nous les aurions abattus sur place, le plus tôt possible, sans même les en prévenir ! ( …) Et, de nouveau, se tournant vers l’officier toujours impassible : -Capitaine, ne perdez pas votre temps, et tout de suite faites-nous tuer. »
      Quant aux bombardiers allemands, ils ne retourneront pas sains et saufs dans leur pays. A Tours, la base aérienne est en alerte. Sous la direction du capitaine François Chevilly, l’escadrille accroche l’ennemi entre Metz et Nancy. Blessé à la clavicule, le jeune officier sera soigné à Pagny, dans une ferme, où il sera informé, de l’état de la France. Les nouvelles du front ne sont pas bonnes : les Allemands,  ayant fomenté un coup d’état à Bâle pour contourner la ligne Maginot, ont envahi le territoire français  entre Besançon et Mulhouse où nos forces terrestres les contiennent :
      « La Suisse a été violée, la ville de Bâle occupée en coup de foudre ; plusieurs divisions allemandes ont dévalé en torrents coordonnés des profondeurs de la Forêt Noire, traversé Bâle, franchi le Rhin, envahi le territoire de Belfort, pris Belfort, pendant que cette ville et Vesoul et Besançon étaient copieusement bombardées. Mais le débordement brusque a été arrêté par nos forces de la 7ème  région : aux dernières nouvelles, l’ennemi est contenu au sud-est de Mulhouse, bien à l’est de Vesoul et au nord-est de Baume-les –Dames. »
      A Paris, Sarlat n’en a pas encore fini avec les traîtres. Un véritable nid d’espions s’était implanté boulevard Poissonnière dans lequel tout un appartement grouille de germains, de la concierge à la femme de chambre,  sous la direction d’une jeune femme, Melle de Gyvelde, alias Frieda ou Z.33, au choix. Comme ses parents, M. et Mme de Gyvelde, - en réalité des Von Narchenflach de Bavière-, Frieda reste en communication étroite avec l’Allemagne. Le capitaine de la Compagnie autonome décidera de mettre fin à l’activité radio de tous ces traîtres en installant une traque au sein même de la basilique du Sacré-Cœur. Enfin, tous écoutent, fascinés, le discours du Président du Conseil qui galvanise les cœurs français en promettant une riposte foudroyante contre les agresseurs.
      Vol. 02 : Maginot Siegfried, Jules Tallandier éd., 1939, 1 vol. broché, in-12 ème , 222pp. jaquette illustrée par Maurice Toussaint.
      Les deux belligérants se trouvent face à face dans l’Est de la France, l’un invisible derrière la ligne Siegfried, l’autre, prêt à à découdre le long de la ligne Maginot. Le colonel Thillot, près de Haguenau, inspecte ses fortins. Les Allemands ne bougent toujours pas. Soudain, un formidable sifflement, suivi d’une explosion immense lui apprend qu’un obus germanique « pénétrant » a fait exploser les constructions souterraines. Après enquête,  il constate que les Allemands disposent d’une arme secrète capable d’anéantir la forteresse française, dite imprenable :
      « -Eh bien oui ! prononça soudain le colonel Thillot. Ca me paraît évident. Je vois un obus d’un calibre bien supérieur au 420, très long, très effilé en pointe, avec trois, quatre, ou même cinq ou six angles tranchants, d’un acier nouveau, extrêmement dur. Hein ? Une sorte de pieu colossal, creux, bourré d’un explosif à très grande puissance de déflagration… un pieu au moins triangulaire, perçant, tranchant… Ca vous entre dans la terre et même dans le béton. Ca n’éclate pas au choc, mais quelques secondes après l’arrêt. Ca pénètre profondément ; ça démolit, déchire, bouleverse ou comprime sur un rayon de dix, quinze mètres et dans un sens giratoire. Ca soulève et projette volcaniquement des tonnes de terre et de pierres… Sang de Dieu !... »
      Il en réfèreaussitôt à Paris, à son PC, et à Sarlat. L’annonce des hostilités avait été immédiatement suivie par un début d’invasion dans le triangle des Trois Frontières, Bâle, Belfort, Mulhouse. Les divisions françaises convergent sur zone pour arrêter la ruée. Le flux allemand, constamment approvisionné par l’arrière à partir des trois ponts bâlois que les Suisses n’ont pas eu le temps de détruire, rend incertaine la victoire française. Il s’agit dès lors de mener une opération commando qu’entreprendra Sarlat. Mais, pour le moment, il est occupé à Paris, résolu à démasquer l’espionne «Frieda Z.33» qui communique aux Allemands le dernier état des lieux.L’immeuble d’où elle est censée opérer, un hôtel meublé dans le quartier de Montparnasse, est circonscrit et piégé dans la discrétion. Tous les occupants en sont des Allemands résidant à Paris depuis longtemps sous de faux noms. Grâce aux Narchenflach, le couple de vieillards autrichiens prêts à trahir Z.33, alias mademoiselle Lelia de Gyvelde, un piège est tendu qui devra surprendre l’oiseau lorsqu’il reviendra au nid.
      Frieda Z.33, en véritable espionne,  a feint d’aimer le jeune capitaine François Chevilly pour apprendre de lui l’emplacement du PC central français. Munie de ce précieux renseignement, elle se précipite dans le piège tendu où l’attendent les hommes de Muller, adjoint de Sarlat. Car Sarlat a dû s’absenter. Eu égard à la gravité de la situation à la frontière de l’Est, il s’est rendu en toute hâte chez le colonel de Cabarrus, commandant du secteur S. (Mulhouse).
      Un plan audacieux a germé dans son esprit : faire sauter les trois ponts bâlois grâce à un commando infiltré dont il prendrait le commandement. L’opération, montée dans les moindres détails, mobilise soixante-dix Alsaciens, parlant parfaitement l’allemand. Vêtus avec des uniformes germaniques, faisant semblant d’être blessés, ils s’insèrent dans le système d’évacuation sanitaire, en zone occupée, les Germains ayant eu beaucoup de blessés par suite de la foudroyante réaction française. Chaque équipe, arrivée sur zone met en place la charge pour faire sauter les piliers des différents ponts :
      « Tout à son idée, le capitaine n’avait depuis des heures pensé qu’aux trois ponts et au viaduc, à la destruction de ces voies de communication d’importance capitale pour l’ennemi, aux mouvements, aux gestes qui tendraient à l’accomplissement de cette destruction. Pas une fois il n’avait pensé aux hommes, à jamais innombrables, qui périraient du fait même de cette destruction, ni à ceux, répandus sur les deux rives du fleuve, qui en seraient les spectateurs. Car toute la ville, en cette heure nocturne, grouillait de troupes allemandes en marche, en cantonnement, en occupation de guerre. La clameur humaine, plus encore que le vacarme des multiples éclatements des piles de pierre et de fer, donna au capitaine Sarlat conscience de l’œuvre guerrière qu’avec ses hommes il avait accomplie, réussie. »
      L’opération réussit au-delà de toute espérance. Les Allemands, coupés de leur base, seront pris en tenaille et rejetés au-delà du Rhin. Bâle libéré, la pression diminue sur Belfort et le Sundgau. A paris, Frieda Z. 33 est tombée dans les mains de Muller. Un faux message envoyé aux Allemands les trompera quant à la position du PC français. Mais toujours aussi futée, Lélia arrivera à s’emparer d’un pistolet cachée et :
      «Penchée au bord de la table, sur laquelle s’appuyait sa main gauche, Frieda tout en parlant avait, du mouvement le plus naturel, laissé pendre le bras droit contre son flanc, sa cuisse. Et brusquement la main avait disparu sous le pan de robe, reparu, serrant un pistolet noir. Bras tendu. Feu à bout portant deux fois coup sur coup, en plein front de l’homme, de la femme…Le bond du commissaire et ses mains qui voulaient empoigner furent d’une demi-seconde tardifs. Le corps souple de la jeune fille se déroba, glissa, vivement s’adossa au mur, dans un coin. Le bras se tendit. La voix claire jeta :-Vous êtes tous l’ennemi !
      Trois détonations claquantes, coup sur coup. Le lieutenant gémit, culbuta. Un agent jura et s’abattit. Un autre se plia sur le dos d’une chaise, qui avec lui, culbuta. »
      Le succès est quasi-total aux frontières de l’Est. Cependant, la guerre est loin d’être terminée, elle se poursuivra sur mer.
      Vol. 03 : Batailles pour la mer, Jules Tallandier éd., 1939, 1 vol. broché, in-12 ème , 213pp. jaquette illustrée par Maurice Toussaint.
      Sur mer également, les Alliés préparent la contre attaque. Louis le Touzey et l’enseigne Jean Daussat se trouvent à la tête de douze vedettes lance-torpilles destinées à s’opposer à la flotte italienne en Méditerranée. Après le bombardement de Paris, les engagements aériens faisant rage sur tous les fronts, c’est aux navires d’entrer dans la danse. Trois secteurs maritimes d’intervention ont été délimités en Méditerranée occidentale.
      Appuyé par l’escadre anglaise basée à Malte, le Touzey, lors d‘une rencontre décisive avec des cuirassés italiens transportant plus de 5000 soldats à destination de la Libye, les coulent tous dans un engagement violent durant lequel une seule de ses vedettes sera épargnée :
      «Ils eurent tout juste le temps d’entendre, à la même seconde, l’éclatement de leurs deux torpilles et de voir basculer le transport, dont les ponts vomirent à la mer des centaines de grappes d’hommes. Car sur la plage avant de la vedette un obus tomba, trouant, fracassant, enlevant comme un bouchon le capot en tourelle du kiosque… Décapité net, sa tête emportée, le corps de Le Foral tomba sur les bras de Martin tendus à tenir, à manœuvrer la roue du gouvernail selon l’ordre que le commandant venait de lui donner. Du cou tranché, le sang jaillissait en un flot violent.».
      Jean Daussat moura noyé, quant à Le Touzey, repêché après quelques heures passées dans l’eau, il rendra compte de sa victoire sur le vaisseau-amiral «Le Breton» et sera cité à l’Ordre de la Nation. Reversé au poste de Directeur de Tir chargé de surveiller la zone de combat, son espérance de vie sera néanmoins très brève. Il connaîtra encore la satisfaction de voir sombrer le « Vittorio », avant de périr à son tour :
      «Cet immense bassin de 8 à 10 kilomètres carrés était comme la surface du liquide en ébullition d’une cuve où cuisait une tambouille d’enfer démoniaque. Avisos, contre-torpilleurs, torpilleurs visibles, vedettes indécises, sous-marins invisibles y faisaient une endiablée sarabande : vagues factices et embruns, flammes et fumées, éclatements rouges dans des panaches gris, éclairs d’aciers et de cuivres luisant au soleil, clameurs vagues, tonnerres ronds, éclatements secs ; petits navires entiers courant comme des  fous, épaves flottantes ou en train de sombrer, gerbes d’obus tombant dans l’eau ».
      A Paris l’on apprend avec satisfaction la marche victorieuse de l’escadre alliée en Méditerranée où 90 navires italiens auront été coulés, ainsi que les transports de troupes. L’Italie, soumis à un blocus sévère, vivra désormais en autarcie.
      Le 3 juillet, furent déclenchées les hostilités dans la mer du Nord, qui aboutiront, elle aussi, à la victoire et permettront la récupération du triangle luxembourgeois. D’ailleurs, Jacques Fortas, le fantassin, y a puissamment contribué. Avec ses douze hommes, mission lui avait été donnée de détruire une batterie ennemie « fantôme », opérant à partir du village de Vianden. Lors de son avance risquée en territoire ennemi, Fortas neutralise les sentinelles et longe, avec ses hommes, le col de Vianden jusqu’au sommet du Nicolausberg. Malgré les risques, ayant repéré les batteries, le commando élimine les servants en une action d’une folle audace. Fortas, à l’arrière avec deux compagnons, pose les explosifs. Mais, voyant venir sur eux une troupe allemande de ratissage, ils n’ont d’autre alternative, pour échapper à l’ennemi, que de s’enterrer sous les feuilles mortes. Les soldats passeront sans les voir et, autre coup de chance, ils découvriront le fil émetteur par lequel transitent les ordres de pointage des officiers allemands. L’idée insensée les prend de remonter la piste jusqu’au poste de commandement et d’en rafler tous les documents. L’émetteur est situé dans une vieille tour féodale. Les officiers, surpris, n’opposent aucune résistance. En possession des codes de tir, ils regagneront leurs lignes à l’aide de motos volées à l’ennemi. Cette action d’éclat entravera la progression des Allemands en Belgique.
      Alors que les Etats-Unis envoient enfin du matériel aux Alliés, fut inaugurée une nouvelle manière de bombarder dite « à la chaîne ». Entre Liège et Bastogne, le mercredi 5 juillet, cent vingt avions, commandés par le général Marquoy, se sacrifient en un bombardement incessant, jusqu’à la destruction complète, des camions, des troupes et du matériel. Défaits dans la mer du Nord et en Méditerranée, en recul en Belgique, chassés du Luxembourg, les Allemands ont perdu six cent mille hommes :
      « Ainsi, le Conseil Supérieur de la Guerre était tenu heure par heure au courant des mouvements des armées Allemandes grouillant avec méthode dans les deux tiers de la Belgique. Ainsi ces grouillements stratégiques étaient abondamment arrosés de bombes fracassantes, asphyxiantes, torréfiantes, sorties des usines françaises, anglaises, américaines.
      Partout, dans les deux immenses trapèzes marqués aux quatre coins par Ostende, Calais, Charleville et Bastogne pour les Armées Françaises en marche, c’étaient, avant la grande bataille terrestre, une multitude de batailles aériennes, de bombardements par avions, de ripostes par la D.C.A. »
      Cependant, l’avancée vers l’est se poursuit : les Allemands pénètrent à Varsovie pendant que les Italiens entrent à Belgrade et que les Hongrois attaquent les Roumains. Seuls les Russes, sur ordre de Staline, ne bougent pas. Qu’attendent-ils ?...
      Vol. 04 : l’Afrique en flammes, Jules Tallandier éd., 1939, 1 vol. broché, in-12 ème , 209pp. jaquette illustrée par Maurice Toussaint
      A  Tunis, Pierre Florac, chef du service de Renseignements pour la Tunisie,  reçoit Régine d’Ascans, espionne au service de la France et amante de Pierre, plus connue par les Arabes sous le nom vénéré de Néhar’aïne, qui lui apporte de précieuses nouvelles : le Grand Chérif Mohamed Amran trahira les Italo-Allemands pour se mettre au service de la France lors de l’attaque décisive, moyennant le Sultanat de Tripolitaine sous protectorat français. Florac en avise immédiatement les généraux Créange, Durieux, ainsi que son ami le Major Harry Blunt, lors d’une conférence organisant les diverses modalités de l’attaque. Durieux est le concepteur des avions « Y », des drones avant la lettre, mitrailleuses volantes dirigées «télé-mécaniquement», capables d’infliger de lourdes pertes à l’ennemi, les Italiens, avec leur corps d’armée de 300 000 hommes ne pouvant plus recevoir de renfort :
      « Mais l’essentiel de cet engin consistait en ceci : il était entièrement télémécanique ; pas d’homme à bord ; direction de n’importe quel lieu terrestre, par ondes hertziennes de longueur variable exactement calculée pour n’avoir que la portée efficace ; reçues et traduites à bord de l’Y par le Récepteur de T.S.F. et par le sélecteur d’ordres, transmises du sélecteur au servo-moteurs, du gouvernail et des ailerons, aux servo-moteurs des cinq batteries de mitrailleuses, les ondes dirigeaient le vol de l’Y et, en même temps, déclenchaient le tir des mitrailleuses. Or, ce tir pouvait tout à la fois être déclenché à droite, à gauche, devant, derrière, et dessous –de telle sorte que ce terrible engin crachait de toutes parts des balles, dont la direction elle-même obéissait selon les mouvements des mitrailleuses sur leurs axes, aux volontés de l’Officier-Conducteur qui, installé confortablement à terre dans un Poste-Directeur fixe ou mobile, manoeuvrait opportunément leviers, manettes et boutons commutateurs, ayant devant lui tout à la fois un standard et un clavier télémécanique. »
      La date de l’attaque fut fixée au 18 juillet. Ce qui laissait un délai suffisant à Régine pour solder un vieux compte.  Avec Pierre à ses côtés et le major Blunt, tous trois s’envolent pour l’oasis de Médénine où elle  possédait jadis, de par son père, une exploitation agricole dont elle avait été spoliée par l’immonde italien Trapani. Elle tient donc à venger son père et récupérer son bien. Dès l’atterrissage elle est reconnue par les maghrébins comme étant Néhar’aïne, leur prophétesse. L’immonde Trapani sera exécuté, après audition de la sentence, sans autre forme de procès.
      Peu après, débuta la bataille du plateau de Barka. Surpris en pleine nuit par les « avions Y » de Durieux, mitraillés sans relâche, les Italo-Allemands se reprennent, mais trop tard : plus de 30 000 morts jonchent le terrain de leur bivouac. Les deux chefs de guerre ennemis survivants, le général Von Warner et le maréchal Torelli, envisagent une réaction immédiate : il faut  apprendre l’origine de ces engins et pilonner leur terrain d’envol pour les empêcher de nuire. Ce qui fut fait sans désemparer, le camp des alliés subissant à son tour la fureur de la dernière charge de l’ennemi.
      Et bien que les bombardiers aient été tous anéantis, in fine, le combat entraîna la mort de Créange et de Durieux. Qu’importe ! Le grand conflit devant se dérouler le lendemain, le choc fut immense pour l’ennemi d’apprendre à ce moment-là, la trahison des Arabes qu’ils croyaient acquis à leur cause. Encerclés par les différents corps d’armée, harcelés par les troupes de Mohamed Amran, les Italo-Allemands se rendent ou meurent, les uns après les autres. En fin de journée la victoire fut acquise. Lors de la célébration de la paix avec le nouveau Sultan de Tripolitaine, Florac apprend une autre et déplaisante nouvelle : des terroristes anti-Juifs et anti-Français préparent un pogrom non seulement à Tunis mais aussi dans les principales villes du Maghreb, sur l’instigation haineuse d’un leader intellectuel, Aïn-Ben-Gadouz. Florac,blessé,ne pouvant livrer le nom des principaux responsables à temps, le coups de force eut lieu, vers onze heures du soir, qui fit plus de 7000 morts dans la communauté juive :
      « Le quartier juif de Tunis fut en quelques minutes un enfer où l’on massacra dans toutes les rues, dans toutes les maisons. Les portes fermées, on les enfonçait avec une poutre, on les faisait éclater avec une grenade, on les arrosait de pétrole et on les brûlait ; on entrait aussi par les murs des courettes, par les terrasses. Là où il y avait des jeunes femmes, proprement et coquettement bourgeoises, et des jeunes filles et des enfants, des scènes abominables, au fond des chambres grouillantes de plusieurs bandits ou jalousement occupées, pour un instant, par un seul assassin riant de sa chance, les pires abominations précédaient la tuerie, parfois férocement raffinée, appliquée à prolonger une torture jusqu’à ce qu’une flamme d’incendie ou l’irruption d’autres assassins mît fin à l’atrocité – pour que plus loin l’on pût recommencer à tuer, à martyriser, à déchirer, casser, incendier, détruire… »
      Mais la répression sera à la hauteur du crime. Tous les terroristes furent pris, jugés, exécutés par pendaison et les principaux criminels, fusillés. La France resta maître du terrain.La Bataille d’Afrique, se terminant au bénéfice de la France et de l’Angleterre, amena la Germanie et ses affidés au bord de la destruction finale.
      Vol. 05 : la Fin… par le pétrole, Jules Tallandier éd., 1939, 1 vol. broché, in-12 ème , 226pp., jaquette illustré par Maurice Toussaint
      Où l’on retrouve le capitaine Sarlat à qui est confiée une ultime mission par le général Dupuis-Lecat. Les Allemands n’ont pas été capables de remporter la victoire mais leur capacité militaire reste forte. Celle-ci dépend surtout du pétrole qui fait rouler leurs engins motorisés. Or, celui-ci s’épuise… Ils ont donc prévu des stocks énormes, situés en zone neutre, sur la côte suédoise,  en un endroit baptisé « la Cité du pétrole ».Véritable enclave germanique, s’élevant au-dessus d’un fjord,  à cinquante kilomètres de Göteborg, la Cité du pétrole comprend d’immenses réservoirs, plusieurs casernes  et deux mille hommes actifs pour les surveiller. Priver les Allemands de cette ressource en énergie, c’est signer l’arrêt définitif de la guerre dans les deux semaines à venir.Pour ce faire, il faut saboter les installations.
      Le général Dupuis-Lecat connaît un seul homme capable de mener à bien cette opération : c’est le capitaine Sarlat. Celui-ci accepte la mission,  avec une centaine d’hommes parfaitement rodés, tous de la « Compagnie Autonome ».  Le commando  est acheminé à pied d’œuvre, piloté de main de maître par deux marins norvégiens, pêcheurs habitués de ces lieux hostiles, surveillé et protégé par une escadre anglaise. Il a été réparti, pour raison de sécurité, en différentes vedettes basses sur l’eau et difficilement repérables dans le brouillard.
      Après avoir accosté, grimpé le long d’une falaise à pic, le commando arrive près de la Cité du pétrole. Pendant que Sarlat, avec douze de ses hommes,  neutralise le corps de garde et assure la protection des autres lors de la phase de repli, les différentes escouades pénètrent dans les lieux, posent les bombes à retardement, minutant le temps des explosions.
      L’opération est une totale réussite. Un incendie gigantesque ravage le paysage, noyant les lieux sous d’épaisses fumées noires, assurant ainsi la retraite des saboteurs,  ce qui permettra de limiter les pertes à une vingtaine d’hommes. Le commando reprend le chemin du retour par voie de mer, heureux d’avoir pu porter un coup fatal à l’adversaire. Le plus stupéfiant en cet événement, c’est que le général baron Rudolf von Warteck, son épouse, son allié, le prince Andréa Colozzo ont eu vent de la mission. Ils n’ont pas signalé le danger à Hitler, et laissé faire.
      Le général, de vieille souche allemande, excédé par la démence du Führer a vu là – à travers ce qui apparaît comme une traîtrise -  un excellent moyen d’arrêter cette folie meurtrière et de faire en sorte que l’Allemagne puisse conclure la paix des braves. Cette opinion était partagée par Andréa que l’on retrouve comme plénipotentiaire diplomatique auprès de Dupuis-Lecat, l’un de ses anciens amis d’étude du temps de paix. Il proposera au petit comité de la défense interalliée une des ces « combinazione » dont les Italiens ont le secret. L’Italie est décidée à ne plus bouger, à laisser faire, à se désolidariser de l’Allemagne, pourvu qu’elle ne perde pas la face et que le blocus le long de ses côtes soit allégé. La proposition est acceptée.
      La destruction de la Cité du pétrole, la passivité italienne oblige l’Allemagne à abandonner ses conquêtes et à se replier sur son territoire. Le dernier entretien qui aura lieu au château fortifié du Wachfeld sera décisif. Hitler, fou de rage, crie à la trahison et s’apprête à exécuter Göehring  (appelé Morrhing dans le roman) et ses hommes à l’intérieur du PC opérationnel. Ceux-ci se défendent contre les tueurs SS et sortent vainqueurs de la confrontation. Sur le coup, Hitler meurt, foudroyé par une crise nerveuse :
      « -Des lâches, des traîtres !... Vous êtes tous…
      Halètement de fureur. Et le cri, l’appel, l’ordre :
      -Siegburg !...
      Vingt-deux poings firent jaillir des étuis les brownings noirs.
      -Non ! jeta Morrhing.
      Et avant que le premier coup de feu eût retenti, il était de toute sa masse derrière le Führer, qu’il empoigna aux bras, qu’il plaqua tout contre son propre corps tassé dans le coin du Caveau.
      Les détonations crépitèrent. Mais toutes ne provenaient pas des brownings des SS. Des Généraux, des Ministres eurent aussi l’arme au poing. Des officiers jaillirent des caveaux voisins et du couloir. Ce ne fut pas comme au « 30 juin ». Ici, ce soir-là, ils se défendirent, les condamnés à mort par la « volonté de puissance ». (…)
      Les vingt-deux officiers du SS entrés dans le Caveau furent tués, et quelques autres restés dans le couloir, et aussi deux Généraux aides de camp du Führer.
      Quant au Führer lui-même, raidi, les dents serrés, les yeux révulsés par une crise nerveuse, il fut porté jusque dans la chambre qui avait été spécialement aménagée à son usage…»
      La guerre est terminée. Un nouveau traité, découpant le pays en différentes zones empêchera à tout jamais la renaissance de la « Bête ». Ceci se passe le 30 juillet 1939.
      « la Guerre, la Guerre » représente une tentative réussie de la part de Jean de la Hire de projeter en un avenir proche ce qu’annoncent les prémisses sociales , militaires et politiques dans la réalité de son époque. Guerre conjecturale malgré tout, où il est impossible de prévoir avec exactitude ce qui va se produire, comme l’importance (fausse) qu’il accorde aux lignes Siegried et Maginot, qui en constitue un exemple patent. Pourtant la fresque n’est jamais ridicule et quoique liée à un franc patriotisme, nourrie de détails, elle se lit avec plaisir, le point d’orgue étant incontestablement la destruction finale de Hitler.

    10. Type: livre Thème: menaces animales Auteur: Paul FORT Alain BARRIERE Parution: 6886
      Ce court poème de Paul Fort, interprété par divers chanteurs tels que Reggiani ou Alain Barrière, dans sa simplicité de ritournelle, présente une charge révolutionnaire importante qui explose dans le vers de chute : « Et y’a plus de baleines».  Il est basé sur des contradictions tranchées entre les temps anciens et présents, entre la République et les fastes et tares de l’Ancien Régime.
      Le narrateur est un « piqueur de baleines », homme simple pour qui la chasse est une activité quotidienne et dangereuse. Le sort souvent atroce des cap-horniers explique la fascination populaire que dominent les clichés et les naïvetés religieuses.  Le regret du « Bon vieux temps », le temps de la Monarchie libertine (« les Marquis couverts de dentelle »), « des Grands Seigneurs » qui « crachaient » sur la religion ,  est mis en parallèle avec la « foi du charbonnier » qui honore « les Jésus en croix et les Saintes Vierges ».
      Un temps quasi-mythique que regrettent les « matelots qui avaient la foi ».
      Les bouleversements du présent ont instauré un nouveau système de gouvernement (« Y’a la République, y’a l’Président »), à la satisfaction de tous:(« tout le monde est content »).
      Sauf à celle du matelot,  car les baleines ont disparu, raréfiées ou obsolètes dans cette  nouvelle ère, comme ont disparu la religion et la foi.
      Complainte écologique avant l’heure, sensibilité envers une nature fragile mise en danger par l’exploitation moderne, le poème est d’autant plus fort qu’il est court, son message touchant à l’universel par l’usage d’une syntaxe populaire et d’un vocabulaire simplifié.

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